Valais Libre

24 avril 2020

La vallée du Saint-Laurent, une histoire en quatre temps

Je vous parle souvent du Québec et du Canada. Si, vus d’Europe, ces deux termes peuvent représenter la même chose, il n’en va pas de même lorsque l’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Le Québec est une des dix provinces du Canada, la seule francophone, mais elle est aussi le berceau du Canada. Là où l’histoire a commencé au nord de l’Amérique du Nord. Une histoire qui s’est jouée en quatre temps.

« Faire le voyage de ce royaume es terres Neufves pour descouvrir certaines ysles où l’on dit quìl se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses. » La mission donnée par le roi de France François Ier en 1534 lorsqu’il accepte de financer l’expédition de Jacques Cartier est claire. Elle va aboutir sur la naissance de la Nouvelle-France.

Aujourd’hui, les voiliers qui passent devant les falaises de Québec sont pacifiques. Ici l’Esméralda, lors du rendez-vous 2017 des Grands voiliers. Photo : Pierrot Métrailler

Dix siècles de présence humaine

Mais l’histoire de la région commence bien avant cela. Les plus anciennes traces de présences humaines dans la vallée du Saint-Laurent datent de près de 10 000 ans. Des chasseurs paléoindiens se sont installés tout près d’où je vis aujourd’hui à Saint-Romuald. L’endroit regorgeait de nourriture au confluent des eaux salées et des eaux douces où la faune marine était abondante.

Différents peuples autochtones ont alternativement occupé la vallée entre les Grands Lacs et l’Océan Atlantique. Les pêcheurs européens, vikings puis basques sont venus durant notre ère pêcher dans le golfe du Saint-Laurent à la poursuite des bancs de morues. Les premiers contacts entre les peuples des deux continents datent des environs de l’an mil.

La Nouvelle-France

Les trois voyages de Jacques Cartier n’eurent pas de suites immédiates. Les richesses espérées ne furent pas au rendez-vous. Ce n’est qu’une soixantaine d’années plus tard, sous le règne d’Henri IV qu’une présence européenne permanente s’établit dans la vallée du Saint-Laurent. En juillet 1608, Samuel de Champlain fonda Québec.

Le commerce de fourrure fit la fortune de quelques commerçants, mais l’occupation des terres fut plus lente. La Nouvelle-France se développa lentement autour de Québec, puis de Trois-Rivières et enfin de Montréal fondée en 1642. 

La ville de Québec honore son fondateur par une statue qui regarde sa ville. La dépouille de Champlain mort en 1635 à Québec ayant été perdue dans l’histoire. Photo : Pierrot Métrailler

Des aventuriers français allèrent jusqu’aux montagnes Rocheuses à l’ouest et à l’embouchure du Mississippi au sud pour créer des routes et des comptoirs commerciaux. Les colons français collaboraient avec les Hurons et les Montagnais, mais craignaient les Iroquois qui commerçaient avec les Anglais.

Les Anglais prennent le pouvoir

Car le roi d’Angleterre s’intéressait aussi au Nouveau-Monde. Une première colonie fut fondée en 1607 près de l’actuel Boston. Cette aventure a donné le film Pocahontas que vous connaissez sûrement. La rivalité franco-anglaise déborda rapidement en Amérique du Nord.

Les guerres américaines suivirent le même rythme que les conflits européens. Après plusieurs tentatives avortées, en automne 1759 les Anglais prirent Québec, puis Montréal au printemps 1760. Le traité de Paris de 1763 scella le sort de la vallée du Saint-Laurent. Louis XV ne voulut pas « se battre pour quelques arpents de neige », selon l’expression de Voltaire.

Un siècle de domination anglaise s’en suivit. Les habitants purent garder leur langue et leur religion, car les Britanniques avaient besoin de leur neutralité pour faire face à la révolution américaine. Mais les élites françaises étant rentrées en Europe après la conquête, tous les postes dirigeants étaient occupés par des Anglais ou des gens sous leur allégeance. Des patriotes francophones tentèrent bien quelques révoltes, mais en vain.

La Confédération canadienne

En 1867, trois colonies britanniques : Le Canada (Québec et Ontario actuels), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, s’unirent pour fonder la Confédération canadienne. Ils réussirent à convaincre la reine Victoria de leur accorder le statut de dominion et une certaine indépendance avec le projet de construire un chemin de fer d’un océan à l’autre.

Ce nouveau pays est une confédération de provinces qui reconnaît comme souverain le monarque régnant en Angleterre. C’est pourquoi aujourd’hui la reine d’Angleterre est le chef d’État du Canada. Elle règne, mais ne gouverne pas. C’est le premier ministre qui gouverne, le Canada a le même système politique que l’Angleterre.

Mais le gouvernement fédéral n’a pas tous les pouvoirs. Les provinces, aujourd’hui au nombre de dix, possèdent des pouvoirs spécifiques, comme l’éducation, la santé, etc., et des pouvoirs partagés comme la justice ou le commerce par exemple. Les provinces ont également le même système politique que l’Angleterre avec un mode électoral qu’on appelle uninominal à un tour. Chaque circonscription élit un député, celui qui obtient le plus de voix. Le parti qui obtient le plus de sièges nomme le premier ministre.

Des origines autochtones et francophones qui s’oublient

Cette évolution en quatre temps permet de mieux comprendre les complexités du présent. J’aurai l’occasion dans de prochaines chroniques, à l’occasion de certains anniversaires, de vous parler de cette évolution et des conséquences actuelles de ce parcours. 

Rouge ou bleu, Canada ou Québec, il faut souvent choisir lorsqu’on vit dans la vallée du Saint-Laurent. Photo : Pierrot Métrailler

En attendant, le Québec n’est pas le Canada, il n’est qu’une province déchirée entre les autochtones, les francophones qui veulent retrouver leur indépendance, les francophones qui se sentent bien au Canada, les anglophones et les immigrants plus récents. Un mélange qui oscille entre harmonie et explosion au gré des humeurs.

19 avril 2020

Le temps a laissé son manteau

Charles d’Orléans (1394 – 1465)

Fils de Louis Ier, duc d’Orléans et de Valentine Visconti fille du duc de Milan et neveu du roi de France Charles VI, Charles d’Orléans est né à l’hôtel de Saint-Paul, à Paris le 24 novembre 1394. Son enfance sera marquée par des rivalités familiales surtout entre son père et le duc de Bourgogne Jean sans Peur. En 1406, il épouse sa cousine germaine Isabelle de Valois, fille du roi Charles VI. Veuf trois ans plus tard, il se remariera avec Bonne d’Armagnac.

En 1415, la guerre reprend avec l’Angleterre et Charles d’Orléans sera fait prisonnier par les Anglais à la bataille d’Azincourt. Emmené en Angleterre, il ne se trouvera personne pour payer sa rançon, son épouse et son beau-père étant décédés à la fin de l’année 1415. C’est seulement en 1440, en utilisant la dot de sa future troisième femme, Marie de Clèves, nièce du duc de Bourgogne.

25 ans prisonnier en Angleterre, ça laisse le temps de réfléchir. C’est durant ce long séjour forcé que Charles d’Orléans compose la première partie de son œuvre poétique. Loin de laisser paraître son découragement, il se sent abandonné par son pays, il chante plutôt l’amour. Amour général ou amour d’une femme en particulier, les spéculations sont nombreuses.

Libéré, le neveu du roi Charles VI rentre en Italie, puis en France où il se retire à Blois. De sa nouvelle union naîtront 3 enfants, dont le futur roi de France Louis XII. Il y écrit, dès 1440, la partie la plus intéressante de son œuvre. Ballades, rondeaux et chansons sur des thèmes variés sont d’une maîtrise remarquable. J’ai choisi pour vous le rondeau Le temps a laissé son manteau. Charles d’Orléans mourra à Amboise le 5 janvier 1465 alors qu’il revient d’une assemblée des princes de sang qui s’est tenue à Poitiers.

17 avril 2020

Il est l’heure de se préparer à surmonter la crise après la crise.

L’Europe a réussi à se mettre d’accord pour investir plus de 500 milliards d’euros pour surmonter l’épreuve que nous traversons. Le Canada annonce des programmes de plus de 100 milliards de dollars pour faire face à l’avenir. La Suisse n’est pas en reste et les programmes se multiplient pour affronter une récession qui verrait une chute du PIB entre 7 et 10 % selon les scénarios du Secrétariat à l’économie (SECO).

La table du jeudi saint a inspiré les ministres des Finances de l’Eurogroupe qui se sont mis d’accord sur un plan de soutien de 540 milliards d’euros pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire du coronavirus. 

Pour détendre l’atmosphère, le premier ministre du Québec, François Legault a décrété que la « Fée des dents » était un service essentiel, ainsi les petits québécois qui perdent une dent de lait pourront toujours trouver un billet de 5 $ sous leur oreiller. – Source : lesacdechips.com

Cette réponse suit trois axes principaux : 240 milliards d’euros de prêts du fonds de secours de la zone euro pour les dépenses de santé, un fonds de garantie de 200 milliards d’euros pour les entreprises et jusqu’à 100 milliards pour soutenir le chômage partiel.

Une prestation canadienne d’urgence

Le Canada a mis rapidement sur pied une prestation canadienne d’urgence pour venir en aide aux personnes qui ont perdu leur emploi à cause de la crise du coronavirus. Devant l’impossibilité de réagir rapidement avec les différents programmes de chômage, le premier ministre Justin Trudeau a opté pour une solution universelle.

Faisant partie des plus de 3 millions de personnes qui ont droit à cette aide, je peux vous en parler en connaissance de cause. Qu’on soit employé, travailleur autonome (indépendant) à temps plein ou à temps partiel, pour autant qu’on ait déclaré 5 000 $ de revenus en 2019 et qu’on ait perdu son emploi à cause de la crise, on peut faire une demande.

J’ai rempli le formulaire sur Internet lundi matin en moins d’une minute grâce à mon dossier numérique de l’Agence du revenu du Canada et mercredi, un premier versement de 2000 $ arrivait sur mon compte bancaire. Je vais avoir droit à 500 $ par semaine pour 4 mois au maximum durant les semaines où mon revenu est à 0 à cause du confinement.

Faire atterrir l’avion dans la tempête

« On va émerger plus facilement de la crise si on prend soin du contrat social et de notre tissu économique des PME. On a besoin de se tenir ensemble comme société », a déclaré Jean-Yves Duclos, président du Conseil du trésor canadien.  « Il n’y a pas de plafond [de dépenses] parce qu’on est vraiment dans une situation de court terme », a-t-il ajouté.

Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor au Canada – Source : Le Devoir

Le gouvernement canadien a déjà consenti entre 110 et 120 milliards de dollars en aide directe. Et il ne se passe plus une journée sans que le fédéral ajuste ses programmes pour colmater des brèches. La volonté est claire : « Nous voulons permettre à l’avion de se poser dans la tempête et être capable de redécoller le moment venu », conclut Jean-Yves Duclos.

La crise qui succèdera à la crise sanitaire s’annonce bien plus dure que celle de 2008 qui touchait le milieu de la finance. Aujourd’hui, c’est l’économie réelle qui est touchée. La comparaison se fait plus souvent avec la grande dépression de 1929 et du début des années 1930. 

À l’époque, les gouvernements avaient comme philosophie de ne pas intervenir. Ils se disaient que l’économie allait reprendre, que le marché ferait son travail et que le chômage allait finir par disparaître. La crise a duré trois ans.

Recentrer les fonctions de l’État

Aujourd’hui, les États semblent avoir tiré les leçons de ces années noires. Il faut dire que nombre d’économistes ont étudié cette période. Lorsqu’un gouvernement ne réagit pas assez rapidement, le risque est de passer d’une récession à une dépression. Beaucoup prédise que le monde va encaisser la plus grande perte d’emplois depuis la crise de 1930.

Face à ce constat, l’État a un rôle incontestable à jouer, mais le voir régler tous les problèmes est utopique. On entend de plus en plus de voix demander la fin de la mondialisation. La crise a mis en évidence les tragiques lacunes d’une dépendance à l’étranger pour des approvisionnements stratégiques. La course aux masques de protection, aux respirateurs et autres matériel médical est pathétique.

Mais tout ne doit pas être jeté. Vouloir, comme certains, tout remettre en main de l’État est une grave erreur. « Un État fort, mais svelte ! » Le slogan du Parti radical du temps du ministre des Finances Hans-Rudolf Merz (2004 – 2010) me paraît parfaitement adapté à la réponse que nous devons apporter à l’après Covid-19.

Hans-Rudolf Merz était un ministre des Finances adepte d’un « État fort, mais svelte ». Source : Wikipédia

Un retour aux tâches régaliennes de l’État sera vital pour éviter des dérives économiques, financières ou démocratiques. Dans ces tâches, il y a la protection de la population. La protection sanitaire devra être améliorée. On ne peut plus dépendre des autres pour garantir des réserves stratégiques. Mais il y a aussi la protection de l’économie qui doit permettre à chacun de vivre. Les prochains mois, voire les prochaines années seront décisifs. L’État doit retrouver sa juste place entre le trop et le trop peu.

15 avril 2020

Souhait du jour de l’an

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 13 h 27 min
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Eustache Deschamps (1346 – 1406)

Né quelques années après le début de la guerre de Cent Ans, Eustache Deschamps détestait cordialement les Anglais. C’est une certitude contrairement à sa date de naissance qui reste floue. Certains historiens la placent en 1346, d’autres quelques années plus tôt. Par contre, sa vie est assez bien connue, parce que cet auteur nous donne moult détails dans son œuvre abondante.

Il est aussi parfois nommé Eustache Morel à cause de son teint basané ou parce qu’il a été prisonnier des Maures, le mystère demeure, par contre son nom Deschamps vient de son domaine près de Vertu en Champagne où il a vu le jour. Il étudiera le droit à Orléans et occupera divers postes avant d’entrer au service des rois de France. 

Eustache Deschamps

Il en servira quatre durant sa vie, mais il passera à la postérité pour son abondante production littéraire. « On naît poète, on ne le devient pas ! » Dans son traité l’Art de dictier, il fait clairement la distinction entre la musique qui s’apprend et la poésie qui est un don. Très apprécié de son temps, il a ensuite traversé un long oubli. Aujourd’hui, près de 1 500 pièces variées ont été retrouvées dont un rondeau Souhait du jour de l’an que je vous propose.

13 avril 2020

Poèmes de l’infortune

Filed under: p. Un poète, un poème — vslibre @ 10 h 36 min
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Rutebeuf (?1225 – 1285?)

Pauvre Rutebeuf ! comme le chantait Léo Ferré. En effet, ce poète du Moyen-Âge n’a pas dû avoir une vie facile. Certainement jongleur, clerc aussi peut-être, car il maîtrisait le latin ce trouvère né dans la région de Champagne a vécu d’errance. Il s’est aussi marié et installé à Paris où il bénéficia de la protection du comte de Poitiers.

On ne connaît pas le nom exact de celui qui se cachait sous la signature de Rutebeuf ou Rustebeuf qui signifiait « bœuf vigoureux ». Mais son œuvre marque un premier tournant dans la littérature française, car il rompt avec l’ordonnance rigoureuse de la poésie courtoise de son époque. Il lance des cris de colère ou de détresse. Il a aussi excellé dans des genres très divers : pièces lyriques, poèmes allégoriques, poèmes dramatiques, fabliaux ou encore pièces satiriques. 

Dans ses satires, il s’en prend à tous les abus et fait connaître ainsi la société du XIIIe siècle. Représentant de l’esprit laïque, il défend avec la vigueur d’un pamphlétaire l’Université de Paris contre les frères mendiants. Aujourd’hui, on a retrouvé une douzaine de manuscrits pour un total de 56 de ses poèmes, dont les Poèmes de l’infortune d’où sont tirés les vers qui ont inspiré Léo Ferré avec son interrogation: Que sont mes amis devenus?

10 avril 2020

Les grandes institutions sportives face à la crise du coronavirus

Filed under: 1. Lettre québécoise,Uncategorized — vslibre @ 8 h 11 min
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Le monde sportif n’échappe pas à la déferlante Covid-19. Tout est chamboulé. Les reports ou annulations de compétitions sont légion aujourd’hui. Mais, au début de la crise, si certaines organisations ont assez vite pris la mesure de la situation, d’autres ont mis du temps à réagir. La palme revient sans aucun doute au CIO. Fidèle à sa tradition d’arrogance, il a démontré, une fois de plus, qu’il n’arrive pas à changer et qu’il se soucie toujours peu des athlètes.

Si les grands championnats européens de football et la Coupe du monde de ski alpin ont été les premiers à devoir réagir devant la crise sanitaire que nous vivons, en Amérique du Nord, les choses ont évolué un peu différemment. C’est le basketball qui a ouvert les feux avant d’être suivi par les autres organisations.

Le sport en Amérique du Nord

Avant d’entrer dans la crise que nous vivons, je vous propose une courte explication sur le fonctionnement du sport professionnel en Amérique du Nord qui diffère largement de ce qui se fait en Europe. Football américain, baseball, basketball, hockey sur glace et soccer (football européen) sont les principaux sports collectifs qui occupent une large part du paysage sportif et médiatique de mon côté de l’Atlantique.

En novembre dernier une visite au Centre Bell pour voir jouer les Canadiens de Montréal était encore un incontournable pour les amateurs de sport de passage dans la ville. Photo : Pierrot Métrailler

Chacun de ces sports est organisé sur le même modèle : une ligue majeure professionnelle qui domine et organise le tout, des ligues professionnelles mineures pour occuper le territoire et une base formatrice principalement faite dans les collèges et les universités. En clair, après l’université, si on ne devient pas professionnel, il ne reste que les « ligues de garage » organisées par les joueurs eux-mêmes pour pratiquer son sport.

Les ligues majeures (NFL, MBL, NBA, NHL et MLS) délivrent des franchises qui appartiennent principalement à des hommes d’affaires et qui peuvent se vendre. Il n’y a pas de promotion relégation, mais tout un système très réglementé que ce soit pour le déroulement des compétitions, pour les transferts, le repêchage des jeunes joueurs ou encore la rémunération des athlètes qui ont droit en principe à la moitié des revenus de la ligue. Toutes ces ligues sont dirigées par un commissaire à la tête du bureau des gouverneurs.

La NBA a donné le ton

Au moment où la crise a éclaté, le basketball et le hockey étaient en pleine activité. Le football américain venait de terminer sa saison, le soccer reprenait à peine et le baseball se préparait à débuter ses activités en avril. C’est le basket qui a donné le ton. Le commissaire Adam Silver a suspendu les activités de sa ligue le mercredi 11 mars alors que des parties étaient en cours.

Le résultat positif du test d’un joueur du Jazz de l’Utah communiqué peu avant le début d’une partie a provoqué cette décision. Si la suspension avait été annoncée pour deux semaines, elle sera beaucoup plus longue. Rien n’est décidé pour la suite de la saison. Après cette première annonce, la NHL a dû, à son tour, réagir rapidement. La pression était grande sur le commissaire Gary Bettman.

Celui-ci est bien connu pour sa dureté en affaire. Il a interdit aux joueurs de la NHL d’aller aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018, par exemple. Il a beaucoup hésité avant de suspendre les activités, mais la pression des dirigeants et des joueurs a été forte pour que finalement son bureau des gouverneurs en arrive à cette décision le 12 mars dernier. On évoque une saison qui pourrait aller jusqu’au mois d’août si elle peut reprendre d’ici là.

Un CIO fidèle à lui-même

Mais ces atermoiements ne sont rien à côté de ce que nous a livré le comité international olympique dans cette période d’incertitude. Le CIO « a raté une chance de montrer de l’empathie. La communication est trop défensive et technique, pas assez près des gens dans ces jours difficiles », a déclaré dans un entretien à l’AFP M. Lacotte, directeur du CIO de 2003 à 2011, sous la présidence du Belge Jacques Rogge.  

Je ne peux qu’être d’accord avec M. Lacotte. Il a fallu attendre 10 jours après que les grandes institutions sportives nord-américaines aient suspendu leurs activités pour que le CIO daigne prendre une décision. Le 21 mars, Thomas Bach, président du CIO, écrivait aux athlètes que le CIO se donnait quatre semaines pour évaluer les différentes options.

Thomas Bach, président du CIO, est à la tête d’une organisation qui ne sait pas s’adapter Photo : Getty Images / AFP/Fabrice Coffrini

J’ai retrouvé dans cette annonce toute l’arrogance qui émanait du CIO du temps où Juan Antonio Samaranch régnait en maître. Alors que le monde basculait dans l’incertitude, où l’Italie après la Chine et l’Iran connaissait des difficultés sanitaires majeures, ces messieurs de Lausanne allaient prendre un mois pour voir ce qu’on pouvait faire !

Ont-ils pensé aux athlètes dans l’incertitude ? Certains pouvant s’entraîner presque normalement, d’autres confinés ou malade, où était la justice alors que les compétitions permettant d’assurer une qualification étaient annulées les unes après les autres.  Finalement les autorités japonaises auront pris la décision à leur place quelques jours plus tard. Un peu tard pour les personnes contaminées lors d’un tournoi de boxe de sélection olympique à Londres le 14 mars dernier.

Quel avenir pour ces jeux où les dirigeants semblent oublier qu’ils ont d’abord été créés pour les athlètes ? Je pensais qu’après toutes les malversations qui ont émaillé les candidatures de Sion et de Québec, qui pour la petite histoire avait reçu le même nombre de vote de ses seigneurs du CIO en vue de l’organisation des JO de 2002, on avait tout vu.

Malheureusement, le temps où on accordait des faveurs aux plus offrants n’est pas très différent de celui qu’on vit actuellement. Des intérêts qui n’ont rien à voir avec celui des athlètes dominent toujours. Peut-être que la crise économique mondiale qui suivra cette crise sanitaire règlera définitivement la question. Ce serait un moindre mal.

9 avril 2020

Confinement et distanciation sociale, l’exemple de l’école

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 9 h 09 min
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En un mois, nos vies ont complètement changé. Qui aurait pu imaginer que tout pourrait basculer si vite. 2020 s’annonçait comme une année faste, la plupart des signaux étaient au vert. Le vert justement était la couleur à la mode. Greta nous obligeait à réfléchir à notre impact sur notre planète, mais pour la majorité, l’heure était à l’insouciance quand tout a basculé.

« Le Québec va se mettre sur pause pour trois semaines. » Cette petite phrase lâchée par le premier ministre François Legault semble anodine. Qui n’a pas rêvé de mettre sa vie sur pause pendant quelque temps ? Mais elle engendre des conséquences insoupçonnées, incalculables, inimaginables.

Des arcs-en-ciel avec le message « Ça va bien aller » fleurissent dans les fenêtres des maisons au Québec suite à une initiative lancée sur Facebook. Source : narcity.com

Depuis que le coronavirus est entré dans nos vies, nos repères tombent les uns après les autres et personne n’est en mesure de prédire ni quand ça s’arrêtera ni dans quel état nous en sortirons. Écrire une chronique une semaine avant sa parution est déjà un exercice d’équilibriste en temps normal, alors en période de crise, le défi est presque insurmontable.

Je vais donc laisser de côté les chiffres. Sachez seulement, pour donner un point de repère, qu’à l’heure où j’écris ces lignes, le Québec qui, je le rappelle, compte pratiquement la même population que la Suisse connaît 10 fois moins de cas dépistés de victime de la Covid-19 et également 10 fois moins de morts que la Suisse.

Distanciation sociale

«L’objectif de la distanciation sociale est de réduire la probabilité de contacts entre les personnes porteuses d’une infection et d’autres personnes non infectées, de manière à réduire la transmission de la maladie, la morbidité et la mortalité. Elle participe à la réduction des risques sanitaires. » Voilà pour une explication de cette mesure de santé publique.

Cette expression qui, il y a à peine un mois, était inconnue de la majorité d’entre nous qui l’aurions prise comme un besoin de s’éloigner des réseaux sociaux fait aujourd’hui partie du vocabulaire commun à la totalité de la planète. C’est elle qui nous unit et nous impose un confinement plus ou moins strict. 

« On reste à la maison sauf pour aller chercher des services essentiels ou pour donner des services essentiels », précisait dernièrement le premier ministre du Québec. François Legault a trouvé une formule claire et concise pour bien faire comprendre les mesures prises pour enrayer la propagation du fléau. Comme la Suisse, le Québec demande à sa population de rester à la maison, mais sans la contraindre avec des mesures coercitive.

L’exemple de l’école

Comme en Valais, l’école s’est arrêtée le vendredi 13 mars au Québec. Mais la comparaison s’arrête là. Pour le reste, l’exemple est intéressant pour analyser sommairement le fonctionnement de ces sociétés. Pour faire simple, je dirai que le Valais, comme la Suisse, est une démocratie libérale et que le Québec est une social-démocratie.

Quelques échanges de messages avec d’anciens collègues valaisans (j’ai travaillé 20 ans comme enseignant primaire en Valais) m’ont donné un rapide aperçu des mesures prises dans le canton pour assurer une continuité de l’enseignement. Dès le 18 mars, soit 5 jours. (3 jours ouvrables) après la décision, une plate-forme commençait à être à disposition des élèves et des enseignants. Mes collègues, depuis les premiers jours ont des contacts quotidiens avec ses élèves par courrier, courriel, téléphone, vidéoconférence, etc. Chaque école, chaque direction a mis en place des mesures adaptées à ses réalités.

Les cours d’école resteront vides au Québec au moins jusqu’au début du mois de mai. Source : radio-canada.ca

Tout est bien différent au Québec. Le vendredi 13 mars, jour de tempête de neige dans ma région, les écoles étaient fermées. Depuis les enfants, comme les enseignants sont en congé. Ma conjointe qui enseigne a vu sa clé électronique qui lui permet d’entrer à l’école être désactivée. Elle n’a pas le droit d’aller à l’école, seul son directeur y a accès. Tout le monde était dans l’attente des décisions du ministère.

Après deux semaines, le ministre de l’Éducation a demandé aux enseignants de prendre un contact téléphonique ou autre avec leurs élèves une fois par semaine si possible pour les rassurer en priorisant les élèves en difficulté. Une plate-forme commune sera en ligne pour proposer des activités à tous les élèves du Québec dès le 6 avril. Télé-Québec proposera également des émissions éducatives à partir de cette date. « On ne veut pas faire des parents des enseignants », a déclaré Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation.

Au nom de l’égalité et de la centralisation

Le principe d’égalité est invoqué pour suspendre ainsi l’activité scolaire au primaire et au secondaire. Il y a même une pétition des étudiants des niveaux supérieurs qui eux doivent finir leur session à distance, pour demander la validation des crédits pour tous au nom de l’égalité de traitement, tous n’ayant pas le même accès à l’enseignement en ligne.

Si j’ai lu qu’en Suisse, la question se pose sur la validation de l’année scolaire. Au Québec, la question a été réglée rapidement pour le primaire et le secondaire. Quel que soit le moment de la reprise de l’école, même si c’était en septembre prochain, l’année serait validée. Ce qui, je crois, est une bonne solution dans les circonstances. Il faudra adapter le programme à la reprise, mais à ces niveaux, c’est tout à fait possible. 

D’un côté on pense performance et efficacité, de l’autre égalité et sécurité. Pour les uns le génie local est à l’œuvre, pour les autres, la centralisation est privilégiée. Peut-être qu’un mélange des deux optiques seraient un bon équilibre. À chacun de trouver le bon dosage adapté aux situations particulières.

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