Les feux d’artifice se sont éteints sur Beijing ; le décompte de médailles est bouclé ; certains rient, d’autres pleurent ; le Président du CIO a qualifié ces joutes « d’exceptionnelles » ; et le quotidien reprend le dessus. Avec lui, les questions demeurent. Celles évidement relatives aux droits humains et du sort du Tibet ; celles de la liberté d’expression des média chinois et des ONGs…
Et pour moi, une grande question : celle du respect des droits de l’enfant dans le système sportif chinois. J’ai lu qu’une enquête allait être diligentée par rapport à une jeune gymnaste que l’on soupçonne de n’avoir pas eu 16 ans au moment des Jeux, en contravention des règles olympiques. Je n’attends aucune surprise des conclusions de l’enquête. Par contre, ce qui me dérange, ce sont les conditions d’entraînement de ces athlètes, du peu de cas que l’on fait de leur avis, de leurs relations familiales, de la santé physique et psychique des enfants qui sont engagés dans une spirale vers l’exploit, dont la chasse aux médailles et le nationalisme sont les justifications.
On dit parfois qu’il n’y a pas pire entraîneur d’un enfant que son parent ; je ne sais si ce dicton recouvre la réalité. Ce qui me paraît exact : l’on ne peut accepter que l’Etat, avide de gloire, profite de ses enfants pour en faire des champions à tout prix et malgré eux ; et qui deviennent des porte-drapeaux !
Je ne suis pas contre le sport, ni contre le sport de compétition. J’enfonce des portes ouvertes en disant que le sport a des vertus exceptionnelles, qui favorisent le développement harmonieux des enfants ; je pense aussi au rôle intégrateur du sport pour les jeunes qui connaissent des difficultés, ou pour ceux qui se trouvent en situation de migrations Je suis aussi persuadé que le sport de compétition est une école de vie formidable et forge le caractère. Mais le sport – et à son paroxysme le sport de compétition – n’est pas à l’abri des violations des droits humains. L’idéal olympique est pur, mais non exempt de pressions (financière, nationaliste, chauviniste…). Et comme le dit clairement Mr Paulo David[1] : « ce qui est … condamnable, c’est la passivité mélangée de résistance des milieux sportifs et des autorités publiques pour prévenir et combattre les violations des droits de l’enfant dans le contexte du sport ».
En 2010, le CIO organisera pour la première fois les JO de la Jeunesse pour des adolescents âgés entre 14 et 18 ans. Que le monde sportif se réveille et que cet événement ne soit pas, à nouveau, l’occasion d’un réquisitoire sur les violations des droits des enfants !
Jean Zermatten
[1] Journaliste et spécialiste des droits de l’enfant, auteur du livre Human rights in youth sport sur www.childsrights.org, éditorial du 20.08.2008
