Valais Libre

29 juin 2012

Enfin un évêque du Bas !

Adrien Jardinier, premier évêque bas-valaisan

En 1807, au moment de pourvoir à la vacance du siège épiscopal, suite au décès de Mgr Antoine Blatter, la Diète confirme par décret1 le maintien de sa prérogative à la nomination du nouvel évêque sur proposition des candidatures par le Vénérable Chapitre. Une bonne douzaine de lustres plus tard, Mgr Pierre-Joseph de Preux décède et il faut procéder à son remplacement ; le Grand Conseil a succédé à la Diète et maintient sa prétention à sa nomination de la haute dignité d’Évêque du Diocèse de Sion. Le parti libéral serait bien disposé à renoncer à cette coutume ancestrale, mais seulement dans l’hypothèse d’une séparation « complète et réelle » de l’Église et de l’État.

C’est ainsi que le jeudi 19 août 1875, dans le respect de la loi et de la coutume, les parlementaires se retrouvent à la cathédrale de Sion pour nommer le nouveau chef du diocèse. Les membres du Chapitre prennent place dans les stalles de gauche du chœur ; les membres du Grand Conseil et du Conseil d’État, précédés de leurs huissiers et d’un peloton de gendarmerie, se rassemblent dans le chœur. Après un éloge funèbre à la mémoire de Mgr de Preux, le chanoine Ruppen déclare, au nom du Chapitre et dans un discours en latin, que le clergé conteste à l’État le droit de nommer l’évêque [dès lors qu’il ne possède plus de pouvoir temporel], néanmoins le Chapitre consent à ce qu’il fut procédé à la nomination. Puis il annonce les candidatures : trois chanoines hauts-valaisans François Blatter, François Allet, François-Xavier Inalbon et le Bas-valaisan Adrien Jardinier2, révérend curé de Troistorrents3 et membre titulaire du Chapitre de Sion.

Ainsi nantis des candidatures, les députés se retirent dans la chapelle latérale de St-Maurice afin de procéder à l’élection. La rumeur nous rapporte qu’à l’instant de l’annonce du résultat, une hirondelle voletant dans les parages aurait gazouillé « chaque oiseau n’occupe pas toujours le nid qu’il a préparé ». M. Jardinier est élu au premier tour par 49 voix ; les autres candidats totalisent 474 suffrages d’où 96 voix pour 95 députés présents ! Serait-ce la voix de l’hirondelle ? Ainsi, avec une voix de majorité, Adrien VI devient le premier évêque Bas-valaisan depuis Guillaume de Saillon [décédé en 1205]. Ce résultat provoque la déception chez les Hauts-Valaisans et une légitime satisfaction du côté du Bas-Valais où l’on considère ceci comme une sorte de consécration de l’égalité entre le Bas-Valais et « leurs anciens maîtres des dizains supérieurs. »

Pour bien manifester sa prédominance sur l’autorité civile, la curie romaine casse la nomination du Grand Conseil, puis nomme l’évêque élu par l’autorité civile.

1 Du 22 mai 1807.

2 Sa nécro et liste des évêques valaisans dans Le Confédéré, no 18 du dimanche 2 mars 1901.

3 Surveillant du district de Monthey.

4 Allet 6, Blatter 11, In-Albon 25, Grenaz 2, de Stockalper 1 et blanc 2 donc 47 !

28 juin 2012

Épiscopat et politique

De la nomination des évêques

Nous nous proposons de consacrer les prochaines chroniques à la question de la nomination de Mgr l’évêque de Sion. Cet objet fait en effet partie des relations parfois tumultueuses entre l’État et l’Église, jusqu’à empoisonner les débats du Grand Conseil pendant plusieurs décennies au cours du XIXe siècle et même jusqu’à l’aube du XXe. Depuis le XVe siècle, la nomination de l’évêque appartient à l’autorité civile, d’abord à la Diète puis, dès 1840, au Grand Conseil. Une pratique poursuivie sous les différentes Constitutions successives et qui perdure jusqu’au moment de la succession de Mgr Jules-Maurice Abbet en 1918.

En quoi, en dehors de l’aspect purement historique, cette affaire de nomination trouve-t-elle sa place dans notre chronique libérale-radicale ? Tout simplement par le fait que les radicaux, fidèles à leurs convictions anticléricales et tout en étant respectueux des choses de la religion, tiennent à garder un œil sur les affaires de leur diocèse. Enfin, Louis Courthion témoigne de cette préoccupation en nous rappelant dans son article Les Episcopables, que « le choix d’un évêque ne saurait être indifférent à un seul habitant de ce canton, fût-il protestant, grec ou musulman ».

Nous devons remonter au XVe siècle pour trouver les motifs de la nomination de l’évêque par l’autorité civile, une pratique fondée sur le droit coutumier et qui constitue une des premières conquêtes de nos ancêtres au profit des libertés civiles. Cette pratique appartient à l’histoire du Haut-Valais, lorsque les patriotes grignotent peu à peu le pouvoir temporel de leur prince-évêque qui, de son côté, compte sur leur aide pour « sauvegarder l’indépendance du Valais » contre ses ennemis. Tout commence avec la Guerre de Rarogne (1415-1420) lorsque les patriotes, révoltés contre l’évêque Guillaume V de Rarogne, manifestent leur volonté de surveiller la nomination des évêques. Puis, c’est à partir de l’avènement de l’évêque Guillaume VI de Rarogne en 1437 que les patriotes prennent une part prépondérante dans cette nomination. Souvenons-nous qu’en ce temps-là, l’évêque détient quatre suffrages à la Diète, un état de fait qui explique l’exigence des patriotes qui ne tiennent pas à se faire imposer par Rome un hypothétique évêque étranger. Et depuis, le pouvoir civil choisit, sur une proposition par le Vénérable Chapitre de la Cathédrale de Sion de quatre candidats, parmi ceux-ci l’évêque qu’il estime apte à conduire les affaires du diocèse ; une manière de procéder qui ne rencontre pas forcément l’assentiment du souverain Pontife et qui se trouve bien éloignée du concept de séparation État-Église.

27 juin 2012

Mangeons maintenant!

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De la viande au menu du samedi

Malgré les réitérées promesses du gouvernement, nous restons sur notre faim en ce qui concerne l’obligation de faire maigre le samedi. À la session du Grand Conseil du printemps 1870, le radical Jean-Baptiste Calpini – étonné par la lenteur apportée par le clergé pour régler quelques points encore litigieux, notamment celui de « faire gras le samedi » – interpelle à nouveau le gouvernement ; le président Allet lui répond que l’évêque serait en possession des pouvoirs nécessaires à la suppression de l’abstinence obligatoire pour le samedi, mais ignore les motifs de Monseigneur à tarder de les mettre en œuvre.

Néanmoins et selon l’adage « tout vient à point à qui sait attendre », le 17 août 1870, Pie IX adresse à Mgr l’évêque de Sion la dispense de l’abstinence du samedi, avec cependant une grande parcimonie puisque cette libéralité est accordée pour trois ans seulement ; une façon pour le clergé de manifester sa volonté de maintenir un droit de regard sur la manière de vivre des Valaisans. Finalement, les souverains pontifes successifs, un peu à l’image des privilèges accordés par le seigneur à ses sujets, renouvelleront périodiquement la permission de « faire gras le samedi ».

Puis nous subissons une forme de jeûne de décisions jusqu’en 1920, lorsque Le Confédéré nous apprend qu’enfin, conscient de la difficulté des condition de vie difficiles – ralentissement économique, accroissement du chômage – le pape accorde, à tous les catholiques des divers diocèses, la «dispense générale du jeûne et de l’abstinence », sauf les vendredi, les vigiles des quatre grandes fêtes de Noël, Pentecôte, Assomption et Toussaint. Une décision, finalement clarifiée civilement, en 1921, par une loi sur le jeûne et l’abstinence.

Ces péripéties offrent l’occasion à la presse anticléricale de gloser sur ces limitations alimentaires, à l’instar de ce chroniqueur qui, moquant la vie dissolue d’un bon « pratiquant », ironise malicieusement qu’il est « plus facile de faire maigre le vendredi que de rester brave et honnête homme toute la semaine ! ». Ou encore, cet échange de piques sur la liberté de conscience, lorsque le rédacteur du Confédéré rappelle, à son confrère du Nouvelliste, cette époque où « des policiers […] enquêtant dans les ménages pendant le carême, pour s’assurer, par la visite des marmites, si l’abstinence de viande était observée».

La laïcité n’interdisant en rien de faire carême, voilà une opportunité de manifester notre esprit de sacrifice, à l’image du « carême civique » décrété par le ministre Chaumette pour imposer des privations volontaires à la population parisienne lors des événements dramatiques de la Commune en 1793.

 

26 juin 2012

Combat pour un samedi carné

En ce temps-là, le samedi on faisait maigre

Au XIXe siècle, le jeûne et l’abstinence jouent un rôle non négligeable dans les relations entre l’État et l’Église. C’est au temps de Grégoire VII (1073/85), un pape réformiste à qui nous devons, entre autres choses, le calendrier actuel ou la punition de Canossa, que les « jeûnes de vigile » se multiplient ; une pratique instaurée pour préparer dans la pénitence une grande fête ; le vocable « vigile », au féminin, signifie veille de fête, voilà la raison pour laquelle le samedi est considéré comme jour d’abstinence.

En Valais, c’est au XVIIe siècle, lorsque les idées calvinistes inquiètent le monopole de l’Église catholique sur les consciences, qu’apparaissent les premiers indices d’interdiction de consommer de la viande ; une diète réunie en juillet 1603 sur la prairie de la Planta pour décider de la religion des Valaisans, décrète quelques règles pour la pratique de la religion catholique notamment cet extrait « Tous ceux qui, les jours de vendredi et samedi, donneront à manger ou mangeront de la viande seront punis rigoureusement ».

En 1852, le gouvernement libéral-radical constatant que l’obligation de l’abstinence de viande le samedi ne rencontre pas l’assentiment de l’ensemble de la population, pour la simple raison que cette interdiction est incompatible avec le mode de vivre de la population. C’est dans cet esprit qu’il adresse une requête à Mgr de Preux afin d’obtenir que les Valaisans puissent faire gras le samedi ; une des raisons invoquées : s’abstenir de la viande le samedi constitue une difficulté pour les personnes qui fréquentent les foires et les marchés de Sion. Un autre facteur milite en faveur de « faire gras le samedi » : depuis le début du XIXe siècle, les Valaisans ont modifié leur manière de se nourrir – aux laitages ils privilégient la viande.

Dix ans plus tard, face à l’incurie de l’autorité cléricale concernant la requête du pouvoir civil, les radicaux, soucieux du bien-être de leurs concitoyens, s’impatientent et interviennent lors de la session d’automne du Grand Conseil. Maurice Barman s’élève contre le précepte de l’abstinence de viande – deux jours consécutifs, vendredi et samedi de chaque semaine et attire l’attention du Gouvernement sur le dilemme auquel les gens de la montagne sont confrontés : respecter la règle imposée par la religion au détriment de leurs intérêts personnels ; en effet, dans l’impossibilité de consommer le produit de leur boucherie, ils risquent de les « céder à vil prix » ou de les « voir passer à la décomposition ». Alphonse Morand presse le Conseil d’État d’activer les négociations avec le clergé, compétent en matière de jeûne et d’abstinence.

 

25 juin 2012

Uniformisation des jours fériés

Les radicaux atteignent leur objectif

Plus d’un siècle et demi après le début des controverses relatives aux fêtes chômées, une issue compatible avec les revendications radicales se profile enfin avec la loi fédérale sur le travail de 1966.

La loi du 9 juillet 1936 réglemente le repos du dimanche et celui des dix fêtes religieuses dites de précepte – imposées par l’autorité ecclésiastique avec assistance obligatoire à la messe ; elle fait interdiction de vaquer aux travaux extérieurs, hormis quelques exceptions comme la cueillette des fraises et des asperges mais, par Dieu seul sait quel illogisme, pas celle des abricots ; les aubergistes sont contraints de fermer leur établissement durant les offices paroissiaux.

C’est en effet la loi fédérale sur le travail du 1er février 1966 qui vient à la rescousse de l’exigence radicale d’accorder plus de temps au travail ; un principe cher à Clemenceau pour qui « il n’y a pas de repos pour les peuples libres ; le repos c’est une idée monarchique ». Le législateur fédéral fixe donc à huit le nombre de jours fériés, obligeant le gouvernement valaisan à ramener le nombre de fêtes de dix à huit ; une ordonnance1 en établit la liste officielle, à savoir le Nouvel-An, la Saint-Joseph, l’Ascension, la Fête-Dieu, l’Assomption, la Toussaint, l’Immaculée Conception et Noël ; l’Épiphanie et la Saint-Pierre-et-Paul sont dès lors, en accord avec l’évêché, relégués au rang de jours ouvrables.

Alors, satisfaction chez les radicaux ? pas vraiment ; car dans les années septante, tant le développement des activités touristiques lié à l’accroissement des échanges avec nos voisins, notamment vaudois, impliquent de mieux aligner nos fériés sur ceux fixés par la Confédération ; Edouard Morand relève, dans les colonnes du Confédéré, la situation cocasse des trois lundi – Pâques, Pentecôte, Jeûne fédéral – ces jours où les « Valaisans qui travaillent voient défiler des foules de gens en congé ». Cette inégalité de traitement incite, en février 1972, le député de Collonges, Ami Mottiez, à réclamer, en vain, le report aux dimanches de la Saint-Joseph, la Toussaint, l’Immaculée Conception et déclarer jours fériés le Vendredi Saint, le lundi de Pâques et celui de Pentecôte.

Et lorsque la rumeur populaire réclame de transformer les 1er mai et 1er août en jours fériés, les radicaux manifestent leur ferme opposition à ces nouvelles demandes en proclamant « qu’on en finisse une fois avec la création de jours fériés. Célébrer le premier août en travaillant, c’est honorer le mieux nos ancêtres». Et pourtant, les temps changent et c’est ainsi qu’en 1992, les Confédérés font un férié de la fête nationale !

 

1 Arrêté cantonal du 2 décembre 1966.

21 juin 2012

Quel travail pour supprimer des jours chômés!

À quel saint se vouer ?

L’analyse de l’état des fêtes religieuses comporte bien des surprises, à tel point que c’est parfois à ne plus savoir à quel saint se vouer. Ainsi, la question de la diminution du nombre de jours fériés, abordée en 1798 déjà, entame un nouvel épisode en 1870 avec un maigre résultat : sur les neuf suppressions réclamées seuls le lundi de Pâques, celui de la Pentecôte ainsi que la Saint-Étienne sont supprimées ; la Sainte-Catherine et la Saint-Théodule sont reportées au dimanche suivant1.

Puis, une trentaine d’années durant, cléricaux et majorité conservatrice tergiversent en vain sur l’opportunité du maintien d’autant de jours chômés au détriment des réalités économiques du pays. En mai 19012, le député libéral Eugène de Lavallaz, préoccupé des intérêts des populations laborieuses et non par esprit antireligieux, relance la question avec une motion relative au transfert de quelques fêtes religieuses au dimanche ; la majorité conservatrice, considérant les fêtes chômées en vigueur comme un droit acquis au clergé, rejette la motion en proclamant « nous rétablirons plutôt celles que le radicalisme a honteusement abolies ! »3.

La requête radicale sera tout de même exaucée dix ans plus tard par Pie X qui, reconnaissant l’importance du travail, supprime, au cours de l’été 19114, quatre fêtes chômées : la Chandeleur, la Nativité, l’Annonciation, la Saint-Maurice et en reporte trois au dimanche : la Fête-Dieu, la Saint-Joseph et la Saint-Jean-Baptiste. Le milieu agricole, notamment catholique, réserve un bon accueil à cette nouvelle vaticane et apprécie l’attitude du souverain Pontife «moins papiste que certains cléricaux valaisans ».

Cette décision pontificale n’a cependant pas l’heur de plaire à l’évêque de Sion, Mgr Abbet qui, au cours de 1919, convainc le souverain pontife à « déchirer son infaillible manteau » pour supprimer l’Épiphanie et rétablir la Fête-Dieu le jeudi. Une telle entorse à la décision pontificale ne peut qu’inciter le vénérable Chapitre à exiger encore plus et c’est ainsi, qu’avec la complicité de ses « dociles sacristains du Conseil d’État », il obtient le rétablissement en semaine de la Saint-Joseph. La réintroduction d’un jour chômé au mois de mars, au moment où les travaux de la vigne se font pressants, c’est attacher peu d’importance au travail des vignerons, voire un certain mépris…. . Finalement, la persévérance des radicaux – opposée aux manipulations cléricales pour s’immiscer dans le pouvoir temporel – portent ses fruits : la loi civile du 11 février 1919 inscrit dix fêtes chômées obligatoires au calendrier, contre quarante en 1798.

1 26 décembre respectivement 25 novembre et 16 août cf Le Confédéré no 101 du dimanche 17 décembre 1871.

2 Session du 24 mai.

3 Par 50 voix contre 30 cf. Le Confédéré no 43 du mercredi 29 mai et 44 du samedi 1er juin 1901.

4 Le 11 juillet.

20 juin 2012

Quand le curé vend son vin

Le clergé, la presse, l’agriculteur et les fêtes chômées

En Suisse, au moment de la régénération politique, quelques cantons libéraux s’engagent à obtenir, par le biais des Articles de Baden1, « une réduction considérable dans le nombre des fêtes » ou tout au moins « leur translation au jour de dimanche » ; le gouvernement valaisan, plutôt que d’agir, attend le bon vouloir du clergé pour supprimer quelques fêtes. La multiplicité de jours chômés pénalise lourdement la société valaisanne et instaure une inégalité de traitement.

Ainsi, s’exprimant dans les colonnes de l’Écho des Alpes, un membre du clergé dénonce l’usage mercantiliste de ces prêtres de la capitale qui, lors des fêtes chômées, se transforment en « pintiers et vendeurs de vin en détail » ; une pratique que ces derniers revendiquent pour écouler le produit de leurs vignes afin d’améliorer la portion congrue de leur bénéfice épiscopal.

Il en va différemment pour la presse, à laquelle les fêtes chômées portent préjudice dans l’accomplissement de sa noble tâche de formation de l’opinion publique. Ainsi, dans son numéro du dimanche 14 août 1853, le Courrier du Valais annonce que vu les trois fêtes qui se succèdent, le 15 (Assomption), le 16 (Saint Théodule) et le 17, il ne sera pas en mesure de paraître le jeudi 18 ; cette lacune sera comblée par l’édition d’un supplément de deux pages à paraître le lundi 22 août.

Les jours chômés contraignent le cultivateur à abandonner les travaux de la campagne juste au moment où les cultures et les récoltes réclament sa présence ; comme en ce mois de juin 1863, alors que les récoltes sont superbes, elles se trouvent perturbées par deux fêtes religieuses : la Saint-Jean le mercredi 24, et la Saint-Pierre le lundi 29 ; deux fêtes en six jours au moment les plus précieux de l’année représentent une perte économique non négligeable pour l’agriculteur.

Tout ce mécontentements provoque un sentiment d’impatience chez les radicaux. Ainsi, en 1856, le chroniqueur du Courrier du Valais interroge le Gouvernement et le Grand Conseil pour savoir s’ils tiennent absolument que « le Valais reste, avec les États-Romains et le royaume de Naples, le dernier pays de l’Europe où l’on demandera que les trois-quarts des fêtes soient reportées au dimanche ? ». Et encore lors de la session de mai 1859, le député Pignat, lassé d’attendre, déclare au Grand Conseil qu’il est disposé à donner 200’000 francs pour obtenir la suppression de quelques fêtes chômées2 ; en décembre 1862, c’est Maurice Barman qui exige du Conseil d’État d’accélérer les négociations avec le clergé, une requête qu’il renouvelle en vain lors de la session de novembre 1863.

1 Du 27 janvier 1834.

2 Bulletin des séances du Grand Conseil, session ordinaire de mai 1859, p. 45.

15 juin 2012

Du Concordat à une simple Convention


Un Concordat étant une convention passée entre le Saint-Siège et un gouvernement et les relations avec le Saint-Siège étant rompues [à la suite des critiques du pape à l’égard de la Suisse], dès lors, les accords entre le gouvernement valaisan et Mgr Adrien Jardinier, évêque de Sion, ne constituent plus qu’une simple convention.

D’autre part, il est à noter qu’à l’automne 1879, Mgr Jardinier déclare renoncer à toucher aux articles du code civil ainsi qu’à l’abrogation de l’art. 595 qui déclare que « les corporations religieuses ne peuvent disposer par testament » ; il abandonne également l’indemnité de 5% sur le prix d’achat d’anciens biens ecclésiastiques pour en obtenir la possession définitive ; cependant il augmente ses exigences pécuniaires en les portant de cinquante à cinquante-cinq mille francs.

Le projet initial de concordat constituait « l’abdication à tout jamais de l’autorité civile en faveur du clergé du droit de légiférer sur des questions de pur intérêt civil ; celui qui va occuper les parlementaires à la session de printemps 1880 se trouve, par ces renonciations, amputé des éléments les plus controversés. Lors de la séance du 25 mai, la minorité radicale, se manifeste dans un dernier baroud d’honneur, rappelant que les décrets de 1848 avaient été largement approuvés par le peuple souverain, leur abrogation mérite, dès lors, d’être soumise au référendum. Cet appel au peuple est refusé par la majorité et la convention est ratifiée par le parlement à l’exception de 21 radicaux. Le lendemain, à l’ouverture de la séance, le président donne lecture d’une lettre du Vénérable Chapitre de la cathédrale, lequel déclare abandonner sa part à la réparation : les cinquante-cinq mille francs mentionnés dans la convention votée le jour précédent.

Finalement, les conséquences matérielles du vote du 25 mai se révèlent quasiment nulles ; par ailleurs, force est de constater que la « question matérielle a été réglée définitivement en 1850 », ces vingt ans de palabres n’avaient qu’un seul but pour les cléricaux et les réactionnaires : prendre une revanche sur 1848 ; toutes ces démarches d’abaissement du pouvoir civil devant le pouvoir ecclésiastique n’ont eu d’autre objectif que la réhabilitation et la glorification du Sonderbund ; c’est le régime de 1848 désavoué et honni.

Qui porte la responsabilité de cette « équipée politique » ? pour Le Confédéré du 11 juin 1880 ce n’est ni le gouvernement et encore moins l’évêché, ce serait le Saint-Esprit ; « non pas la blanche colombe traditionnelle, mais la chouette qui, lorsque tout est calme et repos, trouble le sommeil par ses cris et cherche sa proie ».

13 juin 2012

LES SOLUTIONS ÉPISCOPALES

Le 2 mai 1879, l’État du Valais et le Vénérable Clergé représenté par Mgr Jardinier élabore une convention en six articles : par le premier, le pouvoir exécutif s’engage à soumettre au Grand Conseil des projets de lois proposant la suppression ou la modification d’articles du Code civil ; avec l’article 2, le Révérendissime Évêque de Sion pourvoira aux bénéfices paroissiaux à la place de l’État ; l’article 3, afin d’obtenir la décharge spécifiée à l’art. 4, l’État s’engage à donner au vénérable Clergé diocésain la maison des Sels – le clergé lui cédant en contrepartie la ruine de Tourbillon – ainsi qu’à lui payer la somme de cinquante mille francs ; avec l’article 4, le Révérendissime Évêque de Sion décharge de toute responsabilité tant le Gouvernement qui a voté la confiscation des biens que le peuple qui l’a « laissé consommer » ; leurs détenteurs devront néanmoins, pour « en jouir d’une manière sûre et pacifique », s’entendre avec l’autorité ecclésiastique, laquelle s’engage à ne pas leur réclamer d’indemnités supérieures à 5% du prix d’achat ; l’article 5 met un terme à toutes réclamations ultérieures et « scelle la réconciliation des pouvoirs civil et religieux ; enfin avec l’article 6, le gouvernement se réserve la ratification du Grand Conseil.

Cette convention porte atteinte à la souveraineté cantonale et la sujétion du pouvoir civil au pouvoir ecclésiastique est profondément réactionnaire, notamment avec la modification du Code civil dans ses articles préservateurs des droits de la famille et de la société afin d’éviter l’accaparement d’héritage par les couvents. Un tel document provoque des réactions contrastées ; ainsi pour le Gouvernement il s’agit d’un grand acte de justice et de réparation, une « digue contre les idées socialistes et communistes », une page glorieuse dans notre histoire. Pour sa part, la minorité radicale, s’interroge : pourquoi a-t-on tardé avant de répandre ces bienfaits incommensurables « sur ce pauvre Valais » ; l’ajournement voté par le Grand Conseil laisserait-il supposer que ce dernier ne partage pas totalement le point de vue de l’exécutif ; enfin, pourra-t-on « éviter ce cap des tempêtes qui s’appelle référendum ». La libérale Nouvelle Gazette de Zurich déplore que le Valais, bien que très catholique, abandonne des droits de l’État et des citoyens, et que son Gouvernement fasse une aussi servile soumission au clergé. La conservatrice Gazette de Lausanne suggère même que la Confédération intervienne contre les empiétements des autorités ecclésiastiques sur les droits des citoyens et de l’État.

Devant de telles critiques ou sous l’influence du voyage de Mgr Jardinier à Rome, un second projet, plus édulcoré, de convention, est communiqué au Grand Conseil.

12 juin 2012

Quand l’Église fait les lois

L’évêque met en cause le Code civil

C’est par un courrier du 13 mai 1860 que Mgr de Preux communique au Conseil d’État ses doléances à l’égard de la législation civile – élaborée par le régime radical de 1848 – ainsi que ses souhaits de la mettre en conformité avec les lois religieuses.

La première revendication épiscopale porte sur la loi sur le régime communal du 2 juin 1851, réglementation qui attribue l’administration des hôpitaux, des fonds des pauvres, des fonds d’école ainsi que celle des biens des églises ou ceux destinés au culte à la compétence de la municipalité ; pour Mgr de Preux, cette mise à l’écart de jure de l’autorité ecclésiastique instaure un climat d’hostilité entre le curé et le conseil municipal, aussi il exige que le curé fasse partie de ce Conseil d’administration en tant que représentant de l’Église.

Puis c’est le Code civil du Canton du Valais du 1er décembre 1853 (exécutoire dès 1855) qui subit les foudres épiscopales ; notamment les articles qui limitent les droits des religieux et des paroisses d’acquérir des biens temporels ; ainsi l’article 593 qui précise que les membres des ordres monastiques, une fois prononcés leurs premiers vœux, ne peuvent « disposer ou recevoir par testament » ou l’article 595 qui déclarent que les « corporations religieuses ne peuvent disposer par testament » alors qu’en revanche, d’autres personnes morales comme les hôpitaux ou des établissements d’utilité publique sont habilités à recevoir des donations ; cet état de fait constitue une discrimination aux yeux de l’évêque qui évoque l’attitude bienveillante de l’Église qui n’a réclamé aucune compensation pour leurs biens confisqués en soulignant que des donations testamentaires apporteraient une aide bienvenue.

Avec la loi sur l’instruction pubique du 31 mai 1849, le législateur a restreint les droits du clergé qui ne possède plus aucun pouvoir de surveillance ni de direction ; il n’a plus la possibilité de donner son avis sur la nomination des régents ni sur le choix des livres scolaires. L’évêque regrette que le curé n’ait dès lors rien à dire sur la marche des écoles et que sa seule tâche reste confinée à l’enseignement du catéchisme. Il soupçonne par ailleurs les communes, hostiles au clergé, d’écarter les candidatures de régents « croyants et pratiquants » et manifeste sa ferme volonté de revenir sur les modalités relatives à la nomination des régents ainsi qu’à la participation de l’autorité ecclésiastique dans le choix des livres. Les qualités intellectuelles et morales du curé, membre de la commission scolaire, font qu’il est le plus apte à choisir un régent compétent, ainsi toute nomination d’un enseignant, après proposition de la commission des écoles, devrait être « consentie et approuvée » par Monsieur le curé.

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