Valais Libre

18 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 20

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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On court à Sainte-Claire

Un bénévole prêt 🙂

Sainte-Claire est un village de 3300 habitants dans Bellechasse au bord de la rivière Etchemins. Si je vous en parle, c’est parce que ma blonde y travaille. Samedi passé, le tout jeune club de course local y organisait sa première compétition. J’y étais comme bénévole.

Une magnifique arche gonflable aux couleurs de la Caisse populaire Desjardins nous ouvrait la place en bordure de la piste cyclable. Je vous ai déjà parlé des beautés de la cycloroute de Bellechasse il y a cinq ans, je n’insisterai pas. C’est toujours aussi beau !

L’idée de reconvertir une ancienne voie de chemin de fer en piste cyclable est juste géniale. Une deuxième arche plus petite que la précédente, tout noir avec simplement l’inscription Prévost en blanc signale la ligne de départ. J’ai le même mot écrit sur le devant de mon magnifique chandail orange.

Derrière, c’est écrit « bénévole ». Prévost est le plus grand employeur du village. La compagnie qui construit des autobus emploie 650 personnes à Sainte-Claire. Elle est aussi très impliquée dans la vie communautaire et ça se voit.

À notre arrivée après une petite quarantaine de kilomètres en voiture jusqu’à l’école Morissette en suivant le parcours quotidien de ma blonde, nous faisons un rapide passage au gymnase de l’école. Quelques bénévoles, la secrétaire et des enseignants sont prêts pour la distribution des dossards. Deux heures avant le départ, les premiers coureurs arrivent.

Le temps de raconter notre rencontre avec une petite famille de renards vue au bord de la route, les chemins de campagne sont plus bucoliques que les bouchons de la ville, et nous voilà partis pour rejoindre le départ. Dix minutes à pied nous font plus de bien que l’attente du bus-navette.

Christine, la prof de sport et Kathleen, la fan de course nous accueillent. Les initiatrices de cette première course sont des enseignantes qui maîtrisent parfaitement leur sujet. Tout est prêt, nous n’avons plus qu’à sortir les médailles et à préparer le tableau des cubes énergie.

Ces cubes sont virtuels, il faut 15 minutes d’activité physique pour en avoir un. L’école en cumule un maximum. Tout est en place et après le discours du directeur de l’école qui remercie tout le monde pour son implication, le warm up peut commencer. L’échauffement musical fait monter l’ambiance.

« Tu ne cours pas ? » « Non, tu ne distribues que de l’eau au ravitaillement, ça ne vaut pas la peine! » Richard, le chum de Kathleen rit de ma réponse. Elle cadre avec l’ambiance, mais nous n’avons pas le temps de jaser, la course va partir et lui doit vite rejoindre son poste au kilomètre 2.5.

Les coureurs vont parcourir 5 ou 10 kilomètres en faisant un aller-retour sur la piste cyclable avant que les plus petits, souvent accompagnés de leurs parents ou de leurs aînés qui ont déjà couru, parcourent 2 kilomètres sur la piste. En tout, près de 250 coureurs auront reçu une belle médaille.

J’ai distribué les premières, puis quelques jeunes filles du club de course qui ont fini dans les meilleures ont pris le relais. Je n’ai plus eu qu’à les approvisionner. 640 cubes énergie ont été cumulés ce qui représente 160 heures de sport.

Une belle réussite pour un samedi matin où même la météo a été conciliante. Ceux qui critiquent sans cesse l’école et ses acteurs devraient participer à ces beaux moments, ils verraient qu’au Québec, comme je l’ai vécu en Suisse, l’école est avant tout l’affaire de passionnés.

L’échauffement est essentiel.

16 mai 2017

Bombardier ou les limites du capitalisme

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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quebec.huffingtonpost.ca

Bombardier est un fleuron industriel québécois bien connu en Suisse. Si la compagnie a fait parler d’elle la semaine dernière en Suisse à cause d’un retard dans la livraison de nouveau train, au Québec, c’est son assemblée générale qui soulevé l’ire de certains. Depuis quelque temps la politique de rémunération de ses dirigeants est contestée.

L’entreprise fondée par Joseph-Armand Bombardier est chère au cœur des Québécois. Après, les motoneiges, ce sont aujourd’hui les trains et les avions qui sont au cœur des activités. Des milliers d’ingénieurs et des dizaines de milliers de travailleurs spécialisés et qualifiés font sa fierté. Elle rayonne un peu partout à travers le monde.

Je ne reviendrai pas sur les causes de la grogne des Québécois, vous pouvez relire ma chronique du 11 avril dernier. Par contre, le fait que la Caisse de dépôt et de placements du Québec et d’autres grands investisseurs aient dit avant l’assemblée générale qu’elles voulaient rejeter la politique de rémunérations des dirigeants et ne pas réélire Pierre Beaudoin à la tête du Conseil m’interpelle.

Des votes protégés

Pour que de telles institutions en arrivent à de telles conclusions, il faut que la situation soit sérieuse. La Caisse de dépôt et de placements du Québec n’a pas la réputation de faire du sensationalisme. Malgré cela, les propositions de l’entreprise ont été acceptées à plus de 93% lors du vote des actionnaires. À n’y rien comprendre!

Les systèmes d’actions protégées et privilégiées qui donnent à la famille Bombardier 53% des voix avec moins de 13% des actions expliquent une partie des résultats. Le reste vient du vote anticipé et des procurations. Les actionnaires absents sont nombreux à signer une procuration à la direction. Le formulaire leur est envoyé bien avant, souvent avant que les polémiques ne naissent.

Protéger les entreprises

Ce système a été inventé pour protéger les entreprises des prises de contrôle indésirables. En Valais, je sais que le Nouvelliste vit ou vivait avec un tel régime. Il donne à la famille Bombardier l’assurance de garder le contrôle malgré la croissance de l’entreprise. On aime la rassurante gestion familiale.

Ainsi le petit-fils du fondateur peut continuer à diriger l’entreprise, même si sa compétence est douteuse. Se délivrer un salaire dix fois plus grand que celui des administrateurs des entreprises comparables ne semble pas un souci. Les autres membres de la famille et quelques alliés présents de longue date au Conseil font la majorité.

Perversion des règles

Dans un monde idéal, on pourrait opposer une économie planifiée à une économie libre, mais rien n’est aussi pur. On voit, dans le cas de Bombardier, quelques dérives du capitalisme. Une société trop importante pour être abandonnée par l’État, une direction familiale dépassée et des règles qui ne correspondent plus à la réalité.

L’État québécois a investi de grandes sommes pour sauver le projet de la Cseries et il ne peut pas fragiliser l’entreprise qui détient un savoir-faire important et qui génère beaucoup d’emploi. Pierre Beaudoin, le rejeton de la famille qui a hérité de la charge n’est pas son grand-père, mais tout se maintient parce que le système le veut.

Loin d’être une exception, l’exemple de Bombardier montre que la théorie est souvent loin des réalités du terrain. Le capitalisme, la libre entreprise, basée sur la compétence et le marché trouve des limites lorsque les contingences humaines viennent compliquer la pureté théorique.

12 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 19

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Je cours Qc

Toute la panoplie du parfait coureur, y compris le brunch d’arrivée…

La marée est basse, mais le bruit des vagues résonne contre les rochers. La brume se disperse lentement, Québec s’aperçoit de l’autre côté du fleuve. Il fait frais, mais il ne pleut pas. Un Nordet (vent frais du Nord-Est) frisquet souffle, mais heureusement dans le dos. Il est 8 h 12, le corral vert est libéré. Ma première course de la saison commence.

Je cours depuis 2013, depuis ma deuxième année au Québec. J’avais besoin d’une remise en forme, je l’ai trouvée dans la course à pied. Jamais je n’aurai cru pratiquer ce sport un jour. Je tente de pratiquer régulièrement depuis, je tiens d’ailleurs un tableau de mes entraînements qui m’indique que j’ai couru 1407,2 km entre le 13 mai 2013 et le 10 mai 2017. Malgré ce nombre imposant, courir n’est toujours pas un besoin, mais une corvée.

Pour me motiver, je m’inscris à quelques courses chaque année. Je me rappelle mon premier 5 km sur les plaines d’Abraham un dimanche matin pluvieux de juin 2013. Ma blonde m’encourageait en criant: « ne va pas trop vite ! » Elle craignait pour ma santé. Ce jour-là, je réussis à battre mon objectif pour 3 secondes. Mon destin de coureur était joué.

Courir à Québec est devenu ma référence. Cette organisation qui proposait cinq ou six courses par année m’a permis de m’entraîner régulièrement. L’année dernière, elle a été rachetée par le groupe Gestev et a pris le nom cette année de: Je cours Qc. La course est une activité pratiquée par de nombreux Québécois.

Nous étions 3 500 dimanche dernier à longer le Saint-Laurent du côté de Lévis. J’ai pris part au 10km du demi-marathon Oasis (merci au commanditaire qui distribuait des jus de fruit à l’arrivée). Les deux premiers kilomètres furent difficiles. Le froid et l’engourdissement me tenaillaient. Le printemps est long à venir cette année.

Les trois derniers n’ont pas été beaucoup mieux, j’avais trop chaud. Je me suis trop habillé. Je n’aurai dû faire que les cinq kilomètres du milieu. Mais, j’aurai manqué la beauté du paysage. La course, surtout à mon rythme, permet d’apprécier le décor qui défile lentement.

La course suivait le parcours des Anses. Cette piste cyclable est un bijou de la région. Elle longe le fleuve sur une quinzaine de kilomètres dans la ville de Lévis. Voir le Château Frontenac émerger de la brume de l’autre côté du fleuve est magique. Je me suis arrêté pour prendre une photo, mais je me suis aperçu à l’arrivée que mon téléphone ne l’a pas voulu.

Trop en sueur ou trop nul techniquement: je ne sais pas. Je garde cette image dans ma tête. Si vous voulez la voir, vous n’avez qu’à vous entraîner comme moi. Car en Suisse aussi, il y a des courses magiques. Il y a une année, ma dernière course était la Monthey d’Illiez. Un ami, il reste mon ami malgré cet épisode, avait oublié que j’étais vieux et que je courais à plat.

J’ai eu le plaisir de voir mon nom au début de la liste des résultats si on commençait par la fin… J’ai mis une année à m’en remettre, mais j’ai retrouvé le courage et ce n’est pas un dimanche pluvieux qui allait m’arrêter. Le plaisir est toujours très grand quand ça achève. J’ai mis 10 minutes de plus qu’il y a deux ans, mais j’ai pu reprendre l’entraînement cette semaine.

Vivement dans un mois pour la descente royale, après le Saint-Laurent, les chutes Montmorency et les souvenirs de la Nouvelle-France seront au rendez-vous. J’ai hâte de vous raconter tout ça.

La photo de pub de l’événement remplace, les nuages en moins, ma photo ratée.

5 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 18

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Fin de saison et vins

Lance-pierres de mes débuts en Suisse, Club Etchemin et Hadlow 1862, trois époques, trois chandails… J’ai 5 mois pour les repasser avant la reprise.

« Mais comment ils font ceux qui perdent le septième match de la coupe Stanley ? » La question de mon ami Denis fait bien rire autour de la table. Nous sommes un peu moins de 500 personnes dans la grande salle du Juvénat de Saint-Romuald pour la soirée finale du 52e tournoi des 4 bouts. Mon équipe est réunie à la table 10.

Quelques heures plus tôt, en début d’après-midi, nous terminions notre saison sur une très mauvaise partie. Notre onzième du tournoi a été la pire. Je ne sais pas si c’est la pression ou la fatigue, mais nous avons, pour une fois, tous été mauvais en même temps. Contre Michel Blais, le président du club Etchemins, ça n’a pas pardonné. Une défaite de 4 à 1.

Dire que si j’avais réussi ma dernière pierre, nous pouvions aller en tir de barrage. Je m’en veux encore. Pourtant quand j’ai lâché cette maudite pierre, j’étais convaincu que c’était bon. Elle avait la bonne trajectoire et la force me semblait idéale. Au début, j’étais rassuré qu’elle ne courbe pas trop vite, ça lui permettait de passer la garde.

Mais après, elle devait courber. Elle est restée droite jusqu’à la fin. Je n’ai pas monté la rouge sur la jaune pour tenter de marquer deux points. La désillusion a été grande. La grande finale du 52e 4 bouts nous échappait. La pression a été trop forte, j’aurai dû refaire un tour au salon des vins de Québec comme la veille.

Car c’est vendredi soir que nous avons été les meilleurs. J’avais passé la journée en compagnie de Gilles Besse de Vétroz. Président de Swiss Wine Promotion, il était à Québec pour vanter les mérites des vins suisses. Quand j’ai vu cette programmation il y a quelques semaines, je me suis rappelé que j’étais journaliste occasionnel pour Rhône FM et j’ai donc demandé une accréditation pour ce salon des vins.

Nous avions mangé le jeudi soir avec Gilles, Max La Roche, un importateur de vins suisses au Québec et son fils. C’était la semaine Québec Exquis où 22 tables de la ville préparent un menu du terroir en collaboration avec des producteurs locaux. Les chefs concoctent un menu original pour un prix modique.

Chez Boulay, bistro boréal, sur la rue Saint-Jean nous a accueillis. Filet de thon divin qui m’a fait oublier le reste et quelques vins québécois choisi par l’expert ont illuminé la soirée. Le lendemain, j’ai repris la dégustation au palais des congrès. Heureusement, pas les 57 vins suisses présents (il y avait 1500 vins au total), mais j’ai retrouvé le Cayas de Jean-René Germanier.

Ces vins sont un peu trop chers pour avoir un grand avenir au Québec, mais Rodolphe, le serveur de Chez Boulay, a été séduit. Il y a des chances qu’on retrouve quelques vins suisses dans ce restaurant renommé du Vieux-Québec. On l’a convaincu la veille de venir déguster, il a tenu parole et il a été conquis. Enfin, c’est ce qu’il a dit sur les ondes de Rhône FM (http://www.rhonefm.ch/fr/share/news-1-826814).

Cette journée m’avait bien détendu et, le vendredi soir, Serge Moineau, champion policier québécois de curling, et aussi un ami, n’a pas résisté à l’équipe Hadlow 1862, clin d’oeil au premier club de curling de Lévis. Nous avions suivi le thème de cette année qui mélangeait LNH et histoire des quartiers de Lévis. Nous avons dominé le groupe des Stars de Hadlow, puis gagné notre quart de finale.

Mais à quoi ça sert de gagner la demi-finale si c’est pour perdre la finale ?

Gilles Besse entouré de l’équipe du stand suisse au Salon international des vins et spiritueux de Québec

14 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 15

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Le Québec est sale.

Le Champlain The Story of us n’est pas des plus présentables…. (photo cbc.ca)

Oui, le Québec est sale en ce mois d’avril. L’hiver achève enfin. La neige fond. Le ciel est gris. Il pleut. Tout jette une ambiance morose sur cette terre si magnifique la majorité du temps. Si le Québec est sale physiquement et personne n’y peut rien, si la nature prend des allures de domaines de BS comme on dit ici, c’est aussi d’un autre Québec sale que je veux vous entretenir aujourd’hui.

Avant d’aller plus loin, je suis sûr que vous attendez une explication sur le domaine de BS, mais j’aurai tout aussi bien pu parler de maison, de cour ou d’appartement de BS. D’ailleurs, c’est ma blonde qui m’y a fait penser l’autre jour quand j’ai sorti au bord du chemin le vieux calorifère (oui, le radiateur, vous avez compris), résidu de la fin des travaux dans le sous-sol. Le BS, c’est le bien-être social. Ceux qui bénéficient de l’aide sociale sont appelés ici des BS.

Je développerai ce sujet peut-être une autre fois. Je n’en suis pas encore là. La saleté triomphe donc au mois d’avril. La neige restante dans la rue est noire. Les bancs de neige (c’est aussi une expression québécoise que je n’ai pas besoin d’expliquer, vous savez tous ce qu’est un tas de neige) qui fondent libèrent toutes les roches (ici les roches sont de petits cailloux) emmagasinées durant l’hiver.

Je prends la pleine mesure de l’utilité des toiles tendues sur le gazon. Dans quelques semaines, je vais manger un peu de poussière, mais le gazon reverdira plus vite et en meilleure santé. Ces protections auront fait leur effet et j’aurai moins à jouer du râteau.

Au-delà de ces considérations paysagères, la saleté du Québec fait aussi polémique. Les Anglos (ceux de l’ouest du pays) ont osé présenter un Champlain à la chemise blanche souillée. Le héros fondateur soulève les passions en cette année jubilaire pour le Canada. Car oui, vous ne le savez peut-être pas, mais on fête en 2017 les 150 ans de la Confédération canadienne.

Je vous détaillerai cela vers le 1er juillet, date de l’anniversaire, mais en attendant, sachez que pour l’occasion, Radio-Canada a produit une série historique The Story of us qui glorifie une histoire qui rebute certains. Le Québec a été le berceau du pays, mais c’est aussi une terre conquise qui se voit aujourd’hui imposer une histoire qui n’est pas vraiment la sienne. Les cinéastes ne sont pas des historiens, mais le mal est fait.

La Confédération canadienne est une affaire de domination anglaise. Le départ des troupes britanniques n’a pas été une libération, juste une continuation. J’explique aux touristes qui visitent avec moi Québec qu’avant la Confédération la région était dirigée par la reine d’Angleterre et après par la reine du Canada. La personne reste la même, c’est juste son titre qui a changé.

Les Canadiens Français, puis les Québécois n’ont jamais totalement accepté cette ascendance de l’ancien ennemi. Malgré l’abandon de la mère patrie, le cœur est toujours resté un peu français. Même si les velléités d’indépendance sont aujourd’hui moins fortes, le sujet est sensible.

Alors, oser montrer Samuel de Champlain avec une chemise sale, lui le lieutenant-gouverneur et fondateur de la Nouvelle-France, est un scandale qui permet aux plus nationalistes de rejeter en bloc les célébrations de la Confédération qui vont bientôt commencer. Je l’ai toujours dit, l’histoire est un sujet éminemment politique, mais le soleil qui revient et les rues qui vont se nettoyer vont bientôt redonner le sourire à tout le monde.

La neige fondante n’est pas belle.

 

7 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 14

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Le pont de glace

Pont de glace – © Secteur des archives privées de la Ville de Lévis

« En avril, ne te découvre pas d’un fil. » L’expression est bien connue, mais elle prend tout son sens cet hiver au Québec. Il neigeait encore hier matin. Avec novembre, avril est un des mois les plus déprimants dans la région. Cette année, il commence dans la morosité. La neige est sale, comme les rues. La succession de neige et de pluie ajoutée à la fonte et aux débâcles des rivières augmentent les menaces d’inondation.

Face à ces aléas naturels, le Québec ne se laisse pas aller. Il organise une foule d’activités pour garder le moral. Le Salon du livre bat son plein. La bande dessinée se répand dans la ville. Le festival Québec Exquis se prépare et comblera les gourmets les semaines après Pâques. Les séries de hockey vont bientôt commencer et je suis en plein tournoi «4 bouts» au curling.

J’aurai certainement l’occasion d’évoquer certains de ces sujets dans les prochaines semaines. Aujourd’hui, je vais perpétuer une tradition autant québécoise qu’universelle pour animer les longues périodes d’attente. Les bancs de neige autour de la maison culminent encore à près de six pieds (1,80m environ), le jardinage n’est pas pour tout de suite, alors je vais vous raconter une histoire.

La ville de Québec a été construite sur un promontoire stratégique, « là où le fleuve rétrécit ». C’est ce que veut dire le mot Québec en algonquin, la langue des Amérindiens qui vivaient ici au moment de l’arrivée de Champlain. Quelques années plus tard, juste en face du cap Diamant sur lequel se dresse fièrement depuis un peu plus de cent ans le Château Frontenac, une nouvelle ville va naître: Lévis.

La relative étroitesse du fleuve (1 km) va permettre des liens fort entre les deux villes. Si aujourd’hui, des traversiers assurent la liaison régulière toutes les demi-heures, il n’en a pas toujours été ainsi. Longtemps, les passeurs ont régné sur cette traversée. Avec leurs canots, ils assuraient aux voyageurs un service de transport interrives été comme hiver. Si l’été tout allait plus ou moins bien, le voyage se compliquait l’hiver.

Des héros comme Pitre Soulard qui perdit la tête dans les glaces en voulant être trop téméraire ou comme ses camarades plus prudents défiaient le fleuve et ses glaces sur leurs canots de bois. Heureusement, durant certaines périodes, la traversée devenait plus facile grâce au pont de glace.

« En janvier ou février, un solide pont de glace se formait sur le fleuve. L’année 1874, on l’utilisait encore le 7 mai! À compter du milieu du XIXe siècle, ce pont hivernal fut balisé et entretenu par les villes de Québec et de Lévis… » a écrit l’historien Jean-Marie Lebel.

Malheureusement, ce pont ne se formait pas chaque année à cause de la météo et des marées. Quand tout allait bien, en moyenne 1 année sur 3, les autorités lissaient la glace et créaient une véritable route pour relier les deux rives. « …ce lien éphémère entre les rives du Saint-Laurent représente d’abord une voie de communication économique qui fait baisser le prix des denrées, dont le bois de chauffage. Le 1er mars 1883, Le Canadien annonce que la corde de bois se vend 3.50$ plutôt que 5$ grâce au pont, » nous apprend les recherches de l’historien Pierre-Olivier Maheux.

Cette zone hors de toute juridiction des villes a vite été occupée par des débits de boisson qui ne payaient pas de taxe pour la plus grande joie des consommateurs qui pouvaient se réchauffer à bon compte.

Avec la fin du XIXe siècle, ce pont disparaît. La construction du pont de Québec et l’augmentation du trafic fluvial régulier sur le Saint-Laurent mettront fin à cette tradition.

Pont de glace vers 1830 – Peinture de Cockburn

3 mars 2017

5 ans au Québec – épisode 9

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Le verglas

Les arbres glacés sont beaux.

Les arbres glacés sont beaux.

« Le verglas est une accumulation de glace provenant du gel des gouttes de pluie ou de bruine au contact d’un objet dont la température se situe sous le point de congélation. La pluie verglaçante est un phénomène météorologique normal au Canada et en Nouvelle-Angleterre en hiver. Elle se manifeste géographiquement dans un étroit corridor où les vents froids de surface sont canalisés d’est à nord-est en surface par la géographie locale (vallée du Saint-Laurent, de la rivière des Outaouais, des Appalaches, etc.) alors que de l’air doux et humide venant du sud la surmonte en altitude. »

Voilà pour la définition Wikipédia du phénomène dont je vais vous parler cette semaine. Samedi dernier, la pluie verglaçante a été bien présente. En me réveillant le matin, j’ai pu apprécier les beautés de cet épisode météorologique. Ma blonde était moins convaincue. Impossible de prendre la route tout de suite, c’est beaucoup trop dangereux. Dès qu’on sort, il faut être sur ses gardes, c’est plus glissant qu’une patinoire.

Les arbres sont beaux avec leurs branches glacées, notre voiture est recouverte d’une enveloppe transparente du plus bel effet. Ça va aujourd’hui, la couche n’est pas trop épaisse et nous ne sommes pas pressés. Le démarreur à distance est apprécié à cette occasion. Après de longues minutes de chauffage, je peux commencer le déglaçage. Rien à voir avec ce que nous vivons dans les aéroports, ici l’huile de coude et un bon balai à neige sont nécessaires.

Mais le verglas ce n’est pas que des beautés et du régal pour les yeux. Toute la nuit, le bruit des fils électriques qui frappaient contre le toit a rythmé notre sommeil. Nous avons été chanceux, ils ne se sont pas effondrés. Ce fut le cas pour quelques milliers d’usagers de notre ville de Lévis. Certains ont dû attendre jusqu’en fin de journée pour retrouver le courant. Quand on sait que la majorité des chauffages fonctionnent à l’électricité, on peut imaginer le soulagement lorsque c’est réparé.

Surtout, ce verglas n’a été présent que quelques heures. Rien à voir avec la grande crise du verglas qui avait duré cinq jours en 1998. Le verglas atteignait 10 cm d’épaisseur par endroit. Son poids avait entraîné des pannes de courant généralisées, des effondrements de pylônes électriques, sans compter les dommages aux arbres et aux propriétés. La mémoire collective s’en souvient à chaque nouvel épisode.

Non, rien de grave cette fois, quelques branches cassées jalonnent la route jusqu’aux  » Bedons de Josy  » où nous prenons finalement notre déjeuner un peu plus tard en matinée. La route principale est déglacée, mais dès que nous empruntons les routes résidentielles, il faut être prudent. L’hiver c’est beau, mais il ne faut pas en abuser.

Après les douceurs de février qui a été un mois au-dessus des moyennes saisonnières comme ils disent à la radio, mars s’annonce plus froid. Le printemps ne frappe pas encore à la porte. La semaine qui s’en vient est celle de relâche pour les écoles. La pause va faire du bien aux élèves comme aux enseignants. Les joies de l’hiver vont permettre de s’aérer et, s’il y a tempête, on programme « Ma vie de courgette » au cinéma…

Le bouleau plie mais ne rompt pas.

Le bouleau plie mais ne rompt pas.

24 février 2017

5 ans au Québec – épisode 8

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Vin, Chocolats et lunettes Rhône FM

Lunettes Rhône FM et Château Frontenac

Lunettes Rhône FM et Château Frontenac

Une bouteille à Varone, des tablettes de chocolat, Yesss ! … Et des lunettes Rhône FM, je suis gâté. J’aime mon métier de guide touristique, j’aime partager ma passion de la ville de Québec, j’aime faire découvrir des coins, des histoires, des personnages méconnus. Ce que j’aime surtout c’est raconter des histoires et quand on sillonne les rues d’une ville comme Québec, les occasions ne manquent pas.

Mon cousin Jeannot, un cousin éloigné, nos grands-parents étaient de la même fratrie, je crois, mais quand on est loin, les liens de parenté se resserrent; mon cousin donc, passait à Québec avec sa bande de motoneigistes. Cinq gars bien bâtis, bien vivants, dont certains étaient à leur troisième ou quatrième passage dans la ville de Québec. Tout un défi de les intéresser durant deux heures à mes histoires.

Tout commence facilement autour des côtes levées du Cochon Dingue, un classique pour ces amateurs de grand air. « Alors qu’est-ce que tu nous as prévu au programme cet après-midi ? » La question lancée par Jeannot donne le signal de départ. Comme ils logent en haute ville et que nous sommes au bord du Saint-Laurent, je vais inverser mon parcours habituel. Pour une fois, je commence là où tout a commencé.

Samuel de Champlain, cet aventurier un peu têtu lance la visite. Son arrivée, la construction de l’ « Abitation » avec ces 27 compagnons, le premier hiver dévastateur, ils seront 8 encore en vie au printemps, donnent le ton. Ils sourient, ils semblent attentifs, je crois qu’ils aiment mes récits. Lorsque j’évoque les filles du Roy, Georges, le photographe de l’équipe, se rapproche. Parlez de filles à une bande de gars et vous aurez leur attention.

Ça va être ainsi pendant deux heures et demie. J’aurais à peine le temps de leur parler de Frontenac. Les aventures du pauvre émissaire de Phips venu pour prendre la ville et déjoué par le rusé gouverneur resteront dans ma tête. Il faut faire des choix, mais j’aime ça. J’aime parler au gré de la marche, au gré des remarques de mes visiteurs. Ils s’intéressent à la vie de tous les jours. Après cinq ans, je peux leur répondre, je peux faire des comparaisons avec la Suisse.

Le temps passe beaucoup trop vite. Je ne veux pas manquer de leur montrer l’arbre au boulet et la plus vieille maison de Québec. J’aurai à peine le temps de parler du Château Frontenac qui n’a jamais été un château. Ils verront et testeront tout seuls la glissade de la terrasse Dufferin. Québec est si active en hiver qu’on ne sait plus où donner de la tête.

Moi, je dois reprendre le traversier. Je travaille au bar du curling ce soir. J’aime ces journées bien remplies. Elles sont encore trop rares. Le temps d’un selfie sur le bateau avec les lunettes Rhône FM, même si la Foire du Valais est finie, je ne veux pas rater l’occasion, puis un café avec ma blonde et le barman prend son service.

C’est la semaine du tournoi des retraités au curling. J’ai enfin atteint l’âge d’y participer, mais je ne vous en parlerai pas. Mes débuts de capitaine seront pour une autre fois. Vous y avez échappé à une pierre près… juste un peu trop pesante !

Québec est belle en hiver.

Québec est belle en hiver.

17 février 2017

Cinq ans au Québec – épisode 7

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Une journée d’hiver

Les bancs de neige de ma rue

Les bancs de neige de ma rue

Oh non! Comment vais-je sortir ? Ces opérations de déneigement commencent à m’énerver… Allez, je force le passage. Je recule et ma voiture traverse facilement le banc de neige d’à peine un mètre de hauteur. Je me retrouve au milieu de la rue. Oups, j’aurai pu vérifier que c’était de la neige molle. J’ai eu de la chance : pas de bloc de glace.

Il est presque une heure du matin, ma journée de la Saint-Valentin s’achève. Je quitte Saint-Romuald et sa halle de curling pour rentrer dormir. Encore une belle journée d’hiver. Tout avait mal commencé ce matin. Un appel de Suisse m’a plongé dans une grande tristesse au lever du lit. Ma tante Mariette s’est endormie pour toujours. J’ai une pensée pour Didier, Philippe, Stéphane et Sandra ses enfants. J’ai envie de les serrer dans mes bras. Je le fais à distance. C’est aussi ça l’éloignement…

Puis j’ai pris le bus pour Québec. Une grosse heure pour se faufiler entre les voitures, traverser le majestueux et centenaire pont de Québec et débarquer sur la Couronne à quelques pas des locaux du journal le Soleil. Quand je vois l’état des rues, je pense à mon collègue Bernard qui guidait avec moi les jeunes de Saint-Polycarpe.

Avant de dormir à l’hôtel, il s’inquiétait de savoir si les lumières clignotaient dans sa rue. Si elles clignotent le soir, c’est qu’il y a opération de déneigement. Il est alors interdit de stationner dans la rue la nuit. Il a dû prendre un taxi pour aller en ville mettre sa voiture dans un stationnement payant et couvert avant de revenir dormir. Les joies de l’hiver dans les grandes villes québécoises.

J’ai décrit il y a cinq ans le ballet des camions et des déneigeuses. Voilà ce que j’écrivais il y a cinq ans: Une interdiction de parquer sur un côté de la rue, une petite fraiseuse qui dégage le trottoir, une grosse souffleuse qui avance sur la rue et expédie toute cette neige dans un immense camion, dès qu’il est rempli le suivant s’avance: le ballet est bien réglé. Quelques instants plus tard, un dernier employé retourne les panneaux de parcage, les places sont ouvertes. L’hiver n’a qu’à bien se tenir.

Je reviens à ma journée de Saint-Valentin. Après un café à la brûlerie Saint-Joseph, j’ai renouvelé mon permis de guide touristique dans les bureaux à côté. Quelques téléphones pour planifier des entrevues pour le prochain cahier santé et la séance de présentation des nouveaux produits des cahiers spéciaux du Soleil peut commencer.

Internet, les tablettes et les téléphones portables ne remplacent pas encore le papier, mais ils influencent notre écriture qui doit s’adapter. Nous allons écrire par bloc de mots bien défini. J’aime ce qui est cadré et structuré, je vais aimer ce nouvel univers. Vivement que les contrats se multiplient.

Québec est une ville en pente. Je ne suis pas encore prêt pour le défi des escaliers. Ceux du faubourg Saint-Jean me le rappellent. Ce n’est pas le cadeau de Saint-Valentin qui pèse trop lourd. Le sac de l’inventaire est tout en légèreté. Malgré mon essoufflement, j’atteins la Haute-Ville et le Ciel m’attend.

Comme je travaille ce soir des amoureux, ma blonde m’a invité au restaurant tournant qui permet d’admirer la ville du haut d’une trentaine d’étages. Québec est belle avec son manteau blanc. Ah oui, j’oubliais, les Canadiens de Montréal ont aussi limoger leur coach pour la Saint-Valentin, mais je vous en parlerai la semaine prochaine…

Mon pays, ce n’est pas un pays… Mon pays c’est l’hiver !

Le Vieux-Québec vu du Ciel

Le Vieux-Québec vu du Ciel

3 février 2017

5 ans à Québec – épisode 5

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 5 h 00 min
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Je suis Québec !

Veillée à Québec (radio-canada.ca)

Veillée à Québec (radio-canada.ca)

« Je connais mes frères québécois, ce sont des gens fantastiques. Des fanatiques, il y en a partout, mais la majorité silencieuse est pour la paix. Qu’on le veuille ou non, on est condamnés à vivre ensemble. » Cette déclaration d’un homme d’origine tunisienne d’une cinquantaine d’années faite au journal Le Soleil résume assez bien l’état d’esprit dominant dans la région de Québec.

Toute la région est en émoi. Dimanche dernier, peu avant 20 h, peu après la fin de la prière, Alexandre Bissonnette, un étudiant québécois de 27 ans, a tué 6 hommes à la mosquée de Québec. Il est apparu à la porte armé d’un pistolet et d’un pistolet mitrailleur et a fait feu. Après avoir rechargé deux fois et vidé les chargeurs, il s’est enfui dans sa voiture. Quelques kilomètres plus loin, il s’est arrêté au bord de la route pour téléphoner à la police et attendre qu’on vienne l’arrêter.

Cet acte de violence aussi inattendu qu’inouï paraît irréel. Pas ici, pas à Québec, pas dans ma nouvelle région si calme, paisible, accueillante… Et pourtant à Sainte-Foy, près de la rue de l’Église, un carnage a eu lieu dimanche soir. Sainte-Foy, rue de l’Église, des témoignages du passé religieux du Québec. Aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de Saint-Polycarpe, autre nom qui fait le charme du Québec.

J’ai accompagné durant deux jours des élèves de l’école secondaire de ce village situé au sud-ouest de Montréal. Mon travail de guide accompagnateur m’offre de belles rencontres. Ce sera pour une autre fois. J’ai écrit un autre texte lundi dernier sur cette tuerie (Québec pleure). Aujourd’hui, je veux profiter de l’occasion pour partager quelques impressions.

Contrairement à la Suisse, le débat sur la question de l’islam me semble beaucoup plus polissé au Québec. Je lis régulièrement des chroniqueurs qui se font traiter d’extrémiste de droite qui appartiendrait au «ventre mou» de la droite suisse. Je n’ose pas imaginer les réactions québécoises à la vue des affiches avec une femme en burka pour refuser la naturalisation !

Si le Québec a un formidable héritage chrétien, je vous ai évoqué les noms de lieux, mais le patrimoine historique ou architectural est tout aussi riche, il est très souvent occulté. On ne parle plus de religion et surtout pas de catholicisme. La «Révolution tranquille» des années soixante a effacé la «Grande noirceur» du régime conservateur qui l’a précédé. La société se veut laïque.

Malheureusement, le débat sur la laïcité a très vite pris une tournure équivoque et les musulmans se sont trouvés au centre des discussions. Il faut dire que le Québec se trouve à l’intersection de deux visions différentes de la société. Pour faire simple je dirai que d’un côté on a la vision anglo-saxonne d’un communautarisme, d’un mélange des cultures et des influences qui font toute la richesse de la société et de l’autre la vision plus française d’une laïcité plus militante qui veut que les signes religieux soient bannis de la sphère publique.

Au lendemain du drame, l’heure est encore à l’unité et à la solidarité. Les premières fissures viendront bientôt. La vigile de lundi soir près des lieux du carnage a été très fréquentée et les déclarations apaisantes se multiplient soit du côté des politiques, soit du côté de la communauté musulmane. C’est le plus beau côté de la volonté québécoise de trouver un terrain d’entente, de ne pas se chicaner…

Les six victimes (lapresse.ca)...

Les six victimes (lapresse.ca)…

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