Valais Libre

14 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 28

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Même un ami !

Caricature de Serge Chapleau (1998)

Chez Jean Coutu, on trouve de tout même un ami ! Cette publicité mythique qui appartient aux 10 publicités marquantes du Québec selon le journal La Presse, me donne le sujet de cette chronique hebdomadaire. C’est en sortant de chez mon pharmacien que j’ai enfin trouvé mon sujet de la semaine.

Parce que oui, Jean Coutu est un pharmacien, certainement le plus connu au Québec puisqu’il a donné son nom à une chaîne de pharmacie qui compte aujourd’hui 419 établissements franchisés au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario.

Son objectif principal? Vous offrir les avantages d’une grande chaîne de pharmacies tout en préservant cette qualité de service personnalisé offerte par un pharmacien de quartier. Voilà pour ce qu’en dit le site internet officiel du groupe.

Jean Coutu et Louis Michaud fondent leur première pharmacie, appelée « Pharm-Escomptes Jean Coutu » en 1969 à Montréal. Principe révolutionnaire à l’époque, ils basent leur commerce sur la vente de produits pharmaceutiques à escompte et sur des heures d’ouverture prolongées. (merci Wikipédia)

Le concept a réussi puisqu’aujourd’hui, le Groupe Jean Coutu, abrégé PJC (Pharmacies Jean Coutu) est le 4e au Canada. Son fondateur, du haut de ses 90 ans, il est né le 29 mai 1927 à Montréal, a toujours son franc-parler. Il n’hésite pas à donner son opinion sur l’actuel ministre de la Santé.

Ce qui m’a le plus étonné, c’est le manque de respect dans ce débat public, a-t-il lancé au cours de son discours. Un manque de respect avec des tactiques de négociations, de réductions d’honoraires (…) presque toujours injustifiées, a-t-il déclaré mardi dernier à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de son entreprise.

Il faut dire que le milieu de la santé est un peu dans la tourmente permanente au Québec. Et l’omnipotent ministre de la Santé, Gaëtan Barrette règne en maître depuis 2014. Ce médecin radiologiste en impose. Il a des solutions et des réponses à tout et personne ne peut le faire dévier.

Mais je ne vais pas ici refaire la politique de la santé au Québec, comme dans la plupart des pays développés, ça coûte cher et ce n’est pas assez efficace !

Non, je vais vous faire part de ma surprise lorsque je suis rentré pour la première fois dans une pharmacie au Québec. On y trouve vraiment de tout. Cosmétiques: c’est normal, produits de soins corporels: c’est évident, papeterie: c’est plus particulier, chocolats et autres friandises: sûrement pour la santé, livres: pour le mal de tête, fleurs: et tout va pour le mieux !

Et j’en oublie, d’ailleurs, c’est là que je vais faire mes photos d’identité où il faut avoir l’air malade, sans sourire ni lunettes pour passer le test. L’impression de photos occupe une belle place au coin de la pharmacie de ma ville.

Au milieu de tout ça, il y a bien sûr les médicaments. Ceux sans ordonnance sont en libre-service dans des rayonnages abondants. Heureusement, il y a des employés pour nous conseiller et nous montrer que souvent, des produits génériques (fabriqués par le groupe PJC) ont la même composition pour un coût moindre.

Et, il y a les pharmaciens qui préparent nos prescriptions. C’est là que j’ai eu ma plus grande surprise pharmaceutique en arrivant au Québec. Je prends des médicaments tous les jours depuis 16 ans et mon opération de l’hypophyse. En Suisse, j’allais à la pharmacie avec mon ordonnance annuelle et on me remettait mes boîtes de médicaments pour six mois ou une année, comme je le désirais.

Rien de tout ça au Québec,  mes pilules pour un mois sont mises dans de petits contenants, pas question de me donner une boîte originale ! Et j’en ai pour un mois seulement, enfin presque, parce qu’après de multiples demandes, j’ai réussi à en avoir pour deux mois… mais ne dites rien, Jean Coutu c’est mon ami.

11 juillet 2017

Délais judiciaires au Canada

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Journal de Québec

Il y a un an, la Cour suprême du Canada secouait le monde judiciaire en imposant des délais dans le traitement des affaires. Le plus haut tribunal du pays donnait un grand coup dans la fourmilière et rappelait que si tous les justiciables avaient droit à un procès juste et équitable, c’était dans un délai raisonnable.

Le 8 juillet 2016, dans une décision divisée à 5 juges contre 4, la Cour suprême du Canada prononce l’arrêt Jordan et fixe de nouveaux plafonds pour les délais ; 30 mois pour les causes avec enquête préliminaire et 18 mois pour les causes en cour provinciale. Les délais attribuables à l’accusé n’entrent pas dans le calcul.

Comme le disait Isabelle Mathieu dans Le Soleil du 8 juillet 2017 : Tout le monde connaît maintenant au Canada Barrett Richard Jordan, de la Colombie-Britannique, qui a vu sa condamnation pour trafic de drogue annulée parce que son procès avait duré trop longtemps.

Et ce n’est pas le seul qui a bénéficié de la décision de la Cour suprême. Rien qu’au Québec, en date du 20 juin 2017, il y avait eu:

  • 949 requêtes en arrêt des procédures pour délais déraisonnables
  • 584 en matière criminelle et 365 en matière pénale
  • 68 inculpés ont obtenu des arrêts des procédures
  • 116 000 dossiers criminels ouverts chaque année à la Cour du Québec

L’« effet Jordan »

Après un premier vent de panique et quelques hauts cris du monde judiciaire, les Palais de Justice n’aiment pas se faire donner des ordres, mais quand ça vient de leurs pairs supérieurs, ils ne peuvent que s’incliner, petit à petit la situation prend une tournure positive.

Aujourd’hui, plus aucun juge n’a pas le souci des délais et ne va pas tout mettre en oeuvre pour accélérer les procédures. Les avocats sont aussi mis sous pression et même s’il reste de nombreux problèmes à résoudre, tout le monde sait que cinq ans avant de subir un procès est inacceptable. Voici ce qu’écrivait Isabelle Mathieu dans l’article cité plus haut:

En salle d’audience, «l’effet Jordan» est subtil, mais réel. Les procureurs de la Couronne, même ceux dotés du meilleur caractère, n’acceptent plus de consentir aux reports demandés par la défense. «Nous sommes prêts à procéder, M. le juge» est la phrase-clef pour les représentants du ministère public. Les avocats de défense doivent ramer plus vigoureusement pour convaincre le juge du bien-fondé de leur demande de remise.

Et c’est très bien ainsi, croit le juge coordonnateur Jean-Louis Lemay. «Peut-être qu’il y en avait de la complaisance, dit-il, en reprenant le reproche fait par la Cour suprême. Il s’était établi un certain confort dans la gestion des remises. On est maintenant plus alertes pour les accorder quand la cause le justifie et non seulement parce que c’est pratique pour l’avocat.»

Le juge coordonnateur, ancien criminaliste, note que les avocats ont changé certaines façons de faire. «Ils ont réorganisé leur agenda, ont passé des dossiers à des associés. Ils ont compris que s’ils veulent prendre un dossier, ils doivent avoir le temps à y consacrer, constate le juge Lemay. Ils ne peuvent plus impunément arriver devant un tribunal et dire « je suis booké durant 12 mois, je ne peux pas procéder ».

C’est dommage qu’il ait fallu un électrochoc comme des libérations de criminels pour faire bouger les choses, mais tout espoir n’est pas perdu, des réformes sont toujours possibles.

 

7 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 27

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Passeports

Donc je suis revenu au Canada le 5 juin 2016… et je ne suis pas reparti depuis. Il me reste à cliquer sur « calculer » et… Oui ! 1466 jours ! Pour 6 jours je suis admissible à la demande de citoyenneté canadienne. Quelques heures et bien des papiers plus tard, mon dossier est prêt.

Il me reste plus qu’à passer chez Jean Coutu pour aller faire mes photos passeport, car même s’il m’en reste de ma dernière transformation du permis de conduire, elle date de plus de six mois: donc, elles ne sont plus valables: je dois retourner ôter mes lunettes, ne pas sourire et fixer la caméra (parce qu’ici un appareil photo s’appelle une caméra) de la gentille préposée.

Je comprends mieux pourquoi Jean Coutu, le pharmacien chez qui on trouve tout, même un ami (ça, c’est leur slogan), fait aussi des photos. À 15 $ les deux portraits officiels valides que pour six mois, les pauvres immigrants ou autres citoyens sont vite tondus.

Mais bref, passons sur ces quelques détails, mon diplôme de l’Université de Dijon m’évite de devoir passer l’examen de français. Je suis rassuré, des fois qu’on voudrait tester mon orthographe sans mon programme Antidote adoré. Je n’aurai qu’à me préparer à l’examen de citoyenneté.

Une formalité, pensez donc ! Voilà ce que dit le site qui donne des conseils pour s’y préparer: Durant l’examen écrit ou l’audition, nous vous poserons des questions sur :

  • les droits, les libertés et les responsabilités des citoyens canadiens;
  • la démocratie du Canada;
  • la société canadienne et les façons d’y participer;
  • la géographie physique et politique du Canada; 
  • l’histoire sociale et culturelle ainsi que les symboles du Canada; 
  • l’histoire politique et militaire du Canada, y compris :
    • la monarchie,
    • le système politique, 
    • les divisions du gouvernement;

Un véritable jeu d’enfant !

J’ai posté ma demande le 3 juillet. Cette date est symbolique puisque le 3 juillet 2017, la ville de Québec fêtait ses 409 ans, deux jours avant, la Confédération canadienne fêtait son 150e anniversaire, une semaine après la fête nationale du Québec, qui lui, on ne sait pas trop quel âge il a… entre 409 et 150 ans…

Et le lendemain, le 4 juillet, c’était le tour des États-Unis de fêter leur anniversaire. Pour eux, je n’ai pas besoin de savoir l’âge, je n’aurai pas de question là-dessus même si c’est un peu de la faute des Canadiens s’ils ont déclaré leur indépendance le 4 juillet 1776.

Mais ça je vous le raconterai une autre fois, parce que je n’ai plus beaucoup de place. Mais rassurez-vous, même si j’ai posté ma demande, même si j’ai coché la case qui disait que j’étais prêt à prêter le serment à la Reine, je ne renie pas mon pays. Car, c’est le 1er août que je vais fêter ma vraie fête nationale.

J’ai beaucoup de chance, la Suisse et le Canada acceptent la double nationalité. J’espère avoir bientôt, même si le site Internet dit que les formalités seront traitées dans un délai de douze mois, deux passeports, ça sera pratique pour voyager et surtout, je n’aurai plus besoin de renouveler ma carte de résidence chaque cinq ans.

Je ne suis pas encore à la retraite, ma blonde non plus, mais c’est une bonne préparation pour que nous puissions vivre dans le pays de notre choix sans contrainte. Pour moi, ce sera un moment dans l’un et un moment dans l’autre, au rythme des saisons. C’est beau de rêver…

La bibliothèque du Parlement à Ottawa, bientôt accessible ?

4 juillet 2017

150 ans de la Confédération canadienne

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Ottawa, juin 2017

Samedi dernier, le 1er juillet, c’était jour de fête nationale au Canada. Une semaine exactement après la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale du Québec, d’autres concerts et défilé ont ponctué la journée. Comme chaque année, les Québécois ont deux jours fériés à une semaine d’intervalle. Mais 2017 marque aussi le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. L’occasion est belle pour faire un point sur le fédéralisme au Québec.

Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique entrait en force et avec lui naissait le dominion du Canada, autrement dit la Confédération canadienne. La reine Victoria avait donné son feu vert à ce nouveau traité d’alliance entre le Canada-Uni (Québec et Ontario), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Fruit d’âpres négociations, entre autres durant les conférences de Charlottetown et de Québec en 1864, puis de Londres en 1866, cet Acte permettait aux provinces canadiennes de voler un peu plus librement. À la blague, lorsque j’explique sommairement l’histoire du Canada aux touristes que je guide, je dis qu’avant le Canada était dirigé par la reine d’Angleterre et après par la reine du Canada. La même personne avait juste changé de titre.

Aujourd’hui encore, la reine d’Angleterre est le chef d’État et son buste se retrouve sur les billets de banque. Mais l’affaire est un peu plus complexe. Les Pères de la Confédération comme on appelle les chevilles ouvrières du traité qui fête ses 150 ans cette année ont en fait créé une fédération. L’autonomie des provinces n’a rien à voir avec celle des cantons suisses. Le grand dessein à l’époque était de créer une structure capable de supporter le projet d’un train reliant l’océan Atlantique à l’océan Pacifique.

Ce ne fut pas la seule ambiguïté de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Longtemps, les francophones ont défendu le mythe de deux nations fondatrices avant que Pierre-Eliott Trudeau, le père du premier ministre actuel, ne jette par-dessus bord cette vision qui a laissé place à des provinces bien soumises à l’État fédéral.

Les velléités indépendantistes du Québec étant mortes avec l’échec du référendum de 1995, même si quelques répliques secondaires ont tenté de raviver la flamme, aujourd’hui, le Canada peut fêter ses 150 ans sans les contestations du centenaire. Seule l’indifférence ternit un peu la fête, la plupart des Québécois ne sachant pas vraiment ce qu’il fête.

Les parcs nationaux sont gratuits, de nombreuses manifestations profitent du label « 150 » et tout va pour le mieux dans ce beau pays qu’est le Canada. Seules les Premières Nations ternissent un peu la belle unanimité. Ils refusent de s’associer à la fête et c’est bien normal. Ils n’ont eu aucune place dans le traité qui réglait la vie sur leur territoire ancestral.

10 000 ans qui sont là, alors 150 ans…

30 juin 2017

5 ans au Québec – épisode 26

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Pierre Duval où un rêve réalisé…

Pierre Duval, futur héros de la Nouvelle-France

« On rêve tous d’avoir un grand frère qui nous sert de modèle, un grand frère qui finit premier. J’ai eu la chance d’avoir ce grand frère qui a été le premier. Jean, mon frère Jean Duval, a été même deux fois le premier, il a marqué l’histoire. Bon, ce qui est moins drôle, c’est qu’il a été le premier condamné à mort de la Nouvelle-France… »

Voilà, la glace est brisée, je peux commencer à conter. Mon estomac se dénoue et je vais pouvoir enchaîner avec plus de fluidité. Il y a longtemps que je rêve de cette soirée de contes. Une première tentative avait avorté il y a 18 mois pour des raisons indépendantes de ma volonté, mais ce soir ça y est, c’est parti.

La trentaine de convives du Bistro le Littoral de la Marina de Lévy vont devoir me supporter tout au long du repas. Je vais les laisser tranquille le temps de manger, mais sinon pas de pause. Quatre contes d’une vingtaine de minutes sont au programme.

Je me sens de mieux en mieux dans mon costume de la Nouvelle-France. J’ai choisi le gilet rouge plutôt que le bleu, je le trouvais plus voyant, même s’il fait moins français. J’ai eu de la chance, une société montréalaise les liquidait à moitié prix et il est arrivé par la poste une semaine avant ce merveilleux jeudi.

J’en ai rêvé de ce show à moi tout seul. Je devais avoir 16 ans, lorsque j’avais passé une nuit dans la montagne, dans une cabane de berger entre la Grand-Zour et Glarey avec mes amis Guy et Frédéric. Je les avais bassinés toute la nuit avec mon show à moi tout seul. Eux, ils en ont fait pas mal à deux et moi, j’ai enfin le mien !

Après l’histoire de Pierre Duval, enfin, surtout les mésaventures de son frère Jean qui a tenté de tuer Champlain au moment où naissait la ville de Québec en juillet 1608 et qui a fini pendu au bout d’une corde puis a vu sa tête exposée en haut du rempart en rondin pour montrer ce qu’il en coûtait de défier le maître, après les fondues parmesan (une fondue au fromage est une sorte de tomme panée au Québec), il est temps de passer au deuxième conte.

La chasse-galerie est au programme. J’adore cette légende d’Honoré Beaugrand qui raconte comment défier le diable en volant dans le ciel en canot pour s’échapper quelques heures des forêts du Grand Nord pour aller faire la fête auprès de nos blondes. Mais attention, gare aux clochers rencontrés en chemin, gare à ceux qui ne seront pas rentrés à l’aube. Comme moi, Pierre Duval, ils seront obligés d’errer éternellement dans l’espace et le temps.

Le filet de poulet aide à se remettre de nos émotions avant de plonger dans les eaux glacées du Saint-Laurent pour apercevoir la tête à Pitre. Ce pauvre Pitre Soulard, passeur, canotier téméraire qui défiait le fleuve au milieu du XIXe siècle et qui, une nuit d’imprudence perdit sa tête sectionnée par une glace rebelle comme le racontait Louis Fréchette.

Le dessert est le bienvenu pour retrouver le sourire après cette peur bleue. Bleue est la couleur préférée de notre dernier héros de la soirée : le comte de Frontenac. Louis de Buade, comte de Frontenac, a donné son nom au château qui domine la ville. Il a aussi sauvé la ville de l’envahisseur anglais.

Le cœur errant du héros de Québec conclut la soirée. J’ai adoré, les spectateurs me le diront aussi, ils sont tellement sympathiques. Certains m’ont même demandé une autre soirée en automne avec des contes à faire peur… J’y pense!

27 juin 2017

La Saint-Jean-Baptiste ou la fête du Québec

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quebecscope.com

Samedi dernier, le 24 juin, le Québec fêtait sa fête nationale. Le Québec n’est pas (encore) un pays, mais une nation. Une semaine avant la fête du Canada, l’occasion est belle de vous livrer quelques éléments que j’ai découverts depuis 5 ans sur cette question nationale qui divise les Québécois depuis plus de 50 ans.

Vaincus, colonisés et abandonnés par leur mère patrie, les Canadiens-français sont un exemple de résilience. 100 ans à peine après leur arrivée sur les rivages du Saint-Laurent, alors qu’ils commençaient à peine à dompter la nature hostile, les colons français ont vu déferler sur eux les armées britanniques.

20 minutes de bataille et le sort de l’Amérique du Nord francophone qui s’étendait de la vallée du Saint-Laurent à l’embouchure du Mississippi était joué. Le destin voulait que ce demi-continent soit anglophone. Il n’en fut rien, les Canadiens-français ont résisté et ont refusé de s’assimiler, mais aujourd’hui quel est leur futur ?

Le rêve perdu

Il y a 18 ans, un peu plus de 50 000 voix sur près de 5 000 000 de votants (4 671 008 exactement) faisaient la différence dans un référendum qui a scellé une fois de plus le destin du Québec. Le premier ministre d’alors, Jacques Parizeau, avait parlé du résultat de l’argent et du vote ethnique. On lui a beaucoup reproché la formule.

Ce référendum était l’aboutissement d’un long processus commencé au début des années 60, puis augmenté avec la naissance du Parti Québécois de René Lévesque qui prenait le pouvoir en 1976 et conduisait le Québec au premier référendum sur la Souveraineté-Association de 1980.

Après cette défaite, un autre Québécois, Pierre-Eliott Trudeau, premier ministre du Canada, allait faire rentrer le Québec dans le rang en lui imposant une Constitution qu’il ne voulait pas. S’en sont suivi de multiples négociations inabouties qui ont mené à la décision de 1995. Depuis, le rêve semble perdu.

Aujourd’hui l’indifférence

Depuis mon arrivée au Québec, voici 5 ans, je constate que la question de l’indépendance laisse la majorité indifférente. Même l’arrivée au pouvoir en 2012 du gouvernement de Pauline Marois, chef du Parti Québécois, n’a pas permis de raviver la flamme. Ce fut juste une parenthèse qui donna le temps au Parti libéral du Québec de faire croire qu’il avait changé.

18 mois et le Québec est revenu à un gouvernement où l’argent et le vote ethnique assurent le pouvoir comme le disent les mauvaises langues. Je n’irai pas jusque là, Philippe Couillard est un premier ministre austère, mais efficace. La province a retrouvé les chiffres noirs. Ça suffit à endormir toute velléité de quitter le giron canadien où le fils Trudeau règne avec le même dédain que son père, mais le sourire en plus.

Sa présence à la Saint-Jean-Baptiste n’aura pas causé les émeutes qui ont salué son père en 1968. Tout le monde semble en avoir marre de ces chicanes constitutionnelles. Il y a 50 ans, le général de Gaulle était venu, l’année du centenaire de la Confédération canadienne, réveiller le Québec avec son célèbre « Vive le Québec libre ! »

Personne ne semble en mesure de le faire en cette année de 150e anniversaire de la Confédération. La question constitutionnelle ne concerne  que quelques initiés. Un peu comme en Valais en 2007 lorsque je tentais de récolter des signatures pour une refonte de la Constitution. 10 ans plus tard, le dossier est sur la table… donc rien n’est jamais vraiment mort dans ce domaine.

16 juin 2017

5 ans au Québec – épisode 24

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La Seigneurie de Lauzon
En 1629, une pointe rocheuse située au sud-est de Québec et qui était composée de deux buttes qui s’avançaient vers le fleuve St-Laurent sera nommée « Cap de Lévy » par Samuel de Champlain. Champlain a très peu exploré ce territoire, mais il s’aventura dans le secteur de la rivière Chaudière. Il rencontra des Iroquois hostiles. À cause de la présence des Iroquois, les Français s’aventuraient rarement sur la Rive-Sud de Québec à cette époque.

Ce n’est qu’en 1636 que le territoire fut acheté par Jean de Lauzon. (…) [Il] était conseiller au parlement de Paris, premier directeur de la Compagnie des Cent-Associés et il fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1651 à 1656. Il n’a jamais eu l’intention de s’installer en Nouvelle-France ni d’y envoyer des colons. Jean de Lauzon s’occupa très peu de ses concessions en Nouvelle-France et la seigneurie de Lauzon restera vierge jusqu’en 1647.

La seigneurie mesurait 6 lieues de littoral (17,9 milles ou 28,8 km ) par 6 lieues de profondeur, c’est-à-dire 3 lieues en amont par 3 lieues en aval de l’embouchure de la rivière Chaudière (située près du pont de Québec).

Wikipédia est parfois un outil utile pour résumer simplement et clairement un sujet, d’autant plus lorsqu’on connaît l’auteur du cœur de l’article en question. Je vous parle aujourd’hui de la Seigneurie de Lauzon, parce que je suis en plein dedans !

Je vis au cœur de ce territoire qui est devenu aujourd’hui la ville de Lévis. Saint-Jean-Chrysostome, fait partie de Lévis depuis les fusions du début du XXIe siècle, mais dans une ville qui fait près de 30 km de long, il y a de la place pour quelques petits villages de 20 000 habitants.

En plus, je dois finaliser, ces jours, le No 145 de La Seigneurie de Lauzon, la revue de la Société d’histoire de Lévis. Il paraîtra d’ici la fin du mois de juin et j’en suis le fier rédacteur en chef. Je vous parle parfois des outils d’intégration. L’histoire en est un important.

Ma passion pour l’histoire s’est révélée grâce au 150e anniversaire du Confédéré. Elle ne m’a plus lâché depuis. J’ai suivi, il y a quelques années une formation de guide touristique pour la ville de Québec, j’ai découvert en détail l’histoire de la Nouvelle-France. J’ai rencontré aussi des gens passionnants dont certains sont devenus des amis.

Un Alsacien qui suivait le même cours m’a tiré vers la Société d’histoire de Lévis, ma profession de journaliste collant parfaitement avec le besoin de relève pour leur revue. Les émigrés savent se serrer les coudes. Depuis, au rythme des saisons, quatre fois par année, La Seigneurie de Lauzon est mon bébé. J’y découvre des auteurs et des sujets passionnants.

Dernièrement, j’ai eu une rencontre formidable avec Mme Eileen Reid Marcil, spécialiste de l’histoire navale du Saint-Laurent. À 94 ans, elle dégage une énergie folle. Les chantiers maritimes de Lévis n’ont pas de secret pour elle, pas plus que les grands voiliers qui seront de retour cet été dans la baie de Québec. Nous en reparlerons.

Mais l’histoire c’est aussi des racines. Je vous écris en un jour de Fête-Dieu. Pour le Saviésan que je suis, c’est important. Il y a une année je portais fièrement le costume des gardes pontificaux pour mon village. J’ai une pensée pour les gens de Drône, que leur journée soit belle.

Qu’on vive dans son endroit de naissance ou ailleurs dans le monde, l’histoire, les racines sont importantes. Si je sais d’où je viens, si je sais où je vis, je me sens chez moi partout.

Le comité de la Société d’histoire de Lévis entoure Mme Reid Marcil au vernissage de son livre.

13 juin 2017

Croire aux promesses…

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Jean-Christophe Bott -Keystone

Bombardier fait encore parler d’elle. L’entreprise québécoise qui construit des trains et des avions est une nouvelle fois sur la sellette. Après les rémunérations contestées de ses dirigeants, après le verrouillage de son assemblée générale, voici l’heure des promesses non tenues et en Suisse par-dessus le marché.

C’est en train de venir un marronnier de ma chronique hebdomadaire, mais contrairement aux autres sujets que la presse se doit de traiter chaque année, le mien est mensuel. Après des rémunérations contestées en avril et Bombardier ou les limites du capitalisme en mai, voici un autre volet de cette saga qui illustre les dérives d’un système libéral qui peine à se réguler.

Emplois contre contrats

La commande du siècle de 59 rames à deux étages pour un montant de 1,9 milliard de francs connaît des rebondissements incessants depuis sa conclusion en 2010. Siemens Suisse et Stadler Rail s’inclinait devant l’entreprise québécoise qui présentait les avantages suivants: « une capacité maximale de places assises, des moteurs efficients qui permettent une économie de 10% d’énergie, un concept optimal de portes qui permet un transfert rapide de voyageurs et les meilleures conditions en ce qui concerne les coûts d’acquisition et de cycle de vie des nouveaux véhicules, » selon un reportage de la TSR.

« Le contrat porte sur 1,86 milliard de francs, dont les deux tiers seront dépensés en Suisse, selon
l’information de la TSR. Le développement technique des moteurs se fera à Zurich et celui des bogies (structures des roues) à Winterthour. Enfin, le montage des voitures intermédiaires se fera à Villeneuve, ainsi que l’assemblage final des trains. Bombardier emploie 950 personnes en Suisse. L’entreprise a annoncé mercredi que l’obtention de ce nouveau contrat permettra de créer quelque 200 nouveaux emplois, » apprenait-on aussi à l’époque.

Retards incessants

La livraison de ces rames devait s’étendre de 2012 à 2019. Devait parce que tout ne s’est pas passé comme prévu. « L’affaire avait tourné à l’aigre. Les CFF et Bombardier se sont reproché d’être responsables des retards, dus à des modifications du projet initial et à des faiblesses techniques qu’il a fallu rectifier. Il faut ajouter à ce litige une cause externe: le Tribunal administratif fédéral a donné raison à une organisation de handicapés qui exigeait que l’accès des personnes à mobilité réduite soit amélioré. Le client et le constructeur se sont menacés d’exiger des centaines de millions de francs de dédommagements, » pouvait-on lire dernièrement dans le Temps.

Et ensuite ?

Mais heureusement, les premières livraisons arriveront cette année avec 23 rames de 100 ou 200 m de long et les 36 autres d’ici 2020, plus 3 rames en bonus suite à un accord passé devant le Tribunal. Ce sera donc 62 rames au final, mais quel avenir ensuite pour le site de Villeneuve ? Bombardier annonçait déjà des suppressions d’emplois avant même la fin du contrat, maintenant que les retards sont résorbés.

Toutes les promesses n’ont évidemment pas été tenues et les tenants de la solution suisse de Stadler Rail n’hésitent pas à dénigrer les anciennes déclarations de Bombardier et de montrer l’erreur de Moritz Leuenberger en ne privilégiant pas l’entreprise suisse.

Consommer local, peut paraître désuet à l’heure de la mondialisation, mais il est toujours plus difficile pour une entreprise bien ancrée dans son milieu de ne pas tenir ses promesses…

9 juin 2017

5 ans au Québec – épisode 23

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Travailler c’est trop dur !

Pas sûr que ce soit un siège pour moi !


À quelques semaines des vacances, parlons un peu du travail. Je sais ça ne vous tente pas plus qu’a moi, mais je suis pogné (quel joli mot qui aide à faire passer ce sentiment d’être coincé sans pouvoir rien y faire) dans le bus, en retard à cause des travaux sur René-Levesque. Eh oui, l’ancien premier ministre de la province est devenu une des rues principales de la haute ville de Québec.

J’attends à  cause des travaux et je vais être en retard, donc le sujet s’impose, parlons travail. Ce qui me surprend le plus lorsque je pense travail au Québec, c’est que le mot grève y est intiment associé dans mon cerveau. Pas que je sois adepte de ce mode d’expression, mais il y en a beaucoup au Québec.

Après les mois de grève des juristes de l’État, tous les travailleurs de la construction, près de 200 000, ont débrayé au mois de mai et maintenant c’est au tour des ingénieurs de la fonction publique d’attendre la loi spéciale du Gouvernement.

Oui, parce que les grèves se terminent par une loi spéciale qui oblige un retour au travail. Je ne comprends pas tout, mais je m’interroge sur ce mode de gestion des relations de travail. La France a bien laissé un héritage au Québec, mais ce n’est pas forcément le plus utile.

J’ai compris un peu comment tout ça marchait il y a une année lorsque ma blonde a été en grève. Oh, ce n’est pas qu’elle voulait, pas plus d’ailleurs que la plupart de ses collègues à l’école, mais l’assemblée syndicale avait voté en faveur, comme à peu près tous les cinq ans.

Car oui, à chaque renouvellement des conventions collectives, une grève est presque automatique. Après on négocie et s’il n’y a pas d’entente, le gouvernement tranche avec une loi spéciale. Je caricature un peu la démarche, mais on n’est pas loin de la vérité. Les négociations commencent avant la grève, mais à peine.

Lorsque j’étais enseignant en Suisse, jamais on n’aurait osé même imaginer une grève. L’État fixait nos conditions de travail et on disait merci. Si on y réfléchit, la situation est un peu la même dans mes deux régions, seul le processus change. Je préfère la méthode helvétique : quant à se faire b… autant que ça soit avec le sourire et dans le consensus.

Laissons la grève et parlons un peu de travail. Travailler c’est trop dur, disait la chanson. C’est peu ce que j’ai remarqué depuis mon arrivée au Québec. La province fait de la publicité, n’arrête pas de dire qu’elle manque de main-d’œuvre pour attirer des étrangers, mais elle ne fait rien pour faciliter leur vie professionnelle.

Les exemples sont nombreux de médecins chauffeurs de taxi, d’ingénieurs serveurs de restaurant ou d’enseignants chauffeurs d’autobus scolaire. Il n’y a pas de sots métiers, mais quelles pertes de compétences !

Le dernier exemple est plus ironique que réel, je l’ai vécu. Après vingt ans d’enseignement en Suisse et même si des collègues sont venus enseigner au Québec (c’est même un peu à cause de ça que j’ai immigré, merci Jacqueline), pas question que je travaille dans une classe, même pour un remplacement de courte durée que personne ne veut faire. Le ministère me demande de retourner quatre ans à l’université dans une branche principale, l’école normale n’est pas reconnue ici.

Pour conduire un autobus jaune typique de l’Amérique du Nord, il a suffi que je passe un examen théorique sur les règles de circulation et deux jours de formation pour que j’apprenne comment me comporter avec des élèves. J’ai pu ensuite prendre le volant d’un minibus 24 places pour sillonner les rues de Québec.

Heureusement que je suis lucide, après le remplacement d’une amie, j’ai renoncé à poursuivre cette carrière, même si j’ai eu pas mal de propositions. La sécurité sur les routes québécoises s’en trouve améliorée.

photos: ledevoir.ch

2 juin 2017

5 ans au Québec – épisode 22

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Une semaine bien plate

Mon père

Écrire une chronique hebdomadaire n’est pas toujours de tout repos. Il y a des moments moins enthousiasmants que d’autres, où le sujet n’est pas évident à trouver. Cette dernière semaine du mois de mai en fait partie.

La région de Québec a bientôt besoin d’antidépresseurs. Le printemps fait semblant d’arriver après un hiver indéfiniment long. Depuis mon arrivée, je photographie la floraison des tulipes devant ma maison. Elles n’ont jamais fleuri si tard, près d’un mois après celles de 2012, de quoi justifier la formule de mon titre: pas seulement une semaine, mais une période bien plate.

Je peux ainsi vous laisser savourer une de ces belles expressions québécoises. C’est bien plate ! exprime parfaitement la déprime que peut engendrer une situation. Mais cette expression n’est pas assez forte pour exprimer la misère qui s’est emparée de moi jeudi dernier quand j’ai appris le résultat du FC Sion.

Si je parle de misère, ce n’est pas la misère québécoise qui n’est qu’une petite difficulté rencontrée dans la vie de tous les jours comme quand j’ai de la misère à me pencher pour attacher mes chaussures. Non, la misère que j’ai ressentie, c’est l’abyssale déception de voir une époque basculer dans les tréfonds de l’histoire.

La spécificité valaisanne, la singularité d’une région, la fierté d’une invincibilité fêtée à chaque descente sur Berne, puis sur Bâle, s’est délitée dans le gouffre genevois. Je suis sans mot devant le comportement d’une équipe qui, dans d’autres temps, aurait disparu dans le ventre des lions devant une foule hilare.

Cet événement n’a fait qu’amplifier la déprime ambiante. Pour ne rien arranger, ce jeudi 1er juin 2017 où je prends le clavier pour vous livrer cette chronique, mon père aurait eu 75 ans. Il nous a quittés depuis déjà près de 12 ans, mais il vit toujours dans ma mémoire et je suis sûr dans celle de plusieurs d’entre vous.

Cet anniversaire m’a remémoré sa blague sur « la fête des camés », eh oui, le premier joint… J’ai souri et j’espère que vous aussi, en pensant à sa joie de vivre, car mon père était un bon vivant. Il aimait les gens, leur faisait confiance. Ça ne lui a pas toujours souri, mais je ne conçois pas la vie autrement.

J’ai eu la chance de travailler une dizaine d’années avec lui avant que la maladie ne l’arrête. J’ai beaucoup appris. Je lui dois une partie de ce que je suis aujourd’hui. Pour le reste, ma mère qui a toujours été à ses côtés a accompli son oeuvre. Je profite de ces quelques lignes pour leur dire tout simplement merci.

Pour terminer sur une note plus positive, ce mois de mai 2017 sera aussi celui où j’ai décroché une partie de mon rêve d’écrivain. Une rencontre improbable faite il y a deux ans pour un publireportage a débouché sur une collaboration incroyable. Je rédige la biographie d’un homme bien connu à Québec qui a vécu en direct l’histoire de la province depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Je ne peux pas encore dire son nom, mais l’aventure est passionnante. Je passe mes journées dans ses archives, puis en entretien, pour enfin écrire un chapitre de sa vie. J’en suis au cinquième en 1964, il m’en reste une trentaine avec l’espoir de rejoindre l’actualité à la fin de l’année. Après avoir écrit une histoire du Valais, je me plonge dans un pan de celle du Québec.

Comme quoi vivre ailleurs est aussi source de rencontres improbables, incroyables et riches.

Les tulipes fleurissent enfin à Saint-Jean-Chrysostome.

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