Valais Libre

9 février 2012

Maurice Chapelet (1827 – 1895)

Filed under: l. portraits historiques du PLR Valais — vslibre @ 6 h 43 min

Maurice Chappelet1

Un libéral modéré qui se distingue par une indépendance à l’égard des partis. Pendant trente-huit ans, de 1857 à 1895 à son dernier soupir, il a servi son pays dans la magistrature et dans l’armée, avec dévouement et intelligence.

C’est le 22 septembre 1827 à Saint-Maurice, que Jean-Joseph Chappelet et son épouse Adèle ont la joie d’annoncer la naissance de Maurice.

Après des études au Collège de Saint-Maurice, c’est à l’École de droit de Sion qu’il obtient son diplôme de notaire. Puis, selon la coutume de l’époque, il passe deux ans à Rome au service de l’armée pontificale. Enfin après un court séjour dans le Nouveau Monde, il s’installe définitivement à Saint-Maurice pour y entreprendre une longue carrière publique.

Il épouse Marie-Joséphine, fille du courageux capitaine Parvex qui, le 19 mai 1844, à la tête de sa troupe, est tué au Trient avec tant d’autres valeureux compagnons d’armes, payant de leur vie leur amour pour l’indépendance de leur patrie.

Une vie au service de la magistrature

Conseiller municipal de Saint-Maurice (1852-1853, 1855-1870); conseiller bourgeoisial (1853-1860); juge instructeur du district (1879-1895).

En 1857, les électeurs du district de St-Maurice lui confient le mandat de député au Grand-Conseil où il siège jusqu’en 1887. À deux reprises, en 1872 et 1886, il préside le Parlement. Ses discours de fin de session sont marqué au coin du bon sens, résumant clairement les travaux accomplis mais surtout dépourvu de cette « rhétorique ampoulée où les banalités succèdent aux banalités. » C’est sous sa présidence de 18722 que le Grand Conseil choisit, pour l’établissement d’une Banque cantonale, une formule plus réaliste que celle proposée par le Conseil d’Etat3.

De 1861 à 1874, MC représente le gouvernement dans le district de St-Maurice en qualité de préfet. En 1887, la Cour d’appel le nomme à la fonction de président du tribunal du district de St-Maurice. Puis, de 1861 à 1862, M. Chappelet siège au Conseil des États.

En 1887, après une péripétie peu honorable pour le Conseil d’Etat, M. Chappelet accède au Conseil national. Suite au décès d’un conseiller national conservateur4, le Conseil d’Etat annonce, le 28 novembre 1886, qu’une élection complémentaire aura lieu le 5 décembre; une décision prise dans l’intérêt du parti conservateur car en fait elle empêche les libéraux de se concerter sur le choix d’un candidat. Le comité libéral bas-valaisan, considérant que le délai relatif à la publication des registres électoraux n’est pas respecté, dépose un recourt auprès de l’autorité fédérale. Néanmoins, le Conseil d’Etat passe outre à l’injonction du Conseil fédéral d’ajourner l’élection et le 5 décembre, le conservateur Henri Bioley est élu. Toutefois, le Conseil fédéral reconnaît l’illégalité de l’opération électorale en annulant l’élection de M. Bioley, ce qui oblige les citoyens à se rendre à nouveaux aux urnes le 23 janvier 1887; et là, satisfaction pour les radicaux avec l’élection d’Emile Gaillard5.

Enfin, le 30 octobre 1887, ont lieu des élections pour le renouvellement du Conseil national. Les conservateurs Bas-valaisans essuient un échec cuisant6. Chez les radicaux c’est la satisfaction avec l’élection d’Emile Gaillard et de Maurice Chappelet qui apporte ainsi un deuxième siège aux libéraux-radicaux.

Après une législature, l’assemblée libérale du 19 octobre 1890 prend acte, avec regret, du désistement pour une nouvelle législature de la candidature de Maurice Chappelet, motivé par l’état de sa santé ; qu’il reçoive l’expression de notre reconnaissance pour son dévouement et les services rendus7.

Le major Chappelet au service de la patrie

Suivons notre major au bord du Rhin en 1857 et à la frontière du Jura en 1871. En 1857, l’année terrible, Neuchâtel est à la fois canton suisse et principauté appartenant au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV; une situation qui produit des tensions politiques entre royalistes et républicains. À la suite d’un complot fomenté par les royalistes, 500 d’entre-eux sont emprisonnés dans les geôles neuchâteloises; il n’en faut pas plus pour que la Prusse mobilise son armée pour le 1er janvier 1857. Le Conseil fédéral charge le général Dufour d’organiser une ligne de défense sur le Rhin où nous retrouvons le major Chappelet. Finalement, Frédéric-Guillaume IV renonce à Neuchâtel par le traité du 26 mai 1857.

Nous retrouvons notre major dans un autre engagement. Après la débâcle française à Sedan, en septembre 1870, les Prussiens assiègent Belfort, poussant l’armée du général Bourbaki à la retraite vers la Suisse. Le Conseil fédéral ordonne une mobilisation partielle et demande au général Herzog d’assurer la couverture frontière du Jura. Le 28 janvier 1871, le général français Justin Clinchant demande aux autorités suisses l’internement des troupes de l’armée de l’Est; Herzog signe la convention aux Verrières le 1er février 1871 et M. Chappelet accueille les premiers soldats français qui pénètrent en Suisse.

Un serviteur de l’État nous quitte

Maurice Chappelet décède le 22 juillet 1895 à Saint-Maurice. Lors de ses obsèques de nombreux amis et connaissances apportent un dernier témoignage de sympathie et de regret à une personnalité sympathique que « l’on aimait à rencontrer tant à cause de l’urbanité de ses manières que du charme de sa causerie toujours agréable et spirituelle. » C’est une grand perte pour sa famille et son pays qu’il a longuement et loyalement servi. Maurice Chappelet mérite la reconnaissance de son pays.

robertgiroud

 

Bibliographie
« Etat du conseil municipal et du conseil bourgeoisial des chefs-lieux de district du Valais romand (1848-1965)», in Ann. Val., 1966, 223-244

Gruner, L’Assemblée, 1, 858

Biner, Autorités VS, 271

1 Le Confédéré no …….. 1895 – photo 5.8.2010/dsc2069/70.

2 Seconds débats du 1er mars 1872.

3 Le Confédéré no 19 du jeudi 7 mars 1872 – photo 10.12.2009(1)/dsc01025/26. no 21 du jeudi 14 mars – photo 10.12.2009(1)/dsc01027/28/29; no 22 du dimanche 17 mars 1872 – photo 10.12.2009(1)/dsc01030/31; M. Coulon-George Bloum.

4 Fidèle Joris d’Orsières.

5 Le Confédéré nos 4 et 5 des vendredi et samedi 21 et 29 janvier 1887 – photo 7.9.2010/dsc02364 et 02365/66/67 FF 1886 1112.

6 Leurs candidats Charles de Werra [sortant] et Alfred Tissières de Martigny ne seraient pas réélus.

7 Le Confédéré Supplément au no 42 du samedi 18 octobre 1890 – photo 7.9.2010/dsc02376/77/78.

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