Valais Libre

29 mai 2020

Fête de la Reine au Canada, mais journée des patriotes au Québec.

Si le mois de mai est l’occasion de quelques fêtes religieuses en Valais, au Canada, ces fêtes religieuses ne sont pas chômées sauf Noël et Pâques. Pourtant, le lundi avant le 25 mai est un jour férié. On y célébre la fête de la Reine au Canada et la journée nationale des patriotes au Québec. Car, comme je vous le répète régulièrement, le Québec n’est pas tout à fait le Canada.

« La fête de la Reine ou fête de Victoria (en anglais : Victoria Day) est un jour férié canadien célébré chaque année le lundi précédant le 25 mai en l’honneur de la reine Victoria. C’est également ce jour qu’est célébré l’anniversaire officiel du monarque du Canada. La fête de la Reine est aussi informellement considérée comme marquant le début de la saison d’été au Canada. » Selon Wikipédia

Victoria entourée de son fils, le futur Édouard VII (à droite), son petit-fils le futur George V (à gauche) et de son arrière-petit-fils le futur Édouard VIII en 1898. Source : Wikipédia – photographe John Chancellor (1860-1916)

Première monarque du Canada

Née à 4 h 15 le matin du 24 mai 1819 au palais de Kensington à Londres, Alexandrina Victoria est la fille du duc de Kent et de la princesse allemande Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld. À sa naissance, elle est en cinquième place dans la liste de succession au trône britannique. C’est pourtant elle qui succèdera à son oncle le roi Guillaume IV le 20 juin 1837, moins d’un mois après fêté ses 18 ans.

Dès lors, elle se fera appeler Victoria et elle règnera durant 63 ans jusqu’à sa mort le 29 janvier 1901 sur un empire où le soleil ne se couche jamais. En 1840, elle épousera son cousin le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha avec qui elle aura 9 enfants qui épousèrent des membres de familles royales européennes et feront de leur mère la « grand-mère de l’Europe ».

Même si elle ne sort presque plus dès 1861, année de la mort de son mari et ne s’habille plus qu’en noir, c’est elle que les Pères de la Confédération canadienne choisiront comme monarque à la fondation du pays en 1867. Depuis, la fête de la Reine marque aussi l’ouverture de la saison d’été au Canada.

Le fougueux Dollard des Ormeaux

Les Canadiens-français n’ont jamais vraiment pu célébrer cette fête imposée par leur conquérant. Lorsque les autorités fédérales utilisèrent un héros oublié de leur histoire pour encourager la conscription lors de la Première Guerre mondiale, ils commencèrent à détourner ce jour férié.

« Canadiens suivez l’exemple de Dollard des Ormeaux. N’attendez pas l’ennemi au coin du feu, mais allez au-devant de lui. En avant! Canadiens-français. Enrôlez-vous dans les régiments canadiens-français », voilà ce que disait une célèbre affiche. Adam Dollard des Ormeaux est mort en mai 1660 à l’âge de 25 ans à la bataille du Long-Sault.

Appel patriotique au recrutement par le Comité de recrutement canadien-français. Source : Collection Affiches de guerres. Direction des bibliothèques, Université de Montréal.

Avec 16 compagnons français et 40 Hurons, il a retenu durant plusieurs jours des centaines d’assaillants en amont de Montréal sur la rivière des Outaouais. Cette résistance détourna les Iroquois qui abandonnèrent leur projet d’invasion. Un mythe pouvait naître.

Reconnaissance de la résistance des patriotes

Le Québec célébra informellement durant tout le reste du XXe siècle l’héroïsme de Dollard des Ormeaux le jour de la fête de la Reine. À partir de 2003, cette journée devient officiellement la Journée nationale des patriotes au Québec suite à un décret gouvernemental du 20 novembre 2002.

Cette journée « vise à souligner l’importance de la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique », selon un communiqué du bureau du premier ministre de l’époque. 

La mémoire des héros de la lutte des Canadiens-français pouvait enfin être officialisée après des décennies de revendications. Les assemblées publiques organisées par des citoyens patriotes dans le Bas-Canada entre mai et novembre 1837 resteraient bien vivantes dans la mémoire des Québécois.

Le Québec, pas tout à fait le Canada

Parce que le Québec n’est pas une province comme les autres. Berceau du Canada, elle a d’abord été française. Même après la conquête anglaise, même après son abandon par la couronne de France, elle n’a pas abdiqué complètement. Elle a lutté pour la survie de sa religion et surtout de sa langue.

Journée nationale des patriotes, Montréal en 2015. Source Wikipédia – photographe Jean Gagnon

Ce combat a connu quelques réussites et beaucoup d’échecs, mais l’essentiel a été sauvé : il reste environ 8 millions de francophones parmi les 360 millions d’habitants d’Amérique du Nord. Les patriotes de 1837 et 1838 ont fait partie de cette lutte et méritent leur journée commémorative.

Si le lundi qui précède le 25 mai est devenu légalement l’anniversaire officiel de tous les monarques britanniques depuis 1957, le Québec a choisi une autre voie en 2002 sous un gouvernement du Parti québécois dirigé par Bernard Landry. Les gouvernements qui ont suivi, souvent libéraux et fédéralistes, n’ont jamais eu des velléités de changement.

Pierrot Métrailler

22 mai 2020

Il y a 40 ans, le Québec disait NON

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Il y a 40 ans, le Québec disait NON

Le 20 mai 1980, les Québécoises et les Québécois disaient NON à ce qu’on a appelé par la suite le premier référendum pour l’indépendance. Point d’orgue d’un processus d’émancipation francophone qui avait pris naissance dans les années soixante, cette votation aura des répercussions jusqu’à aujourd’hui. La réaction canadienne changera le pays pour longtemps.

Deux jours avant le vote, certains y croyaient encore. Source : Matin-Dimanche du 18 mai

Taux de participation : 85,61% – NON : 59,56% – OUI : 40, 44%.  Le corps électoral a clairement répondu à une question plutôt floue :

 « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Eh oui, il fallait oser. Le Québec n’avait et n’a toujours pas l’habitude des questions claires. La Suisse pourrait lui donner quelques leçons.

Vive le Québec libre !

Le mouvement d’émancipation moderne des francophones au Canada a retrouvé de la vigueur dans la deuxième moitié des années soixante. La Révolution tranquille a réveillé des velléités d’indépendance pour toute une frange de la population de la province. La visite du général de Gaulle à l’occasion de l’Exposition universelle de Montréal 1967 va donner un grand coup de fouet.

Arrivé en bateau pour ne pas avoir besoin d’atterrir à Ottawa comme le voulait le protocole, de Gaulle débarque à Québec, puis le lendemain va remonter vers Montréal en voiture. Après quelques discours qui ont émaillé son parcours, il donnera le dernier de la journée depuis un balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal. Son « Vive le Québec libre ! » final fera trembler le Canada.

L’onde de choc sera durable. Il ébranlera particulièrement le Parti libéral alors dans l’opposition. Quelques députés vont faire défection, car ils n’appréciaient pas la réponse donnée par le parti aux déclarations du président français. Parmi eux, un nom ressort : René Lévesque.

Le Parti québécois

L’ancien journaliste à Radio-Canada et ministre du gouvernement libéral de Jean Lesage a 45 ans quand il prend son indépendance et fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA) en novembre 1967. L’année suivante, il rassemblera tous les indépendantistes sous une même bannière. Le Parti québécois naît le 14 octobre 1968.

Les élections de 1970, puis celles de 1973 permettront au parti de gagner quelques sièges (7 en 1970 et 6 en 1973).

Mais l’heure de gloire arrive le 15 novembre 1976 où le Parti québécois gagne les élections avec 41,4 % des voix et 71 sièges sur les 110 de l’Assemblée nationale. René Lévesque devient premier ministre. L’heure des grandes réformes a sonné. René Lévesque nomme une majorité d’universitaires aux postes de ministres.

Ce qu’on a appelé la « République des professeurs » va donner un nouveau visage au Québec avec de nombreuses réformes législatives : entre autres une reconnaissance des Premières Nations et la Charte de la langue française. En novembre 1979, le gouvernement annonce un référendum sur la souveraineté-association avec le Canada pour le 20 mai 1980.

Trudeau contre Lévesque

Tout semble favorable à Lévesque. À Ottawa, le gouvernement conservateur de Joe Clark est affaibli et ne semble pas être une menace. Tout va changer en décembre, lorsqu’il est mis en minorité à la Chambre des communes et doit aller en élections. Pierre Eliott Trudeau va ressortir de sa retraite.

Le chantre du fédéralisme et du multiculturalisme va gagner les élections fédérales en février 1980 et redevenir premier ministre. Il va mener la vie dure au Parti québécois. Les sondages sont depuis lors défavorables à Lévesque et le NON va l’emporter clairement le 20 mai 1980.

René Lévesque, sa femme Corinne Côté-Lévesque et Lise Payette, après la défaite du référendum de 1980. Source : La Presse Canadienne

René Lévesque est battu, mais pas abattu. Au soir du référendum, il déclare : « Si je vous ai bien compris… vous êtes en train de dire… à la prochaine fois ». Il faudra attendre 15 ans avant cette prochaine fois. Un deuxième référendum aura lieu le 30 octobre 1995, mais c’est une autre histoire.

La Charte des droits et libertés

René Lévesque sera réélu en 1981, mais la dynamique indépendantiste est brisée. Pierre Eliott Trudeau triomphe. Il avait promis des réformes aux Québécois, il tiendra parole en leur imposant un carcan avec le rapatriement de la Constitution qui dépend encore du gouvernement de Londres et l’élaboration d’une Charte canadienne des droits et libertés.

Le Québec refusera ces réformes, mais lors de la nuit des longs couteaux, en l’absence du Québec, Trudeau réussira à convaincre les 9 autres provinces d’imposer au Québec sa volonté. Il gagnera et René Lévesque ne verra pas son rêve de pays se réaliser de son vivant.

15 mai 2020

Le Québec reprend vie sauf à Montréal toujours en crise

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Depuis le début de cette semaine, le Québec a repris un semblant de vie avec l’ouverture des commerces, puis des écoles. Mais pas partout au Québec, car la grande région de Montréal doit poursuivre son confinement. La crise sanitaire est encore forte dans la métropole de la province où une pénurie de personnel se fait douloureusement sentir.

« En fait, il y a 3 Québec. Il y a la situation dans les CHSLD (résidences pour aînés) qui est toujours difficile, il y a le Grand Montréal où il y a de la transmission communautaire et il y a le reste du Québec où la crise est maîtrisée. » Le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda résume clairement le découpage du Québec dans la crise actuelle de la Covid-19.

Lors d’une conférence de presse quotidienne, déplacée à Montréal en fin de semaine dernière, il a fait le point sur la situation dans la grande région métropolitaine où vivent près de 4 millions de Québécois, soit la moitié de la population de la province. La veille, le premier ministre François Legault avait décrété que cette région n’ouvrirait pas tout de suite ses écoles et ses commerces comme c’est le cas dans le reste de la province.

Un déconfinement graduel

« On va y aller progressivement, graduellement… », François Legault insiste sur le « graduellement ». Après presque deux mois de léthargie, il faut que le Québec se réveille. Mais, face à la peur ressentie par une partie de la population qui voit d’un mauvais œil ces réouvertures, le premier ministre insiste pour que cela se fasse progressivement.

Si quelques travaux de construction avaient déjà repris, si les procédures dans les commerces essentiels (épiceries, pharmacies …) ont permis d’inculquer de nouveaux comportements, la réouverture des commerces qui ont une porte sur la rue (ce qui exclut les centres commerciaux) a été une première étape franchie avec discipline. On n’a pas vu de ruée et la vie semble toujours au ralenti.

Certaines élèves avaient revêtu leur robe de bal qui ne servira pas pour aller vider leur casier dans une école qu’elles quittent sans cérémonie. Le bal des finissants qui marque la fin de l’école secondaire est une institution très importante en Amérique du Nord. Source : tva.ca

Depuis le 11 mai, le tour des écoles est venu. Pas toutes les écoles, juste les écoles primaires et encore de manière facultative. Pour le secondaire, le post-obligatoire et les universités, il n’y aura pas de reprise cette année scolaire. Les cours se termineront en ligne au grand désespoir des finissants du secondaire. Leur bal légendaire n’aura pas lieu, une première dans l’histoire.

« À Montréal, c’est fragile ! »

Cette reprise n’a pas eu lieu à Montréal où la situation n’est pas encore satisfaisante. Le premier ministre a repoussé ces réouvertures des commerces et des écoles une première fois au 18 mai, puis au 25 mai, toujours sous réserve que la situation se stabilise sur les îles de Montréal, de Laval et dans la ceinture nord et sud de la métropole. Dans cette région vivent la moitié des Québécois (4 millions sur les 8 millions d’habitants de la province).

Si, au début du mois d’avril, le Québec comptait la moitié des morts de la Suisse pour une population comparable, à la fin avril, il en avait un millier de plus (2 631 morts de la Covid-19 au 8 mai, 1 823 en Suisse). Les premiers jours du mois de mai, on comptait une centaine de décès supplémentaires chaque jour, contre moins de 10 en Suisse. L’immense majorité de ces morts surviennent en résidences pour aînés (2 174 sur les 2 631) et à Montréal en ce début du mois de mai où, le 8 mai, on comptait 119 décès dans la métropole et 2 dans le reste du Québec.

Alors, quand le premier ministre dit « à Montréal c’est fragile », personne ne remet en cause son diagnostic et la plupart ont entendu le report des ouvertures avec soulagement. Si la concentration de la population dans un territoire restreint peut expliquer une partie de la crise montréalaise, ce n’est pas le seul facteur.

Un manque de personnel

Je vous ai déjà parlé il y a quelques semaines (Confédéré du 1er mai) de la situation dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), je n’y reviendrai pas. Sauf pour dire que la pénurie de personnel ne s’est que légèrement améliorée malgré les appels à l’aide du premier ministre lors de ces conférences de presse quotidienne.

Suite aux difficultés bureaucratiques pour permettre au réseau d’intégrer des volontaires, il a fallu faire appel à l’armée. Une certaine réticence s’est fait sentir tant du point de vue provincial que fédéral face à cette nécessité. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il a fallu dix jours pour que des soldats arrivent d’abord au compte-goutte, puis un peu plus rapidement pour approcher le millier 20 jours après l’appel à l’aide.

L’armée canadienne est finalement venue en renfort dans les CHSLD. Source : radio-canada.ca

Si la situation n’était pas tragique, on pourrait en rire. L’efficacité de l’armée de milice suisse est à souligner ici. Mais l’armée n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de la pénurie de personnel sanitaire dans la région de Montréal. Il y a 12 000 absents dans le réseau de la santé, soit malade, soit en quarantaine, soit avec la peur de revenir au travail. Le gouvernement multiplie les incitatifs pour recruter du personnel en espérant que ça suffira.

8 mai 2020

Même en temps de crise, il faut que les parlementaires parlementent

Cette semaine, le Parlement suisse a siégé à Bernexpo pour discuter des mesures financières prises par le Conseil fédéral. C’est salutaire. Pendant ce temps, au Canada et au Québec les parlementaires sont plus ou moins absents de la scène. Ce n’est pas normal. Il faut que les parlementaires parlementent !

Le système politique canadien et québécois fait en sorte que le législatif dépend beaucoup plus de l’exécutif que dans le système démocratique suisse. C’est vrai en temps normal puisque le parti qui a le plus de députés voit son chef devenir premier ministre et nommer l’exécutif en choisissant des ministres parmi les députés de son parti. Ceux-ci siègent à la fois au Conseil des ministres et au parlement.

C’est sur la colline parlementaire qu’a été construit le Parlement du Canada à partir de 1859. C’est la reine Victoria qui avait choisi, en 1957, Ottawa comme capitale du Canada. Source : Pierrot Métrailler

Ce double rôle amenuise considérablement le pouvoir réel du parlement. En effet, difficile de penser qu’il y a une vraie séparation des pouvoirs entre les deux, surtout en cas de gouvernement majoritaire. Les lignes de parti que les députés doivent respecter au Canada, comme au Québec, font rêver l’ancien secrétaire du groupe PLR au Grand-conseil que j’étais.

Une session extraordinaire à Bernexpo

Cette semaine, le Conseil national et le Conseil des États ont siégé à Bernexpo pour pouvoir le faire en toute sécurité dans des salles assez grandes pour assurer la distanciation sociale nécessaire. Même si certains ont pu juger les coûts trop élevés, « La démocratie ne doit pas être évaluée par son coût, même s’il faut être vigilant avec les dépenses », comme l’a très justement dit Hans Stöckli, le président du Conseil des États.

« C’est une situation exceptionnelle en raison d’une crise exceptionnelle. Nous étions obligés de nous expatrier, presque contre notre gré. L’essentiel est que le Parlement puisse tenir son rôle institutionnel. Le Parlement représente la population, il doit débattre de cette situation », juge pour sa part Isabelle Moret, présidente du Conseil national.

Une Chambre des communes clairsemée

Cette déclaration ne semble pas inspirer ce qui se passe à Ottawa où les chefs de parti se sont chicanés pour savoir si on allait relancer le fonctionnement de la Chambre des communes une ou plusieurs fois par semaine (en temps normal le parlement siège en permanence du lundi au vendredi avec des périodes de vacances, mais habituellement 100 jours par année).

Avec la crise, les travaux avaient été suspendus à la mi-mars et devaient reprendre le 20 avril. « On espère vraiment que les autres partis vont être d’accord avec des propositions comme ça parce que je pense que ce serait un vrai problème si nous devions retourner au Parlement lundi matin », déclarait le premier ministre Justin Trudeau en proposant une journée par semaine à 32 députés, et des séances virtuelles.

Finalement, cette solution l’emportera et les députés canadiens ont siégé cette semaine. Mais avec à peine 10 % des députés présents proportionnellement à la force de leur parti. Les lignes de parti étant ce qu’elles sont, tout le monde trouve ça normal et le fonctionnement est respecté. Quelle est la valeur d’un député dans un tel contexte ?

Des sessions virtuelles au Québec

Si de tels débats ont eu lieu au Canada, c’est parce que le gouvernement de Justin Trudeau est minoritaire et qu’il a dû avoir l’appui d’au moins un autre parti pour prolonger la suspension, puis pour valider les modalités de la reprise. Rien de tel au Québec où le gouvernement de la province est majoritaire.

L’Hôtel du Parlement de Québec où siège l’Assemblée nationale du Québec. C’est en 1968 que l’Assemblée législative existant encore dans les autres provinces du Canada a pris le nom d’Assemblée nationale au Québec. Source : Pierrot Métrailler

Le premier ministre François Legault manœuvre à sa guise, mais il faut dire qu’il le fait bien et qu’il a le soutien de la population. Sa cote de popularité atteint des sommets inconnus dans l’histoire du Québec. Il faut dire qu’il a la sagesse de consulter régulièrement les chefs des trois autres partis présents au parlement.

Il bénéficie aussi de la faiblesse du leadership des deux principaux partis d’opposition, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, qui sont en processus d’élection d’un nouveau chef. Des sessions parlementaires virtuelles ont donc repris avec seulement quelques députés.

Un lien direct et fort

Si la population semble satisfaite au Québec, c’est parce qu’elle se reconnaît à travers la gestion de cette crise menée par le gouvernement. Un peu comme en Suisse où on sait que le Conseil fédéral est le reflet des forces politiques du pays et que sa collégialité oblige à des compromis. François Legault n’a rien d’un leader despotique, il tient plutôt du bon père de famille.

C’est sûrement là son secret, car quand il est remplacé, lors de la conférence de presse quotidienne (qui fait beaucoup pour l’adhésion populaire aux mesures imposées), par sa vice-première Geneviève Guilbault, le vocabulaire est plus martial et il passe moins bien et des critiques pointent.

C’est pourquoi je pense qu’un système où chaque député a un poids égal dans la balance, non seulement sur le papier, mais aussi dans le fonctionnement du parlement est un atout pour une gestion saine des affaires publiques. Une démocratie forte doit s’appuyer sur un lien fort et direct entre le peuple et le pouvoir.

1 mai 2020

Une crise sanitaire qui illustre les limites de la centralisation

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Après cinq semaines de confinement, le Québec rattrape la Suisse pour le nombre de victimes de la COVID-19 avec 1340 morts (chiffres du 24 avril). Mais la situation est très particulière dans la province puisque près de 80 % de ces décès proviennent des centres pour personnes âgées. Cette crise sanitaire met en lumière des lacunes que l’on soupçonnait depuis longtemps, mais illustre aussi l’incurie d’une bureaucratie trop lourde.

« On vit dans deux mondes différents ». Le premier ministre du Québec François Legault fait quotidiennement ce constat. Si la pandémie semble sous contrôle dans les différentes régions du Québec, à l’exception de l’île de Montréal, la situation dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) est explosive.

31 des 150 résidents de ce CHSLD sont décédés depuis le 13 mars. Une enquête criminelle, ainsi qu’une enquête administrative et une enquête de la Direction de la santé publique sont en cours. Source : Le Devoir

La gestion de la pandémie a été caractérisée au Québec, comme en Suisse d’ailleurs, par une volonté de libérer des places dans les hôpitaux pour faire face à la vague de patients qui devait arriver. Le confinement et les diverses mesures de distanciation sociale prises allaient dans le même sens.

Des centres en difficulté depuis longtemps

Si les hôpitaux québécois ont très bien réussi cette mission, il n’en a pas été de même dans les CHSLD. Ces centres accueillent environ 4,5 % de la population âgée de 75 ans et plus (chiffre de 2018). Mais leurs difficultés ne datent pas de la crise provoquée par la Covid-19. Il y a bien des années que plusieurs sonnent l’alarme.

« On a beaucoup parlé cette semaine des mauvais soins donnés dans des résidences pour personnes âgées. Une action collective a été lancée au nom des patients maltraités dans les CHSLD. Les histoires d’horreur se multiplient : patients laissés dans leurs couches souillées, mal nourris ou mal lavés par des employés épuisés », pouvait-on lire dans Le Devoir du 14 juillet 2018 par exemple.

L’incapacité de faire face à la crise

Et les histoires d’horreur n’ont pas cessé depuis. Le 11 avril dernier, lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre François Legault déclarait : « Je ne devais pas être présent aujourd’hui, mais je veux venir dire aux Québécois, d’abord, que c’est épouvantable, ce qui est arrivé à la résidence Herron, et qu’on va évidemment s’assurer, non seulement à cette résidence-là, mais dans toutes les résidences, qu’on s’occupe bien de nos aînés ».

Quelques jours plus tard, il faisait un appel quasi désespéré aux médecins spécialistes pour trouver du personnel en renfort. Un site Internet http://www.jecontribuecovid19.gouv.qc.ca a été mis en ligne pour recruter des volontaires, récemment retraités du réseau de la santé, étudiants ou autres personnes ayant des compétences. En quelques jours, près de 40 000 inscriptions ont été enregistrées.

Une bureaucratie qui fait barrage

Mais les embauches n’ont pas suivi. C’est là que la machine bureaucratique s’est mise en marche. On a rapidement eu l’impression qu’il y avait un décalage entre ce que nous entendions chaque jour à la conférence de presse du premier ministre et ce qu’on entendait ou lisait dans la presse. C’est comme si les directives ne descendaient pas la hiérarchie. Il fallait qu’un journaliste pose une question pour que le système réagisse.

Au lendemain d’une question sur les retours donnés aux volontaires, ma conjointe, inscrite sur le site a enfin reçu un message demandant des précisions. Plus grave, on apprenait que la longue procédure pour avoir un droit de pratique n’était pas simplifiée et que les conditions étaient toujours aussi rigides pour les médecins ou personnels infirmiers étrangers par exemple.

« On m’a dit que je n’avais pas l’expérience pour répondre à des épidémies dans un milieu comme le Québec », a-t-on répondu à la Dre Joanne Liu. L’Officière de l’Ordre national du Québec, qui était à la tête de Médecin sans frontières (MSF) lors de la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, n’a pas passé le test des bureaucrates du ministère de la Santé. Il a fallu un message Twitter de la ministre de la Santé pour que l’ancienne présidente de MSF puisse apporter son aide !

Le message Twitter de la ministre de la Santé du Québec, Mme Danielle McCann remerciant l’ancienne présidente de Médecin sans frontière d’avoir porté à sa connaissance le refus qu’elle avait reçu pour sa proposition d’aide. Source : Twitter

Une centralisation qui ne marche pas

Le premier ministre a dû finalement faire appel à l’armée pour tenter de combler les manques en personnel dans les CHSLD. Car aujourd’hui, 9’500 employés sont en arrêt de travail (4’000 en quarantaine à cause du virus et les autres pour des raisons X). On a tenté de rapatrier du personnel des hôpitaux qui tournent au ralenti, mais ça prend du temps.

François Legault en a aussi été d’un acte de contrition en disant qu’il aurait dû augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires (qui font le travail de base dans les CSHLD) sans l’accord des syndicats. Car oui, les syndicats s’opposent à ce qu’on augmente que les plus bas salariés, tout le monde doit en profiter…

La centralisation du système de santé québécois qui n’est pourtant pas plus grand que la Suisse a créé un monstre bureaucratique. La décentralisation cantonale helvétique est une chance inouïe de garder le contrôle des institutions dans des moments de crise aussi bien qu’en temps normal. Il faudra s’en souvenir.

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