Valais Libre

17 novembre 2017

5 ans au Québec – Épisode 45

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Un hiver en préparation

Un tapis jaune pour préparer l’hiver

Nous voici déjà à la mi-novembre. L’automne laisse déjà place à l’hiver. Tout va très vite cette année dans la tradition. L’été des Indiens (comme on dit ici) s’est terminé brutalement. En une semaine, la température du vendredi matin (c’est mon point de repère hebdomadaire) a chuté de 13 à -7 degrés.

Tout a commencé le mercredi entre ces deux jours repères. Alors que je sortais pour prendre le bus pour m’en aller travailler le matin, il neigeait des feuilles jaunes d’érable. À mon retour, tôt dans l’après-midi, mon gazon était recouvert d’un merveilleux tapis couleur soleil.

Le soleil était aussi dans le ciel même s’il ne jouait pas son rôle de chaufferette. Quelques coups de râteaux plus tard, le vert gazon avait repris le dessus grâce à l’énergie de ma blonde. Mais le lendemain, tout était à recommencer.

Ce qu’il y a de bien avec ce combat contre les feuilles, c’est qu’on sait qu’on finit toujours par le gagner. Si ce n’est pas à la force des bras, le froid nous aide beaucoup en ratatinant les feuilles et l’arbre, aussi majestueux soit-il, finit par s’épuiser et perdre ses derniers atours.

Cette lutte contre la chute des feuilles n’est que le début de la préparation à l’hiver. Parce que oui, l’hiver se prépare. Déjà que notre corps doit prendre le temps de s’acclimater. C’est froid parce que c’est l’automne. Avec la même température au printemps, on aura chaud! Mon collègue Fred a raison. Tout est question d’habitude. Les -5 ou 0 degrés qui nous font grelotter aujourd’hui nous sembleront des chaleurs tropicales en avril après avoir survécu aux – 45 ressentis avec le facteur éolien.

Ce sacré facteur éolien qui transperce nos maigres enveloppes pour s’attaquer directement à nos os ne m’a pas trop fait sacrer (eh oui, au Québec on sacre, on ne jura pas) lorsqu’est arrivé le temps de recouvrir notre beau gazon de sa toile protectrice. Je ne sais pas si c’est l’expérience, mais à ma 5e édition, tout m’a semblé facile.

L’hiver est tellement long et exigeant, la neige longtemps présente, qu’il faut préparer le terrain à subir sans trop de dommage cette période rêvée des amateurs de blanc (et là je ne parle pas de mes amis qui le préfère en ballon). Une toile facilitera le ramassage de la terre et de roches (petits cailloux en québécois) qu’inévitablement la souffleuse va envoyer sur notre terrain.

Les routes sont vite nettoyées après chaque tempête de neige, mais les terrains en bordure dégustent. Il faut bien mettre la neige quelque part, car elle ne veut pas fondre lorsque le thermomètre est en dessous de zéro. Elle va donc s’accumuler jusqu’en avril. Les petits cèdres (qu’on appelle thuyas en Europe) doivent aussi être solidement emballés pour résister à la pression des souffleuses.

Comme d’habitude, à la mi-novembre tout est prêt. Il y a juste mon baril qui récupère l’eau du toit pour l’arrosage du jardin que j’ai tardé à vider. Il est un peu gelé et j’ai beau le mettre au soleil, je ne suis pas sûr de l’assécher avant le printemps. Les maringouins auront aussi une patinoire cet hiver.

Bref, la préparation est faite. Il ne manque qu’une chose : la neige. Pour la première fois depuis mon arrivée au Québec, elle n’a pas fait de visite en octobre. Je crois qu’elle est restée prise en Valais à ce qu’on m’a dit. Soyez sympa, laissez-là venir chez nous. Je suis prêt, je l’attends.

Cèdre emballé, hiver préparé

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10 novembre 2017

5 ans au Québec – épisode 44

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L’homme de la situation

Cette semaine, l’homme de la situation au Québec c’est Valérie Plante. La nouvelle mairesse de Montréal avait attiré mon attention à la fin de l’été en dévoilant son slogan électoral: L’homme de la situation. Il fallait oser. Surtout que le maire de Montréal, Denis Coderre, semblait indéboulonnable.

Eh oui, je vais vous parler un peu de politique. Dimanche dernier, le Québec vivait à l’heure des élections municipales. Si tout semblait tranquille dans les villes que je suivais, la journée réservait une surprise.

Mais commençons par le début.

Bonjour, je m’appelle Guy Dumoulin et je suis candidat dans votre district.

Oui, vous êtes le conseiller actuel. Vous savez, vous avez un nom de chez moi.

C’est par cette amorce de dialogue que j’ai fait la connaissance de mon échevin (c’est ainsi que se nomme aussi les conseillers municipaux) alors qu’il faisait du porte-à-porte dans ma rue. La politique locale se fait un peu partout de la même manière.

C’était fin septembre et je ne lui ai pas dit que je ne voterai pas pour lui. Je n’ai pas le droit de vote. J’attends ma naturalisation, mais c’est une autre histoire. Mais, ma voix ne lui a pas manqué puisqu’il a été élu tacitement, faute d’adversaire.

Le système politique municipal découpe la ville en district, un par conseiller. Dans chacun des districts, le candidat qui obtient le plus de voix est élu. On vote aussi en même temps pour un maire sur l’ensemble de la ville. Le maire n’est pas élu d’abord comme conseiller comme en Suisse.

Lévis où je réside est une ville de plus de 140 000 habitants. Il y a 15 conseillers municipaux et un maire, Gilles Lehouiller. Il a été élu pour un deuxième mandat avec près de 92 % des voix. Il faut dire qu’il n’avait qu’un adversaire de dernière minute qui ne s’appuyait même pas sur une organisation politique.

À la fin du délai de mise en candidature, son équipe avait déjà 10 élus comme Guy Dumoulin qui étaient seuls candidats dans leur district. Dimanche soir, le maire pouvait s’appuyer sur 15 élus de son équipe. Un balayage prévisible au vu du bon travail fait ces quatre dernières années.

De l’autre côté du Saint-Laurent, la stabilité a aussi prévalu puisque je pourrai continuer à faire mes jokes (gags) sur le Palais Labeaume ou Napoléon Labeaume lors de mes visites guidées. Le brave Régis n’a fait que 56 % des voix, mais il avait, cette fois, deux adversaires. Il reste le maître.

Par contre, au grand dam des caricaturistes, il perd son acolyte de l’autre bout de la 20 (L’autoroute 20 relie Québec à Montréal). Astérix et Obélix sont séparés. Le grand Denis a été terrassé par l’homme de la situation. Les analystes insistent sur l’arrogance de celui que personne ne voyait menacé avant le mois de campagne.

Denis Coderre était devenu maire de Montréal, il y a 4 ans. Il héritait d’une ville en dépression, minée par les scandales de corruption. Il a redonné sa fierté à la métropole québécoise, mais ça n’a pas suffi. Son obstination à ne pas vouloir reconnaître quelques erreurs mineures et ses petits secrets ont ouvert la porte à Valérie Plante.

Cette jeune femme souriante, enjouée était déjà connue dans sa ville. Elle siégeait au conseil municipal et avait gagné la course à la chefferie de son parti en 2016. Projet Montréal avait bien l’homme de la situation. Il fallait oser jouer avec les mots. Maintenant, il reste à se mettre au travail.

Caricature de Ygreck du Journal de Montréal

3 novembre 2017

5 ans au Québec – épisode 43

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Halloween-Mouffette

Pauvre petit chien tout propre…

Halloween-Mouffette, drôle de titre pour ma chronique hebdomadaire. Initialement, j’avais prévu de vous parler d’Halloween. C’est de saison et la grande fête des enfants en Amérique du Nord vaut bien quelques explications pour nous européens qui ne voyons qu’une fête commerciale importée pour mieux piller le porte-feuille des parents.

Ce n’est pas tout faux, mais il ne faudrait pas oublier que la fête d’Halloween est originellement une fête celtique connue sous le nom de Samain et fêtée au début de l’automne. Elle occupe une grande place dans le monde anglo-saxon. Son nom actuel est  une contraction de l’anglais All Hallows-Even qui peut se traduire comme la veille de tous les saints.

Wikipédia nous apprend aussi que c’est à partir du  siècle, sous le pape Grégoire III (731-741) et, au siècle suivant, sous le pape Grégoire IV (827-844), que l’Église catholique déplaçât la fête de la Toussaint, qui pouvait se fêter jusqu’alors après Pâques ou après la Pentecôte, à la date du  novembre, christianisant ainsi la fête de Samain.

Bref tout ça pour dire que comme souvent, c’est un beau mélange de culture païenne, catholique et commerciale qui fait qu’aujourd’hui, en Amérique du Nord, Halloween est la grande fête des enfants. Ils se déguisent comme à Carnaval en Europe et vont de porte en porte à la quête des bonbons. C’est aussi le moment où les déguisements tentent de faire peur.

Et bien, je n’ai pas eu peur des déguisements et Halloween 2017 restera pour moi Halloween-Mouffette, car nous avons vécu l’horreur. Quand je dis nous, c’est ma blonde, mon chien et moi. Notre chat ne semble pas avoir trop souffert. Pourtant la fin de semaine précédant Halloween se présentait bien, même si le temps s’annonçait pluvieux.

L’horreur a commencé au curling. Pour ma deuxième partie de la ligue du vendredi soir, j’ai vécu un blanchissage (j’ai fait 0 point pour les non-initiés), dur pour le moral, mais cette péripétie a vite été oubliée. Arrivé à la maison, une odeur fétide planait sur les lieux.

Wilson venait de faire la rencontre de son amie la mouffette. Mephitis mephitis, pour faire savant, a la taille d’un gros chat et a la particularité de sécrété un liquide nauséabond (d’ailleurs le nom latin de mephitis signifie nauséabond). Et pour être nauséabond, je peux vous dire que c’est nauséabond.

Car notre bon Wilson ne semblait pas avoir été atteint trop abondamment par sa nouvelle amie et nous avons eu le grand coeur de le laisser entrer dans la maison… Quelle nuit d’enfer ! Vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est que de tenter de dormir dans cette atmosphère pestilentielle… Non, c’est encore bien pire que ça.

Samedi, toute la maison a été lessivée, contenant et contenu. Tout a été essayé et finalement la potion du Dr Paul Krebaum, un chimiste américain nous a sauvé: du peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée), du bicarbonate de soude et du liquide à vaisselle, simple et efficace. Wilson a été douché malgré son aversion pour l’eau et depuis, il étrenne un poil soyeux.

Le pauvre ne sait pas encore qu’il va avoir droit régulièrement à ce traitement. Pour le reste, vinaigre et café bouilli permettent de vaincre l’odeur et de redonner à la maison des effluves accueillante. Un conseil, si ça vous arrive, oubliez les produits du commerce chers et inefficaces et surtout, ne perdez pas espoir, l’horreur a une fin.

Enfin, je crois, car je n’arrête pas de me renifler et je ne peux bientôt plus me sentir !

La mouffette rayée parait majestueuse, mais gare à ses glandes !

27 octobre 2017

5 ans au Québec – épisode 42

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Journée maritime

Le Saint-Laurent est beau !

Le 4e mardi du mois de novembre est, depuis 2002, la journée maritime québécoise. Cette journée, reconnue par l’Assemblée nationale du Québec, permet à la communauté maritime québécoise de rencontrer les ministres et les députés. Pourquoi je vous parle de cette journée ?

D’abord parce que la 17e avait lieu cette semaine, ensuite parce que je voulais profiter de cette occasion pour insister sur le fait que le Québec est une région maritime et, enfin, mais c’est plus anecdotique, parce que j’ai rédigé la majeure partie du cahier promotionnel paru dans le journal Le Soleil.

Mon boss m’a d’ailleurs très gentiment remercier sur Facebook. J’en ai profité, car ce n’est pas souvent que les écrivains fantômes sortent de l’ombre (merci Halloween !). Ce clin d’œil à mon ego réalisé, je peux en venir au cœur de mon sujet : Le Québec, région maritime.

Je vous l’ai dit souvent, la mer est omniprésente dans la région où je vis. La mer, c’est le fleuve Saint-Laurent, c’est le cordon ombilical de la province. Bien sûr, il y a le Nord, mais la vie du Québec se passe autour du Saint-Laurent.

Aujourd’hui, il y a 21 ports commerciaux de différentes importances au Québec. Les ports de plaisance ne font pas partie de ce décompte, pas plus que la quinzaine de ports éloignés de la baie du Saint-Laurent. Moi qui raconte que le commerce maritime local s’est arrêté au début du XXe siècle dans mes tours guidés, je dois revoir ma copie.

En travaillant ce dossier, j’ai appris que le temps et les moyens techniques n’ont pas vraiment changé les choses. Le Saint-Laurent reste un fleuve difficile à naviguer. Champlain en 1608 avait laissé son grand navire (le Don de Dieu) à Tadoussac et avait remonté le fleuve avec deux barques (avec 28 personnes à bord) pour venir fonder Québec. Un siècle plus tard, l’amiral Walker en 1711 voulait envahir Québec, mais sa flotte subit les foudres du fleuve à l’Île aux œufs. Ces deux exemples illustrent bien les dangers du fleuve.

Aujourd’hui encore, les navires commerciaux doivent faire appel à des pilotes du Saint-Laurent pour naviguer en sécurité malgré les marées, les courants, les bancs de sable et autres vents capricieux. Il en faut trois pour dompter la bête : un des Escoumins à Québec, un autre jusqu’à Trois-Rivières et un dernier pour amener le navire aux écluses de Saint-Lambert.

Ces pilotes brillamment formés ne sont que la partie immergée de la multitude des métiers de la mer qui occupent directement ou indirectement 18 000 personnes le long du Saint-Laurent et du Saguenay. La force économique du secteur des transports maritimes est donc indéniable.

Mais je ne vais pas vous inonder de chiffres, si vous êtes intéressé vous n’avez qu’à lire mon dossier spécial.

Pour les autres, je veux simplement vous partager, encore une fois, la beauté de cette mer nourricière qui fait que cette vallée est si belle. Je ne me lasse pas d’admirer ce fleuve, ses marées, ses embruns, ses couleurs changeantes. L’automne lui donne une robe multicolore, mais ce que je préfère c’est sa blancheur qui ne va pas tarder.

Car, ne le dites pas, mais l’hiver est à la porte. Le Québec transpire encore sous des températures hors norme, mais les signes de la fin de la belle ne trompent pas. Le temps de la série mondiale de baseball est arrivé et les malheurs des Canadiens emplissent les journaux…

Extrait de la page Facebook de mon boss

15 octobre 2017

5 ans au Québec – épisode 41

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Un automne à Québec

La ville de Québec est belle en automne

Je suis en retard pour la chronique de cette semaine. C’est la faute à l’automne ! L’automne est trop beau à Québec et je ne suis pas le seul à en profiter. Les touristes sont très nombreux. Si la tendance se maintient (c’est la formule consacrée pour les soirées électorales au Québec avant d’annoncer le vainqueur…), 2017 battra le record de visiteur de 2008.

L’année des festivités du 400e anniversaire de la naissance de la ville détient toujours ce record. Je ne pense pas que ce soit le 150e de la Confédération canadienne qui soit à l’origine du record qui va être battu à la fin de cette année. Ce jubilé n’a pas eu beaucoup d’écho en ville de Québec. Je crois simplement que la hausse constante de la notoriété touristique de la Capitale nationale explique plus sûrement ce record.

Il faut dire que ce n’est pas d’hier que la ville de Québec joue la carte touristique. Si c’est en 1985 que le Vieux-Québec est devenu un site du Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, lord Dufferin avait donné une impulsion décisive un siècle plus tôt.

Frederick Hamilton-Temple-Blackwood, né le21 juin 1826 et mort le 12 février 1902, fut le premier comte de Dufferin. La reine Victoria le nomma gouverneur général du Canada. Il occupa se poste entre le 25 juin 1872 et le 19 octobre 1878.

Quand les fonctionnaires municipaux de la ville de Québec commencèrent à démolir les murs de la vieille cité, Dufferin était consterné, et les persuada d’arrêter la démolition et de réparer et restaurer ce qui avait été déjà endommagé.

Cette phrase tirée de sa biographie sur Wikipédia résume son action. Il a été un visionnaire en voulant faire de Québec une destination touristique, c’est ce que je raconte aux touristes que je guide à travers la ville. Il a aussi donné son nom à la terrasse publique qui offre un belvédère incomparable devant le Château Frontenac dominant le fleuve Saint-Laurent.

Lord Dufferin est donc aussi un peu responsable du record battu. L’achalandage touristique de ce mois d’octobre mobilise tous les guides du Vieux-Québec. Les beautés de la saison, mais aussi les ouragans de l’Atlantique qui poussent les bateaux croisières sur le Saint-Laurent, expliquent la masse de visiteurs présents dans les rues de Québec.

C’est donc presque quotidiennement que je marche dans les rues. Parfois avec un groupe d’une quinzaine de touristes de tous les horizons francophones, parfois en visite privée avec un couple et même une fois, en taxi avec deux soeurs québécoises qui voulaient profiter des beautés de leur capitale. Je ne m’en lasse pas. Je raconte des histoires et, même si je n’ai pas l’accent d’Amérique, les visiteurs semblent attentifs.

« À l’époque, les guerres se réglaient plus vite, car on mettait les chefs devant… » J’aime voir les sourires apparaître sur les visages qui me font face. Je n’ai pas toujours le temps de parler de la jambe du général Arnold ou de raconter la légende des canons de Frontenac, mais l’amour de la ville née du rêve de Samuel de Champlain est partagé par beaucoup.

Un automne à Québec, c’est un moment agréable et même si elle ne supprime pas tous les soucis et aléas de la vie, la saison est exquise et il faut profiter de son soleil, car l’hiver ne va pas tarder.

Un permis bien utile…

6 octobre 2017

5 ans au Québec – épisode 40

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Mourir dans la dignité

Le sourire de Ghislaine est éternel.

Cette semaine, je n’ai pas le coeur à la fête pour vous livrer ma chronique. Le choix du sujet s’est imposé par lui-même. Ce lundi, ma belle-mère est décédée. Si le soulagement de voir enfin ses souffrances s’en aller prendra sûrement le dessus avec le temps, il y a d’abord la tristesse de la séparation.

Je ne peux ici que lui rendre hommage. Elle m’a accueilli avec bienveillance à mon arrivée au Québec. Toujours souriante, toujours prête à rendre service, elle a facilité mon adaptation. Malheureusement, depuis deux ans, la maladie l’a frappée et ce fut une lente descente.

Mais Ghislaine est morte dans la dignité pour reprendre une formule très à la mode au Québec depuis qu’une loi porte ce nom. Une loi qui permet de demander d’abréger ses souffrances dans certaines circonstances. Mais, elle ne s’appliquait pas dans le cas de ma belle-mère.

Si elle est morte dans la dignité, c’est grâce à Réginald son mari et à Myrianne sa fille, ma femme. Ils ont su l’entourer et l’accompagner dans cette épreuve. Réginald a visité sa femme deux fois par jour depuis qu’elle a été hospitalisée en janvier 2016. Il gardé ce même rythme lorsqu’elle a migré vers un CHSLD (Centre d’hébergement et de soins de longue durée, un home pour mes amis suisses).

Le personnel de ces établissements a aussi été extraordinaire. Leur engagement a été sans faille, mais on ne peut pas en dire autant du système. Vraiment pas, parce que pour mourir dans la dignité quand la maladie frappe sournoisement, quand la démence gagne du terrain, ce n’est pas donné à tout le monde.

Des locaux mal adaptés à ce type de maladie, du personnel insuffisant et aucune volonté politique autre que du verbiage font que presque tout le poids de la dignité pèse sur les épaules de la famille. Et il faut qu’elle soit forte pour résister à ce type de tempête. Tous n’ont pas la chance de Ghislaine.

Voici quelques semaines, le ministre de la Santé se pétait les bretelles, excusez-moi de l’expression, parce que dorénavant les résidents (on n’ose plus dire les vieux) auraient droit à deux bains par semaine dans les CHSLD ! Les journaux en ont fait leur une, tout le monde se réjouissait. Excusez-moi, mais quelle est cette société qui peut trouver cela digne !

Il faut croire que la bureaucratie a triomphé pour se vanter d’offrir deux bains. Je ne trouve pas cela digne d’en arriver au point de compter les prestations, de monétariser les gestes essentiels. Pour arriver à ces deux bains, le ministre avait dégagé du budget pour engager du personnel à cet effet. Tout est tellement décompté qu’il faut plus de personnel derrière des bureaux de contrôle qu’au front là où les besoins sont criants.

Je le répète, le personnel que ma famille a côtoyé durant deux ans a été merveilleux de dévouement, mais il ne suffisait pas pour assurer une vie digne à ceux qui ont le malheur de finir leur vie seul, sans une famille en soutien.

Notre société moderne veut cacher la fin de vie et la mort. Fini le temps où l’on mourrait au milieu des siens, où la mort faisait partie de la vie. On veut se croire immortel, on est juste cruel. Pour que chacun puisse mourir dans la dignité, il faut plus qu’une loi. Heureusement, il reste de nombreuses familles comme celle de Ghislaine qui permettent un passage serein.

Il faudra plus qu’une loi pour mourir dans la dignité… (photo Le Soleil)

29 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 39

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Brave centenaire

On hisse la travée centrale du pont de Québec quelques instants avant qu’elle ne s’effondre en 1916.

Le pont de Québec a fêté ses 100 ans le 20 septembre dernier. Un pont centenaire, c’est bien ordinaire me direz-vous. En Suisse, il en existe depuis plus de mille ans. Alors, pourquoi s’énerver pour un banal pont qui a vu juste un petit siècle ?

Justement, parce que ce n’est pas un pont banal. C’est le dernier pont qui traverse le Saint-Laurent avant que celui-ci ne se jette dans l’océan Atlantique. Il a été construit à un endroit stratégique: là où le fleuve rétrécit, la définition du mot Québec en langue algonquine (amérindienne pour les non initiés).

Le premier pont impressionnant que j’ai vu à mon arrivée à Québec est son voisin, le pont Pierre-Laporte. Un magnifique pont suspendu avec ses arches qui chatouillent le ciel. Mais ce petit jeune qui date de 1970 ne fait que rehausser la majesté de son ancêtre. Enfin, la majesté un peu défraîchie quand même puisqu’aujourd’hui, le pont de Québec ressemble à un amas de rouille.

Depuis mon arrivée, je ne compte plus les plans et les études pour le repeindre. Mais on est au Québec, rien n’est simple. Déjà pour savoir qui doit le faire, c’est toute une histoire ! Est-ce le Canadien National (CN), la compagnie de chemin de fer qui est propriétaire du pont ? Est-ce le gouvernement fédéral qui l’a cédé en douce au CN il y a quelques années et qui pourrait bien le reprendre pour un dollar symbolique ? Est-ce les autres paliers de gouvernements ?

Un moment, j’ai cru que ça allait être les deux maires de Québec et Lévis de chaque côté du pont qui allaient s’y mettre. Le problème, c’est que la facture est quand même estimée à 400 millions de dollars. À ce prix là, on peut construire une patinoire pour une hypothétique équipe qui ne reviendra peut-être pas, mais c’est plus difficile de trouver des payeurs pour un monument historique.

Il faut dire que ce vénérable a causé du trouble (ou de la misère si vous préférez) avant même sa naissance. Le 29 août 1907, il s’effondre une première fois durant la construction à cause d’un ingénieur (Théodore Cooper) américain trop sûr de lui. Il voulait battre le record du monde de portée sans refaire les calculs. Il a pris ceux de sa dernière construction. Résultats: 76 morts.

On n’abandonne pas et on recommence. Le 11 septembre 1916, les deux avancées, nord et sud, sont prêtes, il ne reste plus qu’à hisser la travée centrale construire un peu plus loin au bord du fleuve. Des centaines de personnes viennent assister au treuillage de cette travée qui monte du fleuve. Arrivé presqu’en place, une erreur de manipulation et c’est le déséquilibre… la travée retombe à l’eau. Résultats: 13 morts.

On remet l’ouvrage sur le métier. On laisse la vieille travée au fond du fleuve et, cette fois, le pont est enfin terminé. Un premier train peut le traverser le 17 octobre 1917. Une légende raconte qu’avant, un curé envoie son chat, car il avait fait un pacte avec le diable et devait lui offrir la première âme qui le traverserait contre l’achèvement des travaux sans accident.

Les légendes du pont du diable se retrouvent partout. Gothard, Savièse, Québec… même combat, sauf qu’ici, on n’a pas osé aller jusqu’au bout et l’appeler pont du Diable… pour aller de Saint-Nicolas à Sainte-Foy ça aurait eu de l’allure !

Le pont de Québec vu de l’est.

22 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 38

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Ma piste cyclable

Les restes de l’abbaye cistercienne des trappistines de Saint-Romuald

– Où est-ce que tu restes ?

– À Saint-Jean-Chrysostome.

– Tu fais du vélo ?

– Oui

– Eh bien, pour toi on construit une piste cyclable pour relier Saint-Jean au parcours des Anses le long du fleuve. Tu as déjà franchi l’autoroute 20 à vélo sur l’avenue Taniata ?

– Eh oui.

– Tu as de la chance d’être encore en vie !

Le maire de Lévis rit, mais il sait très bien que le passage sur un trottoir en béton défoncé est extrêmement dangereux pour les cyclistes. La circulation y est dense et rapide. Il n’y a pas eu de mort, en tout cas depuis que je suis au Québec, mais j’étais très heureux d’apprendre cette bonne nouvelle.

Je rencontrais le maire pour la rédaction d’un article promotionnel que je devais rédiger pour le journal Le Soleil au début 2016. En bon politicien, Gilles Lehouiller m’a demandé où j’habitais et, comme je suis résident de sa ville, il n’a pu s’empêcher de me faire une promesse. Il faut dire que l’article portait sur le développement du réseau des pistes cyclables sur le territoire de la ville de Lévis.

Et je dois avouer que nous sommes gâtés. Malheureusement, à l’automne 2016, les travaux promis, spécialement pour moi n’était pas terminé. Encore une promesse en l’air ! Pas tout à fait, car la semaine dernière, j’ai pu enfin emprunter MA piste cyclable. Elle était prête une année en retard. Peut-être que les élections municipales prévues en novembre prochain ne sont pas pour rien dans cette réalisation ?

Les hommes politiques sont bien les mêmes un peu partout à travers le monde. Mais, je dois avouer que question piste cyclable, je suis comblé. Les cinq nouveaux kilomètres qui longent la rivière Etchemin sont absolument magnifiques. Et, finalement, je suis bien heureux de partager cette piste avec de nombreux autres cyclistes. Je ne dois pas être le seul à qui le maire a fait cette promesse.

Avant de vous décrire la piste, un mot sur le nom de la rivière. Longue de 123 kilomètres, elle naît dans le massif des Appalaches pour se jeter dans le Saint-Laurent à Saint-Romuald. Oui, là où je joue au curling, d’ailleurs le nom de mon club est aussi Etchemin. Parce que les Etchemins sont des Amérindiens, de la famille des Algonquins qui ont peuplé le sud du Québec, le Nouveau-Brunswick et le Maine. Ils sont, aujourd’hui, environ 3000 à vivre dans ces mêmes régions.

Leur rivière est belle et la nouvelle piste qui longe m’a permis de découvrir de merveilleux rapides apaisants. Un peu plus loin, j’ai enfin découvert le fameux couvent cistercien dont j’avais entendu parler. C’est le couvent le plus… surprenant que j’ai vu. J’ai tout de suite pensé à la tombe de Jim Morrison que j’avais découvert à 20 ans au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Les graffitis sur les murs de béton nus sont de la même inspiration.

Je savais que les trappistines avaient quitté les lieux en 2002, mais ces ruines m’ont permis d’apprendre que deux incendies en 2007 et en 2008 ont terminé l’oeuvre destructrice. Ces restes appartiennent aujourd’hui à la raffinerie voisine. Peut-être que la nouvelle piste va faire renaître une nouvelle vocation pour ce promontoire à la vue magnifique sur la rivière Etchemin ?

Quant à moi, je ne peux que remercier le maire, je n’ai plus d’excuse pour ne pas me remettre un peu au vélo !

La rivière Etchemin

15 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 37

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Secouriste

Les protocoles d’intervention sont connus… j’espère ne pas en avoir besoin !

« Bon eh bien, tu viens de me tuer ! » Mes collègues de cours éclatent de rire. Je viens de faire ma première victime, mais ce ne sera pas la dernière. Durant deux jours, j’ai suivi le cours de secouriste en milieu de travail. La saison de curling peut commencer, je suis prêt à toutes éventualités.

Heureusement, je ne suis pas le seul. Nous étions 13 (aïe, je ne sais pas si c’est bon signe…), mais la superstition n’a rien à voir dans ce que j’ai appris. J’ai pu efficacement réveiller les cours de samaritains suivis il y a… très longtemps.

Je n’étais pas très motivé le vendredi matin en arrivant au local du curling. La perspective de passer deux jours enfermés à suivre ce cours ne m’enchantait pas trop. J’avais accepté, certain que ça pouvait être utile, mais je regrettais presque mon engagement.

Jean-François, notre moniteur, a bien vite su me faire oublier mes réticences. Avec ses histoires et sa personnalité, il a su très vite nous embarquer dans son cours. Je connais maintenant par cœur les 10 étapes à suivre en cas de problèmes sanitaires. « Le Suisse » a su se tenir un peu en retrait pour pouvoir bien enregistrer la matière avant de laisser sortir quelques remarques hilarantes.

Après avoir mal utilisé l’ÉpiPen (pardon, l’auto-injecteur d’épinéphrine) sur un malade cardiaque, j’ai proposé de faire un garrot à la hauteur du cou à une femme qui saignait du nez ! La proposition a été acceptée seulement si on habitait à Saint-Jean-Chrysostome. Les femmes du coin sont prévenues, elles risquent leur vie en saignant en ma présence.

Plus sérieusement, j’ai appris que le BAC remplaçait le RRSS de ma jeunesse. Comment, vous ne savez pas ce que veulent dire ces lettres ? Répond-il – Respire-t-il – Saigne-t-il – Son pouls est-il normal ? De mes cours de samaritains est devenu Breathing – Airways – Circulation, mais au fond, ça reste toujours la même chose.

Chacun peut être un bon samaritain, il suffit de sécuriser les lieux et de rassurer le patient. Ensuite, si les secours sont avertis (ici, au Québec comme en Amérique du Nord, c’est simple un seul numéro : 911, prononcé 9 – 1 – 1) il suffit d’attendre 12 minutes pour leur passer le relais.

Évidemment, en cas de non-respiration, il faut un massage cardiaque en priorité durant ce temps. Et 12 minutes de massage cardiaque, c’est un excellent entraînement pour le brossage au curling !

J’ai dit en priorité, car vous pensez que les plaies sont importantes ?… Vous avez tout faux. Il ne faut pas se laisser impressionner par le sang. C’est rare qu’on en perde beaucoup. Une bonne compression, jamais de garrot, suffit avant l’arrivée des secours. Évidemment, pour les petits bobos un diachylon est toujours possible.

Eh oui, un diachylon… la première fois qu’on m’en a demandé un au bar, je me suis informé de ce qu’on mettait dans ce cocktail ! « Emplâtre considéré comme résolutif et dans lequel il entre des substances mucilagineuses; toile sur laquelle on étend le diachylon et qui se colle aux parties sur lesquelles on l’applique », bref tout simplement un pansement.

Ah oui, j’ai aussi révisé la position latérale, la même qu’en Suisse. Notre instructeur Jean-François est paraplégique après mes manipulations, mais au moins, il n’est pas mort étouffé !

Facile sur un mannequin !

8 septembre 2017

5 ans au Québec – épisode 36

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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Fête du Travail

Zebulon, l’âne zèbre ou le zèbre âne intrigue les visiteurs du zoo Miller.

Au Québec, la fête du Travail arrive à la fin de l’été, pas au printemps et, pour fêter le travail… on prend congé, on ne manifeste pas ! Le premier lundi de septembre est donc un jour férié. Ils sont plutôt rares ici. Quelques jours seulement après la rentrée, il souffle encore un vent de vacances.

Quelques chroniqueurs n’ont pas manqué de rappeler le côté déprimant de ce lundi de congé : après lui, les vacances sont bien finies… et l’été aussi. L’hiver frappe à la porte. Déjà la saison de curling se prépare, c’est dire si tout va aller très vite.

Mais pour marquer cette dernière journée de farniente, nous avons décidé, avec ma blonde et un couple d’amis, de faire une virée dans le sud. Non pas trop loin, la saison des ouragans dérange le vrai sud, mais dans la Beauce, à quelques kilomètres de Saint-Jean-Chrysostome (c’est un peu comme si les Montheysans montaient à Sierre…)

Deux bonnes raisons de sortir des sentiers battus et de partir en expédition : un zoo (prononcer «zou» et une microbrasserie). Devinez ce que j’ai préféré ? Et non, vous avez tout faux, je ne suis pas un grand amateur de bières.

J’ai été impressionné par le zoo Miller tout près de Frampton. Accueilli par le braiement de Zébulon, un drôle d’animal issu du croisement d’un âne et d’un zèbre, toute une joyeuse ménagerie s’offre à nous. Si les cochons vietnamiens ne vont pas gagner un concours de beauté, ils attirent tout de même le regard de l’autruche et de l’émeu qui logent juste en face.

Napoléon, le petit poney qui mord côtoie une belle vache holstein et quelques chèvres rebelles. Puis, on descend vers la forêt et c’est alors les ours noirs, les kodiaks ou autres loups arctiques qui peuplent ce coin de Beauce si paisible.

Arrivé devant un enclos où séjournent un lion, une lionne et un tigre, je découvre la finalité de ce zoo si particulier et improbable : il a pour mission de recueillir des animaux mal en point et de leur offrir un havre de bonheur. Le pauvre ours noir qui a perdu une main semble apprécier cette noble attention.

Mais l’heure arrive déjà où il faut quitter ce lieu avec un dernier regard à l’enclos des canards, cygnes noirs et kangourous. Les associations sont étonnantes jusqu’au bout. Il manque juste un casse-croûte pour parfaire l’expérience.

Ce n’est pas non plus sur la rue centrale de Frampton qu’on va le trouver, ce maudit casse-croûte. Nous nous butons à des portes closes. Heureusement, le dépanneur porte bien son nom et quelques provisions de bouche sont vite trouvées. Nous pouvons nous diriger vers le but notre sortie: Frampton Brasse.

Cette microbrasserie perdue au milieu de nulle part a vite gagné ses lettres de noblesse. Si la vue sur les vallons boisés de la Beauce vaut vraiment le détour, ce n’est pas pour cela que les tables se remplissent rapidement après notre arrivée. La bière est reine grâce au savoir-faire du fils du propriétaire.

Un stage en Allemagne lui a permis de bonifier ses talents et ce n’est pas la noire goûteuse, Das winter projekt, que déguste mon ami Yves qui démentira cette réputation. Je m’en tiens à la 10-93, une blonde légère, car il me reste du chemin à parcourir pour devenir un amateur de bière averti.

L’ours manchot du zoo Miller

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