Valais Libre

10 mai 2016

« Maudits Français »

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 8 h 53 min
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Marie Maurisse présente son livre « Bienvenue au paradis ». [swissinfo.ch)

Marie Maurisse présente son livre « Bienvenue au paradis ». [swissinfo.ch)

« Oui, je voulais provoquer, car il y a un vrai racisme anti-français en Suisse ». L’affirmation de Marie Maurisse a le mérite de la clarté. Elle ne fait pas dans la dentelle. Les réactions ont été vives et émotionnelles. Je veux partager mon expérience d’immigré pour alimenter le débat du vivre ensemble qui soulève tant de passion.

La journaliste française qui vient de publier « Bienvenue au Paradis », une enquête sur la vie des Français en Suisse, ne laisse personne indifférent. Son propos, et c’est elle qui le dit, était de « dénoncer un racisme anti-français ». Elle s’appuie sur son vécu, elle vit en Suisse depuis 2008, et sur des dizaines de rencontres avec des Français expatriés ou frontaliers.

De la force des mots

Je n’ai pas lu livre, je profiterai de mon prochain passage en Suisse pour le faire, mais ce thème m’interpelle. Je vis depuis un peu plus de 4 ans au Québec et je perçois bien la réalité dont elle veut parler. Lorsqu’on vient vivre dans un autre pays, même ou plutôt surtout s’il est très proche culturellement, le choc peut être violent.

En arrivant au Québec, je pensais que tout allait être facile, je m’installais dans une région francophone, catholique où les gens sont accueillants: tout pour rendre l’adaptation simple. Ce vernis est bien réel et il facilite la vie. Des difficultés sont bien présentes, je ne vais pas tarder à en parler, mais elles ne sont rien à côté de ce que vivent les « vrais » immigrés, ceux qui ont dû tout quitter pour vivre dans un autre monde.

C’est là que le mot racisme me semble employé à tort. Madame Maurisse utilise ce terme fort sans trop y réfléchir. Le racisme part du postulat qu’il existe des races au sein de l’espèce humaine, certaines étant supérieures à d’autres. Parler de racisme entre Suisses et Français est un non-sens, une banalisation de fait autrement plus grave.

Difficultés d’adaptation

Qu’il y ait une rivalité entre nations voisines, personne ne le niera. Qu’il y ait des moqueries, du dénigrement ou d’autres formes d’intimidation plus ou moins graves, c’est certainement une réalité. Mais la vraie question est celle du vivre ensemble, celle de l’adaptation à l’autre. Certains veulent nous faire croire que nous vivons dans un village global.

La rapidité des transports, les nouvelles technologies ont rapproché le monde. Tout est à notre portée très rapidement. Je vis à 6000 kilomètres de ma mère, mais je la vois, je lui parle régulièrement. Nos écrans d’ordinateur annulent la distance. Cette proximité, cette facilité sont trompeuses. Vivre ailleurs reste un défi.

Une semaine après mon arrivée au Québec, pour faire de nouvelles connaissances, je suis allé frapper à la porte du club de curling voisin de mon nouveau domicile. J’avais beau avoir un bagage solide, l’habitude de rencontrer de nouvelles personnes, je me suis senti tout petit devant cette porte. J’ai fait le pas, je suis entré, j’ai dit  «bonjour… », les trois personnes accoudées au bar se sont retournées, « …je viens de Suisse ».

Un étranger

« Ouf, ce n’est pas un de ces maudits Français ! » La réaction a été immédiate et j’ai été bien accueilli. Aujourd’hui, grâce à cette porte ouverte, je me suis fait des amis, j’ai trouvé un peu de travail et je suis bien accepté. Mais j’ai dû m’adapter et prendre conscience que même si je parle la même langue, que j’ai été élevé dans la même religion, je suis encore un étranger.

L’anecdote révèle deux choses, d’abord, en francophonie, les Français n’ont pas une bonne image. Les explications sont multiples et je ne vais pas entrer ici dans une analyse. Ce simple constat doit nous interroger, mais ce n’est pas du racisme. Le sentiment anti-français existe en Suisse comme au Québec. J’ose imaginer que les autres régions francophones doivent connaître des sentiments analogues.

Mais l’enseignement principal est que lorsqu’on vient vivre chez quelqu’un d’autre, surtout s’il nous ressemble, on commence par se faire discret, par apprendre ses coutumes, son histoire, son univers, bref on s’adapte. C’est le meilleur moyen pour se sentir à l’aise. Le temps ensuite permet un partage plus équitable, plus fructueux.

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