Valais Libre

6 janvier 2018

Chroniques québécoises 2018 (1)

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 11 h 46 min
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Une longue traversée

Beau travail du remorqueur pour briser la glace.

Je n’ai pas pu faire un autre essai d’accostage parce qu’un bateau à la dérive arrivait sur nous. Pour une question de sécurité, j’ai dû retourner au milieu du fleuve. Actuellement, nous dérivons. Le seul brise-glace disponible a une panne de moteur et les petits remorqueurs du port de Québec sont tous utilisés pour aider des navires qui transitent dans le coin. Je pense qu’on risque d’être pris dans les glaces jusqu’à la marée montante vers 15 h 00. 

Il est 10 h 15, notre capitaine nous informe calmement de la situation. Parti de Lévis à 9 h 30 pour une traversée de 10 minutes afin d’être en avance à Québec pour mon rendez-vous de 11 h, je n’y serai pas. Marianne Tremblay de Canal 9 devra m’attendre.

La journaliste québécoise qui travaille en Valais depuis 15 ans doit être au courant des difficultés de l’hiver québécois. Heureusement, le téléphone m’a permis d’avertir mes amis qui m’attendaient pour un tour guidé que j’avais intitulé Quelques mystères de Québec. Cette nuit, j’avais même trouvé que de parler du Triangle des Bermudes de la ville de Québec serait opportun.

Je n’aurais peut-être pas dû forcer le destin ! La malédiction du triangle semble s’abattre sur nous. Nous sommes une vingtaine à dériver dans les glaces du fleuve. Un gros quart d’heure plus tard, le traversier se réfugie dans une cale du chantier maritime Davie à Lévis. Nous sommes plusieurs à admirer cette vue industrielle inhabituelle.

Le plaisir ne dure pas, revoilà déjà notre capitaine : J’ai mis le traversier à l’abri parce que plusieurs bateaux étaient en difficultés au milieu du fleuve et ce n’était pas sécuritaire de rester dans la voie maritime. Mais les remorqueurs ont fini leur travail et un va venir nous aider à remonter sur Québec. 

Notre capitaine semble soulagé, malgré l’absence de brise-glace une méthode de secours plus légère est enfin disponible. À 11 h 45, la manœuvre commence. Elle sera longue. Si les premiers mètres sont encourageants, très vite les glaces sont résistantes et la progression est difficile.

Une heure plus tard, nous sommes toujours au milieu du fleuve. Malgré les danses habiles des remorqueurs, un deuxième est venu à la rescousse, les glaces semblent les plus fortes. La ville paraît toute proche, mais elle est encore si loin…

Passé midi, un membre de l’équipage débarque avec du café. Il est accueilli avec joie. Il faut dire que le personnel est rassurant. Jamais de panique, des explications régulières et claires, tout est fait pour nous rassurer. Si au moment de l’annonce du retard, certains, comme moi, ont eu une envie d’énervement, très vite la bonne humeur a régné sur le bateau.

Très vite, les naufragés se sont parlé, chacun a un bout d’histoire à raconter, une anecdote, un souvenir en lien avec notre dérive à partager. La plupart sont souriants et prennent la situation avec philosophie. J’aime scruter les visages, deviner les intentions, épier les conversations téléphoniques, découvrir les histoires des uns et des autres…

Peu de touristes, sinon des Québécois en vacances, mais surtout des travailleurs qui perdent une journée de travail. Mais ça vaut la peine, comme me dit une dame qui est bien heureuse de vivre cette aventure. Son lunch qu’elle a pu faire chauffer au mess de l’équipage sent bon, mais j’attendrai pour manger, je suis trop pris à ne rien manquer de cette épopée pour penser à mon estomac.

Tout va se terminer brusquement. Alors qu’il y a quelques minutes, le traversier se battait contre les glaces, le voici déjà au quai de Québec. Dès que les eaux libres proches du port de Québec ont été atteintes, tout a été très vite. Quelques-uns comme moi décident de retourner à Lévis afin de réajuster leur programme.

Nous débarquons donc après pratiquement 5 heures de bateau au lieu de 15 minutes… Mais c’est l’hiver québécois qui réserve toujours des surprises. C’est une partie de son charme. Accepter que la nature soit plus forte apaise et permet de relativiser l’importance de nos agendas surchargés.

Québec s’éloigne irrésistiblement…

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