Valais Libre

1 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 35

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Quand la santé va…

Les Augustines soignaient aussi les Amérindiens dans le premier hôpital de la Nouvelle-France à Sillery.

« Quand la santé va, tout va. Quand la santé va… » Vous reconnaissez la mélodie d’une chanson du film d’animation Astérix et Cléopâtre ? Non, pas le film avec Alain Chabat, le dessin animé ! Oui, vous vous souvenez, c’est autour du gâteau empoisonné que les personnages chantent cette rengaine.

Pourquoi ai-je cette mélodie en tête en vous écrivant ces lignes ? Justement parce que les questions de santé sont très présentes dans mon entourage. Les mauvaises nouvelles s’accumulent chez quelques personnes proches ou moins proches. Mais pas d’inquiétude, je vais personnellement très bien et ma blonde aussi.

Cette ambiance hospitalière me suggère de vous parler un peu de santé cette semaine. Depuis cinq ans que je vis au Québec, j’ai découvert un système de santé unique. Quand je dis unique, je dis très différent de celui que je connaissais en Suisse. Ici la bureaucratie règne !

Mais avant de vous raconter quelques anecdotes actuelles, permettez-moi, comme d’habitude, de vous plonger un peu dans l’histoire. L’histoire hospitalière en Nouvelle-France commence le 1er août 1639. Ce jour-là, 3 sœurs augustines débarquent à Québec. Elles viennent de Dieppe à l’initiative de la duchesse d’Aiguillon, la nièce du cardinal Richelieu, pour fonder un premier Hôtel-Dieu à Sillery, à quelques kilomètres du Vieux-Québec.

Avant elles, il y a bien eu Louis Hébert, le premier colon, qui était apothicaire, mais une plaque de glace traîtresse écourta ses services puisqu’il est mort des suites d’une glissade en janvier 1626. Un premier bogue dans les services de santé !

Les Iroquois ayant forcé les Augustines à se réfugier dans les murs de la ville, c’est en 1646 que naît l’Hôtel-Dieu de Québec qui, aujourd’hui encore, reçoit les malades à côté du couvent des Augustines. On raconte que la santé de la colonie était excellente tant que les Augustines se sont occupées seules de cette question.

L’arrivée du premier médecin détériora la situation. Encore aujourd’hui, avant de penser être malade au Québec, il faut avoir un médecin ! Eh oui, sans médecin de famille, n’y pensez même pas ou soyez prêt à de longues heures d’attente aux urgences avant de passer la nuit sur une civière dans un couloir.

Enfin ça, c’est ce qu’on lit dans les journaux. Je ne l’ai pas vécu personnellement. Ce que j’ai testé c’est la recherche d’un médecin de famille. Environ un quart des résidents du Québec sont à la recherche plus ou moins active d’un médecin de famille, car sans lui, pas d’accès au système.

À mon arrivée, j’ai dû remplir un formulaire pour m’enregistrer dans une liste d’attente. Avec mon passé médical, je me suis régalé dans la rédaction. J’ai ajouté comme remarque que sans médicaments, j’avais une espérance de vie de 3 semaines… Sans médecin de famille, pas de renouvellement d’ordonnance !

Cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas de nouvelles du centre censé me trouver un médecin de famille. Ils n’ont pas dû lire mon formulaire ou déduire qu’il était trop tard ! Mais, je suis toujours en vie et j’ai même beaucoup moins de médicaments à prendre, car évidemment la bureaucratie est faite pour être contournée.

Et je n’ai même pas fait exprès. Ici, je ne connais pas encore tout le monde comme en Valais. Quand j’ai eu besoin d’un certificat médical pour mon permis de conduire, on m’a dit que seul mon médecin de famille était habilité à le remplir… J’ai donc dû être malade, passer par une clinique sans rendez-vous pour me trouver devant un médecin à qui j’ai expliqué mon problème.

Depuis, c’est mon médecin de famille ! Quand je lui ai tendu mon certificat pour le permis de conduire, il l’a rempli et, à la question êtes-vous son médecin de famille ? il a coché : oui. La question suivante était : depuis quand ? Il m’a regardé avec un grand sourire et a écrit : depuis 10 minutes !

Hôtel-Dieu de Québec

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18 août 2017

5 ans au Québec – épisode 33

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Venise-en-Québec

Un coup de mousquet qui changea l’histoire !

Oui, c’est bien tu y es presque, cherche le vent… Bon ce n’est pas grave, l’eau est bonne, reprends ton souffle, éloigne-toi du quai et recommence. Tu verras, après une trentaine d’essais tu vas y arriver ! Charlot, le filleul de ma blonde est persévérant. Il n’abandonnera pas et, un peu plus tard, il dépassera la minute sur sa planche. Il commence ses vacances d’un bon pied.

Je l’encourage du mieux que je peux, mais la planche à voile n’est pas ma spécialité. En venant passer deux jours au bord du lac Champlain, je rêvais plus de voir des canots d’écorce glissant silencieusement sur l’eau, d’admirer la dextérité des Amérindiens qui guidaient ces embarcations avec un doigté unique.

J’imaginais rencontrer Samuel de Champlain. Le fondateur de la ville de Québec, ce héros que je glorifie à chacune de ses visites du Vieux-Québec, a aussi vogué sur les flots de l’immense lac qui a pris son nom. Quand je dis qui a pris, ce n’est pas tout à fait exact, car c’est Champlain lui-même qui a donné son nom au lac qu’il venait de découvrir.

Le 14 juillet 1609, Samuel de Champlain voit pour la première fois cette immense étendue d’eau. Parti de Québec quelque temps auparavant, il a fait une halte à Trois-Rivières, puis à naviguer sur la rivière appelée aujourd’hui Richelieu. Devant la majesté des lieux, il est ébloui et décide de ne donner rien de moins que son nom à ce lac. L’homme était modeste !

15 jours plus tard, il rencontre les Agniers qu’il cherchait. Parce que Champlain avait fait ce voyage pour tenir la promesse qu’il avait faite à ses alliés hurons et algonquins. La France venait se mêler des querelles amérindiennes et avait choisi son camp. Plus rien ne sera jamais pareil, surtout que Champlain utilise pour la première fois une arme à feu dans une bataille amérindienne.

Il faut dire que seuls deux autres compagnons français ont fait le voyage avec lui jusqu’à ce lac. Avec ses alliés, ils sont une soixantaine à faire face aux deux cents ennemis. C’est pourquoi le premier coup de mousquet tiré par Champlain est fondamental. Un tir, deux chefs tués ! Champlain avait mis 4 balles dans son canon.

Un autre coup de mousquet d’un deuxième Français et l’affaire est réglée. Les Agniers (connus aussi par l’appellation d’Iroquois) sont en déroute et, pour quelques années, la vallée du Saint-Laurent appartiendra aux Hurons.Cette domination ne durera pas, mais c’est une autre histoire.

Je n’ai pas rencontré Champlain au bord de son lac, mais j’ai apprécié le paysage grandiose. Le lac Champlain est très grand: 200 kilomètres de long sur une vingtaine de large. Une toute petite partie est québécoise et l’immense majorité est américaine.

Venise-en-Québec est une station balnéaire tout au nord du lac dans la partie québécoise. Je m’attendais à des canaux comme chez sa consoeur italienne. Je ne les ai pas trouvés, mais j’ai apprécié le tout petit marché, ses crèmes glacées et les merveilleux petits chalets qui longent les rives du lac.

C’est dans un de ces chalets que Charlot se repose après ses prouesses à voiles. Il a bien progressé pour ce premier jour. La vague était forte et je suis sûr que sa semaine sera bénéfique. Son sens de l’équilibre m’impressionne, je ne serai pas capable de tenir debout sur une planche flottante.

Mais mon passage à Venise-en-Québec n’est pas assez long pour tester mes aptitudes, après une nuit chez nos amis, c’est déjà le retour vers Saint-Jean-Chrysostome et pas besoin de trois semaines de canot comme Champlain, trois heures de char suffisent !

Les progrès sont rapides malgré un lac agité.

11 août 2017

5 ans au Québec – épisode 32

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Autocueillette

Une framboise, quel régal !

L’été, c’est le temps des petits fruits. Au Québec, les fraises et les framboises sont abondantes, mais ce sont les bleuets qui sont les vedettes incontestables. Il y a bien les canneberges qui tentent de se frayer une place, malheureusement elles ont un grand défaut : elles ne sont pas offertes en autocueillette.

Parce que l’été ce qui est le fun (eh oui, mon québécois progresse), c’est d’aller cueillir soit même ses fruits. Les panneaux « autocueillette » fleurissent au bord des routes. Avouez que c’est bien plus invitant que des « self-services ».

Si l’île d’Orléans est le paradis incontesté des fruits, comme toute bonne diva, elle se fait capricieuse. Elle se laisse désirer et il faut être prêt à affronter la traversée de son pont avant de s’engager sur le seul chemin qui fait le tour de l’île. Avec l’affluence, mieux vaut ne pas être pressé.

La queue s’étire surtout en automne pour la cueillette des pommes. C’est une tradition très prisée des citadins de Québec qui sont prêts à sacrifier leurs dimanches pour une pomme. C’est vrai que le beurre qu’on peut en tirer est délectable. C’est une de mes découvertes dont je peine à m’en passer. Mais l’heure n’est pas encore à l’automne.

L’île de Bacchus, comme l’a appelée Jacques Cartier lors de sa découverte, a rapidement dû changer son nom. Les vignes sauvages qui y proliféraient ne donnent pas un raisin capable de se vinifier. On tente aujourd’hui un renouveau viticole, mais ma politesse m’empêche de vous formuler mon opinion.

Laissons donc cette île pour cet automne et revenons à l’été. Les bleuets débutent, j’aurai certainement l’occasion d’y revenir dans quelques semaines. Je préfère les framboises. Saint-Nicolas qui forme la partie ouest de la ville de Lévis est un peu le Nendaz du Québec : les framboises y sont reines.

Pour la deuxième année, on peut bientôt parler de tradition, avec ma blonde, nous avons consacré un samedi matin à l’autocueillette des framboises. Nous n’étions pas seuls, quelques familles étaient aussi matinales que nous. La cueillette avant que le soleil n’écrase la campagne est bien plus agréable.

« Laisse les chaudières dans la voiture, on doit prendre leurs paniers ! » L’écologie ne progresse pas. Si l’année dernière nous pouvions amener nos propres contenants (lesdites chaudières), ils sont maintenant standardisés. 2, 3, 5 ou 10 litres : les choix sont imposés. En plus de gaspiller des paniers en carton, cette nouvelle coutume nous impose une quantité déterminée.

Il faut donc s’enligner selon les ordres et remplir nos paniers. Nous avons choisi 3 litres chacun, mais ma blonde en mange plus que moi durant la cueillette, je devrai donc échanger les paniers avant que le soleil ne soit trop haut pour que les deux contenants se remplissent.

Ce n’est pas grave, j’aime les framboises et des réserves pour mes confitures hivernales sont nécessaires. Elles rejoindront vite la fraîcheur de notre congélateur en attendant le moment propice de leur transformation. Fraîchement préparées, elles mettront du soleil dans le prochain hiver.

Ces moments sont magiques, mais furtifs. Je suis vite revenu sur terre. Le Vire-Crêpes était complet, donc pas de déjeuner délectable en récompense et en plus un déplacement de vertèbre m’a tenu immobile pour deux jours avant qu’un physio aux mains magiques ne réalise des miracles.

Heureusement, j’aime les framboises et je sens que l’été prochain, le rendez-vous ne sera pas manqué.

Un panier au soleil et un autre presque rempli…

4 août 2017

5 ans au Québec – épisode 31

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Fête nationale

Les Merlin chanteurs ont rehaussé le 1er août à Québec.

Les accents d’un cœur pieux… Les accents émus d’un cœur pieux… La dernière note reste suspendue dans l’air quelques secondes, puis des applaudissements éclatent. Heureusement, ce n’est pas ma voix, mais celles des Merlin de Montreux qui ont soutenu cette prestation de l’hymne national suisse. Vos oreilles seront épargnées.

Même, ou peut-être surtout, à l’étranger la ferveur patriotique fait du bien, au moins pour quelques instants. Le premier août est une occasion traditionnelle de rassemblement du Club Suisse de Québec. Grâce à Marina, notre consul honoraire et Nicole, son adjointe efficace, la rencontre est toujours agréable.

Cette année, un octuor vocal venu directement des bords du Léman a enchanté ces instants helvétiques en terre québécoise. Les Merlin chanteurs, j’ai trouvé cette association entre leur nom et leur fonction digne de la forêt de Broceliande, les Merlin chanteurs donc, ont été une agréable surprise.

En arrivant, à la Base de plein air de Sainte-Foy, le Québec a aussi l’art des noms bien choisis, j’ai rencontré Marc. Habillé en noir et blanc, je l’ai tout de suite situé comme un membre du groupe invité. Après quelques secondes de jasette, j’apprends qu’il habite La Sage en surplomb de mon chalet d’Évolène. Le monde est tout petit.

Cet infirmier clinicien vaudois a vécu 25 ans au Québec où il a travaillé dans une petite communauté du Grand Nord. Il y soignait les habitants et parfois faute d’autres solutions, aussi leurs huskies. En 2010, il est rentré en Suisse avec sa femme québécoise. Leurs enfants sont restés au Québec. C’est lui qui guidait un peu les Merlin chanteurs durant leur périple. Il venait également en repérage pour sa future retraite.

Nous sommes au Québec une douzaine de jours. Nous nous sommes produits à Sutton pour la grande fête des Suisses samedi dernier. Nous avons un bus et un chauffeur et nous alternons entre productions planifiées comme ce soir et d’autres plus improvisées au gré de notre voyage.

C’est Jacques, le directeur des Merlin chanteurs qui parle. En quelques mots, il me raconte la naissance de ce groupe pour faire la nique au déclin des chœurs d’hommes, leur passion de la musique et leur plaisir de chanter.

La java des bouchons, parole et musique de membres des Merlin pour bien marquer leur amour des vignobles et de leurs fruits, suivi de L’amour de la patrie pour préparer l’hymne national, avant La complainte du phoque en Alaska comme preuve d’adaptation aux coutumes locales et une série en quatre langues en honneur à la diversité suisse: leur programme collait parfaitement à l’esprit de ce premier août.

Très vite est arrivée l’heure d’écouter le message de notre Doris présidente qui s’adressait tout particulièrement à nous les Suisses de l’étranger. Un dernier verre de Lavaux, quelques dernières anecdotes autour des desserts préparés un peu par tous et l’heure de quitter est déjà arrivée.

Comme d’habitude, les habitués du Club Suisse de Québec traînent un peu plus. Le temps de dire un grand merci aux conjoints de Marina et Nicole qui ont géré le barbecue et les photos. On est bien au Québec, ce sont les femmes qui dirigent.

Le feu d’artifice attendra le lendemain. En effet, c’est le 2 août que commencent les Feux Loto-Québec sur le Saint-Laurent.

Ce monde est presque parfait…

Marina, notre Consule honoraire ouvre la soirée.

1 août 2017

Le temps des vedettes

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Caricature parue dans le Journal de Québec du 31 juillet 2017


L’actualité politique est aussi en vacances. Le temps est au farniente, le temps est aux magazines people qu’on dévore sur une plage de sable blanc. Et ici, en Amérique du Nord, deux nouvelles stars occupent quelques unes. Justin Trudeau et Donald Trump se permettent de voler la vedette à de vrais professionnels.

Il y a bien quelques conflits, comme à Jérusalem ou en Syrie, qui ne veulent pas prendre de pause. Il y a les réfugiés qui viennent, une fois de plus, gâcher les vacances sur les plages de la Méditerranée. Mais tout cela est du déjà vu. On ne peut pas se révolter chaque été pour les mêmes histoires.

Heureusement, il y a un nouveau dictateur socialiste qui tente de rivaliser avec ses illustres prédécesseurs. Malheureusement, n’est pas Che Guevara qui veut, ni même Castro ou encore Hugo Chavez.

Non, Nicolas Maduro arrive trop tard. Le pétrole n’arrive plus à masquer la déroute du système chaviste. Il ne reste que la force, la corruption et la fraude pour se donner un semblant d’avenir à défaut d’en préparer un à son peuple.

C’est pourtant si simple.

Le leader vénézuélien ne semble rien comprendre à son époque. C’est pourtant si simple de se faire élire, voire même de se faire aimer par son peuple. Je laisserai de côté l’analyse de l’effet Macron. Le « jupitérisme » n’est pas à la mode de mon côté de l’Atlantique.

En Amérique du Nord, si Donald Trump est l’incarnation de la politique spectacle, du « Je vous ai compris ! » lancé au peuple en délire, un peu plus au nord, un autre homme politique providentiel commence à lui faire de l’ombre.

Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, vient de faire la une du magazine Rolling Stones qui lui consacre une entrevue mielleuse à souhait. Notre super « Bisounours » devient la coqueluche de tout un continent.

Il faut dire qu’il tient ses promesses, enfin au moins celle de légaliser la marihuana. Elle sera en vente libre au Canada dès le 1er juillet 2018 : avis aux amateurs. Pour le reste, quand on gratte un peu le verni, rien de bien nouveau.

Cynisme quand tu nous tiens.

Donald Trump, lui, fait au moins les choses différemment. Il rue dans les brancards de la bienséance, il chamboule les données politiques, son leadership est pour le moins atypique.

Mais au fond, quelles sont les conséquences ?

Jamais les frontières terrestres canadiennes n’ont autant été prises d’assaut par des immigrants inquiets. Jamais on n’a ressenti autant de fébrilité dans les milieux économiques avec la renégociation de l’ALÉNA.

Pourtant, il n’a toujours pas abrogé l’Obamacare. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Sauf peut-être pour renforcer les camps opposés. Ses partisans crient au génie, ses détracteurs au fou. L’avenir nous dira qui a raison.

L’homme est cynique, mais l’est-il plus que les nouvelles stars de la politique qui ne jouent que sur leur image ? Surtout, l’est-il plus que les électeurs qui ne se fient plus qu’aux ressentis pour choisir le nom à mettre dans l’urne ?

Mathieu Bock-Côté, un chroniqueur du Journal de Québec, que j’ai lu cette semaine faisait un constat qui me semble bien illustrer la dérive actuelle. Il y a trente ans, les leaders politiques s’entouraient d’intellectuels pour s’assurer le pouvoir, aujourd’hui, ils confient leur sort aux mains de communicateurs…

L’image a pris le dessus sur le cerveau. À quand un retour de balancier ?

PS: Bonne fête nationale à mes compatriotes suisses !

28 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 30

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Grands voiliers 2017

Les jets terminent la parade.

L’Esméralda, un 4 mats majestueux, passent devant le Château Frontenac suivi à quelques encablures par un navire-remorqueur du port de Québec qui joue avec ses lances à incendie. Le rendez-vous 2017 des grands voiliers se termine à Québec par un défilé matinal.

Pas plus que les quelques amis réunis sur la terrasse de Denise, je ne regrette de m’être levé aux aurores pour assister à ce défilé. 38 voiliers historiques ont vogué devant nous, sur le Saint-Laurent, durant 2 heures avant de mettre les voiles en direction d’Halifax.

Organisé dans le cadre des festivités du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, ce rendez-vous restera le point d’orgue des manifestations québécoises. Durant 4 jours, le port de Québec a connu une affluence monstre. Le quai Paquet du côté de Lévis n’a pas été en reste.

La présence d’un 3 mats équatorien a attiré son flot de visiteurs sur la rive sud. Je n’ai pas eu la patience, je ne suis pas marin dans l’âme, de faire la file pour monter à bord d’un de ces seigneurs de la mer, mais j’ai apprécié la fresque offerte par leur présence. Québec est une ville maritime, elle respire le fleuve.

Le Saint-Laurent est à l’origine de la naissance de la forteresse qui contrôle l’endroit le plus étroit du fleuve. « Là où le fleuve rétrécit », la signification de Québec en langue amérindienne est bien plus que le symbole de la ville, c’est la raison originelle de son existence.

Jacques Cartier, puis Samuel de Champlain ne s’y sont pas trompés. Ils ont choisi cet endroit parce qu’il est quasi imprenable. Attaquée 6 fois au cours de son histoire, Québec n’a cédé que deux fois et encore parce qu’elle n’avait pas de défense en 1629 ou par incompétence en 1759.

Bien avant les Français, les Amérindiens avaient fait de ce passage étroit sur le fleuve un point de rencontre essentiel entre les différentes communautés. Aujourd’hui réunies autour du fleuve, les populations de Québec et de Lévis se tournent à nouveau vers leur colonne vertébrale.

Le quai Paquet ouvert en 2016 du côté sud et la place des Canotiers ouverte au début de l’été 2017 sur la rive nord sont les signes tangibles de ce retour aux sources, de ces villes qui n’ont plus peur, comme au 20e siècle, du fleuve. Elles retrouvent leurs élans millénaires pour ce lien irremplaçable.

Les 38 fiers navires qui viennent de défiler sous mes yeux me laissent rêveur. Moi qui suis né dans les montagnes, je n’ai pas le pied marin, mais je sais qu’on ne lutte pas contre l’essence d’une région. Ce n’est qu’en respectant ce que l’on est vraiment qu’on peut s’épanouir.

Même si je comprends, de la terrasse où j’admire ce spectacle, la force que devaient ressentir les canons anglais en 1759, je ne sens pas la vulnérabilité de la ville en face de moi. Je respire sa fierté de pouvoir offrir un si beau panorama.

Et même si le Château Frontenac n’a jamais été qu’un hôtel pour voyageur, il donne à la carte postale toute la majesté qui fait de cet endroit un havre splendide.

Bon, assez d’émerveillement, les bateaux voguent vers d’autres cieux, il est temps de faire honneur au brunch qui a patienté sur la terrasse. Parce que si le décor de Québec est magnifique, sa cuisine n’a rien à lui envier…

L’Esméralda devant le Château Frontenac

14 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 28

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Même un ami !

Caricature de Serge Chapleau (1998)

Chez Jean Coutu, on trouve de tout même un ami ! Cette publicité mythique qui appartient aux 10 publicités marquantes du Québec selon le journal La Presse, me donne le sujet de cette chronique hebdomadaire. C’est en sortant de chez mon pharmacien que j’ai enfin trouvé mon sujet de la semaine.

Parce que oui, Jean Coutu est un pharmacien, certainement le plus connu au Québec puisqu’il a donné son nom à une chaîne de pharmacie qui compte aujourd’hui 419 établissements franchisés au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario.

Son objectif principal? Vous offrir les avantages d’une grande chaîne de pharmacies tout en préservant cette qualité de service personnalisé offerte par un pharmacien de quartier. Voilà pour ce qu’en dit le site internet officiel du groupe.

Jean Coutu et Louis Michaud fondent leur première pharmacie, appelée « Pharm-Escomptes Jean Coutu » en 1969 à Montréal. Principe révolutionnaire à l’époque, ils basent leur commerce sur la vente de produits pharmaceutiques à escompte et sur des heures d’ouverture prolongées. (merci Wikipédia)

Le concept a réussi puisqu’aujourd’hui, le Groupe Jean Coutu, abrégé PJC (Pharmacies Jean Coutu) est le 4e au Canada. Son fondateur, du haut de ses 90 ans, il est né le 29 mai 1927 à Montréal, a toujours son franc-parler. Il n’hésite pas à donner son opinion sur l’actuel ministre de la Santé.

Ce qui m’a le plus étonné, c’est le manque de respect dans ce débat public, a-t-il lancé au cours de son discours. Un manque de respect avec des tactiques de négociations, de réductions d’honoraires (…) presque toujours injustifiées, a-t-il déclaré mardi dernier à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de son entreprise.

Il faut dire que le milieu de la santé est un peu dans la tourmente permanente au Québec. Et l’omnipotent ministre de la Santé, Gaëtan Barrette règne en maître depuis 2014. Ce médecin radiologiste en impose. Il a des solutions et des réponses à tout et personne ne peut le faire dévier.

Mais je ne vais pas ici refaire la politique de la santé au Québec, comme dans la plupart des pays développés, ça coûte cher et ce n’est pas assez efficace !

Non, je vais vous faire part de ma surprise lorsque je suis rentré pour la première fois dans une pharmacie au Québec. On y trouve vraiment de tout. Cosmétiques: c’est normal, produits de soins corporels: c’est évident, papeterie: c’est plus particulier, chocolats et autres friandises: sûrement pour la santé, livres: pour le mal de tête, fleurs: et tout va pour le mieux !

Et j’en oublie, d’ailleurs, c’est là que je vais faire mes photos d’identité où il faut avoir l’air malade, sans sourire ni lunettes pour passer le test. L’impression de photos occupe une belle place au coin de la pharmacie de ma ville.

Au milieu de tout ça, il y a bien sûr les médicaments. Ceux sans ordonnance sont en libre-service dans des rayonnages abondants. Heureusement, il y a des employés pour nous conseiller et nous montrer que souvent, des produits génériques (fabriqués par le groupe PJC) ont la même composition pour un coût moindre.

Et, il y a les pharmaciens qui préparent nos prescriptions. C’est là que j’ai eu ma plus grande surprise pharmaceutique en arrivant au Québec. Je prends des médicaments tous les jours depuis 16 ans et mon opération de l’hypophyse. En Suisse, j’allais à la pharmacie avec mon ordonnance annuelle et on me remettait mes boîtes de médicaments pour six mois ou une année, comme je le désirais.

Rien de tout ça au Québec,  mes pilules pour un mois sont mises dans de petits contenants, pas question de me donner une boîte originale ! Et j’en ai pour un mois seulement, enfin presque, parce qu’après de multiples demandes, j’ai réussi à en avoir pour deux mois… mais ne dites rien, Jean Coutu c’est mon ami.

11 juillet 2017

Délais judiciaires au Canada

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Journal de Québec

Il y a un an, la Cour suprême du Canada secouait le monde judiciaire en imposant des délais dans le traitement des affaires. Le plus haut tribunal du pays donnait un grand coup dans la fourmilière et rappelait que si tous les justiciables avaient droit à un procès juste et équitable, c’était dans un délai raisonnable.

Le 8 juillet 2016, dans une décision divisée à 5 juges contre 4, la Cour suprême du Canada prononce l’arrêt Jordan et fixe de nouveaux plafonds pour les délais ; 30 mois pour les causes avec enquête préliminaire et 18 mois pour les causes en cour provinciale. Les délais attribuables à l’accusé n’entrent pas dans le calcul.

Comme le disait Isabelle Mathieu dans Le Soleil du 8 juillet 2017 : Tout le monde connaît maintenant au Canada Barrett Richard Jordan, de la Colombie-Britannique, qui a vu sa condamnation pour trafic de drogue annulée parce que son procès avait duré trop longtemps.

Et ce n’est pas le seul qui a bénéficié de la décision de la Cour suprême. Rien qu’au Québec, en date du 20 juin 2017, il y avait eu:

  • 949 requêtes en arrêt des procédures pour délais déraisonnables
  • 584 en matière criminelle et 365 en matière pénale
  • 68 inculpés ont obtenu des arrêts des procédures
  • 116 000 dossiers criminels ouverts chaque année à la Cour du Québec

L’« effet Jordan »

Après un premier vent de panique et quelques hauts cris du monde judiciaire, les Palais de Justice n’aiment pas se faire donner des ordres, mais quand ça vient de leurs pairs supérieurs, ils ne peuvent que s’incliner, petit à petit la situation prend une tournure positive.

Aujourd’hui, plus aucun juge n’a pas le souci des délais et ne va pas tout mettre en oeuvre pour accélérer les procédures. Les avocats sont aussi mis sous pression et même s’il reste de nombreux problèmes à résoudre, tout le monde sait que cinq ans avant de subir un procès est inacceptable. Voici ce qu’écrivait Isabelle Mathieu dans l’article cité plus haut:

En salle d’audience, «l’effet Jordan» est subtil, mais réel. Les procureurs de la Couronne, même ceux dotés du meilleur caractère, n’acceptent plus de consentir aux reports demandés par la défense. «Nous sommes prêts à procéder, M. le juge» est la phrase-clef pour les représentants du ministère public. Les avocats de défense doivent ramer plus vigoureusement pour convaincre le juge du bien-fondé de leur demande de remise.

Et c’est très bien ainsi, croit le juge coordonnateur Jean-Louis Lemay. «Peut-être qu’il y en avait de la complaisance, dit-il, en reprenant le reproche fait par la Cour suprême. Il s’était établi un certain confort dans la gestion des remises. On est maintenant plus alertes pour les accorder quand la cause le justifie et non seulement parce que c’est pratique pour l’avocat.»

Le juge coordonnateur, ancien criminaliste, note que les avocats ont changé certaines façons de faire. «Ils ont réorganisé leur agenda, ont passé des dossiers à des associés. Ils ont compris que s’ils veulent prendre un dossier, ils doivent avoir le temps à y consacrer, constate le juge Lemay. Ils ne peuvent plus impunément arriver devant un tribunal et dire « je suis booké durant 12 mois, je ne peux pas procéder ».

C’est dommage qu’il ait fallu un électrochoc comme des libérations de criminels pour faire bouger les choses, mais tout espoir n’est pas perdu, des réformes sont toujours possibles.

 

7 juillet 2017

5 ans au Québec – épisode 27

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Passeports

Donc je suis revenu au Canada le 5 juin 2016… et je ne suis pas reparti depuis. Il me reste à cliquer sur « calculer » et… Oui ! 1466 jours ! Pour 6 jours je suis admissible à la demande de citoyenneté canadienne. Quelques heures et bien des papiers plus tard, mon dossier est prêt.

Il me reste plus qu’à passer chez Jean Coutu pour aller faire mes photos passeport, car même s’il m’en reste de ma dernière transformation du permis de conduire, elle date de plus de six mois: donc, elles ne sont plus valables: je dois retourner ôter mes lunettes, ne pas sourire et fixer la caméra (parce qu’ici un appareil photo s’appelle une caméra) de la gentille préposée.

Je comprends mieux pourquoi Jean Coutu, le pharmacien chez qui on trouve tout, même un ami (ça, c’est leur slogan), fait aussi des photos. À 15 $ les deux portraits officiels valides que pour six mois, les pauvres immigrants ou autres citoyens sont vite tondus.

Mais bref, passons sur ces quelques détails, mon diplôme de l’Université de Dijon m’évite de devoir passer l’examen de français. Je suis rassuré, des fois qu’on voudrait tester mon orthographe sans mon programme Antidote adoré. Je n’aurai qu’à me préparer à l’examen de citoyenneté.

Une formalité, pensez donc ! Voilà ce que dit le site qui donne des conseils pour s’y préparer: Durant l’examen écrit ou l’audition, nous vous poserons des questions sur :

  • les droits, les libertés et les responsabilités des citoyens canadiens;
  • la démocratie du Canada;
  • la société canadienne et les façons d’y participer;
  • la géographie physique et politique du Canada; 
  • l’histoire sociale et culturelle ainsi que les symboles du Canada; 
  • l’histoire politique et militaire du Canada, y compris :
    • la monarchie,
    • le système politique, 
    • les divisions du gouvernement;

Un véritable jeu d’enfant !

J’ai posté ma demande le 3 juillet. Cette date est symbolique puisque le 3 juillet 2017, la ville de Québec fêtait ses 409 ans, deux jours avant, la Confédération canadienne fêtait son 150e anniversaire, une semaine après la fête nationale du Québec, qui lui, on ne sait pas trop quel âge il a… entre 409 et 150 ans…

Et le lendemain, le 4 juillet, c’était le tour des États-Unis de fêter leur anniversaire. Pour eux, je n’ai pas besoin de savoir l’âge, je n’aurai pas de question là-dessus même si c’est un peu de la faute des Canadiens s’ils ont déclaré leur indépendance le 4 juillet 1776.

Mais ça je vous le raconterai une autre fois, parce que je n’ai plus beaucoup de place. Mais rassurez-vous, même si j’ai posté ma demande, même si j’ai coché la case qui disait que j’étais prêt à prêter le serment à la Reine, je ne renie pas mon pays. Car, c’est le 1er août que je vais fêter ma vraie fête nationale.

J’ai beaucoup de chance, la Suisse et le Canada acceptent la double nationalité. J’espère avoir bientôt, même si le site Internet dit que les formalités seront traitées dans un délai de douze mois, deux passeports, ça sera pratique pour voyager et surtout, je n’aurai plus besoin de renouveler ma carte de résidence chaque cinq ans.

Je ne suis pas encore à la retraite, ma blonde non plus, mais c’est une bonne préparation pour que nous puissions vivre dans le pays de notre choix sans contrainte. Pour moi, ce sera un moment dans l’un et un moment dans l’autre, au rythme des saisons. C’est beau de rêver…

La bibliothèque du Parlement à Ottawa, bientôt accessible ?

4 juillet 2017

150 ans de la Confédération canadienne

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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Ottawa, juin 2017

Samedi dernier, le 1er juillet, c’était jour de fête nationale au Canada. Une semaine exactement après la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale du Québec, d’autres concerts et défilé ont ponctué la journée. Comme chaque année, les Québécois ont deux jours fériés à une semaine d’intervalle. Mais 2017 marque aussi le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. L’occasion est belle pour faire un point sur le fédéralisme au Québec.

Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique entrait en force et avec lui naissait le dominion du Canada, autrement dit la Confédération canadienne. La reine Victoria avait donné son feu vert à ce nouveau traité d’alliance entre le Canada-Uni (Québec et Ontario), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Fruit d’âpres négociations, entre autres durant les conférences de Charlottetown et de Québec en 1864, puis de Londres en 1866, cet Acte permettait aux provinces canadiennes de voler un peu plus librement. À la blague, lorsque j’explique sommairement l’histoire du Canada aux touristes que je guide, je dis qu’avant le Canada était dirigé par la reine d’Angleterre et après par la reine du Canada. La même personne avait juste changé de titre.

Aujourd’hui encore, la reine d’Angleterre est le chef d’État et son buste se retrouve sur les billets de banque. Mais l’affaire est un peu plus complexe. Les Pères de la Confédération comme on appelle les chevilles ouvrières du traité qui fête ses 150 ans cette année ont en fait créé une fédération. L’autonomie des provinces n’a rien à voir avec celle des cantons suisses. Le grand dessein à l’époque était de créer une structure capable de supporter le projet d’un train reliant l’océan Atlantique à l’océan Pacifique.

Ce ne fut pas la seule ambiguïté de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Longtemps, les francophones ont défendu le mythe de deux nations fondatrices avant que Pierre-Eliott Trudeau, le père du premier ministre actuel, ne jette par-dessus bord cette vision qui a laissé place à des provinces bien soumises à l’État fédéral.

Les velléités indépendantistes du Québec étant mortes avec l’échec du référendum de 1995, même si quelques répliques secondaires ont tenté de raviver la flamme, aujourd’hui, le Canada peut fêter ses 150 ans sans les contestations du centenaire. Seule l’indifférence ternit un peu la fête, la plupart des Québécois ne sachant pas vraiment ce qu’il fête.

Les parcs nationaux sont gratuits, de nombreuses manifestations profitent du label « 150 » et tout va pour le mieux dans ce beau pays qu’est le Canada. Seules les Premières Nations ternissent un peu la belle unanimité. Ils refusent de s’associer à la fête et c’est bien normal. Ils n’ont eu aucune place dans le traité qui réglait la vie sur leur territoire ancestral.

10 000 ans qui sont là, alors 150 ans…

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