Valais Libre

14 février 2017

Quand la dissidence eut payé

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 06 min
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photos: Nouvelliste 1937 - Canal 9 2017

photos: Nouvelliste 1937 – Canal 9 2017

Lors de ma chronique de la semaine dernière, en parlant des prochaines élections valaisannes et plus particulièrement du Conseil d’État, je faisais la démonstration que le deuxième tour était inutile. Je concluais que jamais en 80 ans le classement du premier tour n’avait changé. J’ai commis une erreur. En 1937, ce ne furent pas les cinq premiers du premier tour qui siégèrent au gouvernement. Une dissidence conservatrice réussit à devenir officielle au deuxième tour.

« M. Anthamatten qui avait été évincé par l’assemblée des délégués de son parti vient de prendre une revanche éclatante, et si quelqu’un peut se vanter d’avoir été porté par le peuple au Gouvernement, ce fut bien lui qui déjoua les combinaisons des petits comités. » Ces mots d’André Marcel dans le Confédéré du lundi 15 mars 1937 mettent un terme aux élections du Conseil d’État.

Après de multiples remous, une nouvelle équipe peut se mettre au travail, le Valais en avait bien besoin. Il fallait tourner la page de quatre années de dissensions gouvernementales. L’affrontement entre Maurice Troillet et Cyrille Pitteloup n’aura pas trouvé de vainqueur et c’est le docteur Raymond Loretan qui en aura fait les frais. La lecture des Nouvelliste et des Confédéré parus entre le 1er et le 15 mars 1937 est un petit régal qui nous montre que les vicissitudes actuelles d’une campagne au Conseil d’État ne sont pas nouvelles.

Je me permets de vous en faire un petit résumé. Certains pourront s’amuser à chercher quelques parallèles avec la situation d’aujourd’hui. Je m’abstiendrai.

Une assemblée à Sion

Le dimanche 28 février 1937 à 15 h 30 se tient à la salle du Casino à Sion l’assemblée cantonale des délégués conservateurs. Deux points principaux sont à l’ordre du jour: la liste commune avec le parti libéral-radical et la désignation des quatre candidats. Le premier point est rapidement réglé et un mandat est laissé au directoire pour négocier les derniers détails du contrat de collaboration avec les libéraux-radicaux. La liste officielle contiendra 5 noms: 4 conservateurs et un libéral-radical.

Quant à la deuxième question, dans un premier temps, il faut choisir qu’elle région aura le 4e candidat. Le Centre et le Haut-Valais le revendiquent. Le Centre gagne ce premier vote à bulletin secret. Maurice Troillet est donc rejoint sur la liste par Cyrille Pitteloup et Oscar de Chastonay. Reste le Haut-Valais.

Dans le Haut, trois candidats veulent l’investiture: le conseiller d’État sortant Raymond Lorétan, le conseiller national Joseph Escher et le président de Viège Charles Anthamatten. Voulant barrer la route au sortant Loretan, Escher se désiste et invite à voter Anthammatten. La manoeuvre échoue et le 4e candidat sera Raymond Loretan.

Une dissidence

« M. Anthamatten est une force et une grande conscience que nous retenons. Son heure viendra plus que nous le supposons. Maintenant serait-il exact que M. le conseiller national Escher prit la tête de cette équipe dissidente ? Nous en doutons beaucoup, connaissant son intelligence et son habileté. » Charles Saint-Maurice ne veut pas croire à une dissidence dans le Nouvelliste du mercredi 3 mars 1937…

Et pourtant, déjà dans son édition du lundi 1er mars, le Confédéré l’annonçait: « Le groupe Escher lance une liste dissidente. » Malgré toutes les discussions de dernières minutes, Charles Anthamatten fut candidat. On vit même apparaître des listes imprimées où son nom remplaçait celui du candidat libéral-radical Albano Fama au côté des 4 candidats officiels du parti conservateur.

Un premier tour surprenant

Le dimanche 7 mars 1937, les électeurs valaisans élisent 4 magistrats: Cyrille Pitteloud, Oscar de Chastonay, Maurice Troillet et Albano Fama. Raymond Loretan avec 14 975 voix précédait Charles Anthamatten avec 13 822 alors que le socialiste Charles Dellberg en obtenait 6 834 et le Dr de Sépibus 730.

Si Raymond Loretan devançait son adversaire dissident sur l’ensemble du canton, dans le Haut-Valais, il en allait tout autrement. Charles Anthamatten dominait dans tous les districts et obtenait 6 301 voix contre 3960 au Conseiller d’État sortant.

Un dénouement imprévisible

« Le Directoire et le Comité conservateur cantonal laissent au peuple le soin de trancher ce que nous appelions, dans notre article de jeudi matin, un noeud gordien. » Le dilemme proposé par Charles Saint-Maurice dans le Nouvelliste du vendredi 12 mars 1937 n’en sera finalement pas un.

Au dernier moment, pour éviter une possible victoire socialiste, Raymond Loretan se retire. Le dimanche 14 mars, les électeurs porteront le « dissident » Charles Anthamatten au gouvernement avec 18 183 voix contre 5 577 au socialiste Charles Dellberg…

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