Pas simple de s’y retrouver parmi les objets soumis au vote le 30 novembre prochain ! Par exemple, en matière de drogues. Si une nette majorité se démarque d’entrée de jeu contre l’initiative sur le chanvre, d’aucuns font un amalgame avec la révision partielle de la loi sur les stupéfiants (LStup). Ils pensent logique de dire deux fois non « à la drogue ». C’est oublier que l’initiative est née de la frustration des milieux insatisfaits par le mouvement de recul du législateur. En 1994 déjà, PRD, PDC et PS ne préconisaient-ils pas l’abolition de la pénalisation de toutes les drogues ? A la fermeture des scènes ouvertes a succédé un affrontement d’initiatives antagonistes balayées par le peuple en Suisse en 1997 et 1998. Le Conseil fédéral entamait alors une marche arrière mémorable. Passée l’envie de dépénaliser la consommation de toutes les drogues, l’objectif se réduisait à reconsidérer le statut des dérivés du cannabis. Mais le projet de révision soumis au Chambres fédérales, en juin 2004, enregistrait un refus d’entrée en matière des députés du Conseil National. La raison de ce cuisant échec résidait dans la proposition visant à dépénaliser la consommation et les actes préparatoires du cannabis. Le législateur renonçait alors au projet de dépénalisation. L’insatisfaction d’une poignée de politiciens, soutenus par les chanvriers, accouchait de l’initiative sur le chanvre. Les deux Chambres acceptaient enfin, en mars 2008, la révision partielle de la Lstup. Malgré l’unanimité des Conseillers aux Etats, un référendum était lancé par qui vous savez. Il est donc sensé de s’opposer à l’initiative tout en soutenant la révision de la LStup. Car le texte déjà accepté ne fait qu’ancrer dans la loi ce que tous les professionnels pratiquent depuis bientôt 20 ans. L’abstinence est l’objectif le plus élevé. Mais d’autres mesures s’imposent en amont. En Valais, il est dit que le canton devra ouvrir des locaux d’injection. Qu’il sera contraint de proposer la prescription médicale d’héroïne. Que les subventions à des centres résidentiels tels que les Rives du Rhône seront supprimées. Ou encore que, pour les initiés, l’article 19 b de la loi révisée ouvre les vannes à une forme de libéralisation. C’est faux. Le canton est autonome quant aux mesures qu’il entend développer. La Confédération ne peut rien imposer en la matière. Elle ne verse plus un centime de subvention aux centres résidentiels. Le fameux article 19 b n’est qu’une copie conforme du texte actuel, avant révision, avec un accent plus marqué pour la protection des mineurs ! Alors qui croire ? On devrait faire confiance aux professionnels engagés de longue date sur ce terrain sensible. Et se dire qu’à refuser encore cette révision, pourtant partielle, on court le risque de se retrouver, en 2008, dans un véritable cul-de-sac législatif avec une loi de 1951 certes modifiée en 1975. Mais 33 ans sans adaptation, quel décalage à la réalité !
Jean-Daniel Barman

