Valais Libre

22 février 2017

Souvenir d’un autre temps politique

Bernard Bornet (photo: Médiathèque Valais)

Bernard Bornet (photo: Médiathèque Valais)

L’approche des élections cantonales me replonge dans mes souvenirs. Je ne connais pas le candidat Jean-Marie Bornet, par contre, j’ai côtoyé son père au début de ma carrière au Grand conseil. Il est mon premier souvenir de mon entrée à la salle des « pas perdus », passage obligé pour atteindre la salle du Grand conseil.

« Salut Pierrot, bienvenue parmi nous. Comment va l’école à Savièse ? » Un grand homme tout en longueur, impeccablement vêtu de noir, me tend la main. Sans trop réfléchir et un peu intimidé, je lui tends la mienne. « Bonjour, monsieur le conseiller d’État, » lui répondis-je. « Pas de vous entre nous, ici, tous les élus se tutoient. Moi c’est Bernard. Je te souhaite une excellente première journée au parlement. »

Avant que je ne puisse répondre quoi que ce soit, Bernard Bornet est déjà loin. Il a reconnu un député de son groupe. Je reste un peu interloqué et surtout gêné. Heureusement, un collègue radical me rejoint et me montre où je dois signer le registre avant de me conduire à la place du député que je remplace. Ma première séance peut commencer.

Ça se passait en 1993, sûrement à la session de juin, car je n’avais pas siégé lors des premières sessions de la législature. Je venais d’être élu comme député-suppléant. À cette époque, pourtant pas si lointaine, les choses étaient organisées bien différemment. Il n’y avait pas d’assermentation collective pour les suppléants.

Chaque session, les chefs de groupe annonçaient les nouveaux qui siégeaient pour la première fois et la journée débutait par la prestation de serment. Ce jour-là, nous étions deux à commencer notre carrière. Mon collègue haut-valaisan a eu la préséance puisque j’ai dû jurer, je n’avais pas encore le cran de promettre, sur un texte lu en allemand.

Debout, j’avais dû poser les écouteurs de la traduction simultanée. Ce n’est que des années plus tard que j’ai enfin eu droit à la version française. En racontant ma rencontre avec Bernard Bornet, un ancien m’a expliqué qu’en vieux routiers de la politique, le conseiller d’État de Nendaz n’oubliait jamais de regarder la liste des nouveaux de la journée.

Il prenait quelques informations et les attendait dans la salle des « pas perdus ». Même si la spontanéité de cet accueil n’était plus là, j’ai apprécié le geste. C’est le genre de détail qui rendait la politique peut-être plus humaine qu’aujourd’hui. Pour le reste de la législature, j’ai eu de la bienveillance pour ce magistrat qui savait se rendre sympathique.

Les affrontements verbaux étaient tout aussi virulents qu’aujourd’hui dans les travées du parlement. Les PDC y avaient une majorité large et ne laissaient presque rien aux minoritaires. Malgré cette dureté « officielle », dès les débats clos, on partageait un verre sans arrière-pensée avec n’importe quel collègue.

J’ai même entendu un conseiller d’État (pas celui dont je parlais plus haut) traiter, dans une réponse à une question, une députée de manière qui lui vaudrait aujourd’hui certainement une démission si ce n’est dans la journée, au moins dans la semaine. Un bouquet de fleurs déposé le lendemain sur la table de la députée a réglé le différend. La télévision n’était pas encore en direct et les journalistes n’en ont pas parlé, l’incident était clos.

Ce n’était pas moins excusable qu’aujourd’hui, mais c’était un autre temps…

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