Valais Libre

7 février 2017

Conseil d’État 2017

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 5 h 00 min
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L’illusion du 2e tour.

Une du Nouvelliste après le 2e tour 1977...

Une du Nouvelliste après le 2e tour 1977…

Dans un mois, les résultats du premier tour des élections au Conseil d’État seront connus. Autant dire que tout sera joué. En effet, bien que le système soit conçu sur deux tours, l’histoire nous démontre qu’un seul tour suffirait.

Je lisais dernièrement une déclaration d’un candidat qui disait espérer un bon résultat pour se qualifier pour le second tour. J’ai souri. Nous ne sommes pas en France où lors de l’élection présidentielle seuls les deux premiers candidats du premier tour peuvent participer au second. En Valais, il faut simplement avoir obtenu 8 % des bulletins valables au premier tour (art. 127, loi sur les droits politiques).

Les listes qui atteignent ce score peuvent participer au deuxième tour avec les mêmes candidats ou en en changeant un ou plusieurs. Le « bon » résultat est donc relatif. La question est beaucoup plus politique que légale. Rappelons que pour être élu au premier tour, il faut obtenir la moitié plus un des bulletins valables. Un deuxième tour a lieu à la majorité simple (celui qui obtient le plus de voix est élu) pour combler les places vacantes seulement s’il y a plus de candidats que de place.

Le 1er tour: toujours décisif

Mais au-delà de ces considérations légales, il est beaucoup plus important de savoir que tout s’est toujours joué au premier tour. C’est ce que je vais démontrer ci-dessous en analysant les scrutins des quatre-vingts dernières années. Les états-majors de parti se sont toujours beaucoup inquiétés du deuxième tour, j’en ai fait partie, mais ce fut toujours en vain.

On entend souvent des bruits d’alliances, de regroupements, de coalitions formelles ou informelles qui pourraient naître après le premier tour. Ce ne sont que des chimères. Tout s’est toujours joué le premier week-end des élections. Toutes les stratégies, tous les changements, tous les appels n’ont jamais servi à rien. On aurait pu organiser une élection à un tour que le gouvernement valaisan aurait toujours été le même.

2013

En 2013, malgré un ballottage général et le remplacement de Christian Varone par Léonard Bender qui n’a pas empêché l’éviction du PLR, tout était dit après le premier tour. Seul le classement des cinq élus a varié: Esther Waeber-Kalbermatten est remontée de la cinquième à la deuxième place. Oskar Freysinger a fini en tête des deux scrutins. Jean-Michel Cina, Maurice Tornay et Jacques Melly sont chaque fois dans les cinq. Christophe Clivaz ne s’est pas présenté au deuxième tour.

2009

Ballottage général, mais pas de deuxième tour, les cinq premiers, Jean-Michel Cina, Maurice Tornay, Jacques Melly, Claude Roch et Esther Waeber Kalbermatten sont élus tacitement suite au désistement de Marylène Volpi Fournier, Gabriella Walker Salzmann et Éric Fellay.

2005

Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet sont élus au premier tour, mais pas de deuxième tour. Les trois suivants, Jean-Michel Cina, Thomas Burgener et Claude Roch sont élus tacitement suite au désistement de Georges Darbellay, Michel Carron et Ignace Rey.

2001

Jean-René Fournier, Jean-Jacques Rey-Bellet et Wilhem Schnyder sont élus au premier tour. Thomas Burgener et Claude Roch les rejoignent après un deuxième tour où Cilette Cretton n’a pas réussi à dépasser le candidat officiel de son parti. Michel Carron s’est retiré après le premier tour.

1997

Wilhem Schnyder est élu au premier tour. Malgré le remplacement du 6e Peter Furger par Ruth Kalbermatten, Peter Bodenmann permet aux socialistes de faire leur entrée au gouvernement. Serge Sierro, Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet complètent l’équipe. Michel Carron présent aux deux tours et Paul Schmidhalter au premier tour ont aussi animé ces élections.

1993

Wilhem Schnyder et Bernard Bornet sont élus au premier tour. Les trois suivants sont élus au deuxième tour dans l’indifférence, le vote tacite n’existait pas encore. Il y avait trois candidats, Richard Gertchen, Raymond Deferr et Serge Sierro pour trois sièges. Les deux candidats socialistes, Charles-Édouard Bagnoud et Thomas Burgener, se sont retirés après le premier tour.

1989

Bernard Bornet, Raymond Deferr et Richard Gertchen sont élus au premier tour. Les deux suivants, Hans Wyer et Bernard Comby au deuxième, après un vote sans enjeu après le désistement des socialistes Françoise Balmer et Peter Bodenmann.

1985

Bernard Bornet et Raymond Deferr sont élus au premier tour. Les trois suivants, Richard Gertchen, Hans Wyer et Bernard Comby lors d’un deuxième tour sans enjeu après le désistement de Gérald Jordan et Laurent Nicollet.

1981

Ballottage général au premier tour, mais les cinq premiers, Bernard Bornet, Guy Genoud, Hans Wyer, Franz Steiner et Bernard Comby seront élus au deuxième tour. Ni les dissidences démocrates-chrétiennes de Paul Schmidhalter, rejoint au deuxième tour par Jacqueline Pont et Ignace Mengis ni les socialistes Germain Varone au premier tour et Claude Kalbfuss au deuxième ni l’indépendant Paul Aymon au premier tour ne changent le classement.

1977

Guy Genoud et Franz Steiner sont élus au premier tour. Hans Wyer, Antoine Zufferey et Arthur Bender seront élus au deuxième tour où Gabrielle Nanchen arrive cinquième comme au premier tour, mais étant du même district qu’Antoine Zufferey, elle ne sera pas élue.

1973

Le premier ballottage général de l’histoire provoqué par les dissidences PDC de Mario Ruppen et Maurice Deléglise. Ils sont rejoints par le socialiste Claude Rouiller au deuxième tour, mais ça ne change rien à l’affaire, les cinq premiers du premier tour, Guy Genoud, Antoine Zufferey, Wolfgang Loretan, Franz Steiner et Arthur Bender sont élus.

1969

Élections sans histoire sur un tour grâce à une liste commune, Antoine Zufferey, Wolfgang Loretan, Ernest von Roten, Arthur Bender et Guy Genoud sont élus. Le socialiste Alfred Rey ne perturbe en rien l’alliance radicale conservatrice.

1965

Les 4 PDC Marius Lampert, Marcel Gross, Wolfgang Loretan et Ernest von Roten sont élus au premier tour. Arthur Bender les rejoindra après un deuxième tour en solitaire suite au retrait du socialiste Alfred Rey.

1961

5 candidats pour 5 sièges : élections sans histoire en un tour. Le radical Marcel Gard devance les PDC Marius Lampert, Marcel Gross, Ernest von Roten et Oskar Schnyder, mais il y a à peine 1000 voix d’écart entre le premier et le cinquième.

1957

Même situation que 4 ans plus tôt, mais les 4 PDC Marius Lampert, Marcel Gross, Oskar Schnyder et Karl Anthamatten devancent le radical Marcel Gard. Il y a moins de 3000 voix entre les cinq candidats.

1953

Les cinq candidats de la liste commune radicale PDC sont élus au premier tour. Karl Anthamatten, Oskar Schnyder, Marcel Gross, Marius Lampert et Marcel Gard forment le gouvernement. Le socialiste Charles Dellberg ne réussit pas à perturber la coalition.

1949

Cinq candidats, cinq élus au premier tour: Oskar Schnyder, Maurice Troillet, Karl Anthamatten, Cyrille Pitteloup et Marcel Gard.

1945

Maurice Troillet, Cyrille Pitteloud, Karl Anthamatten et Jean Coquoz, les 4 PDC sont élus au premier tour. Ils sont rejoints par le radical Marcel Gard qui au deuxième tour, comme au premier, précède le socialiste Charles Dellberg.

1941

Karl Anthamatten, Maurice Troillet, Cyrille Pitteloup, Oscar de Chastonay et Albano Fama sont élus au premier tour. Charles Dellberg arrive loin derrière.

1937

Maurice Troillet, Cyrille Pitteloup, Oscar de Chastonay et Albano Fama sont élus au premier tour. Au deuxième tour, après le retrait du Dr Raymund Loretan, pourtant conseiller d’État sortant et du Dr de Sépibus qui ne fit que quelques centaines de voix, c’est Karl Anthamaten qui est élu face à Charles Dellberg qui le suit comme au premier tour.

20 élections – 0 changement

Le passé n’est pas une garantie du futur, mais force est de constater que durant les 80 dernières années (je ne suis pas remonté plus loin dans la démonstration) l’électorat a toujours fait ses choix lors du premier tour.

Si on a l’habitude de dire en France qu’au premier tour on sanctionne et au deuxième on élit, en Valais on constate qu’au premier tour on décide et, si nécessaire, au deuxième on confirme. Les stratèges de 2017 feraient bien de réfléchir à cet état de fait avant de tirer des plans sur la comète du deuxième tour…

PS:

Pour mes recherches, j’ai utilisé les sites : confederearchives.ch et nouvellistearchives.ch

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Un commentaire »

  1. […] sont plus que sept pour les cinq sièges au gouvernement. Dans une de mes chroniques précédentes (L’illusion du 2e tour), je concluais que les Valaisans choisissent au premier tour et confirment, si nécessaire, au […]

    Ping par Proportionnelle ou majoritaire | Valais Libre — 14 mars 2017 @ 4 h 31 min | Réponse


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