Valais Libre

16 mai 2017

Bombardier ou les limites du capitalisme

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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quebec.huffingtonpost.ca

Bombardier est un fleuron industriel québécois bien connu en Suisse. Si la compagnie a fait parler d’elle la semaine dernière en Suisse à cause d’un retard dans la livraison de nouveau train, au Québec, c’est son assemblée générale qui soulevé l’ire de certains. Depuis quelque temps la politique de rémunération de ses dirigeants est contestée.

L’entreprise fondée par Joseph-Armand Bombardier est chère au cœur des Québécois. Après, les motoneiges, ce sont aujourd’hui les trains et les avions qui sont au cœur des activités. Des milliers d’ingénieurs et des dizaines de milliers de travailleurs spécialisés et qualifiés font sa fierté. Elle rayonne un peu partout à travers le monde.

Je ne reviendrai pas sur les causes de la grogne des Québécois, vous pouvez relire ma chronique du 11 avril dernier. Par contre, le fait que la Caisse de dépôt et de placements du Québec et d’autres grands investisseurs aient dit avant l’assemblée générale qu’elles voulaient rejeter la politique de rémunérations des dirigeants et ne pas réélire Pierre Beaudoin à la tête du Conseil m’interpelle.

Des votes protégés

Pour que de telles institutions en arrivent à de telles conclusions, il faut que la situation soit sérieuse. La Caisse de dépôt et de placements du Québec n’a pas la réputation de faire du sensationalisme. Malgré cela, les propositions de l’entreprise ont été acceptées à plus de 93% lors du vote des actionnaires. À n’y rien comprendre!

Les systèmes d’actions protégées et privilégiées qui donnent à la famille Bombardier 53% des voix avec moins de 13% des actions expliquent une partie des résultats. Le reste vient du vote anticipé et des procurations. Les actionnaires absents sont nombreux à signer une procuration à la direction. Le formulaire leur est envoyé bien avant, souvent avant que les polémiques ne naissent.

Protéger les entreprises

Ce système a été inventé pour protéger les entreprises des prises de contrôle indésirables. En Valais, je sais que le Nouvelliste vit ou vivait avec un tel régime. Il donne à la famille Bombardier l’assurance de garder le contrôle malgré la croissance de l’entreprise. On aime la rassurante gestion familiale.

Ainsi le petit-fils du fondateur peut continuer à diriger l’entreprise, même si sa compétence est douteuse. Se délivrer un salaire dix fois plus grand que celui des administrateurs des entreprises comparables ne semble pas un souci. Les autres membres de la famille et quelques alliés présents de longue date au Conseil font la majorité.

Perversion des règles

Dans un monde idéal, on pourrait opposer une économie planifiée à une économie libre, mais rien n’est aussi pur. On voit, dans le cas de Bombardier, quelques dérives du capitalisme. Une société trop importante pour être abandonnée par l’État, une direction familiale dépassée et des règles qui ne correspondent plus à la réalité.

L’État québécois a investi de grandes sommes pour sauver le projet de la Cseries et il ne peut pas fragiliser l’entreprise qui détient un savoir-faire important et qui génère beaucoup d’emploi. Pierre Beaudoin, le rejeton de la famille qui a hérité de la charge n’est pas son grand-père, mais tout se maintient parce que le système le veut.

Loin d’être une exception, l’exemple de Bombardier montre que la théorie est souvent loin des réalités du terrain. Le capitalisme, la libre entreprise, basée sur la compétence et le marché trouve des limites lorsque les contingences humaines viennent compliquer la pureté théorique.

11 avril 2017

Des rémunérations contestées

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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Pierre Beaudoin, président du C.A. de Bombardier avec le premier C Serie 100 acheté par Swiss. (tvanouvelles.ca)

La volonté de la fondation Ethos de remettre en cause la politique de rémunération du conseil d’administration du Crédit Suisse lors de la prochaine assemblée générale fait écho à la grogne populaire qui se fait entendre ici au Québec suite à l’annonce d’une hausse substantielle de la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier. Le débat existe des deux côtés de l’Atlantique et mérite une réflexion.

Le 3 mars 2013, près de deux votants sur trois refusaient l’initiative « contre les rémunérations abusives » connue également sous le nom d’ « initiative Minder ». Le peuple suisse ne soutenait pas l’idée d’un plus grand contrôle des rémunérations des hauts dirigeants. Malgré cet échec, cette initiative a permis de mettre sur la table cette problématique et la question est loin d’être close.

Depuis quelques semaines, le Québec est secoué par une grogne populaire qui répond à la volonté des dirigeants de la célèbre compagnie Bombardier d’augmenter de près de 50 % la masse salariale de ses hauts dirigeants. « Une écrasante majorité (93%) [des Québécois] se dit contre la décision de Bombardier de gonfler de 48% la rémunération de ses hauts dirigeants, » signalait le Journal de Québec le premier avril dernier.

Cette fronde s’est poursuivie au parlement puisque les partis d’opposition ont demandé un vote sur l’intervention du gouvernement pour demander un peu de décence à la compagnie. Les libéraux au pouvoir ont rejeté cette motion. Philippe Couillard, le premier ministre, se contentant de relever le report d’une partie de la hausse de quelques années après les réactions des Québécois.

Il faut dire que Bombardier vient de recevoir plus d’un milliard d’argent de l’État pour poursuivre son programme de la CSerie, des avions prometteurs, mais qui peine à convaincre les acheteurs. Cette aide gouvernementale s’est accompagnée de nombreuses mises à pied. L’avionneur qui est aussi connu pour ses trains a donc vu sa cote plonger dans le coeur des Québécois.

Comme lors de la campagne suisse sur l’« initiative Minder » le débat politique est vif. Le bon sens nous oblige à nous indigner contre des sommes irréelles gagnées par de hauts dirigeants sous prétexte qu’elles sont nécessaires pour garder les meilleurs. S’il est vrai que des dirigeants compétents peuvent faire la différence, force est de constater que cette compétence est difficile à justifier lorsqu’on doit faire appel à l’État ou lorsqu’elle passe par le licenciement de nombreux employés.

Jean-François Cliche, le chroniqueur scientifique du Soleil, proposait dans un article ce dimanche, une analyse intéressante:

« Mais il est aussi possible que, pour des raisons psychologiques, le simple fait de se trouver dans une position de pouvoir contribue à brouiller les repères moraux, dit Stéphane Côté, professeur à l’École Rotman de gestion de l’Université de Toronto. «Quand on a beaucoup d’argent, on a moins besoin des autres, on a la possibilité de se payer toutes sortes de choses. Et ce que plusieurs études suggèrent, c’est que quand on a moins besoin autres, on fait moins attention à eux», dit-il. »

Finalement, ces débats sur la rémunération des hauts dirigeants nous renvoient à la question de la répartition des richesses et aux écarts entre ceux qui produisent et ceux qui administrent et dirigent. Dans un monde idéal, un équilibre serait trouvé. Je n’ai pas la prétention d’avoir la formule de cet équilibre, mais il me semble qu’on n’ait pas encore trouvé le chemin vers cet idéal.

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