Valais Libre

30 décembre 2017

5 ans au Québec – épisode 50 (fin)

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 9 h 19 min
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Fin d’année

Les chutes Montmorency sont belles , mais il faut du courage pour les admirer de l’extérieur….

Oh non, ça ne nous dérange pas ! J’avais prié pour avoir de la neige et du froid, donc nous sommes servis. La réponse de la touriste belge donne immédiatement le ton au reportage de la télévision québécoise sur la vague de froid qui déferle sur la province. Du jamais vu en 100 ans, titrait aussi le Journal de Québec.

-25 est une température qui arrive régulièrement en février, mais à la mi-décembre, c’est un peu vite. Même si j’avais le sourire lorsque les premiers grands froids étaient annoncés, il y a une semaine, je commence à trouver ça difficile et il faudra patienter jusqu’en 2018 avant un redoux relatif.

J’avais le sourire parce que ma mère venait me visiter et qu’elle voulait se rendre compte de ce que frette voulait dire. Frette c’est bien plus que froid, c’est un froid qui vous prend au corps. Parce que -25 c’est froid, mais avec le vent, la température ressentie descend facilement à -35, voire – 38 comme mercredi dernier.

Cette année se termine donc froidement, mais j’ai eu la chance d’avoir ma famille en visite pour Noël et ça, ça réchauffe le cœur. Heureusement, les premiers jours de présence de ma mère, ma sœur, mon neveu et sa blonde, la température était encore acceptable pour des activités extérieures.

Glissade à Valcartier, visite du vieux Québec, traversée du Saint-Laurent en traversier et marché de Noël allemand ont occupé ces journées, puis le froid est venu. Il n’a pas dérangé le concert de Gregory Charles ou l’initiation au curling, mais il a fait passer rapidement devant les chutes Montmorency et a étiré les séances de magasinage.

Oui, le magasinage parce qu’au Québec on magasine, même le Boxing Day… D’ailleurs, ma sœur m’a fait remarquer que mon langage avait changé. Je commence à intégrer des expressions québécoises même si je fais attention en présence de Suisses. J’évite les quatre-vingt-quinze, mais son regard, lorsque je lui ai parlé de mon feu sauvage (boutons de fièvre), m’a fait comprendre que je n’utilisais pas ce mot avant.

Par contre, la tourtière, le pâté chinois ou le ragoût de pattes ont bien passé. Les recettes traditionnelles du temps des Fêtes créent de la chaleur partout sur la planète. La cuisine est différente dans chaque région, mais elle réunit toujours. Même s’il faut affronter une tempête de neige pour retrouver une table amie, ces moments sont inégalables.

C’est au moment de reconduire ma famille à l’aéroport que j’ai pris conscience que l’année arrivait à son terme, tout comme ma cinquième année au Québec. Me voici donc à ma cinquantième et dernière chronique de cette série. Le temps file et je constate que je m’intègre de mieux en mieux au Québec.

Comme le dit souvent ma blonde, je chiale de plus en plus en plus. Je critique régulièrement les Canadiens de Montréal et leurs dirigeants incompétents. Je retrouve mes anciens réflexes de supporters du FC Sion. Surtout, je peine à masquer ma sympathie pour les indépendantistes. Je crois que la biographie que je suis en train d’écrire m’influence beaucoup.

Le premier volume de la trilogie paraîtra en mars prochain. Je franchirai alors une nouvelle étape dans mon périple outre-Atlantique. Ma vie a beaucoup changé et même si je dis parfois que si j’avais su combien le défi professionnel serait difficile, pas sûr que j’aurai osé faire le saut, je ne regrette absolument pas cette aventure. Je suis trop bien auprès de ma blonde.

Meilleurs vœux pour 2018 !

Notre tableau prgramme….

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1 décembre 2017

5 ans au Québec – épisode 47

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 14 h 29 min
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Première neige

L’abri « tempo » de notre voisin…

Elle est enfin arrivée. Je l’avais souvent côtoyée dès le mois d’octobre. Elle tentait d’égayer un peu le triste novembre, mais cette année, elle n’avait fait qu’une furtive apparition. Pour l’apprécier, je n’avais que les photos postées sur Facebook par mes amis Valaisans. Je me sentais un peu orphelin. Elle est arrivée: plus que les 5 cm annoncés m’attendent ce matin.

Elle, c’est évidemment la neige. Elle qui fait le lien entre mon nouveau pays et mes origines. En cette fin d’automne, elle ressemble encore un peu à la neige d’avant, celle du Valais. Il ne fait pas encore trop froid, juste -2 au réveil. Elle est encore épaisse, moelleuse, presque douce. Lorsque l’hiver régnera, elle deviendra légère, fine et piquante.

Tout était prêt pour sa venue. Je vous ai déjà expliqué le gazon et les arbres protégés. Je vous l’ai déjà dit, je vis dans un quartier résidentiel organisé comme dans les films avec une rue large, les maisons alignées en retrait avec un stationnement et un bout de gazon à l’avant et le terrain où l’on vit dehors à l’arrière. Les entrées de maison sont délimitées par des piquets de différentes couleurs.

Des bleus pour Artic, des jaunes et rouge pour Bilodeau ou encore des oranges pour Couture, chaque déneigeur installe son signe distinctif et le bal peut commencer. Couture, notre contracteur, s’est modernisé, fini ses vieux échalas en bois peint en orange éclatant, maintenant, il se signale par de nouveaux pieux métalliques d’un jaune orangé qui donne de la classe.

Je l’ai entendu plusieurs fois cette nuit, lui ou celui du voisin, qui dégageait notre entrée, car nous n’avons pas installé d’abri « tempo ». Parce que si on ne fait pas appel à un déneigeur, il faut un abri sinon la corvée de pelletage est trop grande. Donc, dès la fin octobre, on voit pousser d’étranges structures métalliques devant beaucoup de maison, parfois même en prolongement du garage.

Lorsqu’arrive le 1er novembre, des toiles blanches viennent recouvrir le tout. Il est interdit de les mettre avant cette date fatidique, tout comme il faut qu’elles disparaissent avant le 1er mai. L’hiver est bien circonscrit. Mais, il y a toujours des retardataires qui montent leur abri à la dernière minute dans le froid et le vent.

Je n’ai pas ce problème, car même si nous n’avons pas de garage, nous ne mettons pas d’abri, nous nous fions à une autre solution magique: le démarreur à distance. Quelle invention réconfortante. Démarrer sa voiture, tout en restant bien au chaud dans sa maison, puis, une dizaine de minutes plus tard, embarquer dans un char (c’est comme ça qu’on appelle les voitures ici) bien chaud, c’est le pied !

Les abris « tempo » peuvent vous paraître bien légers et vous avez raison. Mais le poids de la neige n’est pas un problème. Dès qu’il fait froid, elle tombe comme de la poudre qui s’envole au moindre coup de vent. Elle peut créer ainsi des tempêtes aussi dévastatrices que celles de sable dans le désert, mais elle ne s’accumule pas sur les toiles des abris, elle vole plus loin. Par contre, elle est plus difficile à pelleter (ou peler, mais ça ne se dit pas au Québec).

Mais, le temps que je vous raconte tout ça, le soleil brille et il fait presque dix degrés. Cette première neige n’est pas encore celle qu’on aura à Noël. Pourtant, il faut qu’elle arrive, j’ai de la visite qui s’en vient pour voir le vrai hiver.

Des retardataires…

17 novembre 2017

5 ans au Québec – Épisode 45

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Un hiver en préparation

Un tapis jaune pour préparer l’hiver

Nous voici déjà à la mi-novembre. L’automne laisse déjà place à l’hiver. Tout va très vite cette année dans la tradition. L’été des Indiens (comme on dit ici) s’est terminé brutalement. En une semaine, la température du vendredi matin (c’est mon point de repère hebdomadaire) a chuté de 13 à -7 degrés.

Tout a commencé le mercredi entre ces deux jours repères. Alors que je sortais pour prendre le bus pour m’en aller travailler le matin, il neigeait des feuilles jaunes d’érable. À mon retour, tôt dans l’après-midi, mon gazon était recouvert d’un merveilleux tapis couleur soleil.

Le soleil était aussi dans le ciel même s’il ne jouait pas son rôle de chaufferette. Quelques coups de râteaux plus tard, le vert gazon avait repris le dessus grâce à l’énergie de ma blonde. Mais le lendemain, tout était à recommencer.

Ce qu’il y a de bien avec ce combat contre les feuilles, c’est qu’on sait qu’on finit toujours par le gagner. Si ce n’est pas à la force des bras, le froid nous aide beaucoup en ratatinant les feuilles et l’arbre, aussi majestueux soit-il, finit par s’épuiser et perdre ses derniers atours.

Cette lutte contre la chute des feuilles n’est que le début de la préparation à l’hiver. Parce que oui, l’hiver se prépare. Déjà que notre corps doit prendre le temps de s’acclimater. C’est froid parce que c’est l’automne. Avec la même température au printemps, on aura chaud! Mon collègue Fred a raison. Tout est question d’habitude. Les -5 ou 0 degrés qui nous font grelotter aujourd’hui nous sembleront des chaleurs tropicales en avril après avoir survécu aux – 45 ressentis avec le facteur éolien.

Ce sacré facteur éolien qui transperce nos maigres enveloppes pour s’attaquer directement à nos os ne m’a pas trop fait sacrer (eh oui, au Québec on sacre, on ne jura pas) lorsqu’est arrivé le temps de recouvrir notre beau gazon de sa toile protectrice. Je ne sais pas si c’est l’expérience, mais à ma 5e édition, tout m’a semblé facile.

L’hiver est tellement long et exigeant, la neige longtemps présente, qu’il faut préparer le terrain à subir sans trop de dommage cette période rêvée des amateurs de blanc (et là je ne parle pas de mes amis qui le préfère en ballon). Une toile facilitera le ramassage de la terre et de roches (petits cailloux en québécois) qu’inévitablement la souffleuse va envoyer sur notre terrain.

Les routes sont vite nettoyées après chaque tempête de neige, mais les terrains en bordure dégustent. Il faut bien mettre la neige quelque part, car elle ne veut pas fondre lorsque le thermomètre est en dessous de zéro. Elle va donc s’accumuler jusqu’en avril. Les petits cèdres (qu’on appelle thuyas en Europe) doivent aussi être solidement emballés pour résister à la pression des souffleuses.

Comme d’habitude, à la mi-novembre tout est prêt. Il y a juste mon baril qui récupère l’eau du toit pour l’arrosage du jardin que j’ai tardé à vider. Il est un peu gelé et j’ai beau le mettre au soleil, je ne suis pas sûr de l’assécher avant le printemps. Les maringouins auront aussi une patinoire cet hiver.

Bref, la préparation est faite. Il ne manque qu’une chose : la neige. Pour la première fois depuis mon arrivée au Québec, elle n’a pas fait de visite en octobre. Je crois qu’elle est restée prise en Valais à ce qu’on m’a dit. Soyez sympa, laissez-là venir chez nous. Je suis prêt, je l’attends.

Cèdre emballé, hiver préparé

15 octobre 2017

5 ans au Québec – épisode 41

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 11 h 07 min
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Un automne à Québec

La ville de Québec est belle en automne

Je suis en retard pour la chronique de cette semaine. C’est la faute à l’automne ! L’automne est trop beau à Québec et je ne suis pas le seul à en profiter. Les touristes sont très nombreux. Si la tendance se maintient (c’est la formule consacrée pour les soirées électorales au Québec avant d’annoncer le vainqueur…), 2017 battra le record de visiteur de 2008.

L’année des festivités du 400e anniversaire de la naissance de la ville détient toujours ce record. Je ne pense pas que ce soit le 150e de la Confédération canadienne qui soit à l’origine du record qui va être battu à la fin de cette année. Ce jubilé n’a pas eu beaucoup d’écho en ville de Québec. Je crois simplement que la hausse constante de la notoriété touristique de la Capitale nationale explique plus sûrement ce record.

Il faut dire que ce n’est pas d’hier que la ville de Québec joue la carte touristique. Si c’est en 1985 que le Vieux-Québec est devenu un site du Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, lord Dufferin avait donné une impulsion décisive un siècle plus tôt.

Frederick Hamilton-Temple-Blackwood, né le21 juin 1826 et mort le 12 février 1902, fut le premier comte de Dufferin. La reine Victoria le nomma gouverneur général du Canada. Il occupa se poste entre le 25 juin 1872 et le 19 octobre 1878.

Quand les fonctionnaires municipaux de la ville de Québec commencèrent à démolir les murs de la vieille cité, Dufferin était consterné, et les persuada d’arrêter la démolition et de réparer et restaurer ce qui avait été déjà endommagé.

Cette phrase tirée de sa biographie sur Wikipédia résume son action. Il a été un visionnaire en voulant faire de Québec une destination touristique, c’est ce que je raconte aux touristes que je guide à travers la ville. Il a aussi donné son nom à la terrasse publique qui offre un belvédère incomparable devant le Château Frontenac dominant le fleuve Saint-Laurent.

Lord Dufferin est donc aussi un peu responsable du record battu. L’achalandage touristique de ce mois d’octobre mobilise tous les guides du Vieux-Québec. Les beautés de la saison, mais aussi les ouragans de l’Atlantique qui poussent les bateaux croisières sur le Saint-Laurent, expliquent la masse de visiteurs présents dans les rues de Québec.

C’est donc presque quotidiennement que je marche dans les rues. Parfois avec un groupe d’une quinzaine de touristes de tous les horizons francophones, parfois en visite privée avec un couple et même une fois, en taxi avec deux soeurs québécoises qui voulaient profiter des beautés de leur capitale. Je ne m’en lasse pas. Je raconte des histoires et, même si je n’ai pas l’accent d’Amérique, les visiteurs semblent attentifs.

« À l’époque, les guerres se réglaient plus vite, car on mettait les chefs devant… » J’aime voir les sourires apparaître sur les visages qui me font face. Je n’ai pas toujours le temps de parler de la jambe du général Arnold ou de raconter la légende des canons de Frontenac, mais l’amour de la ville née du rêve de Samuel de Champlain est partagé par beaucoup.

Un automne à Québec, c’est un moment agréable et même si elle ne supprime pas tous les soucis et aléas de la vie, la saison est exquise et il faut profiter de son soleil, car l’hiver ne va pas tarder.

Un permis bien utile…

1 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 35

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Quand la santé va…

Les Augustines soignaient aussi les Amérindiens dans le premier hôpital de la Nouvelle-France à Sillery.

« Quand la santé va, tout va. Quand la santé va… » Vous reconnaissez la mélodie d’une chanson du film d’animation Astérix et Cléopâtre ? Non, pas le film avec Alain Chabat, le dessin animé ! Oui, vous vous souvenez, c’est autour du gâteau empoisonné que les personnages chantent cette rengaine.

Pourquoi ai-je cette mélodie en tête en vous écrivant ces lignes ? Justement parce que les questions de santé sont très présentes dans mon entourage. Les mauvaises nouvelles s’accumulent chez quelques personnes proches ou moins proches. Mais pas d’inquiétude, je vais personnellement très bien et ma blonde aussi.

Cette ambiance hospitalière me suggère de vous parler un peu de santé cette semaine. Depuis cinq ans que je vis au Québec, j’ai découvert un système de santé unique. Quand je dis unique, je dis très différent de celui que je connaissais en Suisse. Ici la bureaucratie règne !

Mais avant de vous raconter quelques anecdotes actuelles, permettez-moi, comme d’habitude, de vous plonger un peu dans l’histoire. L’histoire hospitalière en Nouvelle-France commence le 1er août 1639. Ce jour-là, 3 sœurs augustines débarquent à Québec. Elles viennent de Dieppe à l’initiative de la duchesse d’Aiguillon, la nièce du cardinal Richelieu, pour fonder un premier Hôtel-Dieu à Sillery, à quelques kilomètres du Vieux-Québec.

Avant elles, il y a bien eu Louis Hébert, le premier colon, qui était apothicaire, mais une plaque de glace traîtresse écourta ses services puisqu’il est mort des suites d’une glissade en janvier 1626. Un premier bogue dans les services de santé !

Les Iroquois ayant forcé les Augustines à se réfugier dans les murs de la ville, c’est en 1646 que naît l’Hôtel-Dieu de Québec qui, aujourd’hui encore, reçoit les malades à côté du couvent des Augustines. On raconte que la santé de la colonie était excellente tant que les Augustines se sont occupées seules de cette question.

L’arrivée du premier médecin détériora la situation. Encore aujourd’hui, avant de penser être malade au Québec, il faut avoir un médecin ! Eh oui, sans médecin de famille, n’y pensez même pas ou soyez prêt à de longues heures d’attente aux urgences avant de passer la nuit sur une civière dans un couloir.

Enfin ça, c’est ce qu’on lit dans les journaux. Je ne l’ai pas vécu personnellement. Ce que j’ai testé c’est la recherche d’un médecin de famille. Environ un quart des résidents du Québec sont à la recherche plus ou moins active d’un médecin de famille, car sans lui, pas d’accès au système.

À mon arrivée, j’ai dû remplir un formulaire pour m’enregistrer dans une liste d’attente. Avec mon passé médical, je me suis régalé dans la rédaction. J’ai ajouté comme remarque que sans médicaments, j’avais une espérance de vie de 3 semaines… Sans médecin de famille, pas de renouvellement d’ordonnance !

Cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas de nouvelles du centre censé me trouver un médecin de famille. Ils n’ont pas dû lire mon formulaire ou déduire qu’il était trop tard ! Mais, je suis toujours en vie et j’ai même beaucoup moins de médicaments à prendre, car évidemment la bureaucratie est faite pour être contournée.

Et je n’ai même pas fait exprès. Ici, je ne connais pas encore tout le monde comme en Valais. Quand j’ai eu besoin d’un certificat médical pour mon permis de conduire, on m’a dit que seul mon médecin de famille était habilité à le remplir… J’ai donc dû être malade, passer par une clinique sans rendez-vous pour me trouver devant un médecin à qui j’ai expliqué mon problème.

Depuis, c’est mon médecin de famille ! Quand je lui ai tendu mon certificat pour le permis de conduire, il l’a rempli et, à la question êtes-vous son médecin de famille ? il a coché : oui. La question suivante était : depuis quand ? Il m’a regardé avec un grand sourire et a écrit : depuis 10 minutes !

Hôtel-Dieu de Québec

18 août 2017

5 ans au Québec – épisode 33

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Venise-en-Québec

Un coup de mousquet qui changea l’histoire !

Oui, c’est bien tu y es presque, cherche le vent… Bon ce n’est pas grave, l’eau est bonne, reprends ton souffle, éloigne-toi du quai et recommence. Tu verras, après une trentaine d’essais tu vas y arriver ! Charlot, le filleul de ma blonde est persévérant. Il n’abandonnera pas et, un peu plus tard, il dépassera la minute sur sa planche. Il commence ses vacances d’un bon pied.

Je l’encourage du mieux que je peux, mais la planche à voile n’est pas ma spécialité. En venant passer deux jours au bord du lac Champlain, je rêvais plus de voir des canots d’écorce glissant silencieusement sur l’eau, d’admirer la dextérité des Amérindiens qui guidaient ces embarcations avec un doigté unique.

J’imaginais rencontrer Samuel de Champlain. Le fondateur de la ville de Québec, ce héros que je glorifie à chacune de ses visites du Vieux-Québec, a aussi vogué sur les flots de l’immense lac qui a pris son nom. Quand je dis qui a pris, ce n’est pas tout à fait exact, car c’est Champlain lui-même qui a donné son nom au lac qu’il venait de découvrir.

Le 14 juillet 1609, Samuel de Champlain voit pour la première fois cette immense étendue d’eau. Parti de Québec quelque temps auparavant, il a fait une halte à Trois-Rivières, puis à naviguer sur la rivière appelée aujourd’hui Richelieu. Devant la majesté des lieux, il est ébloui et décide de ne donner rien de moins que son nom à ce lac. L’homme était modeste !

15 jours plus tard, il rencontre les Agniers qu’il cherchait. Parce que Champlain avait fait ce voyage pour tenir la promesse qu’il avait faite à ses alliés hurons et algonquins. La France venait se mêler des querelles amérindiennes et avait choisi son camp. Plus rien ne sera jamais pareil, surtout que Champlain utilise pour la première fois une arme à feu dans une bataille amérindienne.

Il faut dire que seuls deux autres compagnons français ont fait le voyage avec lui jusqu’à ce lac. Avec ses alliés, ils sont une soixantaine à faire face aux deux cents ennemis. C’est pourquoi le premier coup de mousquet tiré par Champlain est fondamental. Un tir, deux chefs tués ! Champlain avait mis 4 balles dans son canon.

Un autre coup de mousquet d’un deuxième Français et l’affaire est réglée. Les Agniers (connus aussi par l’appellation d’Iroquois) sont en déroute et, pour quelques années, la vallée du Saint-Laurent appartiendra aux Hurons.Cette domination ne durera pas, mais c’est une autre histoire.

Je n’ai pas rencontré Champlain au bord de son lac, mais j’ai apprécié le paysage grandiose. Le lac Champlain est très grand: 200 kilomètres de long sur une vingtaine de large. Une toute petite partie est québécoise et l’immense majorité est américaine.

Venise-en-Québec est une station balnéaire tout au nord du lac dans la partie québécoise. Je m’attendais à des canaux comme chez sa consoeur italienne. Je ne les ai pas trouvés, mais j’ai apprécié le tout petit marché, ses crèmes glacées et les merveilleux petits chalets qui longent les rives du lac.

C’est dans un de ces chalets que Charlot se repose après ses prouesses à voiles. Il a bien progressé pour ce premier jour. La vague était forte et je suis sûr que sa semaine sera bénéfique. Son sens de l’équilibre m’impressionne, je ne serai pas capable de tenir debout sur une planche flottante.

Mais mon passage à Venise-en-Québec n’est pas assez long pour tester mes aptitudes, après une nuit chez nos amis, c’est déjà le retour vers Saint-Jean-Chrysostome et pas besoin de trois semaines de canot comme Champlain, trois heures de char suffisent !

Les progrès sont rapides malgré un lac agité.

11 août 2017

5 ans au Québec – épisode 32

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Autocueillette

Une framboise, quel régal !

L’été, c’est le temps des petits fruits. Au Québec, les fraises et les framboises sont abondantes, mais ce sont les bleuets qui sont les vedettes incontestables. Il y a bien les canneberges qui tentent de se frayer une place, malheureusement elles ont un grand défaut : elles ne sont pas offertes en autocueillette.

Parce que l’été ce qui est le fun (eh oui, mon québécois progresse), c’est d’aller cueillir soit même ses fruits. Les panneaux « autocueillette » fleurissent au bord des routes. Avouez que c’est bien plus invitant que des « self-services ».

Si l’île d’Orléans est le paradis incontesté des fruits, comme toute bonne diva, elle se fait capricieuse. Elle se laisse désirer et il faut être prêt à affronter la traversée de son pont avant de s’engager sur le seul chemin qui fait le tour de l’île. Avec l’affluence, mieux vaut ne pas être pressé.

La queue s’étire surtout en automne pour la cueillette des pommes. C’est une tradition très prisée des citadins de Québec qui sont prêts à sacrifier leurs dimanches pour une pomme. C’est vrai que le beurre qu’on peut en tirer est délectable. C’est une de mes découvertes dont je peine à m’en passer. Mais l’heure n’est pas encore à l’automne.

L’île de Bacchus, comme l’a appelée Jacques Cartier lors de sa découverte, a rapidement dû changer son nom. Les vignes sauvages qui y proliféraient ne donnent pas un raisin capable de se vinifier. On tente aujourd’hui un renouveau viticole, mais ma politesse m’empêche de vous formuler mon opinion.

Laissons donc cette île pour cet automne et revenons à l’été. Les bleuets débutent, j’aurai certainement l’occasion d’y revenir dans quelques semaines. Je préfère les framboises. Saint-Nicolas qui forme la partie ouest de la ville de Lévis est un peu le Nendaz du Québec : les framboises y sont reines.

Pour la deuxième année, on peut bientôt parler de tradition, avec ma blonde, nous avons consacré un samedi matin à l’autocueillette des framboises. Nous n’étions pas seuls, quelques familles étaient aussi matinales que nous. La cueillette avant que le soleil n’écrase la campagne est bien plus agréable.

« Laisse les chaudières dans la voiture, on doit prendre leurs paniers ! » L’écologie ne progresse pas. Si l’année dernière nous pouvions amener nos propres contenants (lesdites chaudières), ils sont maintenant standardisés. 2, 3, 5 ou 10 litres : les choix sont imposés. En plus de gaspiller des paniers en carton, cette nouvelle coutume nous impose une quantité déterminée.

Il faut donc s’enligner selon les ordres et remplir nos paniers. Nous avons choisi 3 litres chacun, mais ma blonde en mange plus que moi durant la cueillette, je devrai donc échanger les paniers avant que le soleil ne soit trop haut pour que les deux contenants se remplissent.

Ce n’est pas grave, j’aime les framboises et des réserves pour mes confitures hivernales sont nécessaires. Elles rejoindront vite la fraîcheur de notre congélateur en attendant le moment propice de leur transformation. Fraîchement préparées, elles mettront du soleil dans le prochain hiver.

Ces moments sont magiques, mais furtifs. Je suis vite revenu sur terre. Le Vire-Crêpes était complet, donc pas de déjeuner délectable en récompense et en plus un déplacement de vertèbre m’a tenu immobile pour deux jours avant qu’un physio aux mains magiques ne réalise des miracles.

Heureusement, j’aime les framboises et je sens que l’été prochain, le rendez-vous ne sera pas manqué.

Un panier au soleil et un autre presque rempli…

4 août 2017

5 ans au Québec – épisode 31

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 6 h 05 min
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Fête nationale

Les Merlin chanteurs ont rehaussé le 1er août à Québec.

Les accents d’un cœur pieux… Les accents émus d’un cœur pieux… La dernière note reste suspendue dans l’air quelques secondes, puis des applaudissements éclatent. Heureusement, ce n’est pas ma voix, mais celles des Merlin de Montreux qui ont soutenu cette prestation de l’hymne national suisse. Vos oreilles seront épargnées.

Même, ou peut-être surtout, à l’étranger la ferveur patriotique fait du bien, au moins pour quelques instants. Le premier août est une occasion traditionnelle de rassemblement du Club Suisse de Québec. Grâce à Marina, notre consul honoraire et Nicole, son adjointe efficace, la rencontre est toujours agréable.

Cette année, un octuor vocal venu directement des bords du Léman a enchanté ces instants helvétiques en terre québécoise. Les Merlin chanteurs, j’ai trouvé cette association entre leur nom et leur fonction digne de la forêt de Broceliande, les Merlin chanteurs donc, ont été une agréable surprise.

En arrivant, à la Base de plein air de Sainte-Foy, le Québec a aussi l’art des noms bien choisis, j’ai rencontré Marc. Habillé en noir et blanc, je l’ai tout de suite situé comme un membre du groupe invité. Après quelques secondes de jasette, j’apprends qu’il habite La Sage en surplomb de mon chalet d’Évolène. Le monde est tout petit.

Cet infirmier clinicien vaudois a vécu 25 ans au Québec où il a travaillé dans une petite communauté du Grand Nord. Il y soignait les habitants et parfois faute d’autres solutions, aussi leurs huskies. En 2010, il est rentré en Suisse avec sa femme québécoise. Leurs enfants sont restés au Québec. C’est lui qui guidait un peu les Merlin chanteurs durant leur périple. Il venait également en repérage pour sa future retraite.

Nous sommes au Québec une douzaine de jours. Nous nous sommes produits à Sutton pour la grande fête des Suisses samedi dernier. Nous avons un bus et un chauffeur et nous alternons entre productions planifiées comme ce soir et d’autres plus improvisées au gré de notre voyage.

C’est Jacques, le directeur des Merlin chanteurs qui parle. En quelques mots, il me raconte la naissance de ce groupe pour faire la nique au déclin des chœurs d’hommes, leur passion de la musique et leur plaisir de chanter.

La java des bouchons, parole et musique de membres des Merlin pour bien marquer leur amour des vignobles et de leurs fruits, suivi de L’amour de la patrie pour préparer l’hymne national, avant La complainte du phoque en Alaska comme preuve d’adaptation aux coutumes locales et une série en quatre langues en honneur à la diversité suisse: leur programme collait parfaitement à l’esprit de ce premier août.

Très vite est arrivée l’heure d’écouter le message de notre Doris présidente qui s’adressait tout particulièrement à nous les Suisses de l’étranger. Un dernier verre de Lavaux, quelques dernières anecdotes autour des desserts préparés un peu par tous et l’heure de quitter est déjà arrivée.

Comme d’habitude, les habitués du Club Suisse de Québec traînent un peu plus. Le temps de dire un grand merci aux conjoints de Marina et Nicole qui ont géré le barbecue et les photos. On est bien au Québec, ce sont les femmes qui dirigent.

Le feu d’artifice attendra le lendemain. En effet, c’est le 2 août que commencent les Feux Loto-Québec sur le Saint-Laurent.

Ce monde est presque parfait…

Marina, notre Consule honoraire ouvre la soirée.

1 août 2017

Le temps des vedettes

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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Caricature parue dans le Journal de Québec du 31 juillet 2017


L’actualité politique est aussi en vacances. Le temps est au farniente, le temps est aux magazines people qu’on dévore sur une plage de sable blanc. Et ici, en Amérique du Nord, deux nouvelles stars occupent quelques unes. Justin Trudeau et Donald Trump se permettent de voler la vedette à de vrais professionnels.

Il y a bien quelques conflits, comme à Jérusalem ou en Syrie, qui ne veulent pas prendre de pause. Il y a les réfugiés qui viennent, une fois de plus, gâcher les vacances sur les plages de la Méditerranée. Mais tout cela est du déjà vu. On ne peut pas se révolter chaque été pour les mêmes histoires.

Heureusement, il y a un nouveau dictateur socialiste qui tente de rivaliser avec ses illustres prédécesseurs. Malheureusement, n’est pas Che Guevara qui veut, ni même Castro ou encore Hugo Chavez.

Non, Nicolas Maduro arrive trop tard. Le pétrole n’arrive plus à masquer la déroute du système chaviste. Il ne reste que la force, la corruption et la fraude pour se donner un semblant d’avenir à défaut d’en préparer un à son peuple.

C’est pourtant si simple.

Le leader vénézuélien ne semble rien comprendre à son époque. C’est pourtant si simple de se faire élire, voire même de se faire aimer par son peuple. Je laisserai de côté l’analyse de l’effet Macron. Le « jupitérisme » n’est pas à la mode de mon côté de l’Atlantique.

En Amérique du Nord, si Donald Trump est l’incarnation de la politique spectacle, du « Je vous ai compris ! » lancé au peuple en délire, un peu plus au nord, un autre homme politique providentiel commence à lui faire de l’ombre.

Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, vient de faire la une du magazine Rolling Stones qui lui consacre une entrevue mielleuse à souhait. Notre super « Bisounours » devient la coqueluche de tout un continent.

Il faut dire qu’il tient ses promesses, enfin au moins celle de légaliser la marihuana. Elle sera en vente libre au Canada dès le 1er juillet 2018 : avis aux amateurs. Pour le reste, quand on gratte un peu le verni, rien de bien nouveau.

Cynisme quand tu nous tiens.

Donald Trump, lui, fait au moins les choses différemment. Il rue dans les brancards de la bienséance, il chamboule les données politiques, son leadership est pour le moins atypique.

Mais au fond, quelles sont les conséquences ?

Jamais les frontières terrestres canadiennes n’ont autant été prises d’assaut par des immigrants inquiets. Jamais on n’a ressenti autant de fébrilité dans les milieux économiques avec la renégociation de l’ALÉNA.

Pourtant, il n’a toujours pas abrogé l’Obamacare. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Sauf peut-être pour renforcer les camps opposés. Ses partisans crient au génie, ses détracteurs au fou. L’avenir nous dira qui a raison.

L’homme est cynique, mais l’est-il plus que les nouvelles stars de la politique qui ne jouent que sur leur image ? Surtout, l’est-il plus que les électeurs qui ne se fient plus qu’aux ressentis pour choisir le nom à mettre dans l’urne ?

Mathieu Bock-Côté, un chroniqueur du Journal de Québec, que j’ai lu cette semaine faisait un constat qui me semble bien illustrer la dérive actuelle. Il y a trente ans, les leaders politiques s’entouraient d’intellectuels pour s’assurer le pouvoir, aujourd’hui, ils confient leur sort aux mains de communicateurs…

L’image a pris le dessus sur le cerveau. À quand un retour de balancier ?

PS: Bonne fête nationale à mes compatriotes suisses !

28 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 30

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Grands voiliers 2017

Les jets terminent la parade.

L’Esméralda, un 4 mats majestueux, passent devant le Château Frontenac suivi à quelques encablures par un navire-remorqueur du port de Québec qui joue avec ses lances à incendie. Le rendez-vous 2017 des grands voiliers se termine à Québec par un défilé matinal.

Pas plus que les quelques amis réunis sur la terrasse de Denise, je ne regrette de m’être levé aux aurores pour assister à ce défilé. 38 voiliers historiques ont vogué devant nous, sur le Saint-Laurent, durant 2 heures avant de mettre les voiles en direction d’Halifax.

Organisé dans le cadre des festivités du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, ce rendez-vous restera le point d’orgue des manifestations québécoises. Durant 4 jours, le port de Québec a connu une affluence monstre. Le quai Paquet du côté de Lévis n’a pas été en reste.

La présence d’un 3 mats équatorien a attiré son flot de visiteurs sur la rive sud. Je n’ai pas eu la patience, je ne suis pas marin dans l’âme, de faire la file pour monter à bord d’un de ces seigneurs de la mer, mais j’ai apprécié la fresque offerte par leur présence. Québec est une ville maritime, elle respire le fleuve.

Le Saint-Laurent est à l’origine de la naissance de la forteresse qui contrôle l’endroit le plus étroit du fleuve. « Là où le fleuve rétrécit », la signification de Québec en langue amérindienne est bien plus que le symbole de la ville, c’est la raison originelle de son existence.

Jacques Cartier, puis Samuel de Champlain ne s’y sont pas trompés. Ils ont choisi cet endroit parce qu’il est quasi imprenable. Attaquée 6 fois au cours de son histoire, Québec n’a cédé que deux fois et encore parce qu’elle n’avait pas de défense en 1629 ou par incompétence en 1759.

Bien avant les Français, les Amérindiens avaient fait de ce passage étroit sur le fleuve un point de rencontre essentiel entre les différentes communautés. Aujourd’hui réunies autour du fleuve, les populations de Québec et de Lévis se tournent à nouveau vers leur colonne vertébrale.

Le quai Paquet ouvert en 2016 du côté sud et la place des Canotiers ouverte au début de l’été 2017 sur la rive nord sont les signes tangibles de ce retour aux sources, de ces villes qui n’ont plus peur, comme au 20e siècle, du fleuve. Elles retrouvent leurs élans millénaires pour ce lien irremplaçable.

Les 38 fiers navires qui viennent de défiler sous mes yeux me laissent rêveur. Moi qui suis né dans les montagnes, je n’ai pas le pied marin, mais je sais qu’on ne lutte pas contre l’essence d’une région. Ce n’est qu’en respectant ce que l’on est vraiment qu’on peut s’épanouir.

Même si je comprends, de la terrasse où j’admire ce spectacle, la force que devaient ressentir les canons anglais en 1759, je ne sens pas la vulnérabilité de la ville en face de moi. Je respire sa fierté de pouvoir offrir un si beau panorama.

Et même si le Château Frontenac n’a jamais été qu’un hôtel pour voyageur, il donne à la carte postale toute la majesté qui fait de cet endroit un havre splendide.

Bon, assez d’émerveillement, les bateaux voguent vers d’autres cieux, il est temps de faire honneur au brunch qui a patienté sur la terrasse. Parce que si le décor de Québec est magnifique, sa cuisine n’a rien à lui envier…

L’Esméralda devant le Château Frontenac

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