Valais Libre

11 juin 2013

Un peuple si raisonnable…

Ainsi donc, le peuple suisse a très largement rejeté l’élection de son Gouvernement directement par le suffrage universel. Cette prérogative restera en main des Chambres fédérales, comme depuis l’avènement de la Suisse moderne, conformément à ce qui est prévu par la Constitution depuis 1848. Après les votations de 1900 et 1942, ce rejet est le troisième de l’histoire démocratique helvétique.

2013.06.13un peuple si raisonnable65% de non le 4 novembre 1900, 68% de non le 25 janvier 1942 et 76% de non le 9 juin 2013: le peuple a de la constance dans ses décisions. La volonté du parti socialiste d’entrer au Gouvernement pour les premières et la réaction de l’UDC après l’éviction de son leader Christophe Blocher n’ont pas suffi à changer le mode d’élection du Conseil fédéral.

Vu de l’extérieur, ces décisions peuvent paraître assez invraisemblable. L’élection des plus hautes autorités par le peuple a souvent été un combat démocratique essentiel. En France, aux USA, elle est même au coeur de la vie politique. Dans les pays anglo-saxons, les élections sont également très personnalisées puisque le chef du parti vainqueur des élections devient premier ministre. La Suisse se refuse obstinément à cette personnalisation.

En 1848, la Constitution voulait garantir l’unité du pays. Après les déchirement de la Guerre du Sonderbund, il fallait beaucoup de sagesse pour garantir la pérennité du pays. Trois langues, deux religions et 22 cantons jaloux de leurs prérogatives: la Confédération n’avaient pas les meilleurs atouts en main pour se développer. Elle a pourtant réussi.

L’équilibre entre démocratie directe avec le droit de référendum et d’initiative et importance des parlementaires qui élisent les sept membres du Conseil fédéral ont permis de surmonter les tempêtes de deux guerres mondiales qui frappaient à la porte. Tout ne s’est pas construit en un jour. Après 1848, la Constitution de 1874 a constitué un grand progrès. Depuis les évolutions sont lentes et demandent beaucoup de consensus.

Les nouveaux défis du 21ème siècle paraissaient demander plus de réactivité. La personnalisation de la politique est aussi une nouvelle donne de la scène fédérale. Rien n’y a fait, tous les cantons unanimes ont rejeté l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Notre démocratie se satisfait de la procédure actuelle qui profite au consensus contre les extrêmes, qui profite aux personnalités discrètes plutôt qu’aux grands leaders.

Le verdict a été clair, mais sans doute que la discussion reviendra sur le tapis tôt ou tard. Le génie politique helvétique fonctionne ainsi.

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