Valais Libre

18 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 20

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On court à Sainte-Claire

Un bénévole prêt 🙂

Sainte-Claire est un village de 3300 habitants dans Bellechasse au bord de la rivière Etchemins. Si je vous en parle, c’est parce que ma blonde y travaille. Samedi passé, le tout jeune club de course local y organisait sa première compétition. J’y étais comme bénévole.

Une magnifique arche gonflable aux couleurs de la Caisse populaire Desjardins nous ouvrait la place en bordure de la piste cyclable. Je vous ai déjà parlé des beautés de la cycloroute de Bellechasse il y a cinq ans, je n’insisterai pas. C’est toujours aussi beau !

L’idée de reconvertir une ancienne voie de chemin de fer en piste cyclable est juste géniale. Une deuxième arche plus petite que la précédente, tout noir avec simplement l’inscription Prévost en blanc signale la ligne de départ. J’ai le même mot écrit sur le devant de mon magnifique chandail orange.

Derrière, c’est écrit « bénévole ». Prévost est le plus grand employeur du village. La compagnie qui construit des autobus emploie 650 personnes à Sainte-Claire. Elle est aussi très impliquée dans la vie communautaire et ça se voit.

À notre arrivée après une petite quarantaine de kilomètres en voiture jusqu’à l’école Morissette en suivant le parcours quotidien de ma blonde, nous faisons un rapide passage au gymnase de l’école. Quelques bénévoles, la secrétaire et des enseignants sont prêts pour la distribution des dossards. Deux heures avant le départ, les premiers coureurs arrivent.

Le temps de raconter notre rencontre avec une petite famille de renards vue au bord de la route, les chemins de campagne sont plus bucoliques que les bouchons de la ville, et nous voilà partis pour rejoindre le départ. Dix minutes à pied nous font plus de bien que l’attente du bus-navette.

Christine, la prof de sport et Kathleen, la fan de course nous accueillent. Les initiatrices de cette première course sont des enseignantes qui maîtrisent parfaitement leur sujet. Tout est prêt, nous n’avons plus qu’à sortir les médailles et à préparer le tableau des cubes énergie.

Ces cubes sont virtuels, il faut 15 minutes d’activité physique pour en avoir un. L’école en cumule un maximum. Tout est en place et après le discours du directeur de l’école qui remercie tout le monde pour son implication, le warm up peut commencer. L’échauffement musical fait monter l’ambiance.

« Tu ne cours pas ? » « Non, tu ne distribues que de l’eau au ravitaillement, ça ne vaut pas la peine! » Richard, le chum de Kathleen rit de ma réponse. Elle cadre avec l’ambiance, mais nous n’avons pas le temps de jaser, la course va partir et lui doit vite rejoindre son poste au kilomètre 2.5.

Les coureurs vont parcourir 5 ou 10 kilomètres en faisant un aller-retour sur la piste cyclable avant que les plus petits, souvent accompagnés de leurs parents ou de leurs aînés qui ont déjà couru, parcourent 2 kilomètres sur la piste. En tout, près de 250 coureurs auront reçu une belle médaille.

J’ai distribué les premières, puis quelques jeunes filles du club de course qui ont fini dans les meilleures ont pris le relais. Je n’ai plus eu qu’à les approvisionner. 640 cubes énergie ont été cumulés ce qui représente 160 heures de sport.

Une belle réussite pour un samedi matin où même la météo a été conciliante. Ceux qui critiquent sans cesse l’école et ses acteurs devraient participer à ces beaux moments, ils verraient qu’au Québec, comme je l’ai vécu en Suisse, l’école est avant tout l’affaire de passionnés.

L’échauffement est essentiel.

12 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 19

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Je cours Qc

Toute la panoplie du parfait coureur, y compris le brunch d’arrivée…

La marée est basse, mais le bruit des vagues résonne contre les rochers. La brume se disperse lentement, Québec s’aperçoit de l’autre côté du fleuve. Il fait frais, mais il ne pleut pas. Un Nordet (vent frais du Nord-Est) frisquet souffle, mais heureusement dans le dos. Il est 8 h 12, le corral vert est libéré. Ma première course de la saison commence.

Je cours depuis 2013, depuis ma deuxième année au Québec. J’avais besoin d’une remise en forme, je l’ai trouvée dans la course à pied. Jamais je n’aurai cru pratiquer ce sport un jour. Je tente de pratiquer régulièrement depuis, je tiens d’ailleurs un tableau de mes entraînements qui m’indique que j’ai couru 1407,2 km entre le 13 mai 2013 et le 10 mai 2017. Malgré ce nombre imposant, courir n’est toujours pas un besoin, mais une corvée.

Pour me motiver, je m’inscris à quelques courses chaque année. Je me rappelle mon premier 5 km sur les plaines d’Abraham un dimanche matin pluvieux de juin 2013. Ma blonde m’encourageait en criant: « ne va pas trop vite ! » Elle craignait pour ma santé. Ce jour-là, je réussis à battre mon objectif pour 3 secondes. Mon destin de coureur était joué.

Courir à Québec est devenu ma référence. Cette organisation qui proposait cinq ou six courses par année m’a permis de m’entraîner régulièrement. L’année dernière, elle a été rachetée par le groupe Gestev et a pris le nom cette année de: Je cours Qc. La course est une activité pratiquée par de nombreux Québécois.

Nous étions 3 500 dimanche dernier à longer le Saint-Laurent du côté de Lévis. J’ai pris part au 10km du demi-marathon Oasis (merci au commanditaire qui distribuait des jus de fruit à l’arrivée). Les deux premiers kilomètres furent difficiles. Le froid et l’engourdissement me tenaillaient. Le printemps est long à venir cette année.

Les trois derniers n’ont pas été beaucoup mieux, j’avais trop chaud. Je me suis trop habillé. Je n’aurai dû faire que les cinq kilomètres du milieu. Mais, j’aurai manqué la beauté du paysage. La course, surtout à mon rythme, permet d’apprécier le décor qui défile lentement.

La course suivait le parcours des Anses. Cette piste cyclable est un bijou de la région. Elle longe le fleuve sur une quinzaine de kilomètres dans la ville de Lévis. Voir le Château Frontenac émerger de la brume de l’autre côté du fleuve est magique. Je me suis arrêté pour prendre une photo, mais je me suis aperçu à l’arrivée que mon téléphone ne l’a pas voulu.

Trop en sueur ou trop nul techniquement: je ne sais pas. Je garde cette image dans ma tête. Si vous voulez la voir, vous n’avez qu’à vous entraîner comme moi. Car en Suisse aussi, il y a des courses magiques. Il y a une année, ma dernière course était la Monthey d’Illiez. Un ami, il reste mon ami malgré cet épisode, avait oublié que j’étais vieux et que je courais à plat.

J’ai eu le plaisir de voir mon nom au début de la liste des résultats si on commençait par la fin… J’ai mis une année à m’en remettre, mais j’ai retrouvé le courage et ce n’est pas un dimanche pluvieux qui allait m’arrêter. Le plaisir est toujours très grand quand ça achève. J’ai mis 10 minutes de plus qu’il y a deux ans, mais j’ai pu reprendre l’entraînement cette semaine.

Vivement dans un mois pour la descente royale, après le Saint-Laurent, les chutes Montmorency et les souvenirs de la Nouvelle-France seront au rendez-vous. J’ai hâte de vous raconter tout ça.

La photo de pub de l’événement remplace, les nuages en moins, ma photo ratée.

5 mai 2017

5 ans au Québec – épisode 18

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Fin de saison et vins

Lance-pierres de mes débuts en Suisse, Club Etchemin et Hadlow 1862, trois époques, trois chandails… J’ai 5 mois pour les repasser avant la reprise.

« Mais comment ils font ceux qui perdent le septième match de la coupe Stanley ? » La question de mon ami Denis fait bien rire autour de la table. Nous sommes un peu moins de 500 personnes dans la grande salle du Juvénat de Saint-Romuald pour la soirée finale du 52e tournoi des 4 bouts. Mon équipe est réunie à la table 10.

Quelques heures plus tôt, en début d’après-midi, nous terminions notre saison sur une très mauvaise partie. Notre onzième du tournoi a été la pire. Je ne sais pas si c’est la pression ou la fatigue, mais nous avons, pour une fois, tous été mauvais en même temps. Contre Michel Blais, le président du club Etchemins, ça n’a pas pardonné. Une défaite de 4 à 1.

Dire que si j’avais réussi ma dernière pierre, nous pouvions aller en tir de barrage. Je m’en veux encore. Pourtant quand j’ai lâché cette maudite pierre, j’étais convaincu que c’était bon. Elle avait la bonne trajectoire et la force me semblait idéale. Au début, j’étais rassuré qu’elle ne courbe pas trop vite, ça lui permettait de passer la garde.

Mais après, elle devait courber. Elle est restée droite jusqu’à la fin. Je n’ai pas monté la rouge sur la jaune pour tenter de marquer deux points. La désillusion a été grande. La grande finale du 52e 4 bouts nous échappait. La pression a été trop forte, j’aurai dû refaire un tour au salon des vins de Québec comme la veille.

Car c’est vendredi soir que nous avons été les meilleurs. J’avais passé la journée en compagnie de Gilles Besse de Vétroz. Président de Swiss Wine Promotion, il était à Québec pour vanter les mérites des vins suisses. Quand j’ai vu cette programmation il y a quelques semaines, je me suis rappelé que j’étais journaliste occasionnel pour Rhône FM et j’ai donc demandé une accréditation pour ce salon des vins.

Nous avions mangé le jeudi soir avec Gilles, Max La Roche, un importateur de vins suisses au Québec et son fils. C’était la semaine Québec Exquis où 22 tables de la ville préparent un menu du terroir en collaboration avec des producteurs locaux. Les chefs concoctent un menu original pour un prix modique.

Chez Boulay, bistro boréal, sur la rue Saint-Jean nous a accueillis. Filet de thon divin qui m’a fait oublier le reste et quelques vins québécois choisi par l’expert ont illuminé la soirée. Le lendemain, j’ai repris la dégustation au palais des congrès. Heureusement, pas les 57 vins suisses présents (il y avait 1500 vins au total), mais j’ai retrouvé le Cayas de Jean-René Germanier.

Ces vins sont un peu trop chers pour avoir un grand avenir au Québec, mais Rodolphe, le serveur de Chez Boulay, a été séduit. Il y a des chances qu’on retrouve quelques vins suisses dans ce restaurant renommé du Vieux-Québec. On l’a convaincu la veille de venir déguster, il a tenu parole et il a été conquis. Enfin, c’est ce qu’il a dit sur les ondes de Rhône FM (http://www.rhonefm.ch/fr/share/news-1-826814).

Cette journée m’avait bien détendu et, le vendredi soir, Serge Moineau, champion policier québécois de curling, et aussi un ami, n’a pas résisté à l’équipe Hadlow 1862, clin d’oeil au premier club de curling de Lévis. Nous avions suivi le thème de cette année qui mélangeait LNH et histoire des quartiers de Lévis. Nous avons dominé le groupe des Stars de Hadlow, puis gagné notre quart de finale.

Mais à quoi ça sert de gagner la demi-finale si c’est pour perdre la finale ?

Gilles Besse entouré de l’équipe du stand suisse au Salon international des vins et spiritueux de Québec

28 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 17

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J’ai raté la Cage aux sports

Le Centre Belle vu de ma loge en 2013 au moment de l’échauffement

Price quitte son filet, l’attaque à six des Canadiens se déploie et prend d’assaut le but de Lundqvist. Le temps s’écoule, il reste vingt secondes à ce sixième match de la série, Montréal tourbillonne, mais Les Rangers récupèrent la rondelle et dégagent. L’image est prise depuis le filet, la rondelle s’amène et, à 17 secondes de la fin du temps réglementaire, New York marque un troisième but.

J’imagine la stupéfaction dans la Cage aux sports. Le silence qui s’installe pour quelques secondes. Le désespoir qui se lit sur les visages. Très vite, quelques murmures reprennent, les mots deviennent distincts, les discussions augmentent, on cherche les premiers coupables. La colère succède à la déception. Les supporters sont exigeants. J’imagine, car, je n’étais pas à la Cage aux sports samedi dernier, j’ai assisté à ce dénouement tragique depuis mon salon.

Pourtant, les astres étaient alignés cette année. Après 25 ans d’attente, les Canadiens devaient gagner leur 25e coupe Stanley. Leur gardien miracle Carey Price n’a pas été blessé. Le remplacement de l’entraîneur à mi-saison avait permis de retrouver de l’énergie et de finir le championnat régulier en tête de la section. New York avait été battu trois fois en trois parties en saison régulière. Tout devait se jouer en finale de conférence au troisième tour, avant le sacre ultime contre la conférence de l’Ouest.

Je ne verrai pas encore pour cette année la rue Sainte-Catherine à Montréal s’enflammer. Je dois me contenter des émotions vécues sur l’avenue de la Gare et sur la Planta. Attention à la malédiction du chiffre 25: ça se jouera un 25 mai, mais heureusement pour Sion ce ne sera que la 14e coupe. Je m’égare, je raterai aussi ce rendez-vous.

Inutile de vous dire que le hockey est une religion qui dépasse au Québec ce que le football peut être à Sion. J’ai eu la chance d’aller une fois au Centre Bell voir jouer les Canadiens, il y a quelques années. J’en garde un souvenir intense. Invité, j’ai vécu cette expérience dans une loge en compagnie de quelques Suisses. Saint-Louis devait être l’adversaire qui avait gagné, mais peu importe, c’était au début de la saison.

Ce n’est qu’au moment des séries que ce sport devient intense. Il faut vivre un match décisif dans un bar sportif, la Cage aux sports est l’enseigne la plus connue, pour comprendre un peu cette religion. Je sentais samedi dernier que je devais y aller, mais après ma journée au curling (deux parties au tournoi 4 bouts), la fatigue l’a emporté et un septième match aurait lieu lundi.

Il n’y a pas eu de septième match. Les Canadiens sont en vacances. New York l’a emporté 4 parties à 2, 3 à 1 au sixième match. Tout le reste n’est plus que littérature. Les journaux expliquent en long et en large que c’est la faute de Price qui a été ordinaire, du capitaine Pacioretty qui n’a pas marqué en série, du directeur général Bergevin qui n’a pas su bâtir une équipe qui résiste au printemps…

Bref, d’ordinaire 75% des pages sportives sont consacrées aux Canadiens, pour quelques jours ce taux augmente. Mais dès que le « post-mortem » sera achevé, les spéculations sur la saison prochaine vont reprendre et 2018 sera la bonne année. Il ne fait aucun doute que « ça sent la coupe ! » Pendant ce temps, Québec attend le retour des Nordiques et le centre Vidéotron est toujours vide.

Une Cage aux sports joyeuse quand les Canadiens gagnaient… (lapresse.ca)

21 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 16

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Le temps des sucres

L’évaporateur concentre les sucres et transforme l’eau des érables en sirop.

« Je vous laisse le beurre d’érable et le pain à griller. Le feu est prêt à l’extérieur, vous pouvez vous servir. Lorsque vous aurez terminé, vous n’avez qu’à ranger le tout et éteindre les lumières. Je passerai fermer la cabane plus tard. » Madame Roy nous abandonne. Son repas était délicieux. J’adore cette tradition de la cabane à sucre.

Lorsque ma blonde m’a proposé d’aller manger dans une cabane à sucre à la veille de Pâques, je n’ai pas hésité. Le menu traditionnel fait de jambon à l’érable, de fèves au lard ou encore d’oreilles de crisse ne laisse personne indifférent. C’est un des charmes de la fin de l’hiver.

Je vous ai déjà parlé de cette découverte québécoise dans un petit reportage photo que vous retrouverez à ce lien (Du Lys dans les Étoiles 9 ) mais je ne résiste pas à vous en donner encore. Les érablières sont une fierté du Québec. Si, aujourd’hui, de grandes exploitations en font une production industrielle, les petites cabanes familiales sont encore bien présentes.

« Nous irons à Honfleur, pas très loin de Saint-Gervais. » La précision géographique de ma blonde me laisse rêveur. La Normandie proche des Alpes, c’est toute la magie du Québec où l’on retrouve des noms européens connus dans une disposition qui n’a aucun rapport avec les réalités françaises. Les origines historiques se moquent de la géographie traditionnelle.

Comme toujours, il faut quitter le rang asphalté, tourner devant la ferme et prendre le chemin qui remonte les terres. Le bois, l’érablière et sa cabane se trouvent en haut du lot, à la fin des labours. Autant dire que la voiture se couvre très vite de boue. Le printemps est humide. La fonte des neiges sublime les bruns.

La grande pièce est chaleureuse. Une longue table est prête à accueillir la dizaine de convives. La cuisine occupe tout le côté. Une bonne chaleur aux odeurs de soupe et de jambon stimule nos papilles et nos estomacs. Après la bière partagée à l’extérieur, près du feu crépitant, il fait bon s’asseoir autour de la table.

Notre hôtesse nous propose une soupe aux pois pour commencer, puis nous passerons au buffet : patates, jambon, ragoût, oreilles de crisse, salade de macaroni, fèves au lard, tout est parfait. Mon estomac est à la fête. Pâques, ce n’est pas seulement le chocolat. Les mets salés vont se succéder, tout comme les discussions endiablées. Le temps des sucres, c’est les vendanges québécoises.

Les crêpes au sirop et au beurre d’érable concluent les ripailles. Il faut savoir être raisonnable. Je passerai mon tour sur les rôties (les toasts pour les colonisés de l’anglais) à l’érable. Non, ce n’est pas parce qu’il faut se lever pour les préparer sur le feu à l’extérieur, je suis juste repu.

Je me lève volontiers pour visiter la pièce adjacente, celle où trône l’évaporateur. Il ne ressemble pas à celui que j’avais découvert à ma première visite de cabane à sucre. Tout rutilant, ce modèle est fermé. Les chromes brillent. L’eau est pompée lentement, au rythme de la progression de l’évaporation.

Le réseau de tubulures qui relie les entailles des érables aboutit à un premier appareil qui rejette l’eau sans sucre. Après ce concentrateur, l’eau arrive dans l’évaporateur où, en descendant, le liquide se concentre. À la sortie, l’or blond du Québec est divin. Le sirop est prêt à être dégusté ou transformé en tire, en beurre ou en sucre.

Mais pour nous, l’heure est au retour. Le départ est joyeux, car le temps des sucres n’est pas fini et, assurément, il reviendra l’année prochaine.

Autour de la table de la cabane à sucre, l’ambiance est festive…

14 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 15

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Le Québec est sale.

Le Champlain The Story of us n’est pas des plus présentables…. (photo cbc.ca)

Oui, le Québec est sale en ce mois d’avril. L’hiver achève enfin. La neige fond. Le ciel est gris. Il pleut. Tout jette une ambiance morose sur cette terre si magnifique la majorité du temps. Si le Québec est sale physiquement et personne n’y peut rien, si la nature prend des allures de domaines de BS comme on dit ici, c’est aussi d’un autre Québec sale que je veux vous entretenir aujourd’hui.

Avant d’aller plus loin, je suis sûr que vous attendez une explication sur le domaine de BS, mais j’aurai tout aussi bien pu parler de maison, de cour ou d’appartement de BS. D’ailleurs, c’est ma blonde qui m’y a fait penser l’autre jour quand j’ai sorti au bord du chemin le vieux calorifère (oui, le radiateur, vous avez compris), résidu de la fin des travaux dans le sous-sol. Le BS, c’est le bien-être social. Ceux qui bénéficient de l’aide sociale sont appelés ici des BS.

Je développerai ce sujet peut-être une autre fois. Je n’en suis pas encore là. La saleté triomphe donc au mois d’avril. La neige restante dans la rue est noire. Les bancs de neige (c’est aussi une expression québécoise que je n’ai pas besoin d’expliquer, vous savez tous ce qu’est un tas de neige) qui fondent libèrent toutes les roches (ici les roches sont de petits cailloux) emmagasinées durant l’hiver.

Je prends la pleine mesure de l’utilité des toiles tendues sur le gazon. Dans quelques semaines, je vais manger un peu de poussière, mais le gazon reverdira plus vite et en meilleure santé. Ces protections auront fait leur effet et j’aurai moins à jouer du râteau.

Au-delà de ces considérations paysagères, la saleté du Québec fait aussi polémique. Les Anglos (ceux de l’ouest du pays) ont osé présenter un Champlain à la chemise blanche souillée. Le héros fondateur soulève les passions en cette année jubilaire pour le Canada. Car oui, vous ne le savez peut-être pas, mais on fête en 2017 les 150 ans de la Confédération canadienne.

Je vous détaillerai cela vers le 1er juillet, date de l’anniversaire, mais en attendant, sachez que pour l’occasion, Radio-Canada a produit une série historique The Story of us qui glorifie une histoire qui rebute certains. Le Québec a été le berceau du pays, mais c’est aussi une terre conquise qui se voit aujourd’hui imposer une histoire qui n’est pas vraiment la sienne. Les cinéastes ne sont pas des historiens, mais le mal est fait.

La Confédération canadienne est une affaire de domination anglaise. Le départ des troupes britanniques n’a pas été une libération, juste une continuation. J’explique aux touristes qui visitent avec moi Québec qu’avant la Confédération la région était dirigée par la reine d’Angleterre et après par la reine du Canada. La personne reste la même, c’est juste son titre qui a changé.

Les Canadiens Français, puis les Québécois n’ont jamais totalement accepté cette ascendance de l’ancien ennemi. Malgré l’abandon de la mère patrie, le cœur est toujours resté un peu français. Même si les velléités d’indépendance sont aujourd’hui moins fortes, le sujet est sensible.

Alors, oser montrer Samuel de Champlain avec une chemise sale, lui le lieutenant-gouverneur et fondateur de la Nouvelle-France, est un scandale qui permet aux plus nationalistes de rejeter en bloc les célébrations de la Confédération qui vont bientôt commencer. Je l’ai toujours dit, l’histoire est un sujet éminemment politique, mais le soleil qui revient et les rues qui vont se nettoyer vont bientôt redonner le sourire à tout le monde.

La neige fondante n’est pas belle.

 

7 avril 2017

5 ans au Québec – épisode 14

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Le pont de glace

Pont de glace – © Secteur des archives privées de la Ville de Lévis

« En avril, ne te découvre pas d’un fil. » L’expression est bien connue, mais elle prend tout son sens cet hiver au Québec. Il neigeait encore hier matin. Avec novembre, avril est un des mois les plus déprimants dans la région. Cette année, il commence dans la morosité. La neige est sale, comme les rues. La succession de neige et de pluie ajoutée à la fonte et aux débâcles des rivières augmentent les menaces d’inondation.

Face à ces aléas naturels, le Québec ne se laisse pas aller. Il organise une foule d’activités pour garder le moral. Le Salon du livre bat son plein. La bande dessinée se répand dans la ville. Le festival Québec Exquis se prépare et comblera les gourmets les semaines après Pâques. Les séries de hockey vont bientôt commencer et je suis en plein tournoi «4 bouts» au curling.

J’aurai certainement l’occasion d’évoquer certains de ces sujets dans les prochaines semaines. Aujourd’hui, je vais perpétuer une tradition autant québécoise qu’universelle pour animer les longues périodes d’attente. Les bancs de neige autour de la maison culminent encore à près de six pieds (1,80m environ), le jardinage n’est pas pour tout de suite, alors je vais vous raconter une histoire.

La ville de Québec a été construite sur un promontoire stratégique, « là où le fleuve rétrécit ». C’est ce que veut dire le mot Québec en algonquin, la langue des Amérindiens qui vivaient ici au moment de l’arrivée de Champlain. Quelques années plus tard, juste en face du cap Diamant sur lequel se dresse fièrement depuis un peu plus de cent ans le Château Frontenac, une nouvelle ville va naître: Lévis.

La relative étroitesse du fleuve (1 km) va permettre des liens fort entre les deux villes. Si aujourd’hui, des traversiers assurent la liaison régulière toutes les demi-heures, il n’en a pas toujours été ainsi. Longtemps, les passeurs ont régné sur cette traversée. Avec leurs canots, ils assuraient aux voyageurs un service de transport interrives été comme hiver. Si l’été tout allait plus ou moins bien, le voyage se compliquait l’hiver.

Des héros comme Pitre Soulard qui perdit la tête dans les glaces en voulant être trop téméraire ou comme ses camarades plus prudents défiaient le fleuve et ses glaces sur leurs canots de bois. Heureusement, durant certaines périodes, la traversée devenait plus facile grâce au pont de glace.

« En janvier ou février, un solide pont de glace se formait sur le fleuve. L’année 1874, on l’utilisait encore le 7 mai! À compter du milieu du XIXe siècle, ce pont hivernal fut balisé et entretenu par les villes de Québec et de Lévis… » a écrit l’historien Jean-Marie Lebel.

Malheureusement, ce pont ne se formait pas chaque année à cause de la météo et des marées. Quand tout allait bien, en moyenne 1 année sur 3, les autorités lissaient la glace et créaient une véritable route pour relier les deux rives. « …ce lien éphémère entre les rives du Saint-Laurent représente d’abord une voie de communication économique qui fait baisser le prix des denrées, dont le bois de chauffage. Le 1er mars 1883, Le Canadien annonce que la corde de bois se vend 3.50$ plutôt que 5$ grâce au pont, » nous apprend les recherches de l’historien Pierre-Olivier Maheux.

Cette zone hors de toute juridiction des villes a vite été occupée par des débits de boisson qui ne payaient pas de taxe pour la plus grande joie des consommateurs qui pouvaient se réchauffer à bon compte.

Avec la fin du XIXe siècle, ce pont disparaît. La construction du pont de Québec et l’augmentation du trafic fluvial régulier sur le Saint-Laurent mettront fin à cette tradition.

Pont de glace vers 1830 – Peinture de Cockburn

31 mars 2017

5 ans au Québec – épisode 13

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Bonne fête… C’est à ton tour de te laisser …

Le flon de Savièse est apprécié partout.

« Voilà, les deux premiers sont parfaits, encore deux et je serai prêt pour demain. » Demain, c’est vendredi et depuis cinq ans, le vendredi matin, je joue au curling. Enfin durant l’hiver, mais comme l’hiver dure d’octobre à avril, la saison occupe une belle part de l’année. Je plaisante, mais à peine. Les premiers mois sont plus doux.

Je joue au curling avec les retraités du journal Le Soleil et, depuis la première année, j’ai importé une tradition: à ma fête, je leur fais un flon saviésan. L’intégration demande de s’adapter aux coutumes de son pays d’accueil, mais aussi, parfois, de faire partager quelques-unes de sa région d’origine. À mon premier anniversaire ici, j’ai eu une idée.

Au Québec, ce n’est pas le jubilaire qui organise sa fête, c’est toujours son entourage qui lui fait une surprise. J’ai eu l’occasion d’être invité à quelques anniversaires. Il faut toujours faire attention de ne pas vendre la mèche, de faire comme si on ne savait rien en rencontrant le futur fêté. On arrive toujours avant lui et, à chaque fois, il est très surpris de voir tout ce monde.

J’ai voulu montrer à mes collègues curleurs qu’on pouvait faire les choses différemment et, comme je le faisais à la salle des maîtres du centre scolaire de Moréchon, j’ai apporté un gâteau. Enfin, quand je dis un, pour 24 personnes, j’ai fait deux plaques rondes et depuis, ils m’en réclament chaque année. Dès le début de la saison, je suis mis sous pression. Ils sont sûrs que je ne réussirai pas aussi bien chaque année.

Je peux encore vieillir un peu, j’ai la main. Seulement, aujourd’hui, c’est quatre plaques rondes que je dois préparer, car le groupe a grandi, nous occupons les quatre glaces du club maintenant, nous sommes 32 à jouer chaque vendredi matin. J’aime mes retraités du Soleil, car l’aspect social, comme ils disent ici, est plus important que l’aspect sportif.

Je me suis donc facilement adapté au social. On joue quatre bouts (ends en Suisse), puis on s’arrête pour partager le café, ensuite on reprend pour les quatre derniers bouts. Le flon sera apprécié demain à la pause et même si je ne gagne pas ma partie, j’aurai droit aux deux chansons classiques. Bonne fête et C’est à ton tour de te laisser parler d’amour. Vous avez de la chance, il n’y a pas le son sur ces chroniques, je ne peux pas vous les entonner.

Si j’ai bousculé un peu les traditions avec cette coutume que j’ai introduite, mes camarades ne m’en veulent pas, mais ils n’ont pas pour autant pris le relais. Je suis le seul à agrémenter la pause. Les autres doivent avoir leur anniversaire en été. Plus sérieusement, c’est une leçon que j’ai apprise: pour être bien accueilli, il faut accepter les traditions locales et, sans vouloir tout révolutionner, discrètement, trouver le moyen de prendre une place avec sa différence.

Vous me connaissez, le mot discrètement est celui qui me convient le mieux. Même si aujourd’hui je dois cuisiner quatre tartes, je suis bien content que ma tradition fasse partie de celles des « Joyeux retraités du Soleil. »

Le curling est aussi un outil d’intégration.

24 mars 2017

5 ans au Québec – épisode 12

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C’est le printemps criss !

C’est beau une église en hiver !

Depuis le début de la semaine, c’est le printemps criss ! Je sais, ce n’est pas poli de sacrer, mais là, ça commence à bien faire. Ce matin, il fait encore -19 au thermomètre et je n’ai pas très envie d’ouvrir la porte. Même Wilson ne fait pas très long dehors, même s’il aime s’aérer, il commence lui aussi à trouver cet hiver un peu tannant.

La morosité du temps me donne l’occasion de vous partager quelques découvertes québécoises. Après cinq ans et même si je ne travaille pas dans la construction, j’ai appris, un peu, à sacrer. Vous ne savez pas ce que ça veut dire ? Sacrer, c’est jurer. Comme au Québec on utilise des sacres pour verbaliser son énervement, le verbe s’explique par lui-même: sacrer, c’est dire des sacres.

Vous ne savez pas ce qu’est un sacre ? Franchement, vous commencez à m’écoeurer. Un sacre, comme un sacristain à un lien avec l’église, tabarnak ! Oui, je sais, il faut prononcer avec l’accent québécois et ça, je ne l’ai pas. Je devine votre mine ahurie. Moi aussi, je n’ai pas les liens culturels nécessaires pour évaluer la portée de ces mots, mais je fais très attention à leur utilisation. Les gens bien élevés sont choqués s’ils les entendent.

On évite de s’en servir devant des oreilles d’enfants. J’ai quelques amis qui ont de la peine à se retenir et leurs phrases sont régulièrement ponctuées de ces mots que je trouve si charmants pour mes innocentes oreilles. Ostie, câlisse, criss, tabernak ou osti, criss de câlisse, sonnent doucement pour les non initiés, mais utilisés dans une conversation, elles vous feront passer pour un goujat.

Le meilleur que j’ai entendu, c’est saint crème. Je n’étais pas sûr que c’était un sacre, alors je l’ai essayé dans un auditoire un peu âgé… J’ai eu ma réponse: ça ne se dit pas. Heureusement, chez moi, ces mots ne sortent pas naturellement, sauf quand je joue mal au curling. Donc, ce n’est pas très souvent. Pas que je joue bien, mais les sacres ne sont réservés qu’aux pierres importantes, dans des parties importantes et largement ratées… une ou deux en carrière.

Bref, pourquoi je vous parlais de tout ça ? Ah oui, l’hiver qui n’en finit plus. Hier, il neigeait encore et ils annoncent de la neige pour tout le début de la semaine prochaine. Ça tombe bien, le contrat du déneigeur arrive au terme à la fin mars, il va neiger juste avant. Si tout va bien, il n’y aura pas de supplément en avril, parce que là, ça achève.

La tempête de la semaine dernière que j’ai évoquée rapidement continue de créer des remous politiques. 300 voitures laissées en plan sur l’autoroute à Montréal, pas en pleine campagne, ça ébranle quelques ministres. Mais, ils vont s’en tirer, ici, pas de sanction, les élections sont trop loin. Ils ont de la chance de ne pas être en Valais. Normalement, avec l’arrivée du vrai printemps tout devrait rentrer dans l’ordre.

Si mon premier hiver avait été froid, plus que cette année, j’avais pu inaugurer mon vélo à la fin mars. Cette année, il attendra. Avec le temps et l’expérience, je commence à mieux prendre la dimension du vers le plus célèbre d’Émile Nelligan, le Rimbaud québécois: Ah ! comme la neige a neigé… La neige a neigé, franchement, il fallait oser, mais admettez que cette phrase donne froid juste en la lisant !

C’est le printemps, mais il y a encore de la neige…

17 mars 2017

5 ans au Québec – épisode 11

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 4 h 30 min
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La tempête de la Saint-Patrick

Le banc de neige atteint le milieu de la fenêtre de la cuisine.

« Non, je ne peux pas répondre au téléphone, pas maintenant… déjà que j’ai de la peine à voir la route, pas de cellulaire au volant ! » Je roule encore quelques centaines de mètres avant de me stationner devant un commerce de l’Avenue Taniata. Malgré ma bonne volonté, je n’irai pas travailler ce soir. La tempête qui commence est bien trop violente, toutes les activités du curling sont annulées.

Je ne pensais pas encore vous parler d’hiver, mais on vient d’en déguster toute une ! Depuis que je vis au Québec, on me dit chaque année que la tempête de la Saint-Patrick, c’est souvent la pire. J’attendais de voir. Là, j’ai vu. J’ai eu de la chance, en conduisant prudemment, je suis revenu chez moi sans trop d’encombres. Tous n’ont pas eu cette chance.

Les capotages ont été nombreux sur les différentes routes de la région. Vous n’utilisez pas ce mot ? Capotage, c’est joli pour parler d’une sortie de route qui finit parfois sur le toit. Avec l’épaisse couche de neige, ça se termine souvent qu’avec des dégâts matériels. Quelques personnes ont eu moins de chance. Dans certains rangs de campagne, des voitures se sont enlisées. La tempête a été si violente qu’on n’a pas pu aller les dégager avant le lendemain matin. Deux personnes sont mortes dans la région.

Car dans la nuit de mardi à mercredi, il est tombé plus de 40 cm de neige par endroit avec des vents dépassant les 100 km/h. On est vite perdu dans ces conditions. Ça doit ressembler aux tempêtes de sable dans le désert. En ville, où je reste, on ne voyait plus les maisons de l’autre côté de la rue. Le décor va être superbe pour la fête des Irlandais.

Je vous avais parlé de cette fête dans mes chroniques de premières années (La Saint-Patrick), je ne vais pas revenir en détail sur cette fête importante au Québec. Elle devrait annoncer le printemps, si ce n’est l’été, mais il n’en est rien. Pourtant, les Québécois sont tellement pressés de voir l’été qu’ils ont déjà passé à l’heure estivale.

Samedi dernier, on est revenu à l’heure d’été. Il faisait – 20 ! La veille, j’ai fait quelques pas dans le Vieux-Québec en compagnie du conseiller national de Savièse, Mathias Reynard. Il passait trois jours à Québec pour une commission parlementaire de la francophonie. Il a eu la gentillesse de m’appeler, nous avons passé une soirée ensemble. Il a découvert le climat de la province: très froid dehors, beaucoup plus chaleureux à l’intérieur.

J’aime l’hiver, mais quand les bancs de neige atteignent la hauteur de la fenêtre de la cuisine encore à la mi-mars, on peut le trouver long. Le paysage est splendide, les finales de la coupe du monde de ski de fond auront un décor féérique cette fin de semaine. Surtout que le Saint-Laurent se sera calmé, car notre belle tempête de la Saint-Patrick cumulée aux glaces et aux vents lui ont donné des envies de liberté.

Il a débordé à divers endroits. Ma blonde qui rêve d’une maison au bord du fleuve la préférerait en haut de la falaise après avoir vu quelques photos de la rue Saint-Laurent. Le secteur de la Traverse du côté de Québec était aussi sous l’eau. Encore quelques efforts et le traversier débarquera ses passagers directement au Château Frontenac.

La souffleuse travaille fort devant la maison.

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