Valais Libre

12 juin 2020

Covid-19 contre bureaucratie : match nul, mais la partie n’est pas finie

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 6 h 33 min
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Au Québec, la pandémie s’est stabilisée, mais ne s’essouffle pas. Au début du mois de juin, on comptait près de 5000 décès dans la province avec tous les jours entre 80 et 90 supplémentaires. Si la Covid-19 semble acculée dans les cordes, dans les centres pour aînés et dans certains quartiers défavorisés de Montréal, elle jette une lumière cruelle sur les défaillances d’un système bureaucratique.

« Mes deux gars ne savent même pas c’est quoi un fax, là, donc juste pour vous dire comment c’est archaïque », François Legault, le premier ministre du Québec était pour le moins irrité lors d’une de ses habituelles conférences de presse du début du mois de juin. Pourtant, les deux gars du premier ministre approchent de la trentaine, c’est dire la vétusté du système.

Le système qui a énervé le premier ministre, c’est celui de la transmission des statistiques entre les résidences pour aînés (CHSLD au Québec) et le ministère de la Santé. Les décomptes sont incorrects à cause des délais. Il existe même encore des établissements qui envoient leurs données journalières par la poste.

Caricature de YGrec du Journal de Québec qui illustre bien le dilemme du progrès bureaucratique. Source : Journal de Québec du 6 juin 2020

Une situation toujours critique

Cette transmission défaillante a été mise en lumière au début du mois de juin alors qu’on s’interroge pourquoi les courbes des morts et des nouveaux cas ne baissent pas vraiment dans la province. Il semble que le plateau ne va jamais finir par s’infléchir.

Entre 80 et 100 nouveaux décès chaque jour, entre 250 et 500 nouveaux cas détectés la litanie énerve un peu tout le monde. 

On tente bien de rassurer avec le nombre d’hospitalisations qui baisse, mais ce n’est que de la poudre aux yeux. Même si la pandémie est circonscrite dans les résidences pour aînés (4000 des 5000 morts du Québec) et dans certains quartiers de la ville de Montréal, l’inquiétude monte et la province est sous tension. Ce n’est pas les explications sur les délais de rentrée des données qui vont rassurer. 

Si pendant les deux premiers mois de la crise, le gouvernement ne recueillait que des louanges sur sa gestion de la crise, aujourd’hui, même s’il bénéficie toujours d’un fort taux d’approbation, des lézardes commencent à se dessiner. La partie est plus longue qu’espérée et la fin est toujours incertaine. Même confinée la Covid-19 fait toujours peur.

Les failles du système

« Ça va bien aller », la formule qui fleurit toujours sur des milliers de fenêtres au Québec avec son arc-en-ciel emblématique ne suffit plus à rassurer. Des lézardes apparaissent de plus en plus béantes dans l’unité provinciale. François Legault a identifié le manque de personnel dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) comme la raison de la crise actuelle. C’est certainement vrai, mais largement insuffisant. 

Les mesures prises, recrutement de personnel, « conscription » d’autres professions de la santé publique, intervention de l’armée, ont aidé, mais n’ont pas empêché la dégradation de la situation. De nouveaux foyers de contamination ne cessent d’apparaître et les centres touchés ne semblent pas arriver à faire reculer le virus.

Certes, des situations aussi dramatiques que celles de la résidence Herron dont je vous avais parlé il y a quelques semaines ne se sont plus produites, mais l’hécatombe se poursuit. 

Toujours plus de la même chose

Pour garder le personnel en place et pour tenter de faire revenir ceux qui étaient en arrêt de travail (près de 10 000 personnes), le gouvernement a offert des primes. Il a ensuite lancé une première campagne de recrutement. « Je contribue » a eu un large succès, mais a aussi révélé les limites d’un système où la bureaucratie est reine. Je ne reviendrai pas sur la scandaleuse évaluation des compétences qui a écarté l’ex-dirigeante de médecin sans frontière jugée incapable de travailler dans un CHSLD après avoir géré la pandémie d’Ebola en Afrique !

Annonce du gouvernement du Québec pour le recrutement de nouveaux travailleurs pour les résidences pour aînés. Source : Gouvernement du Québec

Ensuite, l’armée canadienne a mis 10 jours pour arriver, comme si une urgence nationale pouvait attendre. Aujourd’hui, elle veut repartir, car elle a des missions plus importantes. Je me demande bien ce qui peut être plus important que de sauver la vie de sa propre population pour une armée !

Face à tout ça, le gouvernement a eu la bonne idée de lancer une campagne de recrutement pour trouver des candidats prêts à suivre une formation payée de trois mois, pour ensuite aller travailler en CHSLD avec un salaire plus élevé que les infirmières débutantes après avoir obtenu un diplôme universitaire. En quelques jours près de 90 000 candidats pour les 10 000 places ouvertes se sont manifestés. La « farce » de « Je contribue » semble recommencer. Ce n’est pas en faisant toujours plus de la même chose que les choses vont changer !

Pierrot Métrailler

pierrot.metrailler@gmail.com

Légende :

Annonce du gouvernement du Québec pour le recrutement de nouveaux travailleurs pour les résidences pour aînés. Source : Gouvernement du Québec

Caricature de YGrec du Journal de Québec qui illustre bien le dilemme du progrès bureaucratique. Source : Journal de Québec du 6 juin 2020

29 mai 2020

Fête de la Reine au Canada, mais journée des patriotes au Québec.

Si le mois de mai est l’occasion de quelques fêtes religieuses en Valais, au Canada, ces fêtes religieuses ne sont pas chômées sauf Noël et Pâques. Pourtant, le lundi avant le 25 mai est un jour férié. On y célébre la fête de la Reine au Canada et la journée nationale des patriotes au Québec. Car, comme je vous le répète régulièrement, le Québec n’est pas tout à fait le Canada.

« La fête de la Reine ou fête de Victoria (en anglais : Victoria Day) est un jour férié canadien célébré chaque année le lundi précédant le 25 mai en l’honneur de la reine Victoria. C’est également ce jour qu’est célébré l’anniversaire officiel du monarque du Canada. La fête de la Reine est aussi informellement considérée comme marquant le début de la saison d’été au Canada. » Selon Wikipédia

Victoria entourée de son fils, le futur Édouard VII (à droite), son petit-fils le futur George V (à gauche) et de son arrière-petit-fils le futur Édouard VIII en 1898. Source : Wikipédia – photographe John Chancellor (1860-1916)

Première monarque du Canada

Née à 4 h 15 le matin du 24 mai 1819 au palais de Kensington à Londres, Alexandrina Victoria est la fille du duc de Kent et de la princesse allemande Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld. À sa naissance, elle est en cinquième place dans la liste de succession au trône britannique. C’est pourtant elle qui succèdera à son oncle le roi Guillaume IV le 20 juin 1837, moins d’un mois après fêté ses 18 ans.

Dès lors, elle se fera appeler Victoria et elle règnera durant 63 ans jusqu’à sa mort le 29 janvier 1901 sur un empire où le soleil ne se couche jamais. En 1840, elle épousera son cousin le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha avec qui elle aura 9 enfants qui épousèrent des membres de familles royales européennes et feront de leur mère la « grand-mère de l’Europe ».

Même si elle ne sort presque plus dès 1861, année de la mort de son mari et ne s’habille plus qu’en noir, c’est elle que les Pères de la Confédération canadienne choisiront comme monarque à la fondation du pays en 1867. Depuis, la fête de la Reine marque aussi l’ouverture de la saison d’été au Canada.

Le fougueux Dollard des Ormeaux

Les Canadiens-français n’ont jamais vraiment pu célébrer cette fête imposée par leur conquérant. Lorsque les autorités fédérales utilisèrent un héros oublié de leur histoire pour encourager la conscription lors de la Première Guerre mondiale, ils commencèrent à détourner ce jour férié.

« Canadiens suivez l’exemple de Dollard des Ormeaux. N’attendez pas l’ennemi au coin du feu, mais allez au-devant de lui. En avant! Canadiens-français. Enrôlez-vous dans les régiments canadiens-français », voilà ce que disait une célèbre affiche. Adam Dollard des Ormeaux est mort en mai 1660 à l’âge de 25 ans à la bataille du Long-Sault.

Appel patriotique au recrutement par le Comité de recrutement canadien-français. Source : Collection Affiches de guerres. Direction des bibliothèques, Université de Montréal.

Avec 16 compagnons français et 40 Hurons, il a retenu durant plusieurs jours des centaines d’assaillants en amont de Montréal sur la rivière des Outaouais. Cette résistance détourna les Iroquois qui abandonnèrent leur projet d’invasion. Un mythe pouvait naître.

Reconnaissance de la résistance des patriotes

Le Québec célébra informellement durant tout le reste du XXe siècle l’héroïsme de Dollard des Ormeaux le jour de la fête de la Reine. À partir de 2003, cette journée devient officiellement la Journée nationale des patriotes au Québec suite à un décret gouvernemental du 20 novembre 2002.

Cette journée « vise à souligner l’importance de la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique », selon un communiqué du bureau du premier ministre de l’époque. 

La mémoire des héros de la lutte des Canadiens-français pouvait enfin être officialisée après des décennies de revendications. Les assemblées publiques organisées par des citoyens patriotes dans le Bas-Canada entre mai et novembre 1837 resteraient bien vivantes dans la mémoire des Québécois.

Le Québec, pas tout à fait le Canada

Parce que le Québec n’est pas une province comme les autres. Berceau du Canada, elle a d’abord été française. Même après la conquête anglaise, même après son abandon par la couronne de France, elle n’a pas abdiqué complètement. Elle a lutté pour la survie de sa religion et surtout de sa langue.

Journée nationale des patriotes, Montréal en 2015. Source Wikipédia – photographe Jean Gagnon

Ce combat a connu quelques réussites et beaucoup d’échecs, mais l’essentiel a été sauvé : il reste environ 8 millions de francophones parmi les 360 millions d’habitants d’Amérique du Nord. Les patriotes de 1837 et 1838 ont fait partie de cette lutte et méritent leur journée commémorative.

Si le lundi qui précède le 25 mai est devenu légalement l’anniversaire officiel de tous les monarques britanniques depuis 1957, le Québec a choisi une autre voie en 2002 sous un gouvernement du Parti québécois dirigé par Bernard Landry. Les gouvernements qui ont suivi, souvent libéraux et fédéralistes, n’ont jamais eu des velléités de changement.

Pierrot Métrailler

15 mai 2020

Le Québec reprend vie sauf à Montréal toujours en crise

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Depuis le début de cette semaine, le Québec a repris un semblant de vie avec l’ouverture des commerces, puis des écoles. Mais pas partout au Québec, car la grande région de Montréal doit poursuivre son confinement. La crise sanitaire est encore forte dans la métropole de la province où une pénurie de personnel se fait douloureusement sentir.

« En fait, il y a 3 Québec. Il y a la situation dans les CHSLD (résidences pour aînés) qui est toujours difficile, il y a le Grand Montréal où il y a de la transmission communautaire et il y a le reste du Québec où la crise est maîtrisée. » Le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda résume clairement le découpage du Québec dans la crise actuelle de la Covid-19.

Lors d’une conférence de presse quotidienne, déplacée à Montréal en fin de semaine dernière, il a fait le point sur la situation dans la grande région métropolitaine où vivent près de 4 millions de Québécois, soit la moitié de la population de la province. La veille, le premier ministre François Legault avait décrété que cette région n’ouvrirait pas tout de suite ses écoles et ses commerces comme c’est le cas dans le reste de la province.

Un déconfinement graduel

« On va y aller progressivement, graduellement… », François Legault insiste sur le « graduellement ». Après presque deux mois de léthargie, il faut que le Québec se réveille. Mais, face à la peur ressentie par une partie de la population qui voit d’un mauvais œil ces réouvertures, le premier ministre insiste pour que cela se fasse progressivement.

Si quelques travaux de construction avaient déjà repris, si les procédures dans les commerces essentiels (épiceries, pharmacies …) ont permis d’inculquer de nouveaux comportements, la réouverture des commerces qui ont une porte sur la rue (ce qui exclut les centres commerciaux) a été une première étape franchie avec discipline. On n’a pas vu de ruée et la vie semble toujours au ralenti.

Certaines élèves avaient revêtu leur robe de bal qui ne servira pas pour aller vider leur casier dans une école qu’elles quittent sans cérémonie. Le bal des finissants qui marque la fin de l’école secondaire est une institution très importante en Amérique du Nord. Source : tva.ca

Depuis le 11 mai, le tour des écoles est venu. Pas toutes les écoles, juste les écoles primaires et encore de manière facultative. Pour le secondaire, le post-obligatoire et les universités, il n’y aura pas de reprise cette année scolaire. Les cours se termineront en ligne au grand désespoir des finissants du secondaire. Leur bal légendaire n’aura pas lieu, une première dans l’histoire.

« À Montréal, c’est fragile ! »

Cette reprise n’a pas eu lieu à Montréal où la situation n’est pas encore satisfaisante. Le premier ministre a repoussé ces réouvertures des commerces et des écoles une première fois au 18 mai, puis au 25 mai, toujours sous réserve que la situation se stabilise sur les îles de Montréal, de Laval et dans la ceinture nord et sud de la métropole. Dans cette région vivent la moitié des Québécois (4 millions sur les 8 millions d’habitants de la province).

Si, au début du mois d’avril, le Québec comptait la moitié des morts de la Suisse pour une population comparable, à la fin avril, il en avait un millier de plus (2 631 morts de la Covid-19 au 8 mai, 1 823 en Suisse). Les premiers jours du mois de mai, on comptait une centaine de décès supplémentaires chaque jour, contre moins de 10 en Suisse. L’immense majorité de ces morts surviennent en résidences pour aînés (2 174 sur les 2 631) et à Montréal en ce début du mois de mai où, le 8 mai, on comptait 119 décès dans la métropole et 2 dans le reste du Québec.

Alors, quand le premier ministre dit « à Montréal c’est fragile », personne ne remet en cause son diagnostic et la plupart ont entendu le report des ouvertures avec soulagement. Si la concentration de la population dans un territoire restreint peut expliquer une partie de la crise montréalaise, ce n’est pas le seul facteur.

Un manque de personnel

Je vous ai déjà parlé il y a quelques semaines (Confédéré du 1er mai) de la situation dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), je n’y reviendrai pas. Sauf pour dire que la pénurie de personnel ne s’est que légèrement améliorée malgré les appels à l’aide du premier ministre lors de ces conférences de presse quotidienne.

Suite aux difficultés bureaucratiques pour permettre au réseau d’intégrer des volontaires, il a fallu faire appel à l’armée. Une certaine réticence s’est fait sentir tant du point de vue provincial que fédéral face à cette nécessité. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il a fallu dix jours pour que des soldats arrivent d’abord au compte-goutte, puis un peu plus rapidement pour approcher le millier 20 jours après l’appel à l’aide.

L’armée canadienne est finalement venue en renfort dans les CHSLD. Source : radio-canada.ca

Si la situation n’était pas tragique, on pourrait en rire. L’efficacité de l’armée de milice suisse est à souligner ici. Mais l’armée n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de la pénurie de personnel sanitaire dans la région de Montréal. Il y a 12 000 absents dans le réseau de la santé, soit malade, soit en quarantaine, soit avec la peur de revenir au travail. Le gouvernement multiplie les incitatifs pour recruter du personnel en espérant que ça suffira.

24 avril 2020

La vallée du Saint-Laurent, une histoire en quatre temps

Je vous parle souvent du Québec et du Canada. Si, vus d’Europe, ces deux termes peuvent représenter la même chose, il n’en va pas de même lorsque l’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Le Québec est une des dix provinces du Canada, la seule francophone, mais elle est aussi le berceau du Canada. Là où l’histoire a commencé au nord de l’Amérique du Nord. Une histoire qui s’est jouée en quatre temps.

« Faire le voyage de ce royaume es terres Neufves pour descouvrir certaines ysles où l’on dit quìl se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses. » La mission donnée par le roi de France François Ier en 1534 lorsqu’il accepte de financer l’expédition de Jacques Cartier est claire. Elle va aboutir sur la naissance de la Nouvelle-France.

Aujourd’hui, les voiliers qui passent devant les falaises de Québec sont pacifiques. Ici l’Esméralda, lors du rendez-vous 2017 des Grands voiliers. Photo : Pierrot Métrailler

Dix siècles de présence humaine

Mais l’histoire de la région commence bien avant cela. Les plus anciennes traces de présences humaines dans la vallée du Saint-Laurent datent de près de 10 000 ans. Des chasseurs paléoindiens se sont installés tout près d’où je vis aujourd’hui à Saint-Romuald. L’endroit regorgeait de nourriture au confluent des eaux salées et des eaux douces où la faune marine était abondante.

Différents peuples autochtones ont alternativement occupé la vallée entre les Grands Lacs et l’Océan Atlantique. Les pêcheurs européens, vikings puis basques sont venus durant notre ère pêcher dans le golfe du Saint-Laurent à la poursuite des bancs de morues. Les premiers contacts entre les peuples des deux continents datent des environs de l’an mil.

La Nouvelle-France

Les trois voyages de Jacques Cartier n’eurent pas de suites immédiates. Les richesses espérées ne furent pas au rendez-vous. Ce n’est qu’une soixantaine d’années plus tard, sous le règne d’Henri IV qu’une présence européenne permanente s’établit dans la vallée du Saint-Laurent. En juillet 1608, Samuel de Champlain fonda Québec.

Le commerce de fourrure fit la fortune de quelques commerçants, mais l’occupation des terres fut plus lente. La Nouvelle-France se développa lentement autour de Québec, puis de Trois-Rivières et enfin de Montréal fondée en 1642. 

La ville de Québec honore son fondateur par une statue qui regarde sa ville. La dépouille de Champlain mort en 1635 à Québec ayant été perdue dans l’histoire. Photo : Pierrot Métrailler

Des aventuriers français allèrent jusqu’aux montagnes Rocheuses à l’ouest et à l’embouchure du Mississippi au sud pour créer des routes et des comptoirs commerciaux. Les colons français collaboraient avec les Hurons et les Montagnais, mais craignaient les Iroquois qui commerçaient avec les Anglais.

Les Anglais prennent le pouvoir

Car le roi d’Angleterre s’intéressait aussi au Nouveau-Monde. Une première colonie fut fondée en 1607 près de l’actuel Boston. Cette aventure a donné le film Pocahontas que vous connaissez sûrement. La rivalité franco-anglaise déborda rapidement en Amérique du Nord.

Les guerres américaines suivirent le même rythme que les conflits européens. Après plusieurs tentatives avortées, en automne 1759 les Anglais prirent Québec, puis Montréal au printemps 1760. Le traité de Paris de 1763 scella le sort de la vallée du Saint-Laurent. Louis XV ne voulut pas « se battre pour quelques arpents de neige », selon l’expression de Voltaire.

Un siècle de domination anglaise s’en suivit. Les habitants purent garder leur langue et leur religion, car les Britanniques avaient besoin de leur neutralité pour faire face à la révolution américaine. Mais les élites françaises étant rentrées en Europe après la conquête, tous les postes dirigeants étaient occupés par des Anglais ou des gens sous leur allégeance. Des patriotes francophones tentèrent bien quelques révoltes, mais en vain.

La Confédération canadienne

En 1867, trois colonies britanniques : Le Canada (Québec et Ontario actuels), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, s’unirent pour fonder la Confédération canadienne. Ils réussirent à convaincre la reine Victoria de leur accorder le statut de dominion et une certaine indépendance avec le projet de construire un chemin de fer d’un océan à l’autre.

Ce nouveau pays est une confédération de provinces qui reconnaît comme souverain le monarque régnant en Angleterre. C’est pourquoi aujourd’hui la reine d’Angleterre est le chef d’État du Canada. Elle règne, mais ne gouverne pas. C’est le premier ministre qui gouverne, le Canada a le même système politique que l’Angleterre.

Mais le gouvernement fédéral n’a pas tous les pouvoirs. Les provinces, aujourd’hui au nombre de dix, possèdent des pouvoirs spécifiques, comme l’éducation, la santé, etc., et des pouvoirs partagés comme la justice ou le commerce par exemple. Les provinces ont également le même système politique que l’Angleterre avec un mode électoral qu’on appelle uninominal à un tour. Chaque circonscription élit un député, celui qui obtient le plus de voix. Le parti qui obtient le plus de sièges nomme le premier ministre.

Des origines autochtones et francophones qui s’oublient

Cette évolution en quatre temps permet de mieux comprendre les complexités du présent. J’aurai l’occasion dans de prochaines chroniques, à l’occasion de certains anniversaires, de vous parler de cette évolution et des conséquences actuelles de ce parcours. 

Rouge ou bleu, Canada ou Québec, il faut souvent choisir lorsqu’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Photo : Pierrot Métrailler

En attendant, le Québec n’est pas le Canada, il n’est qu’une province déchirée entre les autochtones, les francophones qui veulent retrouver leur indépendance, les francophones qui se sentent bien au Canada, les anglophones et les immigrants plus récents. Un mélange qui oscille entre harmonie et explosion au gré des humeurs.

2 juillet 2018

366 histoires suisses

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2 juillet – Gouverneur du Québec (1778)

Frédéric Haldimand

Vendredi dernier au soir arriva ici la frégate de Sa Majesté « La Montréal » à bord de laquelle était son Excellence le Général Haldimand et sa suite. Samedi à midi son Excellence débarqua. À cette occasion les rues furent bordées par les milices britanniques et canadiennes… Il fut salué par les vaisseaux dans la rade, et lorsqu’il vint à terre, par la garnison…

Le compte-rendu de la Gazette de Québec du 2 juillet 1778 montre toute la solennité avec laquelle le nouveau gouverneur Frédéric Haldimand fut reçu dans sa capitale. Sa tâche est difficile, l’armée britannique est en pleine débâcle, les troupes américaines menacent. Haldimand, par sa détermination, maintiendra le Canada sous souveraineté britannique.

François-Louis-Frédéric Haldimand est né à Yverdon le 11 août 1718. Très tôt attiré par une carrière militaire, il s’engage dès 1740 dans un régiment de l’armée prussienne qui combat dans la guerre de succession d’Espagne. Après un crochet par les armées des Pays-Bas, en 1756, il s’engage avec d’autres compatriotes, dans l’armée britannique en partance pour les États-Unis.

Après la conquête de la Nouvelle-France en 1760, sa maîtrise du français va lui permettre de gravir les marches de la hiérarchie. Gouverneur par intérim de Trois-Rivières, puis brigadier du Département du Sud en Floride, il sera nommé en 1778 Gouverneur de la province de Québec qui inclut, à l’époque, une grande partie de l’Ontario. Il restera en poste jusqu’en 1784. Il rentra ensuite à Yverdon où il mourut le 5 juin 1791.

30 décembre 2017

5 ans au Québec – épisode 50 (fin)

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Fin d’année

Les chutes Montmorency sont belles , mais il faut du courage pour les admirer de l’extérieur….

Oh non, ça ne nous dérange pas ! J’avais prié pour avoir de la neige et du froid, donc nous sommes servis. La réponse de la touriste belge donne immédiatement le ton au reportage de la télévision québécoise sur la vague de froid qui déferle sur la province. Du jamais vu en 100 ans, titrait aussi le Journal de Québec.

-25 est une température qui arrive régulièrement en février, mais à la mi-décembre, c’est un peu vite. Même si j’avais le sourire lorsque les premiers grands froids étaient annoncés, il y a une semaine, je commence à trouver ça difficile et il faudra patienter jusqu’en 2018 avant un redoux relatif.

J’avais le sourire parce que ma mère venait me visiter et qu’elle voulait se rendre compte de ce que frette voulait dire. Frette c’est bien plus que froid, c’est un froid qui vous prend au corps. Parce que -25 c’est froid, mais avec le vent, la température ressentie descend facilement à -35, voire – 38 comme mercredi dernier.

Cette année se termine donc froidement, mais j’ai eu la chance d’avoir ma famille en visite pour Noël et ça, ça réchauffe le cœur. Heureusement, les premiers jours de présence de ma mère, ma sœur, mon neveu et sa blonde, la température était encore acceptable pour des activités extérieures.

Glissade à Valcartier, visite du vieux Québec, traversée du Saint-Laurent en traversier et marché de Noël allemand ont occupé ces journées, puis le froid est venu. Il n’a pas dérangé le concert de Gregory Charles ou l’initiation au curling, mais il a fait passer rapidement devant les chutes Montmorency et a étiré les séances de magasinage.

Oui, le magasinage parce qu’au Québec on magasine, même le Boxing Day… D’ailleurs, ma sœur m’a fait remarquer que mon langage avait changé. Je commence à intégrer des expressions québécoises même si je fais attention en présence de Suisses. J’évite les quatre-vingt-quinze, mais son regard, lorsque je lui ai parlé de mon feu sauvage (boutons de fièvre), m’a fait comprendre que je n’utilisais pas ce mot avant.

Par contre, la tourtière, le pâté chinois ou le ragoût de pattes ont bien passé. Les recettes traditionnelles du temps des Fêtes créent de la chaleur partout sur la planète. La cuisine est différente dans chaque région, mais elle réunit toujours. Même s’il faut affronter une tempête de neige pour retrouver une table amie, ces moments sont inégalables.

C’est au moment de reconduire ma famille à l’aéroport que j’ai pris conscience que l’année arrivait à son terme, tout comme ma cinquième année au Québec. Me voici donc à ma cinquantième et dernière chronique de cette série. Le temps file et je constate que je m’intègre de mieux en mieux au Québec.

Comme le dit souvent ma blonde, je chiale de plus en plus en plus. Je critique régulièrement les Canadiens de Montréal et leurs dirigeants incompétents. Je retrouve mes anciens réflexes de supporters du FC Sion. Surtout, je peine à masquer ma sympathie pour les indépendantistes. Je crois que la biographie que je suis en train d’écrire m’influence beaucoup.

Le premier volume de la trilogie paraîtra en mars prochain. Je franchirai alors une nouvelle étape dans mon périple outre-Atlantique. Ma vie a beaucoup changé et même si je dis parfois que si j’avais su combien le défi professionnel serait difficile, pas sûr que j’aurai osé faire le saut, je ne regrette absolument pas cette aventure. Je suis trop bien auprès de ma blonde.

Meilleurs vœux pour 2018 !

Notre tableau prgramme….

1 décembre 2017

5 ans au Québec – épisode 47

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Première neige

L’abri « tempo » de notre voisin…

Elle est enfin arrivée. Je l’avais souvent côtoyée dès le mois d’octobre. Elle tentait d’égayer un peu le triste novembre, mais cette année, elle n’avait fait qu’une furtive apparition. Pour l’apprécier, je n’avais que les photos postées sur Facebook par mes amis Valaisans. Je me sentais un peu orphelin. Elle est arrivée: plus que les 5 cm annoncés m’attendent ce matin.

Elle, c’est évidemment la neige. Elle qui fait le lien entre mon nouveau pays et mes origines. En cette fin d’automne, elle ressemble encore un peu à la neige d’avant, celle du Valais. Il ne fait pas encore trop froid, juste -2 au réveil. Elle est encore épaisse, moelleuse, presque douce. Lorsque l’hiver régnera, elle deviendra légère, fine et piquante.

Tout était prêt pour sa venue. Je vous ai déjà expliqué le gazon et les arbres protégés. Je vous l’ai déjà dit, je vis dans un quartier résidentiel organisé comme dans les films avec une rue large, les maisons alignées en retrait avec un stationnement et un bout de gazon à l’avant et le terrain où l’on vit dehors à l’arrière. Les entrées de maison sont délimitées par des piquets de différentes couleurs.

Des bleus pour Artic, des jaunes et rouge pour Bilodeau ou encore des oranges pour Couture, chaque déneigeur installe son signe distinctif et le bal peut commencer. Couture, notre contracteur, s’est modernisé, fini ses vieux échalas en bois peint en orange éclatant, maintenant, il se signale par de nouveaux pieux métalliques d’un jaune orangé qui donne de la classe.

Je l’ai entendu plusieurs fois cette nuit, lui ou celui du voisin, qui dégageait notre entrée, car nous n’avons pas installé d’abri « tempo ». Parce que si on ne fait pas appel à un déneigeur, il faut un abri sinon la corvée de pelletage est trop grande. Donc, dès la fin octobre, on voit pousser d’étranges structures métalliques devant beaucoup de maison, parfois même en prolongement du garage.

Lorsqu’arrive le 1er novembre, des toiles blanches viennent recouvrir le tout. Il est interdit de les mettre avant cette date fatidique, tout comme il faut qu’elles disparaissent avant le 1er mai. L’hiver est bien circonscrit. Mais, il y a toujours des retardataires qui montent leur abri à la dernière minute dans le froid et le vent.

Je n’ai pas ce problème, car même si nous n’avons pas de garage, nous ne mettons pas d’abri, nous nous fions à une autre solution magique: le démarreur à distance. Quelle invention réconfortante. Démarrer sa voiture, tout en restant bien au chaud dans sa maison, puis, une dizaine de minutes plus tard, embarquer dans un char (c’est comme ça qu’on appelle les voitures ici) bien chaud, c’est le pied !

Les abris « tempo » peuvent vous paraître bien légers et vous avez raison. Mais le poids de la neige n’est pas un problème. Dès qu’il fait froid, elle tombe comme de la poudre qui s’envole au moindre coup de vent. Elle peut créer ainsi des tempêtes aussi dévastatrices que celles de sable dans le désert, mais elle ne s’accumule pas sur les toiles des abris, elle vole plus loin. Par contre, elle est plus difficile à pelleter (ou peler, mais ça ne se dit pas au Québec).

Mais, le temps que je vous raconte tout ça, le soleil brille et il fait presque dix degrés. Cette première neige n’est pas encore celle qu’on aura à Noël. Pourtant, il faut qu’elle arrive, j’ai de la visite qui s’en vient pour voir le vrai hiver.

Des retardataires…

17 novembre 2017

5 ans au Québec – Épisode 45

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Un hiver en préparation

Un tapis jaune pour préparer l’hiver

Nous voici déjà à la mi-novembre. L’automne laisse déjà place à l’hiver. Tout va très vite cette année dans la tradition. L’été des Indiens (comme on dit ici) s’est terminé brutalement. En une semaine, la température du vendredi matin (c’est mon point de repère hebdomadaire) a chuté de 13 à -7 degrés.

Tout a commencé le mercredi entre ces deux jours repères. Alors que je sortais pour prendre le bus pour m’en aller travailler le matin, il neigeait des feuilles jaunes d’érable. À mon retour, tôt dans l’après-midi, mon gazon était recouvert d’un merveilleux tapis couleur soleil.

Le soleil était aussi dans le ciel même s’il ne jouait pas son rôle de chaufferette. Quelques coups de râteaux plus tard, le vert gazon avait repris le dessus grâce à l’énergie de ma blonde. Mais le lendemain, tout était à recommencer.

Ce qu’il y a de bien avec ce combat contre les feuilles, c’est qu’on sait qu’on finit toujours par le gagner. Si ce n’est pas à la force des bras, le froid nous aide beaucoup en ratatinant les feuilles et l’arbre, aussi majestueux soit-il, finit par s’épuiser et perdre ses derniers atours.

Cette lutte contre la chute des feuilles n’est que le début de la préparation à l’hiver. Parce que oui, l’hiver se prépare. Déjà que notre corps doit prendre le temps de s’acclimater. C’est froid parce que c’est l’automne. Avec la même température au printemps, on aura chaud! Mon collègue Fred a raison. Tout est question d’habitude. Les -5 ou 0 degrés qui nous font grelotter aujourd’hui nous sembleront des chaleurs tropicales en avril après avoir survécu aux – 45 ressentis avec le facteur éolien.

Ce sacré facteur éolien qui transperce nos maigres enveloppes pour s’attaquer directement à nos os ne m’a pas trop fait sacrer (eh oui, au Québec on sacre, on ne jura pas) lorsqu’est arrivé le temps de recouvrir notre beau gazon de sa toile protectrice. Je ne sais pas si c’est l’expérience, mais à ma 5e édition, tout m’a semblé facile.

L’hiver est tellement long et exigeant, la neige longtemps présente, qu’il faut préparer le terrain à subir sans trop de dommage cette période rêvée des amateurs de blanc (et là je ne parle pas de mes amis qui le préfère en ballon). Une toile facilitera le ramassage de la terre et de roches (petits cailloux en québécois) qu’inévitablement la souffleuse va envoyer sur notre terrain.

Les routes sont vite nettoyées après chaque tempête de neige, mais les terrains en bordure dégustent. Il faut bien mettre la neige quelque part, car elle ne veut pas fondre lorsque le thermomètre est en dessous de zéro. Elle va donc s’accumuler jusqu’en avril. Les petits cèdres (qu’on appelle thuyas en Europe) doivent aussi être solidement emballés pour résister à la pression des souffleuses.

Comme d’habitude, à la mi-novembre tout est prêt. Il y a juste mon baril qui récupère l’eau du toit pour l’arrosage du jardin que j’ai tardé à vider. Il est un peu gelé et j’ai beau le mettre au soleil, je ne suis pas sûr de l’assécher avant le printemps. Les maringouins auront aussi une patinoire cet hiver.

Bref, la préparation est faite. Il ne manque qu’une chose : la neige. Pour la première fois depuis mon arrivée au Québec, elle n’a pas fait de visite en octobre. Je crois qu’elle est restée prise en Valais à ce qu’on m’a dit. Soyez sympa, laissez-là venir chez nous. Je suis prêt, je l’attends.

Cèdre emballé, hiver préparé

15 octobre 2017

5 ans au Québec – épisode 41

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Un automne à Québec

La ville de Québec est belle en automne

Je suis en retard pour la chronique de cette semaine. C’est la faute à l’automne ! L’automne est trop beau à Québec et je ne suis pas le seul à en profiter. Les touristes sont très nombreux. Si la tendance se maintient (c’est la formule consacrée pour les soirées électorales au Québec avant d’annoncer le vainqueur…), 2017 battra le record de visiteur de 2008.

L’année des festivités du 400e anniversaire de la naissance de la ville détient toujours ce record. Je ne pense pas que ce soit le 150e de la Confédération canadienne qui soit à l’origine du record qui va être battu à la fin de cette année. Ce jubilé n’a pas eu beaucoup d’écho en ville de Québec. Je crois simplement que la hausse constante de la notoriété touristique de la Capitale nationale explique plus sûrement ce record.

Il faut dire que ce n’est pas d’hier que la ville de Québec joue la carte touristique. Si c’est en 1985 que le Vieux-Québec est devenu un site du Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, lord Dufferin avait donné une impulsion décisive un siècle plus tôt.

Frederick Hamilton-Temple-Blackwood, né le21 juin 1826 et mort le 12 février 1902, fut le premier comte de Dufferin. La reine Victoria le nomma gouverneur général du Canada. Il occupa se poste entre le 25 juin 1872 et le 19 octobre 1878.

Quand les fonctionnaires municipaux de la ville de Québec commencèrent à démolir les murs de la vieille cité, Dufferin était consterné, et les persuada d’arrêter la démolition et de réparer et restaurer ce qui avait été déjà endommagé.

Cette phrase tirée de sa biographie sur Wikipédia résume son action. Il a été un visionnaire en voulant faire de Québec une destination touristique, c’est ce que je raconte aux touristes que je guide à travers la ville. Il a aussi donné son nom à la terrasse publique qui offre un belvédère incomparable devant le Château Frontenac dominant le fleuve Saint-Laurent.

Lord Dufferin est donc aussi un peu responsable du record battu. L’achalandage touristique de ce mois d’octobre mobilise tous les guides du Vieux-Québec. Les beautés de la saison, mais aussi les ouragans de l’Atlantique qui poussent les bateaux croisières sur le Saint-Laurent, expliquent la masse de visiteurs présents dans les rues de Québec.

C’est donc presque quotidiennement que je marche dans les rues. Parfois avec un groupe d’une quinzaine de touristes de tous les horizons francophones, parfois en visite privée avec un couple et même une fois, en taxi avec deux soeurs québécoises qui voulaient profiter des beautés de leur capitale. Je ne m’en lasse pas. Je raconte des histoires et, même si je n’ai pas l’accent d’Amérique, les visiteurs semblent attentifs.

« À l’époque, les guerres se réglaient plus vite, car on mettait les chefs devant… » J’aime voir les sourires apparaître sur les visages qui me font face. Je n’ai pas toujours le temps de parler de la jambe du général Arnold ou de raconter la légende des canons de Frontenac, mais l’amour de la ville née du rêve de Samuel de Champlain est partagé par beaucoup.

Un automne à Québec, c’est un moment agréable et même si elle ne supprime pas tous les soucis et aléas de la vie, la saison est exquise et il faut profiter de son soleil, car l’hiver ne va pas tarder.

Un permis bien utile…

1 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 35

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Quand la santé va…

Les Augustines soignaient aussi les Amérindiens dans le premier hôpital de la Nouvelle-France à Sillery.

« Quand la santé va, tout va. Quand la santé va… » Vous reconnaissez la mélodie d’une chanson du film d’animation Astérix et Cléopâtre ? Non, pas le film avec Alain Chabat, le dessin animé ! Oui, vous vous souvenez, c’est autour du gâteau empoisonné que les personnages chantent cette rengaine.

Pourquoi ai-je cette mélodie en tête en vous écrivant ces lignes ? Justement parce que les questions de santé sont très présentes dans mon entourage. Les mauvaises nouvelles s’accumulent chez quelques personnes proches ou moins proches. Mais pas d’inquiétude, je vais personnellement très bien et ma blonde aussi.

Cette ambiance hospitalière me suggère de vous parler un peu de santé cette semaine. Depuis cinq ans que je vis au Québec, j’ai découvert un système de santé unique. Quand je dis unique, je dis très différent de celui que je connaissais en Suisse. Ici la bureaucratie règne !

Mais avant de vous raconter quelques anecdotes actuelles, permettez-moi, comme d’habitude, de vous plonger un peu dans l’histoire. L’histoire hospitalière en Nouvelle-France commence le 1er août 1639. Ce jour-là, 3 sœurs augustines débarquent à Québec. Elles viennent de Dieppe à l’initiative de la duchesse d’Aiguillon, la nièce du cardinal Richelieu, pour fonder un premier Hôtel-Dieu à Sillery, à quelques kilomètres du Vieux-Québec.

Avant elles, il y a bien eu Louis Hébert, le premier colon, qui était apothicaire, mais une plaque de glace traîtresse écourta ses services puisqu’il est mort des suites d’une glissade en janvier 1626. Un premier bogue dans les services de santé !

Les Iroquois ayant forcé les Augustines à se réfugier dans les murs de la ville, c’est en 1646 que naît l’Hôtel-Dieu de Québec qui, aujourd’hui encore, reçoit les malades à côté du couvent des Augustines. On raconte que la santé de la colonie était excellente tant que les Augustines se sont occupées seules de cette question.

L’arrivée du premier médecin détériora la situation. Encore aujourd’hui, avant de penser être malade au Québec, il faut avoir un médecin ! Eh oui, sans médecin de famille, n’y pensez même pas ou soyez prêt à de longues heures d’attente aux urgences avant de passer la nuit sur une civière dans un couloir.

Enfin ça, c’est ce qu’on lit dans les journaux. Je ne l’ai pas vécu personnellement. Ce que j’ai testé c’est la recherche d’un médecin de famille. Environ un quart des résidents du Québec sont à la recherche plus ou moins active d’un médecin de famille, car sans lui, pas d’accès au système.

À mon arrivée, j’ai dû remplir un formulaire pour m’enregistrer dans une liste d’attente. Avec mon passé médical, je me suis régalé dans la rédaction. J’ai ajouté comme remarque que sans médicaments, j’avais une espérance de vie de 3 semaines… Sans médecin de famille, pas de renouvellement d’ordonnance !

Cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas de nouvelles du centre censé me trouver un médecin de famille. Ils n’ont pas dû lire mon formulaire ou déduire qu’il était trop tard ! Mais, je suis toujours en vie et j’ai même beaucoup moins de médicaments à prendre, car évidemment la bureaucratie est faite pour être contournée.

Et je n’ai même pas fait exprès. Ici, je ne connais pas encore tout le monde comme en Valais. Quand j’ai eu besoin d’un certificat médical pour mon permis de conduire, on m’a dit que seul mon médecin de famille était habilité à le remplir… J’ai donc dû être malade, passer par une clinique sans rendez-vous pour me trouver devant un médecin à qui j’ai expliqué mon problème.

Depuis, c’est mon médecin de famille ! Quand je lui ai tendu mon certificat pour le permis de conduire, il l’a rempli et, à la question êtes-vous son médecin de famille ? il a coché : oui. La question suivante était : depuis quand ? Il m’a regardé avec un grand sourire et a écrit : depuis 10 minutes !

Hôtel-Dieu de Québec

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