Valais Libre

6 février 2012

Maurice-Eugène Filliez (1811 – 1856)

Filed under: l. portraits historiques du PLR Valais — vslibre @ 7 h 04 min

Maurice-Eugène Filliez

M. Filliez est une personnalité du mouvement libéral des années 1840 ; lorsqu’en mai 1844, les troupes du Sonderbund menacent l’ordre public dans la vallée du Rhône, dans l’Entremont, M. Filliez, avec une poignée de patriotes, tient en échec des individus fanatisés et multiplie ses interventions de médiateur afin de rétablir la paix ; un acte de patriotisme qui lui vaut d’être persécuté par un tribunal d’exception ; en 1847, lorsque les troupes fédérales libèrent le Valais de l’oppression des réactionnaires, il rentre libre au pays.

Le 20 octobre 1811, au Châble, Pierre-Joseph-Frédéric et Marie-Ursule Filliez ont la joie d’annoncer la naissance de Maurice-Eugène ; après avoir suivi les cours de l’Ecole de droit à Sion, il est reçu notaire en 1835 puis avocat en 1840. Maurice-Eugène épouse, le 4 novembre 1839, Marie-Louise Nicollier.

Un engagement à la cause libérale

Dès le 18 mai 1840i, il siège comme député libéral-radical dans le premier Grand Conseil valaisan ; en mai 1844, lorsque le mouvement libéral « prend les armes » pour défendre les libertés constitutionnelles, M. Filliez, un des acteurs des événements qui secouent l’Entremont à ce moment-là, multiplie ses interventions de médiateur auprès de l’adversaire politique pour tenter de rétablir la concorde.

Le lundi 20 mai, alors qu’il se trouve à Sembrancher pour s’enquérir de la disparition d’un concitoyenii, M. Filliez est appelé Conseil bourgeoisial où l’on s’engage réciproquement à éviter désormais toute provocation et à rétablir la paix ; hélas, ceci n’est qu’une mascarade des réactionnaires, car au même moment la Vieille Suisse appelle aux armes pour « écraser les libéraux » ; exaspérés par cette duperie, les libéraux, sous le commandement de M. Filliez, s’arment à leur tour pour se défendre ; à l’approche des adversaires, on leur présente l’accord de Sembrancher en exigeant qu’ils déposent les armes ; en vain, car les réactionnaires décident d’en « finir avec les libérauxiii » et ce nouvel affrontementiv entre libérauxv et Vieux Suisses laisse quatre morts sur le terrain.

Le lendemain 21 mai, après une nouvelle escarmouche avec les Vieux Suissesvi, M. Filliez renouvelle ses tentatives pour ramener la paix et signe une convention entre les deux partis et avec le Conseil communal de Bagnes ; mais les partisans de la Vieille Suisse, en dépit de ce nouvel accord de paix, poursuivent la chasse aux libéraux de Bagnes ; la fureur atteint son comble lorsque, dans la nuit du 22 au 23 mai, des fanatiques fouillent la maison de M. Filliez, menaçant sa femme Marie-Louise, « baïonnette sur la poitrine » ; M. Filliez se cache six jours durant dans une grotte, puis vers la fin mai, pour échapper à la horde de fanatiques, il prend des « des chemins détournés pour atteindre le sol hospitalier du canton de Vaud.vii »

L’exil, une injustice

Pour avoir exercé un commandement, M. Filliez figure dans le décret d’arrestation prononcé le 15 juin 1844 à l’encontre de onze chefs libéraux ; le 9 mai 1845, le Tribunal central le condamne par contumace à huit ans de prison, à vingt ans de suspension de ses droits politiques et à une amende de quatre cents francs ; M. Filliez explique dans son ouvrage La Vérité à ses concitoyens du Valais, publié en 1847, les raisons pour lesquelles il ne se présente pas devant le tribunal.

La vie quotidienne d’un exilé n’est pas facile ; M. Filliez entreprend la recherche d’un emploi et après quelques pérégrinations en Suisse romande, à l’automne 1845viii il s’installe à Bexix où il loue une ferme et « se met à travailler la terre » ; certes, il espère un retour en Valais, mais seulement après « un changement d’opinion publique.x » Les époux Filliez vivent néanmoins un moment heureux au cours de leur exil : la naissance de Marie-Célestine à Bex le 28 décembre 1846 [en 1879, elle épousera François-Narcisse Troillet et de cette union naîtra Maurice Troilletxi]

c’est enfin le retour aux affaires

Vers la fin de 1847, M. Filliez rejoint ses amis exilés à Aigle pour former le « comité patriotique valaisanxii » et avec eux s’intégrer aux troupes fédéralesxiii qui s’apprêtent à entrer en Valais pour rétablir l’ordre ; le 2 décembre 1847, l’Assemblée populaire, réunie à Sion, le proclame membre du Gouvernement provisoirexiv, dans lequel il se charge du Département de Justice et Policexv. Dès l’installation du Gouvernement définitif, le 11 janvier 1848, il siège à nouveau au Grand Conseil.

M. Filliez s’engage également pour sa commune et son district : membre du Conseil municipal de Bagnes (1848-1856) qu’il préside jusqu’en 1851 ; sous-préfet (1848-1850) puis préfet (1850-1856) du district d’Entremont ; il représente le Valais au Conseil des Etats du 3 juillet 1854 à mai 1855xvi ; enfin, le 9 décembre 1855, il est élu conseiller nationalxvii.

L’Entremont dans la douleur

Le district d’Entremont vient de faire une perte bien douloureuse ; M. Maurice Filliez s’éteint le 10 juillet 1856xviii. Le clergé lui conserve une telle rancune que le curé refuse de lui accorder l’extrême-onction et un enterrement religieux ; il faut l’intervention de personnalités pour lui faire changer d’attitudexix ; une posture indigne pour le Courrier du Valais qui en appelle à l’autorité supérieure afin de mettre un terme « à la torture » que les curés font subir aux agonisants qui, politiquement, « n’ont pas marché avec le clergé.xx » Le lundi 13 juillet 1856, une foule nombreuse accompagne M. Filliez à sa dernière demeure. Retenons ce digne appel d’un citoyen venu lui rendre un dernier hommage : « oublions nos dissensions sur cette tombe et respectons la mémoire d’un de nos plus dignes magistrats.xxi »


Pour en savoir plus

FILLIEZ Maurice-Eugène, La vérité à ses concitoyens, 1847 –

DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

i Jules-Bernard BERTRAND, « 1839-1840, La régénération valaisanne », in Annales valaisanne…

ii François Baud, on apprend plus tard qu’il aurait été assassiné.

iii RILLIET de Constant, Novembre-décembre 1847 en Valais…., p. 245-249.

iv Entre les villages de Montagnier et Villette.

v Sous la direction de Maurice Filliez.

vi Au Sapey.

vii DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

viii Une première fois à la mi-octobre 1844.

ix DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

x DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

xi DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

xii Au sein duquel il assume la fonction de secrétaire.

xiii Du colonel Rilliet.

xiv Du 2.12.1847 au 11.1.1848 cf. DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

xv L’Observateur no 61 du samedi 4 déc. 1847 – photo 15.12.2009/DSC01116/17.

xvi Cf. note 70 p. 70 Pierre CHUARD, La campagne de 1847 contre le Valais d’après les Souvenirs d’un poète bellerin

xvii Au troisième tour et à la majorité relative [le Dr Claivaz a retiré sa candidature] ; il siège dès le 21 janvier 1856 jusqu’à son décès le 10 juillet 1856. … 3032 voix contre 2348 à Hippolyte Pignat ; cf. Le Courrier du Valais no – photo 8.7.2010/dsc01897/98/99/01900/01 et no 3 du samedi 5 janvier 1856 – photo 9.2.2010/dsc01326.

xviii Vers 10 heures du soir, après une longue et pénible maladie.

xix Histoire de la démocratie p. 174.

xx Courrier du Valais no 80 du jeudi 17 juillet 1856 – photo 9.2.2010/dsc01338.

xxi Courrier du Valais no 79 du mardi 15 juillet 1856 – photo 9.2.2010/dsc01337.

 

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