Valais Libre

2 mars 2014

Calendrier historique du Valais: 2 mars – 1857 – Alexis Allet au pouvoir

Le dictateur

2 mars BCVCe 2 mars 1857 en s’installant à son bureau de chef du Département des Finances, Alexis Allet peut savourer sa victoire. Si deux ans auparavant il avait finalement accepté d’entrer dans un Conseil d’État dominé par les radicaux, il a aujourd’hui les mains libres. La veille les électeurs valaisans ont donné une large majorité aux conservateurs. Le Gouvernement réparateur prend son envol.

Durant 13 ans, de 1857 à 1870, l’équilibre et la stabilité vont régner. Allet est omniprésent, cumulant les mandats pour assurer son emprise : responsable permanent du Département des finances — qui contrôle les autres — alternativement président ou vice-président du gouvernement, conseiller national, membre du Tribunal fédéral, député, président de la commune de Loèche, chargé de missions diplomatiques à Paris, Il est le père du pays. Ses quatre collègues font — sans déplaisir — de la figuration.

L’historien Michel Rey est sans concession pour celui qui sera surnommé Le dictateur. Né à Loèche en 1820, Alexis Allet a étudié à l’université de Chambéry pour devenir avocat. Il défendra la primauté de l’État face à l’église même s’il veut bien admettre quelques compensations aux brutalités radicales. Mais son nom restera étroitement lié à la Banque cantonale du Valais et à sa faillite retentissante. Il devra d’ailleurs démissionner le 28 décembre 1870 quelques jours avant la faillite de la banque. Alexis Allet décèdera le 1er février 1888 à Loèche.

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12 janvier 2014

Calendrier historique du Valais: 12 janvier – 1871 – Faillite de la BCVS

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Fin du dictateur

12 janvier BCVs… si j’ai péché par confiance et légèreté coupable, je n’en ai point bénéficié et … je quitte le pouvoir avec moins de ressources encore que j’en avais en y entrant. Dans Démentis et Justifications, le conseiller d’État démissionnaire Alexis Allet se défend de toute responsabilité dans l’affaire de la Banque cantonale du Valais qui a mené le canton au bord du gouffre financier.

Ce 12 janvier 1871, l’assemblée des actionnaires déclare la banque en faillite C’est la fin du régime Allet. Acculé, celui qu’on surnommait le dictateur avait démissionné du gouvernement le 28 décembre précédent.La plus grande faute commise, et celle-là a été commise par le Grand Conseil lui-même, c’est d’avoir nommé pour ainsi dire à perpétuité le chef du Département des finances président

du conseil d’administration… On a ainsi lié intimement la Banque à l’État et l’État à la Banque. Le rapport Kürner, du nom du comptable genevois chargé par le gouvernement de faire la lumière sur cette déconfiture, est impitoyable.

L’aventure débutée par un décret unanime du Grand conseil du 2 septembre 1856 se termine bien mal. Le régime conservateur en sortira passablement affaibli, mais c’est surtout le Valais qui doit faire face à de très grosses dépenses d’infrastructure comme l’endiguement du Rhône qui souffrira de cette faillite. Une nouvelle banque cantonale naîtra en 1917.

11 juin 2012

La longue histoire du conflit Église/État

Le calendrier du concordat

Une vue d’ensemble de ce calendrier s’impose avant d’aborder les éléments du conflit opposant l’état au clergé.

Du projet de concordat élaboré par MM. Allet et Bovieri, le Conseil d’état ne veut rien en savoir. Mgr Bovieri, dans une lettre à M. Allet datée du 26 juillet 1862, communique son pessimisme quant à la poursuite des négociations tant il reste persuadé qu’en L’ABSENCE D’UNE Réparation CONVENABLE AUX DOMMAGES Portés à l’Église en Valais, le Saint-Siège n’apporterait pas son accord à un concordat ; ainsi l’espoir d’un arrangement s’amenuise et nous nous acheminons ver la rupture des négociations.

Puis, de sessions de printemps en sessions d’automne, rien ne se passe sinon la demande d’explications au Conseil d’Etat le 26 novembre 1863 par M. Delacoste au sujet du concordat dont on avait promis de s’occuper ; le chroniqueur note : « pas entendu de réponse »1 !

Ainsi, les négociations sont au point mort ; toutefois l’arrivée d’un nouveau délégué du Souverain Pontife, Mgr Angelo Bianchi, suscite un espoir de relance ; surtout qu’à la session du Grand Conseil de mai 1865, une commission est chargée de remettre l’ouvrage sur le métier ; mais, comme dans une fuite en avant, elle propose que, pour trouver une issue à ce conflit, il serait plus judicieux de s’adresser directement à Rome. Une telle proposition soulève les vives protestations de la part des radicaux qui s’interrogent sur le bien-fondé d’un concordat ; Alphonse Morand, lui, estime que nous pouvons « fort bien s’en passer ».

Nous sommes en janvier 1868 lorsque soudainement, le Saint-Siège, avec Angelo Bianchi, manifeste une volonté de trouver un dénouement à cette affaire en proposant au gouvernement de réunir une conférence, mais en vain, puisque le Conseil d’état reste muet.

Rebondissement en 1869, lorsqu’un nouveau chargé d’affaires apostolique, Mgr Jean-Baptiste Agnozzi, annonce la volonté de Rome de reprendre les négociations, en laissant de côté la question controversée de la nomination de l’évêque. M. Allet, mandaté par le Conseil d’état, manifeste le désir de régler en priorité la question en suspens depuis 1864, celle relative aux fêtes religieuses. Mécontentement chez les radicaux qui, au cours de la session de mai 1870, s’insurgent devant la lenteur apportée au règlement de la question religieuse et exigent des explications du gouvernement sur les différents entretiens entre l »état et les autorités ecclésiastiques. La revendication radicale déclenche l’ire de M. Allet.

Et le concordat est une nouvelle fois mis sous le boisseau. Sachons néanmoins qu’après vingt années de palabres, un semblant d’accord entre l’état et le clergé interviendra au printemps …1879.

1 Le Confédéré du Valais, no 98 du dimanche 6 décembre 1863.

8 juin 2012

Quand Rome s’invite à Sion

Le Saint-Siège dicte ses volontés

à peine l’encre de la signature du président du Grand Conseil, J.-A. Clemenz, apposée au bas du décret du 24 mai 1859 est-elle séchée – biffant d’un trait de plume la décision du peuple souverain de décembre 1847 d’attribuer la facture de la guerre civile du Sonderbund à ses responsables – le Conseil d’état s’empresse de communiquer sa décision à l’autorité ecclésiastique.

Le 27 juin 1859, le président du Conseil d’état, M. Alexis Allet, conformément à la convention [du 12 mai 1859], adresse une communication, à l’Évêché de Sion et au chargé d’affaire du St-Siège, Mgr Giuseppe Maria Bovieri1, pour les informer de l’entrée en vigueur du décret du 24 mai 1859, décret par lequel le pouvoir législatif a révoqué ceux des 11 et 29 janvier 1848 et « réintégré le Vénérable Clergé dans la possession des biens non aliénés ». Deux jours plus tard, le 29 juin 1859, jour de la Saint-Pierre et Paul, le président du Conseil d’état, dans une relation moyenâgeuse de sujet à seigneur, signifie au Souverain Pontife Pie IX que, pour « nous conformer aux vœux du Chef suprême de l’Église », nous avons a abrogé les décrets de janvier 1848, lesquels avaient porté préjudice aux droits de l’institution catholique.

Qu’en est-il de l’application de ce décret du 24 mai 1859 ? C’est Le Confédéré du Valais qui, dans son édition du 28 juillet 1861, nous éclaire sur le sujet. Ainsi, nous apprenons que la réparation – à l’égard de l’Église – décidée par le gouvernement réactionnaire n’aurait pas été entièrement réalisée. La feuille radicale reproche à M. Allet de ne pas avoir traduit en actes ses paroles et lui rappelle que la crédibilité de ses discours est étroitement liée à « la restitution pleine et entière de tout ce qui avait été volé, selon vous », et notre chroniqueur d’ajouter qu’en cas de non exécution complète, M. Allet se rend « complice du vol plus hideusement qualifié par l’incohérence des actes et du langage ».

Pendant ce temps, MM. Bovieri, exécuteur des volontés ultramontaines, et Allet, à l’ordre des cléricaux, travaillent ensemble sur un projet de concordat. De son côté, Mgr de Preux met en cause la législation valaisanne postérieure à 1847 – celle élaborée par le régime radical – et réclame la révision de nombreuses lois, notamment celles sur le régime communal, sur l’instruction publique ou encore la procédure relative à la nomination de l’évêque sans oublier d’exiger la modification du Code civil valaisan afin de le rendre compatible avec l’institution cléricale. Cette ingérence cléricale dans le domaine temporel, associée à la soumission du pouvoir civil aux volontés du St-Siège, démontrent combien nous sommes éloignés d’un désir de séparation des pouvoirs.

1 De 1848 à 1864 ; à noter que ce dernier avait refusé la Constitution fédérale de 1848.

7 juin 2012

Retour en arrière

 Le gouvernement conservateur renie une décision du peuple

Lors de la session du Grand Conseil du 23 mai 1859, le Conseiller d’état Alexis Allet déclare, qu’avec ses décrets de sécularisation des 11 et 29 janvier 1848 – transfert à l’État des biens ecclésiastiques – le gouvernement radical a rompu la bonne harmonie entre l’Église et l’État ; il souligne que dans un pays où la population est catholique, ces décrets portent atteintes aux droits de l’Église et il importe de procéder à « une réparation solennelle et éclatante » afin de supprimer « l’abîme que les décrets de spoliation de 1848 avaient creusé entre l’État et l’Église» en priant les députés de les abroger1 .

Suivre la prière d’Allet revient à biffer la décision du peuple souverain de décembre 1847, comme le déclare le décret du 24 mai 1859 à son article 1 « le décret du 11 janvier 1848, portant réunion au domaine de l’État des biens et le décret du 29 sont rapportés » ; l’article 2 réintègre l’Église dans la possession des biens.

Les députés de la minorité radicale manifestent leur désapprobation au travers différentes interventions, comme celle du député Ducrey d’introduire à l’article 2 une clause protégeant les acquéreur de ces biens et que le futur concordat contienne la ratification de ces ventes par le Saint-Siège ; une demande qui se heurte au refus de la majorité, hostile à tout principe de sécularisation2.

De son côté, le député Cretton rappelle que les décrets de 1848 confèrent des droits aux communes, comme la propriété des biens paroissiaux, qui risquent de recourir auprès de la Confédération ; on lui répond que lorsque les décrets spoliateurs seront abrogés, les communes ne possèderont plus aucun moyen juridique en la matière.

Hippolyte Pignat marque son opposition au motif que la loi de 1848 a été sanctionnée par le peuple ; le député de Vouvry rappelle par ailleurs que la Constitution de 18523 prévoit un Concordat afin de régler les rapports État-église et demande l’ajournement des discussions jusqu’à ce que le concordat soit présenté devant le parlement ; mais en vain, car les conservateur lui rétorquent que si la Constitution de 1852 prévoit effectivement le Concordat, elle ne le prescrit en aucune manière.

Enfin, M. Alexandre de Torrenté, ancien membre du gouvernement radical de 1848, provocateur, somme la majorité conservatrice qui calomnie le gouvernement radical de voleur, d’assumer son acte outrancier et « mettre en accusation les membres du gouvernement de 1848 ».

Malgré ces revendications radicales, le décret est accepté. Ainsi, les conservateurs, en condamnant la décision populaire, déclarent les décrets de 1848 comme une tache de notre histoire et montrent leur détermination à effacer toute trace des réalisations mise en œuvre par les radicaux.

1 cf. Recueil des lois et décrets 1857-1865 p. 146 [doc. rg].

2 La motion est rejetée par 53 voix contre 20 – Voir liste des votants dans B. Fournier p. 196 [doc. Rg].

3 L’art. 73.

6 juin 2012

L’Église valaisanne se retrouve dans la victoire des conservateurs

Le début des négociations

Les premières démarches en vue d’apaiser les querelles entre l’État à l’Église débutent en 1852, lorsque le régime radical, avec un esprit conciliant, introduit dans la Constitution la volonté de conclure un concordat qui règlerait également les questions relatives au mariage, à l’abstinence et aux jours fériés.

Dans le courant de 1857, quelques mois à peine après son arrivée au pouvoir, le gouvernement conservateur – alors que la situation économique du canton se trouve dans une situation délicate et que de lourds impôts pèsent sur le peuple – affiche sa détermination à mettre un terme aux différends existant depuis l’avènement du gouvernement radical en 1848 entre l’État et l’Église en décidant d’apporter son aide au clergé. C’est dans cette intention que le 23 novembre 1857, le président du Conseil d’état, M. Alexis Allet annonce au Grand Conseil que le Conseil d’état refuse la « théorie des fait accomplis » – c’est-à-dire la décision du peuple de décembre 1847 et celle du gouvernement de janvier 1848 – et souligne que sa ligne de conduite consiste à sauvegarder « l’héritage le plus sacré de nos pères », le pouvoir clérical. Il informe également les députés qu’il a communiqué à l’évêque1 « notre désir de rétablir les relations » avec l’Église et que le Vénérable Clergé attend, à ce sujet, des instructions du Saint Siège ; une attitude qui démontre combien le gouvernement se soumet à un pouvoir étranger à la République. Par ailleurs, M. Allet demande que les corporations religieuses participent à l’instruction publique et déclare à la députation que « le principe de la propriété de l’État des avoirs de l’Église sera révoqué » ; une déclaration qui ne peut que satisfaire Mgr Pierre-Joseph de Preux, évêque de Sion.

Les tractations se poursuivent, chaque partie faisant valoir ses revendications. C’est dans cet esprit que le 12 mai 1859, les conseillers d’état, MM. Alexis Allet et Antoine de Riedmatten [un libéral de la veille, rallié aux conservateurs en 1852] tiennent une conférence avec l’évêque de Sion, Mgr de Preux afin d’élaborer une convention spécifiant entre autres choses que ceux qui, au moment de la sécularisation des biens du clergé, ont acquis ces biens « ne seront jamais molesté par l’autorité ecclésiastique ». Souvenons-nous, à ce sujet, que, par crainte de subir l’excommunication, des conservateurs ont soudoyé des boucs émissaires pour acquérir des biens à leur place ; des biens qu’ils espèrent récupérer ultérieurement lorsque les menaces d’excommunications s’estomperont.

Après une année de discussions, sans résultat tangible, le gouvernement soumet cette épineuse affaire au Grand Conseil qui charge une commission2 d’élaborer un projet de décret.

1 Lors d’une réunion qui se situe avant le 1er septembre 1857 date de la réponse de l’évêque.

2 Hippolyte Pignat y représente la minorité radicale.

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