Valais Libre

22 octobre 2021

Un semblant de retour à la vie d’avant

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 6 h 15 min
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Le début octobre donne le signal du départ de ma saison de curling. Cette année, encore plus que d’habitude, j’attendais ce moment avec impatience. Je n’ai pas été déçu. Retrouver des amis quittés brutalement il y a 18 mois a été réconfortant, mais surtout jouer « comme avant » procure un plaisir incroyable.

« Dis donc, la pandémie a l’air de t’avoir bien convenu! » J’ai entendu plusieurs fois cette remarque. Elle ne m’a pas trop fait plaisir au premier abord (oui, j’ai pris du poids, c’est la faute au vin et au fromage suisse), mais très vite j’ai repensé au ton impertinent des échanges du bar du curling.

Le Club de curling Etchemin a repris ses activités et ça fait du bien à tout le monde. Source : Pierrot Métrailler

Les amis retrouvés

Donc, rien de méchant dans cette remarque. Surtout une folle envie de reprendre les choses là où nous les avions laissées en mars 2020 quand tout s’est brutalement arrêté. Il y avait surtout le soulagement de pouvoir reprendre une saison. Nous n’osions pas trop y croire. La déception de l’automne 2020 où l’interdiction gouvernementale est tombée deux jours avant l’ouverture était encore trop présente dans nos esprits.

Mais cette fois, c’est vrai, on se retrouve et ça fait du bien. La compartimentation des relations caractéristique de l’Amérique du Nord, fait que pour la plupart, nous ne nous retrouvons qu’au curling. Il a bien sûr fallu un peu de temps pour prendre des nouvelles les uns des autres, mais très vite tout est redevenu comme avant.

Le plaisir de la glace

Ce sentiment de retour en arrière a été présent surtout sur la glace. Les directives gouvernementales nous permettent de jouer comme avant la pandémie. Pas de masque, une distanciation vite oubliée, des cris revenus, du brossage efficace, tout est pour le mieux. Sauf peut-être la précision du jeu, la saison blanche a fait perdre quelques habiletés.

Mais c’est très secondaire, en tout cas pour la première partie (que j’ai gagnée), un peu moins pour la deuxième (que j’ai perdue). Blague à part, durant deux heures, nous retrouvons la « vie d’avant ». C’est une sensation que je n’espérais par ressentir de si tôt. Comme quoi, tout peut aller très vite.

Le Valais a eu sa Foire de Martigny pour faire comme avant, au Québec, c’est plus compliqué. Les restrictions sont encore très présentes et la peur du Covid semble bien plus grande. Toutefois, dès qu’on a désinfecté les pierres en début de partie, toute cette angoisse semble s’envoler comme par magie.

Conditionné depuis longtemps

Cette magie me laisse à penser que la peur que je percevais bien plus forte ici au Québec qu’en Suisse, malgré la moitié moins de cas détectés, vient essentiellement des annonces gouvernementales. Au moment où j’écris ces lignes, tous les médias annonces un retour à la hausse des cas à travers la province : de 480 à 520 !

40 cas de plus et un veut créer un vent de panique. On le suscite chez certaines personnes plus influençables. C’est désolant. Dans le même temps en Suisse, on se félicite de passer enfin sous les 1 000 cas journaliers. Je rappelle que la Suisse et le Québec comptent un nombre d’habitants comparable.

La même stratégie fonctionne pour la vaccination. Alors que le Québec voit sa population de plus de 18 ans complètement vaccinée à 90%, la Suisse n’en est qu’a 71%. En revanche, si le Conseil fédéral prévoit lever les mesures sanitaires quand 80 % de la population sera vaccinée, le Québec qui prévoyait le faire au départ lorsque 75 % de sa population serait vaccinée, a monté ce chiffre à 95%. Sans oublier que la vaccination des enfants est encouragée après celle des adolescents. Le ministère de la santé du Québec étudie la vaccination dès 5 ans.

Même si ma glissade n’a pas encore retrouvé sa fluidité légendaire, simplement retrouver mes amis sportifs est des plus plaisants. Source : Pierrot Métrailler

Quels risques sommes-nous collectivement prêt à prendre?

La notion de risque zéro est très présente au Québec. C’est une grosse erreur selon moi. Il vaudrait mieux parler, comme un peu la philosophie suisse, de risque acceptable. Ce type de risque peut varier d’une société à l’autre. On peut en effet débattre démocratiquement du niveau de risque que collectivement nous voulons prendre.

Si le Parlement suisse peut débattre de ce sujet, il n’en est pas question au Québec. Très tôt dans cette pandémie, j’ai senti la volonté de voir disparaître ce virus pour relâcher la pression mise sur la population. Si l’idée de vouloir faire baisser la pression sur les hôpitaux pouvait se justifier en début de pandémie lorsque la Covid-19 était peu connue, pouvait se justifier, aujourd’hui, on n’en est plus là.

La multiplication des incohérences

La science que tous les gouvernements appellent en référence a fait d’énormes progrès. On en sait toujours plus, mais c’est comme si le Québec n’arrivait pas à les enregistrer. Si le masque apparaît aujourd’hui comme un outil essentiel pour lutter contre la propagation essentiellement aérienne du virus, on n’a aucunement allégé des mesures moins susceptibles de freiner la propagation : les journaux sont toujours interdits dans les cafés.

Au curling, on ne peut se déplacer sans masque dans la salle du bar ou on ne peut aller aux toilettes sans se couvrir le visage. Cependant, nous pouvons jouer librement sans masque sur la glace, parce que c’est du sport. Allez comprendre.

Il faut vraiment que je fasse du sport plus régulièrement. Non seulement, je vais maigrir, mais le virus ne m’attaquera pas puisqu’il néglige les sportifs!

15 octobre 2021

La question autochtone au cœur du débat social

Le Québec se déchire autour de la question de savoir s’il y a ou non du racisme systémique. Le drame des pensionnats autochtones est venu raviver cette polémique. Le premier ministre François Legault ne partage pas la définition proposée par des activistes de gauche et refuse de reconnaître qu’il y a du racisme systémique au Québec. Il préfère des actes plutôt que de la rhétorique culpabilisatrice. Ce n’est pas la première journée nationale de la vérité et de la réconciliation qui va arranger les choses.

« Relatif à un système dans son ensemble », voilà la définition de systémique, sortie du dictionnaire Petit Robert, que le premier ministre du Québec a lancé à la face de l’Assemblée nationale. « C’est une question factuelle : on ne peut pas prétendre que le système dans son ensemble est raciste. Ça voudrait dire que tous les dirigeants de tous les ministères ont une approche discriminatoire qui est propagée dans tous les réseaux », a-t-il poursuivi.

Un rapport dévastateur

Pourquoi est-ce que je vous parle de racisme systémique aujourd’hui? C’est parce que depuis quelque temps le Québec est secoué par cette question. Après la découverte de tombes anonymes d’enfants aux abords d’anciens pensionnats autochtones, c’est l’affaire Joyce Echaquan qui revient en force dans l’actualité.

Joyce Echaquan est morte il y a une année à l’hôpital de Joliette. Cette jeune mère de famille atikamekw a filmé avec son téléphone ses derniers instants où elle se faisait insulter par une infirmière. L’onde de choc a été violente. Le Québec a pris en pleine face le racisme qui existe dans certaines institutions.

« Une preuve réelle que le système a échoué. » Ces mots très durs ont été écrits par la coroner Ghéane Kamel qui a enquêté sur cette mort et qui vient de déposer son rapport. Après avoir analysé le fil des événements qui a amené à la mort de Joyce Echaquan le 28 septembre 2020, la coroner commence ses recommandations par demander au gouvernement du Québec de « reconnaître l’existence du racisme systémique » et de prendre « l’engagement de contribuer à son élimination ».

Joyce Echaquan s’est filmée avec son téléphone cellulaire et a lancé des appels à l’aide, en direct sur Facebook peu avant sa mort. Source : Facebook.com

La bataille des mots

« Bien que ça puisse être difficile à entendre, c’est un système empreint de préjugés et de biais qui a contribué à ne pas prendre la situation au sérieux. Le racisme systémique ne prétend pas que chaque individu qui compose ce système est raciste. Il évoque plutôt que le système […] contribue à banaliser et à marginaliser les communautés autochtones », a-t-elle poursuivi.

Dès la présentation de ce rapport, la pression a été intense sur le premier ministre du Québec pour qu’il reconnaisse l’existence de racisme systémique au Québec, ce qu’il a toujours refusé de faire. Les partis d’opposition se sont déchaînés à l’Assemblée nationale : Le Parti libéral et Québec solidaire pour fustiger le refus du gouvernement et le Parti québécois pour reprocher à la coroner d’avoir outrepassé son mandat.

Pour M. Legault, la conclusion de celle-ci est « très claire » : « il y a eu des préjugés, de la discrimination, du racisme à l’égard de Mme Echaquan », a-t-il énuméré. « C’est inacceptable et il faut s’assurer qu’on fasse tout notre possible pour que ça ne se reproduise jamais. » 

Du bout des lèvres il a reconnu que le système des pensionnats autochtones est toutefois un exemple clair de racisme systémique, puisqu’on a arraché des enfants à leurs parents. « C’était du racisme systémique qui était toléré par les autorités, c’est vraiment une période noire de notre histoire », a-t-il déclaré.

Une journée nationale pour les autochtones 

« Le 30 septembre 2021 marquera la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Cette journée est l’occasion de rendre hommage aux enfants disparus et aux survivants des pensionnats, leurs familles et leurs communautés. La commémoration publique de l’histoire tragique et douloureuse des pensionnats et de leurs séquelles durables est un élément essentiel du processus de réconciliation. »

Cette description tirée du site officiel du Canada (canada.ca) illustre clairement la volonté du gouvernement fédéral d’entamer un processus que d’autres, l’Afrique du Sud ou l’Australie, ont également mis en place. Vérité et réconciliation, deux mots essentiels qui font aujourd’hui partie du débat social tant au Canada qu’au Québec.

Les ratés des premiers ministres 

Au Québec, le premier ministre François Legault a rejeté l’idée d’en faire un jour férié pour des raisons de « productivité ». Le 30 septembre, il s’est même permis une polémique politique durant son discours qui devait marquer cette première journée nationale. Au lendemain du dépôt du rapport de la coroner, il n’a pas supporté une sortie d’un député libéral qui criait que la preuve était faite que les Québécois étaient raciste.

Pas très fort pour une journée de réconciliation, mais ce n’est rien en comparaison du sommet atteint par le premier ministre du Canada. Mon « grand ami » Justin Trudeau, après avoir presque versé des larmes au Parlement lorsqu’il a édicté cette journée n’a rien trouvé de mieux que de profiter de ce jour férié pour les employés fédéraux pour prendre des vacances.

On l’a vu marcher sur la plage à Tofino en Colombie-Britannique où il s’accordait des vacances en famille dans la maison très luxueuse d’un de ces riches amis. Alors que des groupes autochtones lui reprochaient son manque de sensibilité, il a tweeté : « Aujourd’hui, j’ai parlé au téléphone avec des survivants de pensionnats de partout au pays, écouté leur histoire et obtenu leurs conseils sur le chemin à suivre. C’est par l’écoute et l’apprentissage qu’on pourra parcourir ce chemin et favoriser une vraie réconciliation ensemble. »

L’image de Justin Trudeau se baladant avec son épouse Sophie Grégoire sur la plage de Tofino lors de la première journée nationale de la vérité et de la réconciliation a fait polémique au Canada. Source : mcleans.ca

Je ne peux que reprendre un tweet d’un certain « Gaspi » qui lui répondait très poliment : « Aujourd’hui encore une belle démonstration de votre hypocrisie, de belles paroles pendant les élections, suivie du retour de votre égoïsme. Vous êtes une honte pour ce pays, même pas la décence d’être présent pour cette journée. Un vrai clown. »

Ce n’est pas la reconnaissance d’avoir fait une erreur quelques jours plus tard qui changera le jugement sur ce premier ministre. Au-delà de sa petite personne, c’est l’illustration que la question autochtone est loin d’être résolue au Canada.

8 octobre 2021

De retour à la maison

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 13 h 07 min
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Me voilà de retour à la maison. Cette lettre est à nouveau une vraie lettre québécoise. Après six semaines passées en Suisse, j’ai retrouvé mes repères et j’ai envie de vous parler de mes impressions, de mes ressentis. Je vais laisser de côté la politique et les questions sociétales.

Plus de deux ans sans retrouver mes terres natales ont changé mon rapport au Valais. Je ne pensais pas le dire un jour, mais je n’étais plus vraiment chez moi lors de ce séjour. Attention, ne m’interprétez pas mal. J’ai été excellemment bien accueilli. Ma famille, et au premier chef ma sœur, mes amis ont tout fait pour rendre mon séjour agréable.

Ma rue à Lévis où j’ai trouvé un nouveau chez-moi. Source : Pierrot Métrailler

Un chez-soi qui s’éloigne

Et il l’a été. J’ai retrouvé les miens et ça m’a réchauffé le cœur. J’ai rencontré beaucoup d’amis et j’ai passé des moments sympathiques, conviviaux et réconfortants. Ce n’est pas de cela que je veux parler. De ce côté-là, rien n’a changé. Non, c’est moi qui ai changé, mon regard sur le Valais, mon ressenti en respirant l’air du Vieux-Pays, ont évolué.

Il faudrait que je parle avec d’autres migrants pour mieux comprendre cette transformation, pour voir si, eux aussi, ont ressenti un moment où le « chez-soi » change. Je serai toujours Saviésan beaucoup, Évolénard un peu et Valaisan du fond du cœur, mais le Québécois prend de plus en plus de place.

Et pourtant tellement proche

Après presque dix ans d’exil volontaire, vous me direz que c’est normal. Sûrement, pourtant, je ne m’attendais pas à ressentir un tel sentiment. Je l’ai dit à plusieurs personnes rencontrées, « quand je parle de chez moi, maintenant, c’est Lévis au Québec. » Après coup, je trouvais cette phrase très dure. Surtout, que depuis mon départ, je ne me suis jamais senti si proche du Valais.

Vous devez penser que je radote. Loin, proche, le pauvre Pierrot ne sait plus ce qu’il dit. C’est qu’il faut séparer les émotions et l’intellect. Je viens de vous parler de mes émotions, de mon ressenti. Pour ce qui est de mon intellect, il n’a jamais été aussi valaisan depuis mon départ.

Car certains le savent, depuis quelques mois, je travaille pour l’autre grand journal du Valais romand. La pandémie nous amène sur des chemins improbables et surtout difficilement imaginables. Devant la perte de mes emplois québécois, j’ai dû chercher plus large. J’ai croisé la route du Nouvelliste et je travaille à l’édition depuis le Québec. Le décalage horaire fait que mes collègues travaillent le soir et moi le jour.

Un monde qui a changé

Après quelques mois de pandémie, on se demandait si tout allait revenir comme avant. Nous avons la réponse : même si on le voulait, on ne retrouvera pas exactement notre vie d’avant. Pour moi, et je m’en tiendrais là aujourd’hui, l’horizon s’est agrandi. Vivre au Québec tout en travaillant en Valais est une réalité.

La technologie efface les kilomètres et même s’il y aura encore des résistances, la preuve qu’on peut travailler efficacement à distance est aujourd’hui faite. Ça mettra un peu de temps, mais un nouveau paradigme va permettre de dissocier lieu de travail et lieu des forces de travail. Je crois qu’on ne mesure pas encore bien le bouleversement que ce nouvel état va engendrer dans les années à venir.

Une évolution positive

Ce changement et bien d’autres qui vont émerger suite à la crise sanitaire que nous traversons pourra être un mieux ou un pire selon ce que les hommes en feront. Je suis convaincu qu’on en tirera du mieux. Il y a de petits signes qui me poussent à cet optimisme. J’en tire un de mon expérience lors de ce voyage.

Arrivé en Suisse vers la mi-août, je venais d’un pays où le pass sanitaire faisait partie du paysage depuis quelque temps alors qu’en Suisse il n’était demandé que pour les grandes manifestations. Vacciné deux fois (AstaZeneca & Moderna), j’ai pu entrer au pays sans heurts. Pourtant, le Valais m’a refusé le certificat, car il ne reconnaissait pas l’AstraZeneca. J’ai dû recevoir une troisième dose de Moderna pour aller voir le FC Sion battre Lugano. (Peut-être que les joueurs devraient faire comme moi s’ils veulent à nouveau gagner !)

Ma blonde m’a rejoint quelques semaines plus tard. Elle qui était vaccinée deux fois avec l’AstraZeneca a obtenu sans problème le certificat valaisan. C’est qu’entre temps, le pass sanitaire a été demandé à plus large échelle et que les autorités se sont rendu compte qu’une unification des directives était nécessaire.

Wilson, mon corgi royal qui m’a patiemment attendu. Source : Pierrot Métrailler

Il va falloir d’adapter

Oui, je pourrais crier au scandale, hurler à l’atteinte à mon intégrité, maugréer sur les inepties bureaucratiques. Ça ne servirait à rien, surtout que je trouve cette évolution plutôt positive. Je trouve même que c’est assez remarquable qu’en quelques semaines, la Suisse ait su s’adapter. 

Je connais un autre pays, où malgré l’obligation de la double vaccination pour y entrer, on demande en plus un test PCR négatif de moins de 72 heures. Heureusement que des laboratoires valaisans travaillent le samedi pour permettre de voyager le lundi. La capacité d’adaptation du Canada est très loin de la réactivité suisse.

C’est une autre grande leçon qu’il faudra tirer de cette crise planétaire. Comparer les réponses des différentes entités, comparer l’état de préparation des réseaux de santé, comparer l’efficience des systèmes de gouvernement, comparer, comparer… Et au bout des études, la Suisse pourra arrêter de « chialer », car elle sera assurément tout en haut des classements.

Je voulais vous parler de moi, de mon expérience, de mon ressenti et je finis par revenir à ma passion de la chose publique. On ne se refait pas, même si mon chez-moi évolue.

1 octobre 2021

L’art de l’inutile porté à son maximum

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 0 h 51 min
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Le verdict des élections canadiennes est tombé. Justin Trudeau est réélu à la tête d’un gouvernement minoritaire. Il pourra continuer de gouverner avec le Nouveau parti démocrate (NPD). La gauche est à nouveau au pouvoir à mon grand désarroi vous vous en doutez bien.

« Le glamour de la marque Trudeau est fini. L’homme est maintenant perçu pour ce qu’il a toujours été : un être médiocre, opportuniste et superficiel. » Le verdict de Joseph Facal, chroniqueur au Journal de Québec et de Montréal, est sans appel. Il illustre parfaitement l’échec du pari du premier ministre canadien.

La Chambre des Communes à Ottawa. Source : Le Devoir

Une élection pour rien.

Lors de la 43e législature, la Chambre des communes avait la composition suivante: 157 PLQ* – 121 PCC – 32 BQ – 24 NPD – 3 Verts – 1 divers. Après les élections du 20 septembre, la 44e législature aura la composition suivante : 159 PLQ – 119 PCC – 33 BQ – 25 NPD – 2 Verts.

La différence est infime et si on compare la différence des voix, on est encore plus proche : PLQ -0,5% – PCC -0,6% – BQ +0,1% – NPD +1,8% – Vert -4,3%… « Tout ça pour ça! » titrait le Journal de Québec au lendemain des élections. On ne peut qu’être d’accord avec ce constat. Plus de 600 millions de dollars dépensés en pleine pandémie pour rien.

Le pari perdu de Justin Trudeau

« Je ne vois pas quelqu’un faire la fine bouche parce qu’il a reçu un mandat minoritaire ou majoritaire », déclarait Pablo Rodriguez le leader parlementaire des libéraux au soir des élections. Malgré cette pseudo satisfaction, personne n’est dupe, le premier ministre a perdu son pari.

Il voulait surfer sur sa bonne gestion de la vaccination (le fédéral n’avait qu’à s’assurer d’acheminer assez de vaccins aux provinces qui devaient gérer toute la logistique) pour avoir un gouvernement majoritaire et redevenir le chef incontesté du pays. L’ancien prof acceptait mal de partager la scène.

Son échec est patent et ne tardera pas à le rattraper. Pas sûr que son parti le laissera tranquille très longtemps. Il a la chance de voir les autres chefs de partis dans des difficultés comparables voire plus difficiles.

Le cynisme porté à son comble

Les libéraux auront finalement bénéficié de la reprise de la pandémie. Les questions sanitaires auront occupé une grande place dans la campagne. Du sommet de sa tour centrale d’Ottawa, le premier ministre a pu prendre les provinces de haut et leur donner des leçons de gestion. Quand on n’est pas responsable d’un dossier, c’est facile de critiquer ceux qui ont les deux mains dans le cambouis.

Personne n’a fait allusion aux multiples scandales qui ont émaillé le parcours du sémillant premier ministre si aimé à l’étranger. Son achat d’un pipeline, sa maltraitance de la minorité francophone, ses copains libéraux actionnaires des nouvelles compagnies productrices de cannabis, sans oublier son intrusion dans des processus judiciaires.

La liste serait interminable, mais personne n’en a parlé à cause d’un virus salvateur. Pourtant, quelques jours après ces élections, le gouvernement a annoncé avec fierté qu’un accord avait été trouvé avec la firme SNC Lavallin pour qu’elle échappe au processus judiciaire. Ses pressions sur l’ancienne ministre de la Justice avaient créé un scandale. Au lendemain des élections l’affaire est résolue dans l’indifférence.

Et maintenant ?

Combien de temps durera cette législature minoritaire? Tout le monde espère plus que 18 mois. « Je vous ai entendus. Ça ne vous tente plus qu’on parle de politique ou d’élections, vous voulez qu’on se concentre sur le travail qu’on a à faire pour vous. » Ces mots prononcés par Justin Trudeau dans son discours de victoire méritent d’être gardés en mémoire.

Il demandait à avoir « les deux mains sur le volant » pour reprendre une expression bien connue au Québec. Il n’a reçu qu’une confirmation de la situation d’avant. Il doit maintenant descendre de son nuage et commencer à travailler pour aider son pays qui est plus divisé que jamais. 

Il doit proposer une voie qui puisse faire consensus entre les provinces centrales qui comptent sur l’industrie pétrolière pour prospérer et le reste du pays qui veut une transition énergétique rapide. Il doit écouter les provinces qui veulent garder leurs compétences et oublier la folie centralisatrice issue de son père.

La fin du jeune premier

Le 4 novembre 2015, le monde découvrait le nouveau premier ministre du Canada. Un beau jeune homme qui tranchait avec la vision conservatrice de son prédécesseur Steven Harper. Six mois après Emmanuel Macron, le monde découvrait un nouveau leader qui allait révolutionner l’univers.

Six ans plus tard, que reste-t-il de ses espoirs ? Une libéralisation du cannabis qui risque bien de rester la seule grande réalisation du jeune prodige. À moins que ça ne soit sa déclaration comme quoi le Canada était le premier état postnational où toutes les nationalités se trouvaient à égalité et où toutes les manières de vie devraient se valoir ?

La famille Trudeau le soir des élections. Source : Radio-Canada

Un système de luttes internes

« Un être médiocre, opportuniste et superficiel ». Les mots de Joseph Facal sonnent de plus en plus juste. Je rejoins aisément cette analyse et je pense que son avenir va très vite être chahuté par des luttes internes. Car, quand le chef est affaibli, les successeurs se pressent pour prendre sa place.

Le système politique « britannique » veut ces luttes intestines. Le pouvoir du chef de parti est tellement absolu que dès qu’il montre des signes de faiblesse, les jeunes loups sont prêts à dévorer le chef de meute. Chez les conservateurs, le processus est déjà en marche et le pauvre Erin O’Toole aura beaucoup de difficulté à survivre.

La démocratie suisse peut se réjouir de la moindre personnalisation du pouvoir. Certes, quelques conseillers fédéraux sont mis en vedette, mais le système demande la collégialité et surtout le système politique suisse impose la discussion et la recherche de consensus. C’est infiniment mieux qu’une démocratie qui encourage la « dictature ».

24 septembre 2021

Vaccination: obliger or not obliger ?

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 4 h 44 min
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Doit-on rendre la vaccination obligatoire ? Ou plutôt, pour qui doit-on rendre la vaccination obligatoire ? Ces questions se posent un peu partout à travers le monde et selon les sensibilités, toutes les réponses semblent admissibles. Si l’imposition d’une vaccination universelle paraît démesurée, pour certaines catégories de la population elle doit s’envisager.

« Ceux qui ne sont pas vaccinés, et il nous en reste quand même, s’il vous plaît, allez vous faire vacciner. On le voit, regardez ce matin [vendredi 17 septembre 2021], on va annoncer encore une trentaine de personnes qui rentrent dans nos hôpitaux au Québec et ceux qui rentrent aux soins intensifs en ce moment, c’est uniquement des non-vaccinées. »

Publicité du gouvernement du Québec pour rappeler qu’il faut deux doses de vaccin.

La situation hospitalière

Cette déclaration du ministre québécois de la Santé, Christian Dubé a le mérite de la clarté. « En ce moment, ce que je regarde toujours, c’est la situation hospitalière. C’est beaucoup moins le nombre de cas absolus, » a poursuivi le ministre lors d’un passage à Lévis, la ville où je réside. Il rejoint ainsi une déclaration d’Alain Berset qui disait la même chose pour la Suisse, il y a déjà quelques mois.

Malgré le fait que le Québec connaisse trois fois moins de cas journaliers que la Suisse, les mesures actuelles y sont toujours un peu plus drastiques. Il faut dire que la situation dans les hôpitaux est beaucoup plus critique dans la Belle Province. 

Le Dr Serge Legault, vice-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, explique que « les personnes hospitalisées à cause d’une infection à la COVID-19 sont plus jeunes que lors des vagues précédentes. Ainsi surviennent moins de décès puisque les personnes malades sont plus robustes. Toutefois, cela fait en sorte qu’elles restent plus longtemps à l’hôpital et occupent des lits. »

La vaccination, seule mesure efficace 

« On doit remercier la vaccination. Si on n’avait pas la vaccination, on serait comme en Alberta présentement, où il y a 1400 cas par jour et où les soins intensifs sont saturés. Alors la vaccination est efficace, c’est absolument certain », poursuit le Dr Legault. Malgré cela la situation est critique au Québec et du délestage est d’ores et déjà prévu.

Ces reports de chirurgies non urgentes deviennent un problème de plus en plus crucial. Alors que les autorités sanitaires québécoises prévoyaient d’augmenter le nombre de chirurgies dès le mois d’octobre 2021, pour rattraper le retard pris d’ici 2023, elles se voient obligées, au contraire, de diminuer encore ces interventions pour ne pas encombrer les soins intensifs.

Les appels à la vaccination deviennent donc de plus en plus intenses, ce n’est plus seulement la pandémie qu’il faut ralentir, mais aussi la possibilité de maintenir une chaîne de soins efficace dans la province. La solidarité de tous est nécessaire et la pression se fait de plus en plus grande envers les récalcitrants.

Vaccination obligatoire pour le personnel de la santé

Au début du mois de septembre, le ministre de la Santé du Québec a jeté un pavé dans la mare. À partir du 15 octobre, la vaccination sera imposée au personnel du réseau de la santé dans tous les établissements de la province, tant publics que privés. Ceux qui n’auront la pas leur couverture vaccinale complète à la mi-octobre seront suspendus sans solde jusqu’à ce qu’ils aient obtempéré.

« Tout le monde est d’accord avec la vaccination, mais ce sont les conséquences [de la vaccination obligatoire] qui risquent d’être plus grosses que la non-vaccination. »

À l’instar d’Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), ils sont nombreux ceux qui trouvent cette mesure trop dure.

Pourtant, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, tient bon. Il a non seulement confirmé la date butoir, mais également demandé aux établissements de santé de préparer un plan d’urgence pour faire face aux pénuries de personnels prévisibles.

Une demande légitime

Ira-t-il jusqu’au bout ? Je le souhaite fortement. En effet, quoi de plus normal que de demander au personnel de soin de protéger leur patient. Je crois que ça fait intimement partie de leur métier. On ne peut pas soigner et risquer de rendre malade en même temps, en tout cas pas lorsque des protections existent.

Je suis loin d’être le seul à penser cela. Selon un sondage Léger, plus des trois quarts des Québécois appuient la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé. Les résultats du sondage ont également révélé un fort soutien pour les passeports vaccinaux à travers le pays. 

Comme la majorité des Suisses, les Québécois et les Canadiens veulent retrouver une vie la plus normale possible. Aujourd’hui, la vaccination semble être la seule mesure disponible à court terme. La santé économique de nos régions et notre santé mentale demandent cet effort.

Le passeport vaccinal est bien accepté au Québec. Source: L’Actualité

Des mesures nécessaires

Car oui, c’est un effort. Les certificats Covid, les passeports sanitaires et autres désignations des documents prouvant une vaccination complète ne sont pas toujours bien acceptés, car ils exigent une démarche pas toujours volontaire. Il y a bien des choses dans ma vie que je ne fais pas avec grand plaisir, mais seulement par devoir, forcé ou par solidarité.

En Suisse comme au Québec, pour entrer dans un restaurant, il faut cette preuve. L’exigence me parait minimale en regard des gains. Une économie qui peut continuer, une vie sociale qui reprend ou tout simplement des hôpitaux qui peuvent faire face à leur mission de soin, pas seulement pour les malades du Covid, mais aussi pour tous les autres qui ne méritent pas d’attendre une chirurgie, un soin non vital, tout cela ne doit pas être remis en question à cause de quelques égoïstes.

18 septembre 2021

Quand on se compare, on se console

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 7 h 37 min

Depuis trois semaines que je suis en Suisse, j’ai rencontré pas mal de monde. Les conversations tournaient beaucoup autour de la pandémie qui s’abat sur nous depuis 18 mois. La comparaison des mesures prises dans mes deux pays et la vaccination ont occupé la majeure partie de ces discussions.

« Vous avez eu beaucoup plus de cas que chez nous pour qu’on vous impose des mesures aussi strictes et sévères! » Je ne saurais dire combien de fois j’ai entendu ce type de réactions alors que j’expliquais sommairement le confinement qui s’est abattu sur le Québec en 2020 et 2021.

De gauche à droite : le ministre de la santé Alain Berset et le président de la Confédération Guy Parmelin. Source : KEYSTONE / Peter Schneider.

Deux régions comparables

Ce qu’il y a d’intéressant à tirer des parallèles entre la situation suisse et celle du Québec, c’est que plusieurs éléments sont similaires ou presque. Les deux contrées comptent environ 8 500 000 habitants. Elles font partie des pays les plus développés au monde et leur situation économique est proche.

Bien sûr, le Québec est 42 fois plus vaste que la Suisse et la Suisse est un pays indépendant alors que le Québec pas (encore). Mais ces deux aspects sont secondaires dans l’analyse de la situation dans laquelle nous vivons depuis 18 mois. Il faut juste avoir à l’esprit que le Québec gère les affaires sanitaires de manière centralisée, la santé étant une compétence provinciale au Canada, alors qu’en Suisse les 26 cantons ont chacun leur système de santé.

Des chiffres différents

À l’heure où j’écris ces lignes (le 10 septembre), la Suisse compte 805 000 cas de Covid déclarés depuis le début de la pandémie (+ 3116 en une journée) pour un total de 10 945 décès (+5 en une journée). Le Québec, de son côté, compte 395 000 cas de Covid (+ 600 en une journée) et un total de 11 297 morts (+0 en une journée).

Ce premier coup d’œil montre que si le nombre de morts est comparable, le nombre de cas de Covid est beaucoup plus bas au Québec. La différence du rapport nombre de cas/nombre de morts a tendance à diminuer depuis le début de la pandémie, depuis la vague mortelle qui a ravagé les maisons de retraite québécoises en mars et avril 2020.

Des mesures différentes pour une évolution différente

Après cette panique initiale et des situations complètement hors de contrôle, comme cette résidence où le personnel a fui devant la maladie, laissant des personnes âgées complètement livrées à elles-mêmes (lire lettre québécoise du …), le gouvernement du Québec a pris les choses en main. Les mesures restrictives ont plu sur la province.

Commerces non essentiels fermés, entreprises et chantiers fermés, un confinement strict a été décrété lors de la première vague. Puis, après un été plus relâché, l’automne 2020 a vu une nouvelle vague restrictive déferler sur les Québécois. Si je vous dis que de la fin septembre 2020 au mois de mai 2021, nous avions l’interdiction de recevoir de la visite à la maison, vous voyez que les mesures suisses n’avaient rien à voir avec celles du Québec.

Je dois avouer que cette différence a eu une influence sur le nombre de cas, puisque la Suisse a recensé jusqu’à quatre ou cinq fois plus (comme ces derniers jours) de cas journaliers que le Québec. Malgré cela, le nombre de morts en Suisse n’a toujours pas dépassé celui du Québec.

Des systèmes de santé qui ont résisté différemment

Avant la pandémie, les systèmes de santé québécois et suisses jouaient dans la même ligue. Ils faisaient partie des meilleurs au monde. Personne ne craignait d’aller se faire soigner dans un hôpital de ces régions. Après 18 mois de « guerre » sanitaire, force est de constater que les apparences étaient trompeuses.

La situation au Québec est au bord de la rupture, pour ne pas dire qu’elle a déjà rompu. Il n’y a pas eu besoin comme au nord de l’Italie, en tout début de pandémie, de choisir qui aurait droit à l’oxygène ou à un lit de soins intensifs, mais beaucoup, beaucoup trop d’opérations « non urgentes » ont été reportées. Le délestage a été et est toujours intense.

S’il fallait compter six mois d’attente pour une opération de la hanche avant la pandémie, aujourd’hui personne n’ose articuler de chiffre, car le délai doit dépasser largement les deux ans. Les responsables tentent de rassurer la population en évoquant un rattrapage. On sait ce que valent les promesses des politiciens. Nul besoin de vous dire comment a réagi le système de santé suisse.

La Suisse sans comparaison

Les restrictions dues à la pandémie ont été, en Suisse, parmi les plus légères des pays développés. La Suède a tenté une autre voie au début, mais est revenue dans les standards depuis. D’autres, où les dirigeants ont nié la pandémie, ont connu une crise sanitaire effroyable à certains moments.

Rien de tout cela chez nous. Des hôpitaux, certes sous pression, mais qui ont toujours fait face à la tâche. Je ne suis pas un spécialiste des affaires sanitaires, mais j’observe avec attention depuis 18 mois ce qui se passe dans différentes régions du monde pour alimenter mes chroniques dans le Confédéré et à la radio. Je ne peux que conclure que la Suisse possède un des systèmes de santé les plus efficaces du monde.

Lorsqu’on analysera en détail, après la pandémie, ce qui s’est passé dans les différents hôpitaux et dans les systèmes de santé à l’échelle internationale, je suis sûr que la Suisse fera partie des leaders, pour ne pas dire sera un modèle.

Quand on se compare, on se console. Le constat est sans appel. Oui, on peut toujours vouloir mieux, il y aura toujours des râleurs, des « Yaka », mais l’équilibre des pouvoirs, des décideurs, des responsables dans le système helvétique est incontestablement bon, si ce n’est le meilleur possible dans un monde forcément imparfait.

10 septembre 2021

Quand on doit voter stratégiquement

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 2 h 59 min
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Le 20 septembre prochain, les Canadiens sont appelés à renouveler leur législatif. Le premier ministre Justin Trudeau remet son gouvernement en jeu deux ans avant la fin normale de la législature. Si ces élections anticipées n’attirent pas beaucoup l’intérêt, c’est qu’elles semblent superflues pour une large tranche de la population. Elles me permettent néanmoins de vous illustrer combien le système électoral peut obliger à voter autrement que ses convictions.

J’ai eu l’occasion dernièrement (lettre québécoise 24) de vous exposer mon avis sur la décision de Justin Trudeau de déclencher le processus électoral. Je n’y reviendrai pas aujourd’hui. A 10 jours du vote, tout est très ouvert et de nombreux scénarios sont encore possibles. C’est pourquoi les votes stratégiques vont avoir une grande importance.

Un système électoral d’une grande simplicité

Je ne vais pas entrer dans les détails, mais tenter d’expliquer simplement le scrutin uninominal à un tour qui régit ces élections canadiennes. La Chambre des communes qui est le cœur de la vie parlementaire au Canada compte 338 députés. Ce sont eux qui remettent leur siège en jeu le 20 septembre. Ce sont aussi eux qui sont à la base de tout le système politique fédéral. Même s’il existe un Sénat, celui-ci, composé de membres nommés par le gouvernement, n’influe que peu sur la vie politique. Il se borne à amender les projets de loi.

338 députés donc élus dans 338 circonscriptions selon un système on ne peut plus simple. Celui qui obtient le plus de voix le jour de l’élection est élu, quel que soit le pourcentage qu’il représente. Ensuite, le soir des élections ou le lendemain si les votes par correspondance sont nombreux, on fait le décompte des sièges par partis et celui qui en aura le plus formera le gouvernement. Majoritaire s’il a plus de 169 sièges, minoritaire dans le cas contraire.

Finalement, le chef de ce parti sera automatiquement nommé premier ministre par le gouverneur général. Ce qui fait qu’au final la campagne tourne exclusivement autour des chefs de partis. Ce sont les seuls qu’on entend dans les médias. Souvent, les électeurs ne savent même pas qui est le candidat de leur circonscription. Ils vont cocher le nom qui est à côté du sigle du parti qu’ils ont choisi.

Les 5 chefs de parti (de g. à d. Yves-François Blanchet BQ, Erin O’Toole PCC, Justin Trudeau PLC, Jagmeet Singh NPD et Annamie Paul PVC). Source : Le Devoir

Quand la stratégie entre en jeu

La simplicité du système n’est qu’apparente, car il engendre un grand nombre de distorsions. Ainsi, il est fréquent qu’un parti avec moins de voix gagne un plus grand nombre de sièges. Il suffit qu’il soit très fort dans certains endroits clés ou que ses électeurs soient bien concentrés. Par contre, un parti qui récoltera des voix un peu partout à travers le pays sans avoir une certaine concentration dans quelques circonscriptions se retrouvera presque sans siège.

C’est pour ça qu’au Canada, la victoire de Trump en 2016 avec moins de voix que Mme Clinton n’a ni surpris ni suscité de commentaires. Ainsi lors des dernières élections en 2019, le Parti libéral du Canada de Justin Trudeau avec 33 % des voix a obtenu 157 sièges alors que le Parti conservateur du Canada avec 34 % des voix en a eu 121. Le Bloc québécois qui n’existe, comme son nom l’indique qu’au Québec, a obtenu 32 sièges avec 7,5 % alors que le Nouveau parti démocratique qui a obtenu 16 % des voix à travers tout le Canada n’a eu que 24 sièges ou les Verts avec 6,5 % des voix n’ont eu que 3 sièges.

Les états-majors des partis doivent donc cibler leurs objectifs en concentrant leurs forces là où ils ont des chances de gagner des sièges. Deux méthodes permettent de maximiser l’impact d’un parti : tout d’abord en désignant des « candidats vedettes » dans des circonscriptions prenables, ensuite en faisant en sorte que le chef du parti soit présent physiquement et régulièrement dans ces mêmes circonscriptions. Souvent dans les endroits pratiquement perdus d’avance, on voit fleurir des « candidats poteaux » qui mettent juste leur tête sur une affiche, sans faire véritablement campagne.

Pour que ma voix compte

Dans ma circonscription, 7 candidats s’affrontent. Celui qui aura le plus de voix le 20 septembre sera élu. Source :passionfm.com

La stratégie n’est pas seulement l’apanage des partis politiques, mais les électeurs avertis, impliqués dans la vie politique doivent aussi distribuer leurs voix en fonction de ce système particulier. Ainsi, il est fréquent qu’on doive voter pour un autre parti que celui de ses convictions. C’est mon cas pour cette élection.

Si, il y a deux ans, j’ai pu voter avec plaisir pour le candidat du parti qui me représente le mieux, le Bloc québécois, c’est parce que je savais que mon vote ne servait à rien. En effet, ma circonscription était un « château fort » conservateur. Un député bien établi se représentait et il était sûr d’être élu avec une avance confortable. Ce qui fut le cas puisque Steven Blaney a récolté près de 60 % des voix, plus du double que son premier vienne ensuite.

Aujourd’hui, la donne est différente. Le député Blaney ne se représente pas. Ma circonscription fait partie des « batailles stratégiques ». Les libéraux de Justin Trudeau que je ne veux pas voir reporter au pouvoir pourraient l’emporter. Si je vote pour mon candidat du Bloc, je ne serai qu’un spectateur inutile du duel conservateur libéral.

En effet, le Bloc n’a aucune chance dans ma circonscription. Si je veux participer à la lutte, je dois voter pour le candidat qui empêchera les libéraux canadiens (qui, si on les compare à la politique suisse sont au centre gauche du Parti socialiste…) de progresser. Si je veux que ma voix compte, je dois laisser de côté mes convictions et voter pour le « moins pire » des candidats qui ont une chance d’être élus, dans mon cas, conservateur.

3 septembre 2021

Une vaccination bien différente

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 7 h 21 min
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Comme un peu partout autour de la planète, la Suisse et le Québec visent sur le vaccin pour nous sortir de cette pandémie. Même objectif, mais politique bien différente, surtout pour convaincre les récalcitrants.

« On ne peut pas prendre toute une population en otage pour garder des privilèges à une minorité qui refuse le vaccin. On ne peut plus laisser des personnes non vaccinées remplir nos hôpitaux. » Le 24 août dernier, Christian Dubé, le ministre de la Santé du Québec a été très clair.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Source Marco Campanozzi, La Presse

La fin de la récréation

Il sonnait la fin de la récréation comme le titrait le Journal de Québec du lendemain. Depuis avant-hier, la vie au Québec est à deux vitesses selon qu’on possède ou non le passeport vaccinal. Pour l’avoir, une seule solution : avoir reçu ses deux doses de vaccin. Ce passeport sera obligatoire dès 13 ans, les plus jeunes devront prouver leur âge avec une carte d’identité.

Dès 13 ans donc, il ne sera plus possible d’entrer dans un bar, un restaurant, y compris les terrasses, une salle de spectacles, un cinéma ou une salle ou un stade de sport sans le précieux sésame. Toutes ces activités et bien d’autres, jugées non essentielles par le gouvernement sont désormais réservées aux personnes vaccinées.

Pour les autres, il reste les activités sportives à l’extérieur comme le tennis, le golf, le ski ou la pétanque, les services de commandes à l’auto ou les comptoirs à emporter pour la restauration, mais aussi les musées, les bibliothèques, les lieux de culte ou les rassemblements privés. Les commerces essentiels, nourriture, vêtements, quincailleries, etc. seront eux toujours accessibles à tous.

Tricher est criminel

« Il y a des sanctions monétaires pour les gens qui ne respectent pas les règles, comme le port du masque, par exemple. Mais si quelqu’un pense utiliser une fausse carte d’identité, c’est passible d’une poursuite au criminel. C’est un acte criminel de falsifier un document de la santé publique », a averti le ministre de la Santé.

Une période de grâce de 15 jours est accordée aux commerçants pour un « rodage » des systèmes mis en place. Passé ce délai, les récalcitrants qui n’exigeraient pas la preuve vaccinale auront des amendes qui peuvent atteindre 6 000 $ (4 500CHF). Ce sursis permettra aussi à tous les vaccinés de télécharger leur preuve de vaccination et d’obtenir leur code QR et de l’importer dans une autre application.

Preuve que tout cela a été fait dans l’urgence : l’application Android n’était pas encore disponible le jour de l’annonce. Dès le lendemain, des hackers ont démontré qu’il était facile de la pirater et d’avoir accès aux données si on connaissait la date de la première vaccination. Le gouvernement ne s’est pas affolé, il n’y a aucune donnée confidentielle sur cette application.

Beaucoup moins de cas qu’en Suisse

Au moment où le gouvernement québécois a pris ces mesures, il y avait infiniment moins de cas au Québec qu’en Suisse. Alors que l’on comptait 3 000 cas par jour en Helvétie, le Québec en avait environ 400 pour une population égale (8,5 millions pour chacune des deux régions). La tolérance au virus n’est pas tout à fait la même !

Et ce n’est pas le débordement des hôpitaux qui faisait la différence puis que le jour de cette annonce, le Québec comptait 20 malades Covid en soins intensifs contre environ 200 en Suisse. Je veux bien que le système de santé soit moins résistant au Québec, mais pas à ce point.

La rentrée scolaire fait peur

Alors que le Valais a décidé une rentrée scolaire « la plus normale possible », selon les mots du chef du Département, le ministre de la Santé du Québec craint une explosion des cas lors de ce moment crucial qui est arrivé une semaine plus tard qu’en Valais au Québec. Je n’ai donc pas les premiers chiffres au moment d’écrire ces lignes.

Pour éviter tout dérapage, dans la plupart des régions du Québec, la rentrée se fera masquée pour tous les élèves du primaire et du secondaire, ainsi que leur professeur, vacciné ou non. Toute une liste de prescriptions a aussi été définie pour restreindre au maximum le mélange des classes.

Ainsi, les enfants du Québec reprennent l’école comme ils l’ont quitté au mois de juin. Le répit estival aura été de courte durée, même si les trois quarts des ados entre 12 et 17 ans sont pleinement vaccinés.

Un très haut taux de vaccination

Parce qu’en plus au Québec, le taux de vaccination est bien plus élevé qu’en Suisse. L’objectif de 75 % des plus de 12 ans vaccinés pour la fin août a été atteint avec deux semaines d’avance. À la mi-août, 85 % de cette même population avait déjà reçu au moins une première dose. La nouvelle cible de la santé publique a été fixée à 95 %… l’art de repousser les limites… j’y reviendrai dans une autre chronique.

Au Québec, tous les vaccinés ont une chance de gagner un million de $… Que ne ferait-on pas pour convaincre les récalcitrants ! Source : Gouvernement du Québec

Avant de conclure, une petite anecdote vaccinale personnelle qui illustrera les différences d’interprétation scientifique. J’ai pu entrer en Suisse sans difficulté parce que j’ai reçu deux doses de vaccins : une première d’AstraZeneca reconnue par la Suisse même si elle ne l’utilise pas et une deuxième de Moderna, le supervaccin produit en Valais.

Quand j’ai tenté d’obtenir le pass valaisan pour aller voir le FC Sion, j’ai déchanté. Le canton ne reconnaît pas l’AstraZeneca, même si la Suisse le reconnaît. Donc pas de pass sanitaire. Heureusement, comme ma deuxième dose était du Moderna, la personne que j’ai eue au téléphone m’a proposé de me faire injecter une deuxième dose de Moderna.

Ce que j’ai accepté et ainsi, au « sans rendez-vous » j’ai rapidement eu droit à ma troisième injection. Le médecin de service doit être encore sceptique, car en Suisse, pas possible de mélanger les vaccins sans un avis du médecin traitant. Au Québec, c’est au contraire recommandé… mystère de la science.

Bref, tout ça pour illustrer que face à une maladie qui, même si on a beaucoup appris en 18 mois, reste encore bien mystérieuse. Face à ces incertitudes, les gouvernements agissent chacun selon leur conviction. Plus libérale en Suisse, plus étatique au Québec.

27 août 2021

L’art de manipuler la démocratie

« Nous avons été là pour vous, et maintenant, c’est à vous de choisir ». Avec ces quelques mots prononcés le 15 août dernier, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, annonçait la dissolution du parlement et des élections législatives anticipées pour le 20 septembre prochain. Un beau « foutage de gueule » alors que la pandémie redémarre au Canada.

Vous le savez si vous me lisez régulièrement, je ne suis pas le plus grand fan du beau premier ministre canadien ! Alors que, mes valises bouclées, je me dirigeais vers l’aéroport de Québec, il est venu troubler mon voyage. En passant, je suis bien arrivé en Suisse et j’ai déjà croisé quelques lecteurs. Mais revenons à ma crise d’urticaire canadienne.

Le chef libéral Justin Trudeau a rencontré des partisans rassemblés à Ottawa après avoir déclenché des élections. Source : La Presse Canadienne / Sean Kilpatrick

Des élections à date fixe

La dernière fois que la Chambre des communes (c’est ainsi qu’on appelle l’équivalent du Conseil national au Canada, le Sénat, Conseil des États, est lui nommé par le premier ministre) a été renouvelée, c’était le même jour que les élections fédérales suisses de 2019. Deux ans, à peine, après cet exercice, le pauvre petit Justin qui doit régner avec un gouvernement minoritaire, nous fait un caprice.

Pourtant, en 2019, le Canada entrait dans l’ère des élections à date fixe. Finis les petits arrangements du parti au pouvoir qui avait le droit de déclencher les élections quand bon lui semblait, mais au maximum cinq ans après sa prise du pouvoir. Les partis s’étaient mis d’accord pour une réforme législative qui rendait les choses plus prévisibles, plus transparente.

Eh bien, deux ans plus tard, profitant du fait qu’il n’ait pas une majorité absolue, Justin Trudeau joue à nouveau avec les électeurs. Il sait bien que ceux-ci sont habitués à semblable manigance puisqu’ils n’ont vécu qu’une fois un scrutin dont la date était connue plus de 40 jours à l’avance.

Utilisation de la gouverneure générale

Bon, pour être honnête, je dois avouer que le premier ministre n’a pas le pouvoir de dissoudre le parlement tout seul. Pour le faire, il doit demander l’autorisation au gouverneur général, le représentant de la reine au Canada. En janvier dernier (voir la lettre québécoise du 29 janvier 2021), l’astronaute Lise Payette démissionnait de son poste de gouverneure générale.

Cet été pour la remplacer, Justin Trudeau a nommé Mary Simon pour la remplacer. Pour faire face au scandale des pensionnats autochtones (lettre du 11 juin 2021), il a mis en avant une femme autochtone pour la première fois. Il a toutefois oublié que son pays était bilingue et que madame Simon ne parlait pas français. Une gifle monumentale aux francophones canadiens.

Donc madame Simon n’a pas bronché et a entériné la dissolution du parlement et a plongé le Canada dans une nouvelle campagne électorale. Il faut reconnaître que c’est bien joué de la part des libéraux canadiens. Les sondages leur sont favorables et les autres partis ont tous de la difficulté à trouver leur voie.

Mary Simon est devenue gouverneure générale du Canada le 26 juillet dernier. Source : La Presse Canadienne / Sean Kilpatrick

Les forces en présence

Face au Parti libéral du Canada (PLC) de Justin Trudeau qui possède 155 sièges sur 338, on trouve le Parti conservateur (PC) avec 119 sièges, le Bloc québécois (BQ) avec 32, le Nouveau parti démocratique (NPD) avec 24, le Parti vert du Canada (PVC) avec 2 et 5 indépendants. Le dernier siège étant vacant au moment de la dissolution.

Les sondages au moment du déclenchement des élections donnent 35 % au PLQ, 30 % au PC, 19 % au NPD, 7 % au BQ (qui n’est actif qu’au Québec où il recueille 29 % des intentions de vote) et 5 % au vert. Ce qui signifie que les libéraux sont proches du seuil d’un gouvernement majoritaire. Leurs sondages internes par circonscription doivent leur donner cette majorité, sinon ils n’auraient pas pris la décision de dissoudre la Chambre.

Car, le vote uninominal à un tour signifie que chaque cercle électoral vaut pour lui-même. Celui qui a le plus de voix étant élu, les sondages nationaux peuvent être trompeurs. En 2019, les conservateurs avec 34 % avaient obtenu moins de sièges que les libéraux avec 33% et le Bloc québécois avec 7 % des voix, mais uniquement sur le Québec a obtenu 8 sièges de plus que le NPD avec 16 % des voix.

Une campagne dont personne ne veut

Plus de la moitié des Canadiens (51 %) disent ne pas avoir d’intérêt pour des élections actuellement contre seulement 26 % qui disent s’y intéresser. Devant de tels chiffres, le défi pour Justin Trudeau est peut-être plus difficile qu’il n’y parait. Si depuis le début de la pandémie, tous les scrutins provinciaux ont bénéficié aux partis au pouvoir, le résultat du 18 août en Nouvelle-Écosse ne rassure pas les libéraux.

Les progressistes-conservateurs ont battu nettement les libéraux qui détenaient un gouvernement minoritaire et qui tentaient le même pari que le parti fédéral. Je souhaite le même sort à Justin Trudeau. Si la pandémie continue, il risque de pâtir de sa témérité de faire déplacer les gens et si elle s’estompe, peut-être que les conservateurs arriveront à démontrer que l’argent distribué à tout vent risque de coûter cher à l’avenir.

La chance du premier ministre est que la question environnementale est le point faible des conservateurs et que les verts sont trop faibles pour influer vraiment sur le scrutin. Son image verte malgré qu’il ne fasse rien de peur de déranger les producteurs de pétrole (le Canada est le 4e producteur au monde) va peut-être lui permettre de réussir son pari.

20 août 2021

Un été olympique

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 5 h 12 min
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Tokyo 2020 a donc eu lieu en 2021 comme un signe de retour vers une certaine normalité. Pourtant nous n’en avons pas encore fini avec ce satané virus. Mais pour cette reprise, encore un peu en mode estival, j’ai envie de vous parler de ces deux belles semaines qui m’ont permis d’oublier un peu la lourdeur du temps. Plus particulièrement de deux athlètes qui ont une belle histoire bien dans l’esprit éternel des jeux.

Et, si tout se passe correctement, lorsque cette chronique paraîtra, je pourrais la lire pour la première fois sur papier en Valais. Car, après plus de deux ans, je peux enfin refaire un passage sur mes terres natales. Avant de vous narrer ce voyage, revenons un peu en arrière et profitons du soleil levant.

37 médailles… Presque tous les jours, j’ai pu fêter. C’est l’avantage de la double nationalité (24 Canada / 13 Suisse). Et par chance, il n’y a pas eu de confrontation directe Suisse – Canada. Le beach-volley aurait pu créer des chicanes de couple, mais il n’en fut rien, les Canadiennes ont été éliminées avant de se frotter aux Suissesses, pareil en tennis.

De belles histoires olympiques

Le décalage horaire n’étant pas si pire au Canada, j’ai pu vibrer soit le matin pour les soirées tokyoïtes, soit le soir pour les matinées. Je ne peux que commencer par les beaux moments que nous ont fait vivre les cyclistes helvétiques (l’avantage des mots non genrés qui permettent de ne pas écraser ces pauvres hommes). 

Magnifique ce podium avec cette… (si quelqu’un peut me définir la couleur des vêtements officiels de la délégation suisse, je suis preneur), unique les trois drapeaux qui flottent pendant que l’hymne national diffuse son tempo si entraînant. Tout aussi magnifique les autres moments où cet air a retenti pour notre meilleure tireuse et pour Belinda.

J’ai eu la chance de vibrer encore sept fois en écoutant mon hymne d’adoption. Et, comble de bonheur, j’habite maintenant le même village, Saint-Romuald (qui a été fusionné avec 13 autres bourgs pour former Lévis), qu’une toute nouvelle championne olympique, Gabrielle Carle, membre de l’équipe canadienne de football (soccer comme on dit ici) vainqueur du tournoi olympique. Et pour ne rien manquer, à Lévis, ma ville, réside aussi une toute nouvelle médaillée de bronze en cyclisme sur piste, Laurianne Genest.

Une médaille forgée dans son garage

Je vais arrêter là avec mes cocoricos domiciliaires et vous raconter une belle histoire olympique. Il était une fois, dans un garage de Rimouski (une charmante petite ville au bord du Saint-Laurent aux portes de la Gaspésie), une jeune femme qui avait rêvé d’olympisme avec la gymnastique, mais qui voyait son rêve s’éloigner, car elle n’était pas si bonne que ça dans cette discipline.

C’est dans le garage de son père que Maude Charron a développé sa passion pour l’haltérophilie. Source : Le Journal de Québec

Elle avait eu la chance de rencontrer, alors qu’elle s’était mise au Crossfit, un ancien champion régional d’haltérophilie, Serge Chrétien qui lui aussi rêvait encore de Jeux olympiques même s’il n’y était pas parvenu comme compétiteur. Il réussit à la décider de tenter sa chance en haltérophilie, car elle était faite pour ça, même si elle devait s’entraîner dans le garage de son père, elle pouvait y arriver.

« En 2016, à quatre ans de Tokyo, le timing était idéal pour changer, et ce fut une bonne décision d’opter pour l’haltérophilie, mais je n’y croyais pas trop, aux Olympiques, au départ. Serge m’a vendu les compétitions internationales et les destinations vendeuses. La transition n’a pas été difficile », raconte l’athlète.

Le lundi 26 juillet dernier, elle a levé un total de 236 kg au cumul des deux mouvements pour battre de 4kg l’Italienne qui la suivait et de 6, la Chinoise qui a gagné le bronze. Le Bas-Saint-Laurent (la région d’où vient Maude) pouvait célébrer la première médaille canadienne en haltérophilie, une médaille en or et Maude pouvait retrouver son garage pour préparer Paris.

L’athlète le plus complet du monde

Ma deuxième histoire olympique se passe en Ontario, plus précisément dans la ville de London située à mi-chemin entre Toronto et Détroit au cœur des Grands Lacs. C’est là que Damian Warner a construit sa légende olympique. Après le report des Jeux en 2020 et la fermeture de la frontière américaine, le décathlonien canadien était près d’abandonner son rêve.

Il ne voulait pas abandonner sa femme enceinte pour aller s’entraîner aux États-Unis sans savoir s’il pourrait revenir au Canada. C’est alors que son entraîneur de l’école secondaire lui a proposé de transformer un vieil aréna (un aréna au Québec est une enceinte sportive couverte) voué à la démolition en local d’entraînement.

Le photographe du London Free Press a même aidé à déplacer certaines installations alors qu’il immortalisait l’entraînement de Damian Warner pour un article de son journal. Source : London Free Press

En quelques jours, avec l’appui d’une centaine de supporters et amis, Damian a équipé l’endroit pour pratiquer les dix épreuves du décathlon. Des brouettes de sable pour le saut en longueur, un bac de mousse pour l’atterrissage du saut à la perche, des filets pour retenir le disque, tout fut mis en place. Seul problème, l’aréna n’était pas chauffé et l’hiver dans la région est plutôt rude. 

Une tente et un radiateur pour l’échauffement et l’aventure a pu continuer jusqu’au mois de mars où ça devenait vraiment trop dur. Mais la naissance du petit Theo le 11 mars est arrivée au bon moment pour redonner du courage à notre héros. Et comme dans tous les bons contes de fées, après deux jours de compétition à Tokyo, Damian Warner est devenu champion olympique de décathlon avec 9018 points (les connaisseurs apprécieront).

Voilà deux belles histoires qui peuvent nous réconcilier avec l’esprit olympique. Même si ces Jeux ont finalement eu lieu essentiellement pour des raisons financières, ils nous ont quand même permis de nous divertir un peu, mais surtout, ils ont permis à de jeunes femmes et à de jeunes hommes de vivre leur rêve.

Comme quoi, même derrière des projets qui peuvent nous paraître vils et futiles, il y a souvent de belles aventures humaines qui nous permettent de toujours croire dans les capacités humaines.

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