Valais Libre

9 janvier 2017

Élections cantonales, vous avez dit rapprochement ?

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 0 h 09 min
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Entre Fulvio Pelli et Christophe Darbellay, ça n'a jamais été le grand amour (Photo TSR)

Entre Fulvio Pelli et Christophe Darbellay, ça n’a jamais été le grand amour (Photo TSR)

Le 4 janvier dernier, dans un commentaire suite à l’article « Serge Métrailler et l’art de (se) servir » Censuré écrivait « Formons plutôt le vœu que Serge Métrailler et René Constantin profitent de la situation pour la retourner à leur avantage. » Il appelait de ses voeux un rapprochement entre le PDC et le PLR. L’ancien secrétaire cantonal du PLR Valais que je suis n’a pas voulu laisser passer cette occasion pour vous conter une petite anecdote qui pourra éclairer la question… ou pas…

Il y a dans la vie des hommes (des femmes aussi, pauvre langue française) comme dans celle des institutions des moments charnières, des occasions clés, des instants où tout peut basculer dans un sens ou un autre, des situations qui changent l’avenir. La Suisse politique a vécu un de ces moments le mercredi 12 décembre 2007. Ce jour-là, j’accompagnais un groupe de bons vieux radicaux ( c’était encore l’époque du PRD…) dans une sortie à Berne.

Acte 1 – Berne

Je me souviens le scepticisme de mes ouailles lorsque je les installais dans la Galerie des Alpes à un mur de la salle du Conseil national dans un Palais fédéral en pleine restauration. La perspective de suivre les débats de la journée sur un écran géant plutôt qu’au balcon du national n’enchantait personne. Et pourtant cette journée restera inoubliable et tout le monde m’a remercié en quittant le palais le soir venu, ils avaient vécu de près un épisode marquant de notre politique fédérale.

«Est élue avec 125 voix Mme Éveline Widmer-Schlumpf.» Le président du Conseil national, l’UDC vaudois André Bugnon ne peut pas terminer sa phrase, un brouhaha couvre ses paroles. L’Assemblée nationale vient d’éjecter Christophe Blocher du Conseil fédéral. Nous étions venus assister au triomphe de Pascal Couchepin, président de la Confédération pour la deuxième fois, rien n’annonçait ce séisme.

Le popiste Joseph Zysiadis avait lancé la banderille, le président du PDC suisse Christophe Darbellay avait souri, Ruth Metzler qui avait subi le même sort 4 ans plutôt était vengée. On ne pouvait qu’admirer la stratégie finement jouée. Remplacer le trublion zurichois par la chef des finances du canton des Grisons, elle aussi UDC, était audacieux, mais habile.

Ce tremblement de terre était l’occasion de révolutionner la politique suisse. C’était l’opportunité de créer une grande coalition du centre droit qui aurait offert au pays une stabilité qui aurait peut-être pu se comparer aux cinquante glorieuses de la formule magique. Moi qui vis à l’étranger, je ressens encore mieux les atouts de la stabilité politique. La nôtre est enviée dans bien des démocraties.

Acte 2 – Martigny

Mais avant de vous livrer mes conclusions, poursuivons le récit. Le lendemain, donc le jeudi 13 décembre 2007, Martigny était en fête. La ville recevait son homme (L’homme de ma ville devrait évoquer quelques souvenirs aux observateurs attentifs de la politique municipale du coude du Rhône). La fête a battu son plein de l’arrivée au départ du train spécial en passant par la place Centrale ou le CERM. Elle se poursuivit un bout de la nuit.

Pour assurer une rentrée sécuritaire aux plus fêtards, Pascal Couchepin avait demandé d’organiser des bus spéciaux. Dans la nuit qui commençait à s’avancer, je supervisais, avec mon président cantonal, le départ des derniers cars jaunes. Nous patientons devant la poste de Martigny lorsque surgit au loin une silhouette élancée. Plus elle s’approchait de nous, plus nous reconnaissions ces formes familières.

Vous l’avez sûrement deviné, le président du PDC Suisse allait utiliser le bus présidentiel pour retrouver son foyer. Il ne rentrait pas à Berne ce soir-là. Durant l’attente du dernier départ, une conversation amicale et décontractée démarra entre Léonard Bender, alors vice-président du PRD Suisse et Christophe Darbellay. Je les ai écoutés sans trop intervenir. Ces moments sont essentiels pour l’éducation politique.

Je ne me souviens pas des termes exacts, mais très vite le séisme de la veille enflamma ces deux « bêtes » (dans le sens positif du terme) politiques. La question d’une grande coalition du centre droit par la formation d’un groupe parlementaire commun (comme le faisaient alors radicaux et libéraux) occupa le débat. Christophe Darbellay n’en voulait d’aucune façon. Les radicaux avaient décidé de réélire Christophe Blocher, ils avaient choisi leur camp. Le PDC voulait privilégier une collaboration avec le Parti socialiste.

Épilogue

Les mois qui ont suivi confirmèrent cette situation. La coalition du centre droit disparut dans les abîmes de l’histoire. Au lieu d’avoir un rassemblement des forces évangéliques, chrétiennes-sociales, démocrates-chrétiennes, vertes-libérales, libérales, radicales et bourgeoises démocratiques qui auraient constitué un bloc de 77 députés au coeur de l’échiquier politique, l’éparpillement prévalut et ces forces se dispersèrent.

Cette occasion a été gâchée, à mon avis, par la faute (car ce fut plus qu’une erreur à mon sens, mais une véritable faute) de deux hommes que pourtant je considère, pour des raisons différentes, comme de bons politiciens. Christophe Darbellay et Fulvio Pelli avaient toutes les cartes en mains, mais ne saisirent pas l’occasion. L’un préféra privilégier l’aile urbaine et sociale de son parti, l’autre avait trop peur des fuites vers l’UDC. Ces deux hommes n’avaient pas beaucoup de sympathie l’un pour l’autre. La froideur de leur relation ne pouvait qu’engendrer ce résultat. Le hasard des personnalités joue parfois de mauvais tours à l’histoire.

C’était il y a bientôt 10 ans, c’était au niveau fédéral, peut-on en tirer une leçon pour le Valais d’aujourd’hui ? Je n’en sais rien. Certains personnages ont disparu, d’autres sont toujours là, mais il ne faut pas oublier qu’au final, ce sont les électeurs qui vont décider. Dans un système majoritaire, les coalitions ont moins d’importance. Les personnalités prédominent et il y en a sur la ligne de départ. Les deux mois à venir me donneront certainement l’occasion de me rémomémorer quelques autres situations qui éclaireront le débat… ou pas !

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