Valais Libre

22 mai 2020

Il y a 40 ans, le Québec disait NON

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Il y a 40 ans, le Québec disait NON

Le 20 mai 1980, les Québécoises et les Québécois disaient NON à ce qu’on a appelé par la suite le premier référendum pour l’indépendance. Point d’orgue d’un processus d’émancipation francophone qui avait pris naissance dans les années soixante, cette votation aura des répercussions jusqu’à aujourd’hui. La réaction canadienne changera le pays pour longtemps.

Deux jours avant le vote, certains y croyaient encore. Source : Matin-Dimanche du 18 mai

Taux de participation : 85,61% – NON : 59,56% – OUI : 40, 44%.  Le corps électoral a clairement répondu à une question plutôt floue :

 « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Eh oui, il fallait oser. Le Québec n’avait et n’a toujours pas l’habitude des questions claires. La Suisse pourrait lui donner quelques leçons.

Vive le Québec libre !

Le mouvement d’émancipation moderne des francophones au Canada a retrouvé de la vigueur dans la deuxième moitié des années soixante. La Révolution tranquille a réveillé des velléités d’indépendance pour toute une frange de la population de la province. La visite du général de Gaulle à l’occasion de l’Exposition universelle de Montréal 1967 va donner un grand coup de fouet.

Arrivé en bateau pour ne pas avoir besoin d’atterrir à Ottawa comme le voulait le protocole, de Gaulle débarque à Québec, puis le lendemain va remonter vers Montréal en voiture. Après quelques discours qui ont émaillé son parcours, il donnera le dernier de la journée depuis un balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal. Son « Vive le Québec libre ! » final fera trembler le Canada.

L’onde de choc sera durable. Il ébranlera particulièrement le Parti libéral alors dans l’opposition. Quelques députés vont faire défection, car ils n’appréciaient pas la réponse donnée par le parti aux déclarations du président français. Parmi eux, un nom ressort : René Lévesque.

Le Parti québécois

L’ancien journaliste à Radio-Canada et ministre du gouvernement libéral de Jean Lesage a 45 ans quand il prend son indépendance et fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA) en novembre 1967. L’année suivante, il rassemblera tous les indépendantistes sous une même bannière. Le Parti québécois naît le 14 octobre 1968.

Les élections de 1970, puis celles de 1973 permettront au parti de gagner quelques sièges (7 en 1970 et 6 en 1973).

Mais l’heure de gloire arrive le 15 novembre 1976 où le Parti québécois gagne les élections avec 41,4 % des voix et 71 sièges sur les 110 de l’Assemblée nationale. René Lévesque devient premier ministre. L’heure des grandes réformes a sonné. René Lévesque nomme une majorité d’universitaires aux postes de ministres.

Ce qu’on a appelé la « République des professeurs » va donner un nouveau visage au Québec avec de nombreuses réformes législatives : entre autres une reconnaissance des Premières Nations et la Charte de la langue française. En novembre 1979, le gouvernement annonce un référendum sur la souveraineté-association avec le Canada pour le 20 mai 1980.

Trudeau contre Lévesque

Tout semble favorable à Lévesque. À Ottawa, le gouvernement conservateur de Joe Clark est affaibli et ne semble pas être une menace. Tout va changer en décembre, lorsqu’il est mis en minorité à la Chambre des communes et doit aller en élections. Pierre Eliott Trudeau va ressortir de sa retraite.

Le chantre du fédéralisme et du multiculturalisme va gagner les élections fédérales en février 1980 et redevenir premier ministre. Il va mener la vie dure au Parti québécois. Les sondages sont depuis lors défavorables à Lévesque et le NON va l’emporter clairement le 20 mai 1980.

René Lévesque, sa femme Corinne Côté-Lévesque et Lise Payette, après la défaite du référendum de 1980. Source : La Presse Canadienne

René Lévesque est battu, mais pas abattu. Au soir du référendum, il déclare : « Si je vous ai bien compris… vous êtes en train de dire… à la prochaine fois ». Il faudra attendre 15 ans avant cette prochaine fois. Un deuxième référendum aura lieu le 30 octobre 1995, mais c’est une autre histoire.

La Charte des droits et libertés

René Lévesque sera réélu en 1981, mais la dynamique indépendantiste est brisée. Pierre Eliott Trudeau triomphe. Il avait promis des réformes aux Québécois, il tiendra parole en leur imposant un carcan avec le rapatriement de la Constitution qui dépend encore du gouvernement de Londres et l’élaboration d’une Charte canadienne des droits et libertés.

Le Québec refusera ces réformes, mais lors de la nuit des longs couteaux, en l’absence du Québec, Trudeau réussira à convaincre les 9 autres provinces d’imposer au Québec sa volonté. Il gagnera et René Lévesque ne verra pas son rêve de pays se réaliser de son vivant.

15 mai 2020

Le Québec reprend vie sauf à Montréal toujours en crise

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Depuis le début de cette semaine, le Québec a repris un semblant de vie avec l’ouverture des commerces, puis des écoles. Mais pas partout au Québec, car la grande région de Montréal doit poursuivre son confinement. La crise sanitaire est encore forte dans la métropole de la province où une pénurie de personnel se fait douloureusement sentir.

« En fait, il y a 3 Québec. Il y a la situation dans les CHSLD (résidences pour aînés) qui est toujours difficile, il y a le Grand Montréal où il y a de la transmission communautaire et il y a le reste du Québec où la crise est maîtrisée. » Le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda résume clairement le découpage du Québec dans la crise actuelle de la Covid-19.

Lors d’une conférence de presse quotidienne, déplacée à Montréal en fin de semaine dernière, il a fait le point sur la situation dans la grande région métropolitaine où vivent près de 4 millions de Québécois, soit la moitié de la population de la province. La veille, le premier ministre François Legault avait décrété que cette région n’ouvrirait pas tout de suite ses écoles et ses commerces comme c’est le cas dans le reste de la province.

Un déconfinement graduel

« On va y aller progressivement, graduellement… », François Legault insiste sur le « graduellement ». Après presque deux mois de léthargie, il faut que le Québec se réveille. Mais, face à la peur ressentie par une partie de la population qui voit d’un mauvais œil ces réouvertures, le premier ministre insiste pour que cela se fasse progressivement.

Si quelques travaux de construction avaient déjà repris, si les procédures dans les commerces essentiels (épiceries, pharmacies …) ont permis d’inculquer de nouveaux comportements, la réouverture des commerces qui ont une porte sur la rue (ce qui exclut les centres commerciaux) a été une première étape franchie avec discipline. On n’a pas vu de ruée et la vie semble toujours au ralenti.

Certaines élèves avaient revêtu leur robe de bal qui ne servira pas pour aller vider leur casier dans une école qu’elles quittent sans cérémonie. Le bal des finissants qui marque la fin de l’école secondaire est une institution très importante en Amérique du Nord. Source : tva.ca

Depuis le 11 mai, le tour des écoles est venu. Pas toutes les écoles, juste les écoles primaires et encore de manière facultative. Pour le secondaire, le post-obligatoire et les universités, il n’y aura pas de reprise cette année scolaire. Les cours se termineront en ligne au grand désespoir des finissants du secondaire. Leur bal légendaire n’aura pas lieu, une première dans l’histoire.

« À Montréal, c’est fragile ! »

Cette reprise n’a pas eu lieu à Montréal où la situation n’est pas encore satisfaisante. Le premier ministre a repoussé ces réouvertures des commerces et des écoles une première fois au 18 mai, puis au 25 mai, toujours sous réserve que la situation se stabilise sur les îles de Montréal, de Laval et dans la ceinture nord et sud de la métropole. Dans cette région vivent la moitié des Québécois (4 millions sur les 8 millions d’habitants de la province).

Si, au début du mois d’avril, le Québec comptait la moitié des morts de la Suisse pour une population comparable, à la fin avril, il en avait un millier de plus (2 631 morts de la Covid-19 au 8 mai, 1 823 en Suisse). Les premiers jours du mois de mai, on comptait une centaine de décès supplémentaires chaque jour, contre moins de 10 en Suisse. L’immense majorité de ces morts surviennent en résidences pour aînés (2 174 sur les 2 631) et à Montréal en ce début du mois de mai où, le 8 mai, on comptait 119 décès dans la métropole et 2 dans le reste du Québec.

Alors, quand le premier ministre dit « à Montréal c’est fragile », personne ne remet en cause son diagnostic et la plupart ont entendu le report des ouvertures avec soulagement. Si la concentration de la population dans un territoire restreint peut expliquer une partie de la crise montréalaise, ce n’est pas le seul facteur.

Un manque de personnel

Je vous ai déjà parlé il y a quelques semaines (Confédéré du 1er mai) de la situation dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), je n’y reviendrai pas. Sauf pour dire que la pénurie de personnel ne s’est que légèrement améliorée malgré les appels à l’aide du premier ministre lors de ces conférences de presse quotidienne.

Suite aux difficultés bureaucratiques pour permettre au réseau d’intégrer des volontaires, il a fallu faire appel à l’armée. Une certaine réticence s’est fait sentir tant du point de vue provincial que fédéral face à cette nécessité. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il a fallu dix jours pour que des soldats arrivent d’abord au compte-goutte, puis un peu plus rapidement pour approcher le millier 20 jours après l’appel à l’aide.

L’armée canadienne est finalement venue en renfort dans les CHSLD. Source : radio-canada.ca

Si la situation n’était pas tragique, on pourrait en rire. L’efficacité de l’armée de milice suisse est à souligner ici. Mais l’armée n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de la pénurie de personnel sanitaire dans la région de Montréal. Il y a 12 000 absents dans le réseau de la santé, soit malade, soit en quarantaine, soit avec la peur de revenir au travail. Le gouvernement multiplie les incitatifs pour recruter du personnel en espérant que ça suffira.

8 mai 2020

Même en temps de crise, il faut que les parlementaires parlementent

Cette semaine, le Parlement suisse a siégé à Bernexpo pour discuter des mesures financières prises par le Conseil fédéral. C’est salutaire. Pendant ce temps, au Canada et au Québec les parlementaires sont plus ou moins absents de la scène. Ce n’est pas normal. Il faut que les parlementaires parlementent !

Le système politique canadien et québécois fait en sorte que le législatif dépend beaucoup plus de l’exécutif que dans le système démocratique suisse. C’est vrai en temps normal puisque le parti qui a le plus de députés voit son chef devenir premier ministre et nommer l’exécutif en choisissant des ministres parmi les députés de son parti. Ceux-ci siègent à la fois au Conseil des ministres et au parlement.

C’est sur la colline parlementaire qu’a été construit le Parlement du Canada à partir de 1859. C’est la reine Victoria qui avait choisi, en 1957, Ottawa comme capitale du Canada. Source : Pierrot Métrailler

Ce double rôle amenuise considérablement le pouvoir réel du parlement. En effet, difficile de penser qu’il y a une vraie séparation des pouvoirs entre les deux, surtout en cas de gouvernement majoritaire. Les lignes de parti que les députés doivent respecter au Canada, comme au Québec, font rêver l’ancien secrétaire du groupe PLR au Grand-conseil que j’étais.

Une session extraordinaire à Bernexpo

Cette semaine, le Conseil national et le Conseil des États ont siégé à Bernexpo pour pouvoir le faire en toute sécurité dans des salles assez grandes pour assurer la distanciation sociale nécessaire. Même si certains ont pu juger les coûts trop élevés, « La démocratie ne doit pas être évaluée par son coût, même s’il faut être vigilant avec les dépenses », comme l’a très justement dit Hans Stöckli, le président du Conseil des États.

« C’est une situation exceptionnelle en raison d’une crise exceptionnelle. Nous étions obligés de nous expatrier, presque contre notre gré. L’essentiel est que le Parlement puisse tenir son rôle institutionnel. Le Parlement représente la population, il doit débattre de cette situation », juge pour sa part Isabelle Moret, présidente du Conseil national.

Une Chambre des communes clairsemée

Cette déclaration ne semble pas inspirer ce qui se passe à Ottawa où les chefs de parti se sont chicanés pour savoir si on allait relancer le fonctionnement de la Chambre des communes une ou plusieurs fois par semaine (en temps normal le parlement siège en permanence du lundi au vendredi avec des périodes de vacances, mais habituellement 100 jours par année).

Avec la crise, les travaux avaient été suspendus à la mi-mars et devaient reprendre le 20 avril. « On espère vraiment que les autres partis vont être d’accord avec des propositions comme ça parce que je pense que ce serait un vrai problème si nous devions retourner au Parlement lundi matin », déclarait le premier ministre Justin Trudeau en proposant une journée par semaine à 32 députés, et des séances virtuelles.

Finalement, cette solution l’emportera et les députés canadiens ont siégé cette semaine. Mais avec à peine 10 % des députés présents proportionnellement à la force de leur parti. Les lignes de parti étant ce qu’elles sont, tout le monde trouve ça normal et le fonctionnement est respecté. Quelle est la valeur d’un député dans un tel contexte ?

Des sessions virtuelles au Québec

Si de tels débats ont eu lieu au Canada, c’est parce que le gouvernement de Justin Trudeau est minoritaire et qu’il a dû avoir l’appui d’au moins un autre parti pour prolonger la suspension, puis pour valider les modalités de la reprise. Rien de tel au Québec où le gouvernement de la province est majoritaire.

L’Hôtel du Parlement de Québec où siège l’Assemblée nationale du Québec. C’est en 1968 que l’Assemblée législative existant encore dans les autres provinces du Canada a pris le nom d’Assemblée nationale au Québec. Source : Pierrot Métrailler

Le premier ministre François Legault manœuvre à sa guise, mais il faut dire qu’il le fait bien et qu’il a le soutien de la population. Sa cote de popularité atteint des sommets inconnus dans l’histoire du Québec. Il faut dire qu’il a la sagesse de consulter régulièrement les chefs des trois autres partis présents au parlement.

Il bénéficie aussi de la faiblesse du leadership des deux principaux partis d’opposition, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, qui sont en processus d’élection d’un nouveau chef. Des sessions parlementaires virtuelles ont donc repris avec seulement quelques députés.

Un lien direct et fort

Si la population semble satisfaite au Québec, c’est parce qu’elle se reconnaît à travers la gestion de cette crise menée par le gouvernement. Un peu comme en Suisse où on sait que le Conseil fédéral est le reflet des forces politiques du pays et que sa collégialité oblige à des compromis. François Legault n’a rien d’un leader despotique, il tient plutôt du bon père de famille.

C’est sûrement là son secret, car quand il est remplacé, lors de la conférence de presse quotidienne (qui fait beaucoup pour l’adhésion populaire aux mesures imposées), par sa vice-première Geneviève Guilbault, le vocabulaire est plus martial et il passe moins bien et des critiques pointent.

C’est pourquoi je pense qu’un système où chaque député a un poids égal dans la balance, non seulement sur le papier, mais aussi dans le fonctionnement du parlement est un atout pour une gestion saine des affaires publiques. Une démocratie forte doit s’appuyer sur un lien fort et direct entre le peuple et le pouvoir.

1 mai 2020

Une crise sanitaire qui illustre les limites de la centralisation

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Après cinq semaines de confinement, le Québec rattrape la Suisse pour le nombre de victimes de la COVID-19 avec 1340 morts (chiffres du 24 avril). Mais la situation est très particulière dans la province puisque près de 80 % de ces décès proviennent des centres pour personnes âgées. Cette crise sanitaire met en lumière des lacunes que l’on soupçonnait depuis longtemps, mais illustre aussi l’incurie d’une bureaucratie trop lourde.

« On vit dans deux mondes différents ». Le premier ministre du Québec François Legault fait quotidiennement ce constat. Si la pandémie semble sous contrôle dans les différentes régions du Québec, à l’exception de l’île de Montréal, la situation dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) est explosive.

31 des 150 résidents de ce CHSLD sont décédés depuis le 13 mars. Une enquête criminelle, ainsi qu’une enquête administrative et une enquête de la Direction de la santé publique sont en cours. Source : Le Devoir

La gestion de la pandémie a été caractérisée au Québec, comme en Suisse d’ailleurs, par une volonté de libérer des places dans les hôpitaux pour faire face à la vague de patients qui devait arriver. Le confinement et les diverses mesures de distanciation sociale prises allaient dans le même sens.

Des centres en difficulté depuis longtemps

Si les hôpitaux québécois ont très bien réussi cette mission, il n’en a pas été de même dans les CHSLD. Ces centres accueillent environ 4,5 % de la population âgée de 75 ans et plus (chiffre de 2018). Mais leurs difficultés ne datent pas de la crise provoquée par la Covid-19. Il y a bien des années que plusieurs sonnent l’alarme.

« On a beaucoup parlé cette semaine des mauvais soins donnés dans des résidences pour personnes âgées. Une action collective a été lancée au nom des patients maltraités dans les CHSLD. Les histoires d’horreur se multiplient : patients laissés dans leurs couches souillées, mal nourris ou mal lavés par des employés épuisés », pouvait-on lire dans Le Devoir du 14 juillet 2018 par exemple.

L’incapacité de faire face à la crise

Et les histoires d’horreur n’ont pas cessé depuis. Le 11 avril dernier, lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre François Legault déclarait : « Je ne devais pas être présent aujourd’hui, mais je veux venir dire aux Québécois, d’abord, que c’est épouvantable, ce qui est arrivé à la résidence Herron, et qu’on va évidemment s’assurer, non seulement à cette résidence-là, mais dans toutes les résidences, qu’on s’occupe bien de nos aînés ».

Quelques jours plus tard, il faisait un appel quasi désespéré aux médecins spécialistes pour trouver du personnel en renfort. Un site Internet http://www.jecontribuecovid19.gouv.qc.ca a été mis en ligne pour recruter des volontaires, récemment retraités du réseau de la santé, étudiants ou autres personnes ayant des compétences. En quelques jours, près de 40 000 inscriptions ont été enregistrées.

Une bureaucratie qui fait barrage

Mais les embauches n’ont pas suivi. C’est là que la machine bureaucratique s’est mise en marche. On a rapidement eu l’impression qu’il y avait un décalage entre ce que nous entendions chaque jour à la conférence de presse du premier ministre et ce qu’on entendait ou lisait dans la presse. C’est comme si les directives ne descendaient pas la hiérarchie. Il fallait qu’un journaliste pose une question pour que le système réagisse.

Au lendemain d’une question sur les retours donnés aux volontaires, ma conjointe, inscrite sur le site a enfin reçu un message demandant des précisions. Plus grave, on apprenait que la longue procédure pour avoir un droit de pratique n’était pas simplifiée et que les conditions étaient toujours aussi rigides pour les médecins ou personnels infirmiers étrangers par exemple.

« On m’a dit que je n’avais pas l’expérience pour répondre à des épidémies dans un milieu comme le Québec », a-t-on répondu à la Dre Joanne Liu. L’Officière de l’Ordre national du Québec, qui était à la tête de Médecin sans frontières (MSF) lors de la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, n’a pas passé le test des bureaucrates du ministère de la Santé. Il a fallu un message Twitter de la ministre de la Santé pour que l’ancienne présidente de MSF puisse apporter son aide !

Le message Twitter de la ministre de la Santé du Québec, Mme Danielle McCann remerciant l’ancienne présidente de Médecin sans frontière d’avoir porté à sa connaissance le refus qu’elle avait reçu pour sa proposition d’aide. Source : Twitter

Une centralisation qui ne marche pas

Le premier ministre a dû finalement faire appel à l’armée pour tenter de combler les manques en personnel dans les CHSLD. Car aujourd’hui, 9’500 employés sont en arrêt de travail (4’000 en quarantaine à cause du virus et les autres pour des raisons X). On a tenté de rapatrier du personnel des hôpitaux qui tournent au ralenti, mais ça prend du temps.

François Legault en a aussi été d’un acte de contrition en disant qu’il aurait dû augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires (qui font le travail de base dans les CSHLD) sans l’accord des syndicats. Car oui, les syndicats s’opposent à ce qu’on augmente que les plus bas salariés, tout le monde doit en profiter…

La centralisation du système de santé québécois qui n’est pourtant pas plus grand que la Suisse a créé un monstre bureaucratique. La décentralisation cantonale helvétique est une chance inouïe de garder le contrôle des institutions dans des moments de crise aussi bien qu’en temps normal. Il faudra s’en souvenir.

24 avril 2020

La vallée du Saint-Laurent, une histoire en quatre temps

Je vous parle souvent du Québec et du Canada. Si, vus d’Europe, ces deux termes peuvent représenter la même chose, il n’en va pas de même lorsque l’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Le Québec est une des dix provinces du Canada, la seule francophone, mais elle est aussi le berceau du Canada. Là où l’histoire a commencé au nord de l’Amérique du Nord. Une histoire qui s’est jouée en quatre temps.

« Faire le voyage de ce royaume es terres Neufves pour descouvrir certaines ysles où l’on dit quìl se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses. » La mission donnée par le roi de France François Ier en 1534 lorsqu’il accepte de financer l’expédition de Jacques Cartier est claire. Elle va aboutir sur la naissance de la Nouvelle-France.

Aujourd’hui, les voiliers qui passent devant les falaises de Québec sont pacifiques. Ici l’Esméralda, lors du rendez-vous 2017 des Grands voiliers. Photo : Pierrot Métrailler

Dix siècles de présence humaine

Mais l’histoire de la région commence bien avant cela. Les plus anciennes traces de présences humaines dans la vallée du Saint-Laurent datent de près de 10 000 ans. Des chasseurs paléoindiens se sont installés tout près d’où je vis aujourd’hui à Saint-Romuald. L’endroit regorgeait de nourriture au confluent des eaux salées et des eaux douces où la faune marine était abondante.

Différents peuples autochtones ont alternativement occupé la vallée entre les Grands Lacs et l’Océan Atlantique. Les pêcheurs européens, vikings puis basques sont venus durant notre ère pêcher dans le golfe du Saint-Laurent à la poursuite des bancs de morues. Les premiers contacts entre les peuples des deux continents datent des environs de l’an mil.

La Nouvelle-France

Les trois voyages de Jacques Cartier n’eurent pas de suites immédiates. Les richesses espérées ne furent pas au rendez-vous. Ce n’est qu’une soixantaine d’années plus tard, sous le règne d’Henri IV qu’une présence européenne permanente s’établit dans la vallée du Saint-Laurent. En juillet 1608, Samuel de Champlain fonda Québec.

Le commerce de fourrure fit la fortune de quelques commerçants, mais l’occupation des terres fut plus lente. La Nouvelle-France se développa lentement autour de Québec, puis de Trois-Rivières et enfin de Montréal fondée en 1642. 

La ville de Québec honore son fondateur par une statue qui regarde sa ville. La dépouille de Champlain mort en 1635 à Québec ayant été perdue dans l’histoire. Photo : Pierrot Métrailler

Des aventuriers français allèrent jusqu’aux montagnes Rocheuses à l’ouest et à l’embouchure du Mississippi au sud pour créer des routes et des comptoirs commerciaux. Les colons français collaboraient avec les Hurons et les Montagnais, mais craignaient les Iroquois qui commerçaient avec les Anglais.

Les Anglais prennent le pouvoir

Car le roi d’Angleterre s’intéressait aussi au Nouveau-Monde. Une première colonie fut fondée en 1607 près de l’actuel Boston. Cette aventure a donné le film Pocahontas que vous connaissez sûrement. La rivalité franco-anglaise déborda rapidement en Amérique du Nord.

Les guerres américaines suivirent le même rythme que les conflits européens. Après plusieurs tentatives avortées, en automne 1759 les Anglais prirent Québec, puis Montréal au printemps 1760. Le traité de Paris de 1763 scella le sort de la vallée du Saint-Laurent. Louis XV ne voulut pas « se battre pour quelques arpents de neige », selon l’expression de Voltaire.

Un siècle de domination anglaise s’en suivit. Les habitants purent garder leur langue et leur religion, car les Britanniques avaient besoin de leur neutralité pour faire face à la révolution américaine. Mais les élites françaises étant rentrées en Europe après la conquête, tous les postes dirigeants étaient occupés par des Anglais ou des gens sous leur allégeance. Des patriotes francophones tentèrent bien quelques révoltes, mais en vain.

La Confédération canadienne

En 1867, trois colonies britanniques : Le Canada (Québec et Ontario actuels), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, s’unirent pour fonder la Confédération canadienne. Ils réussirent à convaincre la reine Victoria de leur accorder le statut de dominion et une certaine indépendance avec le projet de construire un chemin de fer d’un océan à l’autre.

Ce nouveau pays est une confédération de provinces qui reconnaît comme souverain le monarque régnant en Angleterre. C’est pourquoi aujourd’hui la reine d’Angleterre est le chef d’État du Canada. Elle règne, mais ne gouverne pas. C’est le premier ministre qui gouverne, le Canada a le même système politique que l’Angleterre.

Mais le gouvernement fédéral n’a pas tous les pouvoirs. Les provinces, aujourd’hui au nombre de dix, possèdent des pouvoirs spécifiques, comme l’éducation, la santé, etc., et des pouvoirs partagés comme la justice ou le commerce par exemple. Les provinces ont également le même système politique que l’Angleterre avec un mode électoral qu’on appelle uninominal à un tour. Chaque circonscription élit un député, celui qui obtient le plus de voix. Le parti qui obtient le plus de sièges nomme le premier ministre.

Des origines autochtones et francophones qui s’oublient

Cette évolution en quatre temps permet de mieux comprendre les complexités du présent. J’aurai l’occasion dans de prochaines chroniques, à l’occasion de certains anniversaires, de vous parler de cette évolution et des conséquences actuelles de ce parcours. 

Rouge ou bleu, Canada ou Québec, il faut souvent choisir lorsqu’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Photo : Pierrot Métrailler

En attendant, le Québec n’est pas le Canada, il n’est qu’une province déchirée entre les autochtones, les francophones qui veulent retrouver leur indépendance, les francophones qui se sentent bien au Canada, les anglophones et les immigrants plus récents. Un mélange qui oscille entre harmonie et explosion au gré des humeurs.

17 avril 2020

Il est l’heure de se préparer à surmonter la crise après la crise.

L’Europe a réussi à se mettre d’accord pour investir plus de 500 milliards d’euros pour surmonter l’épreuve que nous traversons. Le Canada annonce des programmes de plus de 100 milliards de dollars pour faire face à l’avenir. La Suisse n’est pas en reste et les programmes se multiplient pour affronter une récession qui verrait une chute du PIB entre 7 et 10 % selon les scénarios du Secrétariat à l’économie (SECO).

La table du jeudi saint a inspiré les ministres des Finances de l’Eurogroupe qui se sont mis d’accord sur un plan de soutien de 540 milliards d’euros pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire du coronavirus. 

Pour détendre l’atmosphère, le premier ministre du Québec, François Legault a décrété que la « Fée des dents » était un service essentiel, ainsi les petits québécois qui perdent une dent de lait pourront toujours trouver un billet de 5 $ sous leur oreiller. – Source : lesacdechips.com

Cette réponse suit trois axes principaux : 240 milliards d’euros de prêts du fonds de secours de la zone euro pour les dépenses de santé, un fonds de garantie de 200 milliards d’euros pour les entreprises et jusqu’à 100 milliards pour soutenir le chômage partiel.

Une prestation canadienne d’urgence

Le Canada a mis rapidement sur pied une prestation canadienne d’urgence pour venir en aide aux personnes qui ont perdu leur emploi à cause de la crise du coronavirus. Devant l’impossibilité de réagir rapidement avec les différents programmes de chômage, le premier ministre Justin Trudeau a opté pour une solution universelle.

Faisant partie des plus de 3 millions de personnes qui ont droit à cette aide, je peux vous en parler en connaissance de cause. Qu’on soit employé, travailleur autonome (indépendant) à temps plein ou à temps partiel, pour autant qu’on ait déclaré 5 000 $ de revenus en 2019 et qu’on ait perdu son emploi à cause de la crise, on peut faire une demande.

J’ai rempli le formulaire sur Internet lundi matin en moins d’une minute grâce à mon dossier numérique de l’Agence du revenu du Canada et mercredi, un premier versement de 2000 $ arrivait sur mon compte bancaire. Je vais avoir droit à 500 $ par semaine pour 4 mois au maximum durant les semaines où mon revenu est à 0 à cause du confinement.

Faire atterrir l’avion dans la tempête

« On va émerger plus facilement de la crise si on prend soin du contrat social et de notre tissu économique des PME. On a besoin de se tenir ensemble comme société », a déclaré Jean-Yves Duclos, président du Conseil du trésor canadien.  « Il n’y a pas de plafond [de dépenses] parce qu’on est vraiment dans une situation de court terme », a-t-il ajouté.

Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor au Canada – Source : Le Devoir

Le gouvernement canadien a déjà consenti entre 110 et 120 milliards de dollars en aide directe. Et il ne se passe plus une journée sans que le fédéral ajuste ses programmes pour colmater des brèches. La volonté est claire : « Nous voulons permettre à l’avion de se poser dans la tempête et être capable de redécoller le moment venu », conclut Jean-Yves Duclos.

La crise qui succèdera à la crise sanitaire s’annonce bien plus dure que celle de 2008 qui touchait le milieu de la finance. Aujourd’hui, c’est l’économie réelle qui est touchée. La comparaison se fait plus souvent avec la grande dépression de 1929 et du début des années 1930. 

À l’époque, les gouvernements avaient comme philosophie de ne pas intervenir. Ils se disaient que l’économie allait reprendre, que le marché ferait son travail et que le chômage allait finir par disparaître. La crise a duré trois ans.

Recentrer les fonctions de l’État

Aujourd’hui, les États semblent avoir tiré les leçons de ces années noires. Il faut dire que nombre d’économistes ont étudié cette période. Lorsqu’un gouvernement ne réagit pas assez rapidement, le risque est de passer d’une récession à une dépression. Beaucoup prédise que le monde va encaisser la plus grande perte d’emplois depuis la crise de 1930.

Face à ce constat, l’État a un rôle incontestable à jouer, mais le voir régler tous les problèmes est utopique. On entend de plus en plus de voix demander la fin de la mondialisation. La crise a mis en évidence les tragiques lacunes d’une dépendance à l’étranger pour des approvisionnements stratégiques. La course aux masques de protection, aux respirateurs et autres matériel médical est pathétique.

Mais tout ne doit pas être jeté. Vouloir, comme certains, tout remettre en main de l’État est une grave erreur. « Un État fort, mais svelte ! » Le slogan du Parti radical du temps du ministre des Finances Hans-Rudolf Merz (2004 – 2010) me paraît parfaitement adapté à la réponse que nous devons apporter à l’après Covid-19.

Hans-Rudolf Merz était un ministre des Finances adepte d’un « État fort, mais svelte ». Source : Wikipédia

Un retour aux tâches régaliennes de l’État sera vital pour éviter des dérives économiques, financières ou démocratiques. Dans ces tâches, il y a la protection de la population. La protection sanitaire devra être améliorée. On ne peut plus dépendre des autres pour garantir des réserves stratégiques. Mais il y a aussi la protection de l’économie qui doit permettre à chacun de vivre. Les prochains mois, voire les prochaines années seront décisifs. L’État doit retrouver sa juste place entre le trop et le trop peu.

15 avril 2020

Souhait du jour de l’an

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 13 h 27 min
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Eustache Deschamps (1346 – 1406)

Né quelques années après le début de la guerre de Cent Ans, Eustache Deschamps détestait cordialement les Anglais. C’est une certitude contrairement à sa date de naissance qui reste floue. Certains historiens la placent en 1346, d’autres quelques années plus tôt. Par contre, sa vie est assez bien connue, parce que cet auteur nous donne moult détails dans son œuvre abondante.

Il est aussi parfois nommé Eustache Morel à cause de son teint basané ou parce qu’il a été prisonnier des Maures, le mystère demeure, par contre son nom Deschamps vient de son domaine près de Vertu en Champagne où il a vu le jour. Il étudiera le droit à Orléans et occupera divers postes avant d’entrer au service des rois de France. 

Eustache Deschamps

Il en servira quatre durant sa vie, mais il passera à la postérité pour son abondante production littéraire. « On naît poète, on ne le devient pas ! » Dans son traité l’Art de dictier, il fait clairement la distinction entre la musique qui s’apprend et la poésie qui est un don. Très apprécié de son temps, il a ensuite traversé un long oubli. Aujourd’hui, près de 1 500 pièces variées ont été retrouvées dont un rondeau Souhait du jour de l’an que je vous propose.

10 avril 2020

Les grandes institutions sportives face à la crise du coronavirus

Filed under: 1. Lettre québécoise,Uncategorized — vslibre @ 8 h 11 min
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Le monde sportif n’échappe pas à la déferlante Covid-19. Tout est chamboulé. Les reports ou annulations de compétitions sont légion aujourd’hui. Mais, au début de la crise, si certaines organisations ont assez vite pris la mesure de la situation, d’autres ont mis du temps à réagir. La palme revient sans aucun doute au CIO. Fidèle à sa tradition d’arrogance, il a démontré, une fois de plus, qu’il n’arrive pas à changer et qu’il se soucie toujours peu des athlètes.

Si les grands championnats européens de football et la Coupe du monde de ski alpin ont été les premiers à devoir réagir devant la crise sanitaire que nous vivons, en Amérique du Nord, les choses ont évolué un peu différemment. C’est le basketball qui a ouvert les feux avant d’être suivi par les autres organisations.

Le sport en Amérique du Nord

Avant d’entrer dans la crise que nous vivons, je vous propose une courte explication sur le fonctionnement du sport professionnel en Amérique du Nord qui diffère largement de ce qui se fait en Europe. Football américain, baseball, basketball, hockey sur glace et soccer (football européen) sont les principaux sports collectifs qui occupent une large part du paysage sportif et médiatique de mon côté de l’Atlantique.

En novembre dernier une visite au Centre Bell pour voir jouer les Canadiens de Montréal était encore un incontournable pour les amateurs de sport de passage dans la ville. Photo : Pierrot Métrailler

Chacun de ces sports est organisé sur le même modèle : une ligue majeure professionnelle qui domine et organise le tout, des ligues professionnelles mineures pour occuper le territoire et une base formatrice principalement faite dans les collèges et les universités. En clair, après l’université, si on ne devient pas professionnel, il ne reste que les « ligues de garage » organisées par les joueurs eux-mêmes pour pratiquer son sport.

Les ligues majeures (NFL, MBL, NBA, NHL et MLS) délivrent des franchises qui appartiennent principalement à des hommes d’affaires et qui peuvent se vendre. Il n’y a pas de promotion relégation, mais tout un système très réglementé que ce soit pour le déroulement des compétitions, pour les transferts, le repêchage des jeunes joueurs ou encore la rémunération des athlètes qui ont droit en principe à la moitié des revenus de la ligue. Toutes ces ligues sont dirigées par un commissaire à la tête du bureau des gouverneurs.

La NBA a donné le ton

Au moment où la crise a éclaté, le basketball et le hockey étaient en pleine activité. Le football américain venait de terminer sa saison, le soccer reprenait à peine et le baseball se préparait à débuter ses activités en avril. C’est le basket qui a donné le ton. Le commissaire Adam Silver a suspendu les activités de sa ligue le mercredi 11 mars alors que des parties étaient en cours.

Le résultat positif du test d’un joueur du Jazz de l’Utah communiqué peu avant le début d’une partie a provoqué cette décision. Si la suspension avait été annoncée pour deux semaines, elle sera beaucoup plus longue. Rien n’est décidé pour la suite de la saison. Après cette première annonce, la NHL a dû, à son tour, réagir rapidement. La pression était grande sur le commissaire Gary Bettman.

Celui-ci est bien connu pour sa dureté en affaire. Il a interdit aux joueurs de la NHL d’aller aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018, par exemple. Il a beaucoup hésité avant de suspendre les activités, mais la pression des dirigeants et des joueurs a été forte pour que finalement son bureau des gouverneurs en arrive à cette décision le 12 mars dernier. On évoque une saison qui pourrait aller jusqu’au mois d’août si elle peut reprendre d’ici là.

Un CIO fidèle à lui-même

Mais ces atermoiements ne sont rien à côté de ce que nous a livré le comité international olympique dans cette période d’incertitude. Le CIO « a raté une chance de montrer de l’empathie. La communication est trop défensive et technique, pas assez près des gens dans ces jours difficiles », a déclaré dans un entretien à l’AFP M. Lacotte, directeur du CIO de 2003 à 2011, sous la présidence du Belge Jacques Rogge.  

Je ne peux qu’être d’accord avec M. Lacotte. Il a fallu attendre 10 jours après que les grandes institutions sportives nord-américaines aient suspendu leurs activités pour que le CIO daigne prendre une décision. Le 21 mars, Thomas Bach, président du CIO, écrivait aux athlètes que le CIO se donnait quatre semaines pour évaluer les différentes options.

Thomas Bach, président du CIO, est à la tête d’une organisation qui ne sait pas s’adapter Photo : Getty Images / AFP/Fabrice Coffrini

J’ai retrouvé dans cette annonce toute l’arrogance qui émanait du CIO du temps où Juan Antonio Samaranch régnait en maître. Alors que le monde basculait dans l’incertitude, où l’Italie après la Chine et l’Iran connaissait des difficultés sanitaires majeures, ces messieurs de Lausanne allaient prendre un mois pour voir ce qu’on pouvait faire !

Ont-ils pensé aux athlètes dans l’incertitude ? Certains pouvant s’entraîner presque normalement, d’autres confinés ou malade, où était la justice alors que les compétitions permettant d’assurer une qualification étaient annulées les unes après les autres.  Finalement les autorités japonaises auront pris la décision à leur place quelques jours plus tard. Un peu tard pour les personnes contaminées lors d’un tournoi de boxe de sélection olympique à Londres le 14 mars dernier.

Quel avenir pour ces jeux où les dirigeants semblent oublier qu’ils ont d’abord été créés pour les athlètes ? Je pensais qu’après toutes les malversations qui ont émaillé les candidatures de Sion et de Québec, qui pour la petite histoire avait reçu le même nombre de vote de ses seigneurs du CIO en vue de l’organisation des JO de 2002, on avait tout vu.

Malheureusement, le temps où on accordait des faveurs aux plus offrants n’est pas très différent de celui qu’on vit actuellement. Des intérêts qui n’ont rien à voir avec celui des athlètes dominent toujours. Peut-être que la crise économique mondiale qui suivra cette crise sanitaire règlera définitivement la question. Ce serait un moindre mal.

9 avril 2020

Confinement et distanciation sociale, l’exemple de l’école

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 9 h 09 min
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En un mois, nos vies ont complètement changé. Qui aurait pu imaginer que tout pourrait basculer si vite. 2020 s’annonçait comme une année faste, la plupart des signaux étaient au vert. Le vert justement était la couleur à la mode. Greta nous obligeait à réfléchir à notre impact sur notre planète, mais pour la majorité, l’heure était à l’insouciance quand tout a basculé.

« Le Québec va se mettre sur pause pour trois semaines. » Cette petite phrase lâchée par le premier ministre François Legault semble anodine. Qui n’a pas rêvé de mettre sa vie sur pause pendant quelque temps ? Mais elle engendre des conséquences insoupçonnées, incalculables, inimaginables.

Des arcs-en-ciel avec le message « Ça va bien aller » fleurissent dans les fenêtres des maisons au Québec suite à une initiative lancée sur Facebook. Source : narcity.com

Depuis que le coronavirus est entré dans nos vies, nos repères tombent les uns après les autres et personne n’est en mesure de prédire ni quand ça s’arrêtera ni dans quel état nous en sortirons. Écrire une chronique une semaine avant sa parution est déjà un exercice d’équilibriste en temps normal, alors en période de crise, le défi est presque insurmontable.

Je vais donc laisser de côté les chiffres. Sachez seulement, pour donner un point de repère, qu’à l’heure où j’écris ces lignes, le Québec qui, je le rappelle, compte pratiquement la même population que la Suisse connaît 10 fois moins de cas dépistés de victime de la Covid-19 et également 10 fois moins de morts que la Suisse.

Distanciation sociale

«L’objectif de la distanciation sociale est de réduire la probabilité de contacts entre les personnes porteuses d’une infection et d’autres personnes non infectées, de manière à réduire la transmission de la maladie, la morbidité et la mortalité. Elle participe à la réduction des risques sanitaires. » Voilà pour une explication de cette mesure de santé publique.

Cette expression qui, il y a à peine un mois, était inconnue de la majorité d’entre nous qui l’aurions prise comme un besoin de s’éloigner des réseaux sociaux fait aujourd’hui partie du vocabulaire commun à la totalité de la planète. C’est elle qui nous unit et nous impose un confinement plus ou moins strict. 

« On reste à la maison sauf pour aller chercher des services essentiels ou pour donner des services essentiels », précisait dernièrement le premier ministre du Québec. François Legault a trouvé une formule claire et concise pour bien faire comprendre les mesures prises pour enrayer la propagation du fléau. Comme la Suisse, le Québec demande à sa population de rester à la maison, mais sans la contraindre avec des mesures coercitive.

L’exemple de l’école

Comme en Valais, l’école s’est arrêtée le vendredi 13 mars au Québec. Mais la comparaison s’arrête là. Pour le reste, l’exemple est intéressant pour analyser sommairement le fonctionnement de ces sociétés. Pour faire simple, je dirai que le Valais, comme la Suisse, est une démocratie libérale et que le Québec est une social-démocratie.

Quelques échanges de messages avec d’anciens collègues valaisans (j’ai travaillé 20 ans comme enseignant primaire en Valais) m’ont donné un rapide aperçu des mesures prises dans le canton pour assurer une continuité de l’enseignement. Dès le 18 mars, soit 5 jours. (3 jours ouvrables) après la décision, une plate-forme commençait à être à disposition des élèves et des enseignants. Mes collègues, depuis les premiers jours ont des contacts quotidiens avec ses élèves par courrier, courriel, téléphone, vidéoconférence, etc. Chaque école, chaque direction a mis en place des mesures adaptées à ses réalités.

Les cours d’école resteront vides au Québec au moins jusqu’au début du mois de mai. Source : radio-canada.ca

Tout est bien différent au Québec. Le vendredi 13 mars, jour de tempête de neige dans ma région, les écoles étaient fermées. Depuis les enfants, comme les enseignants sont en congé. Ma conjointe qui enseigne a vu sa clé électronique qui lui permet d’entrer à l’école être désactivée. Elle n’a pas le droit d’aller à l’école, seul son directeur y a accès. Tout le monde était dans l’attente des décisions du ministère.

Après deux semaines, le ministre de l’Éducation a demandé aux enseignants de prendre un contact téléphonique ou autre avec leurs élèves une fois par semaine si possible pour les rassurer en priorisant les élèves en difficulté. Une plate-forme commune sera en ligne pour proposer des activités à tous les élèves du Québec dès le 6 avril. Télé-Québec proposera également des émissions éducatives à partir de cette date. « On ne veut pas faire des parents des enseignants », a déclaré Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation.

Au nom de l’égalité et de la centralisation

Le principe d’égalité est invoqué pour suspendre ainsi l’activité scolaire au primaire et au secondaire. Il y a même une pétition des étudiants des niveaux supérieurs qui eux doivent finir leur session à distance, pour demander la validation des crédits pour tous au nom de l’égalité de traitement, tous n’ayant pas le même accès à l’enseignement en ligne.

Si j’ai lu qu’en Suisse, la question se pose sur la validation de l’année scolaire. Au Québec, la question a été réglée rapidement pour le primaire et le secondaire. Quel que soit le moment de la reprise de l’école, même si c’était en septembre prochain, l’année serait validée. Ce qui, je crois, est une bonne solution dans les circonstances. Il faudra adapter le programme à la reprise, mais à ces niveaux, c’est tout à fait possible. 

D’un côté on pense performance et efficacité, de l’autre égalité et sécurité. Pour les uns le génie local est à l’œuvre, pour les autres, la centralisation est privilégiée. Peut-être qu’un mélange des deux optiques seraient un bon équilibre. À chacun de trouver le bon dosage adapté aux situations particulières.

27 mars 2020

Dans les crises, les hommes se révèlent

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 05 min
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Le Coronavirus qui submerge le monde actuellement crée une crise sans précédent. La pandémie n’a pas de frontière et frappe sans discernement. Le Québec est avec un temps de retard, aussi touché que la Suisse. La vie est irréelle, comme au ralenti. Dans cette atmosphère inconnue l’homme et la femme sont obligés de se révéler dans ce qu’ils sont véritablement.

On pourrait faire de la sociologique des groupes, des communautés pour étudier le comportement des différents peuples, des différents états. Ce n’est pas mon propos ici, je laisse ça pour plus tard, après la crise. Je vais m’attarder à analyser nos dirigeants, car ce sont eux qui donnent le ton, qui ont la difficile tâche de nous guider dans ce moment difficile.

Quelques exemples historiques

Georges Clemenceau n’aurait jamais été le « Père la Victoire » sans la Première guerre mondiale. Il serait resté « le premier flic de France », comme il se nommait, hait de toute la gauche française, s’il la guerre ne l’avait pas révélé au soir de sa vie, il avait 76 ans lorsqu’il reprend la tête du Conseil qui gouvernait la France en 1917.

« Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Winston Churchill, ne serait resté qu’un obscur ministre anglais plutôt dans la moyenne s’il n’avait pas eu la Deuxième guerre mondiale qui lui a permis de magnifier son leadership. Il a prononcé sa célèbre phrase à 66 ans lorsqu’il est devenu premier ministre. 

En Suisse, jamais le général Guisan n’aurait marqué l’histoire du pays sans cette même Deuxième guerre mondiale. Aucun chef militaire n’a sa place dans l’opinion publique en dehors des périodes de crise. Le grade de général n’existe d’ailleurs pas en temps de paix. Lui aussi, à 66 ans, s’est sublimé face aux événements et a su mobiliser et unifier la nation dans un moment critique.

Un Canada flou et indécis

Justin Trudeau apparaît esseulé tous les jours devant sa résidence à Ottawa. Les journalistes se tiennent à 6 mètres à cause du retrait observé à cause de la Covid-19 de l’épouse du premier ministre. Source : radio-canada.ca

Nous vivons actuellement une période de crise comme nous n’en avons plus vécu depuis la Deuxième guerre mondiale et cette crise révèle aussi la vraie dimension de nos dirigeants. Au Canada, qui est une confédération, comme la Suisse, nous avons droit à deux figures bien différentes : un premier ministre fédéral maladroit et indécis et un premier ministre provincial ferme et convaincant.

Justin Trudeau, je vous l’ai déjà dit, est devenu premier ministre parce qu’il est le fils de Pierre Eliott Trudeau. Sans cela, ce professeur de théâtre ne serait jamais sorti de son rôle. Reclus dans sa résidence car son épouse est atteinte de la Covid-19, en retrait, il n’apparaît pas comme un chef convaincant.

Indécis, en retard, on n’a pas le droit de venir 39 minutes en retard pour une conférence de presse diffusée en direct dans tout le pays ! Justin Trudeau n’a pas trouvé le ton juste. Il est flou dans ses explications et change drastiquement ces décisions d’un jour à l’autre. L’exemple de la frontière avec les États-Unis est flagrant. Un jour c’est une très mauvaise idée de fermer les frontières, le lendemain on les ferme toutes sauf avec les États-Unis, un jour plus tard, on ferme celle-là aussi. Rien pour rassurer la population.

Un Québec chaleureux et rassurant

Au Québec, François Legault se présente quotidiennement entouré du directeur national de la Santé publique Horacio Arruda et de la ministre de la Santé Danielle MacCann qui répondent avec beaucoup de précision et d’humanité. Source radio-canada.ca

Tout un contraste avec François Legault, le premier ministre du Québec qui se révèle comme un grand homme d’État. Je me souviens que lors de mon arrivée au Québec (janvier 2012), la Coalition avenir Québec (CAQ) venait d’être fondée (14 novembre 2011). Son chef était surnommé « on verra » à cause de ses premières réponses aux journalistes.

Aujourd’hui, c’est Horacio Arruda, le directeur national de la Santé publique qui ose glisser la formule lors de ses réponses à la conférence de presse quotidienne. Un autre personnage qui a le ton juste cet Horacio. Mais revenons à François Legault. Il a su, dès le début de la crise parler vrai aux Québécois.

Je le soupçonnais d’être un homme politique qui s’investit pour les bonnes raisons avant cette crise, mais là, il éclate vraiment et fait l’unanimité. Quel contraste avec Justin Trudeau. Il sait être ferme et rassurant. Il sait surtout s’entourer, ne pas apparaître seul aux commandes. On sent que c’est lui qui dirige, mais on sent surtout qu’il sait écouter.

Ne pas apparaître seul

Car si les exemples que je citais au début reste dans la mémoire collective comme des dirigeants solitaires, les temps ont changé. Aujourd’hui, le groupe est important. Nous voulons des leaders qui, en temps de crise, sont aux commandes, mais bien entourés. C’est visiblement le cas au Québec, très douteux au Canada.

La Suisse a la chance d’avoir un collège gouvernemental. Cette richesse est précieuse, même si quand tout va bien on aimerait que les choses aillent plus vite. Aujourd’hui, de loin, je sens un gouvernement bien à ses affaires. Quand Alain Berset encourage la responsabilité individuelle pendant que le président français, Emmanuel Macron, promet que personne ne fera faillite, j’aime le système suisse.

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