Valais Libre

28 février 2020

Crise autochtone au Canada – Un passé lourd à porter

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 17 min
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Au moment où j’écris ces lignes, le transport ferroviaire est toujours perturbé au Canada. De petits groupes autochtones, appuyés par des sympathisants blancs, bloquent les voies à différents endroits du pays. Un gazoduc, accepté par le gouvernement fédéral, qui doit traverser des terres ancestrales a mis le feu aux poudres et réveillé de vieux démons. L’heure de la grande réconciliation n’a pas encore sonné.

Je suis sûr que vous n’avez jamais entendu parler ni de la Première Nation Wet’suwet’en ni du projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique. Beaucoup de Canadiens n’en savaient rien non plus avant le début du mois de février. Mais aujourd’hui, cette question occupe une large place dans le paysage médiatique canadien et même au-delà puisque des médias valaisans ont relayé cette crise.

Pour certains la réconciliation voulue par Justin Trudeau est morte. Des partisans de la communauté Wet’suwet’en bloquent une ligne du Canadien National à l’ouest d’Edmonton. Source : La Presse Canadienne / Jason Franson

Un gazoduc victime de grandes promesses

Quand le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau a donné le feu vert à ce projet, il ne pensait pas ouvrir une telle boîte de Pandore et perdre totalement la maîtrise de la situation. Justin Trudeau avait promis une grande réconciliation avec les peuples autochtones, aujourd’hui il est victime des attentes qu’il a engendrées.

Et le gouvernement est loin d’être la seule victime. Une grande partie de la population canadienne est l’otage de ce différend. Beaucoup de marchandises voyagent en train à travers le Canada et des circuits d’approvisionnement sont aujourd’hui compromis, sans parler du millier d’employés des chemins de fer qui ont été mis à pied.

Les chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en sont opposés au projet alors que les Conseils de bandes, eux, ont accepté ce gazoduc. Tout ça vous paraît bien compliqué, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Il faut dire que cette crise met en lumière des décennies, pour ne pas dire des siècles, de mauvaise gestion des questions autochtones.

Les restes du colonialisme

La Suisse a une chance extraordinaire de ne pas avoir été un pays colonisateur ni un pays colonisé, car personne ne sort indemne de ce processus qui a marqué l’histoire des hommes. Je ne parlerai pas ici du continent africain qui n’arrive pas à s’en sortir. Plus près de moi, Haïti, un des premiers pays décolonisés, subit toujours la malédiction des restes de l’occupation.

Au Canada, la question semble différente puisque les colons ne sont jamais repartis. Ils sont dans leur pays, même si les peuples autochtones revendiquent toujours des droits sur leurs terres ancestrales. La question est  régie aujourd’hui par la Loi sur les Indiens qui date de 1876. C’est elle qui a instauré les Conseils de bandes sur qui s’est appuyé le gouvernement fédéral pour accepter le projet de gazoduc.

Malheureusement, cette loi a toujours nié l’organisation ancestrale des Premières Nations. L’opposition des chefs héréditaires vient peut-être de là. Si les Conseils de bandes régissent légalement les réserves prévues par la loi, les terres « non cédées », comme on appelle les territoires revendiqués traditionnellement par les autochtones, sont sous la protection des chefs héréditaires. Et le gazoduc traverse aussi de ces terres « non cédées » …

En 2011, on comptait au Canada plus de 1,3 million de personnes qui déclaraient être d’ascendance des Premières Nations. Il existe 634 Premières Nations au Canada, qui utilisent plus de 50 langues distinctes. Source : indigenous-experiences.ca

Les bailliages communs, un exemple pour s’en sortir ?

La situation, au-delà du blocus ferroviaire temporaire, semble inextricable. J’aime visiter l’histoire pour trouver des pistes de solutions. Je disais que la Suisse n’avait jamais connu la problématique de la colonisation, ce n’est pas tout à fait vrai. Les bailliages communs, notion que nous avons tous apprise à l’école, pourraient nous inspirer.

Ces territoires administrés par un ou plusieurs cantons ont fait partie intégrante de la Confédération helvétique jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le Haut-Valais géra longtemps le Bas-Valais et la vallée du Lötschental sur ce même modèle. Après l’aventure napoléonienne, les anciens bailliages communs devinrent des cantons à part entière ou furent intégrés à des cantons existants avec les mêmes droits.

Peut-être que les secrets d’une véritable réconciliation se trouvent là, dans l’égalité des droits. Envoyer de l’argent pour tenter d’amener les régions colonisées à rattraper leur retard n’est pas une bonne solution. Elle engendre de la corruption et des dérapages inévitables quand la communauté traditionnelle a été déstructurée.

Seules une égalité des droits, une égalité des devoirs, une égalité des chances peuvent permettre de progresser. Au Canada, je ne vois pas d’autres solutions que la création de nouvelles provinces égales aux autres où les autochtones auraient les mêmes droits et les mêmes devoirs. C’est une utopie, je le sais, mais y a-t-il une autre voie ?

La Suisse a vraiment de la chance de ne pas avoir de Premières Nations spoliées par l’histoire !

21 février 2020

Quand le carnaval reflète la société qui le vit.

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 35 min
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Si le carnaval de Québec s’est terminé dimanche dernier, en Valais, il bat son plein. Cette tradition ancestrale se vit très différemment des deux côtés de l’Atlantique. Fête païenne devenue religieuse, le carnaval a aujourd’hui perdu son sens premier, mais il reste quand même un reflet de la société qui le vit. Entre le Valais catholique et le Québec laïc, la différence est palpable.

« Héritiers de rituels antiques tels que les Lupercales (fête de purification dans la Rome antique) et la Guillaneu (personnage mythologique du Poitou et de la Vendée), les carnavals sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l’Épiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars », voilà pour la définition de Wikipédia.

Témoin d’un Valais de traditions

En Valais, il ne reste guère qu’Évolène et le Lötschental pour étirer cette fête de l’Épiphanie au Mardi gras. Pour le reste, le carnaval bat son plein du jeudi au Mardi gras. Moment d’excès et de liberté avant d’entrer dans la longue tranquillité du carême, le carnaval, en Valais, est un moment important de la vie sociale des communautés.

Un empaillé d’Évolène avec un masque signé Jean-Michel Rong. Source : famille Rong

Qui n’a pas des souvenirs, des histoires saugrenues ou des anecdotes croustillantes à raconter. C’est le moment où les barrières tombent, où on peut se prendre pour quelqu’un d’autre, où les clés de la ville sont remises au prince de carnaval. J’en ai connu des princes à Monthey qui vivait un sommet dans leur vie durant ces quelques jours.

Mais c’est surtout vers Évolène que se portent mes pensées. Les « empaillés » font partie de la légende contemporaine du Valais. Quelle fierté avait mes cousins de passer des heures à se préparer pour effrayer les badauds! Ils s’inscrivaient ainsi dans la lignée de leurs ancêtres; tout comme Jean-Michel, un autre cousin, qui a le talent pour sculpter des masques traditionnels.

Dans son atelier aux Haudères, Jean-Michel Rong perpétue une longue tradition évolénarde. Source : famille Rong

Fête touristique à Québec

Ambiance tout autre ici au Québec. Carnaval est un rendez-vous incontournable, mais il sert à vénérer l’hiver et à distraire les touristes. La fête du déguisement, la fête des enfants, c’est Halloween, le 31 octobre. Québec revendique le plus beau carnaval d’hiver. La religion n’est plus dans le décor, la tradition se veut celle de la neige et du froid.

D’ailleurs, Bonhomme Carnaval, la figure emblématique de la ville, est un bonhomme de neige évidemment. Certes, il porte la ceinture fléchée traditionnelle, mais il invite les touristes à venir célébrer dans son palais de glace: sculptures sur glaces, bars glacés, course en canot, veillée au coin du feu, les activités proposées sont une vitrine hivernale pour distraire.

Bonhomme Carnaval est venu me rendre visite au club de curling où je travaille en hiver. Source : PM

Je n’ai pas eu la chance de vivre de l’intérieur ces activités, seulement comme spectateur, mais la différence est grande avec les carnavals valaisans. Ici, le Mardi gras ou le carême n’entrent pas dans le décor, la fête est à date fixe au début février. Une dizaine de jours du vendredi au dimanche, depuis 1955, la période est rythmée par deux défilés et une foule d’activités hivernales traditionnelles.

De la place de la religion dans la société

Le Québec et, avant lui le peuple Canadien français, est une société qui s’est construite autour de la religion catholique, comme le Valais. Mais, dans les années soixante, la Révolution tranquille a fondamentalement laïcisé la société. La religion ne peut plus occuper de place dans la vie publique. Elle a été cantonnée au domaine privé.

Plus de fêtes religieuses pour rythmer l’année. Noël et Pâques restent des moments de pause, mais sans plus. Quand je parle de la Fête-Dieu à Savièse, les yeux de mes amis québécois s’arrondissent. Alors, je vous laisse imaginer leur réaction lorsque j’explique que c’est le Parti démocrate-chrétien qui domine mon canton ! Mes amis restent polis, mais je vois bien qu’ils pensent que nous vivons encore au Moyen Âge.

Je suis pour une société laïque, mais nul besoin de tout rejeter pour cela. Nos racines sont fondamentalement chrétiennes et bien que la religion appartienne à la sphère strictement privée, nous avons le droit de préserver nos traditions, nos us et coutumes. Elles constituent une part importante de notre identité. C’est seulement avec des racines solides et profondes que nous pouvons nous épanouir pour mieux accueillir l’autre avec ses différences et ses richesses.

Sur ce, bon carnaval !

14 février 2020

Bombardier, jusqu’où aider un fleuron économique ?

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 7 h 58 min
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En ce début du mois de février, la compagnie Bombardier fait couler beaucoup d’encre au Québec. Ce fleuron industriel est bien connu en Suisse également. Son site de Villeneuve produit des trains de la compagnie québécoise. Si Bombardier fait parler, ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. Gouvernance, choix stratégiques et place de l’État sont au cœur du débat.

« Désolé, mais je jette l’éponge. J’ai longtemps cru que la direction de Bombardier allait remettre l’entreprise sur les rails, mais aujourd’hui, je n’y crois plus ». Ainsi commençait un article du 6 février dernier de Francis Vailles, chroniqueur économique au journal La Presse à Montréal. Son pessimisme n’est pas partagé par tous, mais une fois encore, Bombardier fait trembler le Québec.

Une belle histoire

Il faut dire que Bombardier est intimement lié à l’histoire économique du Québec. C’est en 1942 que Joseph-Armand Bombardier enregistre à Montréal l’entreprise « L’Auto-neige Bombardier Limitée » qui produit depuis 1936 la mythique autoneigeB7. Cette invention de l’ingénieur en mécanique québécois est née tout autant de la géographie que d’une tragique histoire familiale.

L’autoneige B7, la première d’une longue série. Source : Encyclopédie canadienne

Natif de Valcourt dans la campagne québécoise où la neige est particulièrement abondante en hiver, Joseph-Armand Bombardier, comme bien d’autres ingénieurs au Québec, se lance dans la mise au point d’un véhicule adapté à la neige. Mais en 1934, alors qu’il a 27 ans, la mort de son fils à cause d’une crise aiguë d’appendicite alors que sa famille est dans l’impossibilité de se rendre à l’hôpital motive l’ingénieur à conclure ses recherches.

Une première usine à Valcourt lancera l’entreprise qui prospèrera rapidement. Si, une dizaine d’années plus tard, le programme de déneigement des routes rurales va entraîner une baisse des ventes, l’ingénieur va se montrer créatif. Le Ski-Doo, la première motoneige, mis au point en 1959, va assoir le succès de l’entreprise qui ne va pas tarder à se diversifier dans le domaine des transports.

De la neige au rail puis à l’air…

La mort du fondateur en 1964 ne freinera pas le développement de l’entreprise. Son beau-fils Laurent Beaudoin prendra les rênes en 1966 et changera le nom en « Bombardier Ltée. » pour bien montrer sa volonté d’élargir la gamme des produits au-delà des véhicules de neige.

Ski-Doo de 1961 selon le premier design de Joseph-Armand Bombardier. Source : Musée des beaux-arts de Montréal.

Le métro de Montréal, à partir de 1974, lancera Bombardier sur la voie ferroviaire. L’entreprise, grâce à une aide du gouvernement du Québec, fera l’acquisition d’un constructeur de locomotives et développera dès lors un important secteur ferroviaire qui l’amènera quelques décennies plus tard en Suisse.

Après la neige, après le rail, Bombardier prendra les airs en 1986 avec le rachat de Canadair que le gouvernement canadien voulait privatiser. La diversification de l’entreprise se poursuit au plus grand plaisir de Laurent Beaudoin avec plusieurs autres acquisitions. Mais à vouloir monter trop haut, on risque de se brûler.

Un fleuron en difficulté

À partir de la fin des années 1990, Bombardier connaît des difficultés. Aéronautique, transport ferroviaire et produits de loisir se partagent les tâches de la compagnie qui a besoin de toujours plus d’argent notamment pour son volet aéronautique. Les avions d’affaires coûtent cher à développer.

En 2004, la branche produits de loisir (Ski-Doo, véhicules tout terrain, motomarines, etc.) est séparée du reste et Bombardier produits récréatifs voit le jour. Ce volet très rentable reste aux mains de la famille alors que les activités aéronautiques et ferroviaires demandent de plus en plus d’argent public.

En 2017, le développement de la Série C se voit freiner par un conflit commercial avec les États-Unis. Il n’est pas bon de jouer sur le terrain de Boeing. Le gouvernement du Québec injecte plus d’un milliard de dollars et, dans le même temps, les dirigeants de l’entreprise gonflent leur salaire, créant un gros malaise au Québec.

Et maintenant…

Du côté Suisse, retard, maladie de jeunesse et autres imperfections ont miné la crédibilité de l’entreprise qui a de gros contrats avec les CFF. Pourtant, le domaine ferroviaire reste un domaine d’avenir. Les débats au Québec tournent autour de la pérennité de Bombardier qui menace de se démanteler sans nouvel apport d’argent frais.

L’usine de Bombardier à Villeneuve emploie près de 900 personnes. Source : bombardier.com

Que doit-on garder, l’aéronautique ou les trains ou les deux ? Les analystes divergent. Si l’aéronautique occupe près de 15 000 personnes au Québec, elle demande beaucoup d’investissement avec des risques assez conséquents. Le volet ferroviaire occupe moins de monde, mais sera peut-être le fleuron de demain.

Car, ici au Québec, ce qui m’a fortement surpris à mon arrivée, c’est la faiblesse du réseau ferroviaire. Pensez, le bus met moins de temps pour relier Québec à Montréal ! Les deux grandes villes de la province méritent mieux comme liaison de transport en commun. C’est peut-être dans cette direction qu’il faut un nouveau Joseph-Armand…

7 février 2020

Faut-il toujours un chef ?

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 15 min

Au Canada, tout comme au Québec, l’actualité politique fait une place importante à des « courses à la chefferie », notion politique inconnue en Suisse. Le système politique copié sur celui de la Grande-Bretagne est ainsi fait qu’un très grand pouvoir est donné aux chefs de parti. Est-ce bien raisonnable ?

Ce pouvoir des chefs dans les organisations politiques est certainement ce qui m’a le plus abasourdi lors de mon installation au Québec. Observateur averti des mondes politiques, je me suis rapidement intéressé à comprendre le pourquoi d’un tel système.

Le Canada est une confédération fondée en 1867 par la réunion de colonies britanniques. Il a alors choisi de calquer son système politique sur celui de la Grande-Bretagne d’où il est sorti et ceci pour ses deux niveaux de pouvoirs principaux. Car, comme en Suisse les compétences sont réparties par la Constitution entre le pouvoir fédéral et les provinces (équivalent des cantons)

Un peu d’histoire nord-américaine

Le système uninominal à un tour qui s’applique au Canada et dans ses provinces fait en sorte que les chefs de parti ont un très grand pouvoir. En effet, si chaque circonscription élit son député en lui donnant le plus de voix (un seul tour, celui qui a le plus de voix est élu), le chef du parti qui a le plus d’élus devient automatiquement premier ministre et choisit ses ministres parmi ses députés.

Les grands chefs n’ont pas manqué. Je citerai tout d’abord René Lévesque, le charismatique chef du Parti québécois qui est arrivé au pouvoir en 1976 en prônant l’indépendance du Québec. Il a marqué l’histoire et, quand le congrès de son parti a voté des propositions qui ne lui convenait pas en 1981, il a menacé de partir pour que tout rendre dans l’ordre après ce qu’on a appelé le « Renérendum ». Voilà comment ça marche ! 

Au Canada, une des figures de proue a été Pierre Eliott Trudeau. Un premier ministre à la poigne de fer qui n’a pas hésité, en 1970, a envoyé l’armée à Québec et Montréal pour calmer les indépendantistes. 50 ans plus tard, le premier ministre du Canada est son fils Justin. Aurait-il eu une chance de devenir chef du Parti libéral du Canada sans cela ? – Poser la question, c’est déjà avoir une grande partie de la réponse…

Trudeau père et fils : une dynastie canadienne, mais surtout une dynastie construite par un système où les personnalités des chefs dominent. Être le fils de… est payant. Source : radio-canada.ca

En Suisse, pas de personnalisation…

Heureusement, en Suisse les choses ne se passent pas vraiment de la même manière. La personnalisation du pouvoir n’est pas vraiment dans les mœurs. Le système politique ne le veut pas, il n’a pas été construit pour cela. Le génie des fondateurs a été de diluer le pouvoir. Que ce soit au niveau fédéral ou cantonal, les gouvernements sont des collèges qui se veulent solidaires.

On change de présidents chaque année, ainsi pas vraiment le temps de se prendre pour le chef. Notre système proportionnel, s’il a l’inconvénient de ralentir un peu tous les processus, a l’immense avantage d’obliger la concertation et le consensus. Mais surtout, il empêche l’émergence de personnes avec des pouvoirs disproportionnés. Certains le regrettent, pas moi !

En 2008, la photo officielle du Conseil fédéral était un beau symbole pour montrer que nos 7 sages étaient avec la population et non au-dessus. Source : Chancellerie fédérale suisse

L’UDC s’est essayé sur cette voie avec un succès tout relatif. Certes Christoph Blocher a été l’incarnation du parti. Celui par qui le succès est arrivé. En 2007, les élections fédérales ont été, en quelque sorte, le paroxysme de ce processus. Pour la première fois, on a vu apparaître des affiches nationales avec le leader, conseiller fédéral à ce moment-là, en évidence.

… le système prend le dessus.

Le succès a été au rendez-vous avec une belle progression du parti aux Chambres fédérales. Mais il fut de courte durée. En décembre 2007, alors qu’une délégation valaisanne était descendue au Palais fédéral pour fêter l’accession de Pascal Couchepin à la présidence de la Confédération, le système suisse a montré sa sagesse.

Face au coup de force de l’UDC et surtout, à la non-collégialité de Christoph Blocher, sans qu’on arrive vraiment à expliquer ce qu’il s’est passé, les élus fédéraux ont rejeté l’élément perturbateur. Le chef UDC n’a pas été réélu, remplacé par une femme UDC, Eveline Widmer-Schlumpf qui paiera par l’exclusion du parti son courageux défi.

Le système a repoussé celui qui ne voulait pas jouer le jeu. En 2017, c’est le peuple valaisan qui a rejeté l’élément perturbateur qui ne voulait pas respecter le fonctionnement historique de notre système politique. Oskar Freysinger, figure charismatique de l’UDC en Romandie, n’a pas été réélu. C’est aussi un réajustement du système.

Entre ces deux grandes tendances : d’un côté un chef qui incarne tout, le parti, les idées, le projet, etc., et de l’autre, la collégialité. Je penche nettement pour le deuxième mode fonctionnement, même si on doit toujours penser à l’améliorer et l’ajuster à son temps.

31 janvier 2020

Les coopératives sont aussi de notre temps.

Filed under: 1. Lettre québécoise,Uncategorized — vslibre @ 12 h 47 min

Provins pense abandonner son statut de coopérative pour devenir une société anonyme. Cette idée ne me laisse pas indifférent, moi qui ai émigré dans « la ville de la coopération » comme aime à s’appeler Lévis. Le mouvement des coopératives ou des mutuelles plonge ses racines profondément dans l’histoire, mais il me semble parfaitement adapté à notre temps.

« …l’agriculteur ne devrait pas tout attendre des pouvoirs publics, mais, conformément à une saine tradition, il devrait chercher son salut en premier en lui-même, et dans ses organisations… » Ces paroles du président de l’Association agricole du Valais, M. Jules Desfayes, reprise dans le Confédéré du 15 février 1939, n’ont rien perdu de leur actualité.

Il faut que Provins retrouve la lumière pour le bien de la viticulture valaisanne. Source : mondialduchasselas.com

Une crise aux origines de Provins

La fin des années 1920 est une période difficile pour les vignerons valaisans. Ils n’arrivent plus à assumer toutes leurs tâches : cultiver la vigne, produire du vin et le vendre. Devant la concurrence étrangère et la baisse de la consommation, il faut réagir. C’est sous l’impulsion du conseiller d’État Maurice Troillet que plusieurs viticulteurs se réunirent le 11 janvier 1930 à Sion et décidèrent la création immédiate de deux caves.

Ces caves de Sion et de Riddes-Leytron seront rejointes l’année suivante par celle de Sierre, puis en 1932 par celle d’Ardon. Elles prennent le nom de Fédération des caves coopératives valaisannes, puis de Provins en 1937. Le but est d’assurer un prix de vente plus équitable aux producteurs, et de leur offrir des possibilités de stockage et de vinification. 

Cette mission a perduré plutôt bien que mal durant 90 ans. La coopérative s’est attachée à améliorer la qualité, à contrôler la quantité ou encore à populariser des techniques innovatrices. Je ne veux pas trop en rajouter, je ne suis pas là pour faire de la publicité surtout quand je pense que mon grand-père était surnommé « le petit Orsat » en référence à sa petite taille et à sa profession de métral dans les vignes de la maison Orsat. Une allusion que ceux qui ont vécu les grandes années de la concurrence Provins-Orsat ne peuvent pas comprendre.

Lévis, ville de la Coopération

Pour faire le lien avec la ville qui m’accueille aujourd’hui, je vous dirai simplement que Lévis est la ville qui a vu naître et s’épanouir le Mouvement des Caisses populaires Desjardins. Aujourd’hui, les Caisses Desjardins représentent plus de 6 millions de membres, dont 400 000 entreprises, presque 6 000 dirigeants élus et plus de 45 000 employés. C’est la plus importante institution financière du Québec.

Fondé le 9 décembre 1900 à Lévis par Alphonse et Dorimène Desjardins, le Mouvement est né, lui aussi, d’une crise, celle des taux de prêts usuraires qui pouvaient atteindre 3000 % dans des cas extrêmes. Alphonse Desjardins, effrayé par ces pratiques, chercha une solution. Il a correspondu avec les responsables européens, des caisses Raiffeisen entre autres, pour trouver une solution. Une fois encore la coopérative s’imposa et fit et fait toujours le succès de la région.

La maison Desjardins à Lévis. C’est dans cette bâtisse de style victorien qu’est né la première Caisse populaire Desjardins. Source : PM

Mutuelles et coopératives, une manière de se responsabiliser

Les solutions valables au siècle dernier ne sont peut-être pas à jeter aussi vite. La longue tradition suisse des mutuelles, Robert Giroud en parle si bien, témoigne de leur opportunité. Même au XXIe siècle, elles sont une occasion de responsabiliser les utilisateurs.

Avant de jeter le bébé avec l’eau du bain, Provins doit bien peser les conséquences du changement envisagé. Ici, au Québec, le journal Le Soleil pour qui je collabore occasionnellement a trouvé dans la création d’une coopérative, une voie pour surmonter la crise qui a failli l’emporter en fin 2019.

Mais, pour qu’une coopérative fonctionne, il faut que les bénéficiaires s’impliquent et ne laissent pas toutes les décisions aux autorités, même élues par les coopérateurs. Chaque bénéficiaire a la responsabilité d’une partie de la bonne santé de son institution en prônant des choix bénéfiques pour le plus grand nombre. C’est à ce prix que le système est, selon moi, plus performant.

24 janvier 2020

On a tous besoin d'un souverain !

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 00 min

La décision de Meghan et Harry de se distancier de la couronne d’Angleterre en prenant du recul avec leurs obligations publiques et protocolaires fait couler beaucoup d’encre au Canada. En effet, les jeunes princes ont décidé de venir vivre une partie de l’année dans mon pays d’adoption. L’ancienne colonie est une monarchie constitutionnelle dont la souveraine régnante est la reine Elizabeth II. Je profite de cette occasion médiatique pour vous parler un peu de monarchie qui, vous le verrez, a aussi un lien avec la Suisse.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais le Canada est une monarchie et pour avoir le passeport, j’ai dû prononcer un serment : « J’affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Élizabeth Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen(ne) canadien(ne). »

Même si j’ai prêté serment d’allégeance à la reine Elizabeth II, je suis plus attaché au drapeau du Québec. J’ai tenté de signifier cette préférence lors d’une visite au musée de cire de Montréal. Je ne sais pas si la reine a apprécié. – Source : PM

Un peu d’histoire

Je ne vous cache pas que la première partie de ce serment m’a fait hésiter. Voulais-je vraiment être un sujet de Sa Majesté ? Si j’ai finalement prononcé ces paroles en levant la main droite devant une représentante officielle du gouvernement canadien, c’est parce que ce serment est accompagné d’une charte des droits et libertés qui garantit ma liberté d’expression et ma liberté de conscience.

Le Canada a été fondé en 1867 par l’association de 4 colonies britanniques (Ontario-Québec (Canada-Uni de l’époque), Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse. Il s’est alors choisi un monarque : le souverain régnant en Angleterre. Depuis, le Canada vit sous le même régime politique que sa nation mère.

Le Québec, fondé par les Français au début du XVIIe siècle et conquis 150 ans plus tard par les Anglais, n’a pas vraiment eu d’autres choix que de se soumettre à la couronne d’Angleterre. Aujourd’hui, certains vivent encore douloureusement cette allégeance à un souverain « étranger ».

Le peuple souverain

Mais qu’est-ce que ça veut dire de vivre en monarchie ?  Ici au Canada, surtout au Canada francophone, ça ne veut pas dire grand-chose. On peut voir en été la relève de la garde à la Citadelle de Québec où les uniformes de l’armée canadienne sont les mêmes que ceux de l’armée anglaise. On pourrait se croire à Buckingham Palace.

Plus sérieusement, on a un gouverneur général qui permet aux lois votées par le parlement d’entrer en vigueur en leur apposant « la sanction royale ». Cette signature valide définitivement les décisions prises par le parlement. Quand j’ai découvert cette procédure, j’ai compris la véritable signification de l’expression « le peuple souverain ».

En Suisse le peuple est souverain. C’est clair et connu, mais je n’avais jamais vraiment fait attention au sens de cette expression. Le peuple c’est donc lui le monarque en Suisse ! C’est lui qui valide les lois grâce au système référendaire. Soit il ne dit rien durant 100 jours et la loi peut s’appliquer, soit il dépose un référendum et la population votera… La solution trouvée par nos fondateurs est géniale ! 

Une histoire à préserver

Les Waldstätten se sont unis pour rejeter les juges étrangers, presque 600 ans plus tard, au moment de la fondation de la Suisse moderne, leurs héritiers n’allaient pas se donner un roi ou un président, comme dans les républiques, pour assumer le pouvoir suprême. Ils ont eu le génie de confier cette fonction au peuple.

Vu de l’extérieur, le système politique suisse est très complexe. Chaque fois que j’en parle, on me regarde avec de grands yeux. Comment peut-on confier à tous tant de responsabilités ? Les politiciens n’ont donc aucun pouvoir ? Impossible à imaginer même pour les plus grands démocrates. Ça ne peut pas fonctionner !

Et pourtant oui, ça fonctionne. Certes tout n’est pas parfait, mais quand on voit les dérives des systèmes politiques qui laissent une grande place au pouvoir personnel, je suis convaincu que l’héritage politique de la Suisse doit absolument être préservé. Quant à avoir un souverain, je préfère nettement en faire partie, plutôt que d’y être soumis.

Le prince Harry, sa femme Meghan Markle et leur fils Archie ont décidé de vivre une partie de leur temps au Canada. – Source : Radio-Canada

23 janvier 2020

Huit ans déjà

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 15 h 35 min

Huit ans, huit ans déjà que j’écrivais mon dernier papier dans le Confédéré… En effet, j’ai quitté la Suisse le 4 janvier 2012 pour m’installer au Québec. Le temps passe vite et le monde continue de tourner sans nous. 

Le Confédéré prend un nouveau virage. Lorsque j’ai découvert cette nouvelle mouture sur la page Facebook de mon journal (c’est le lien qu’il me reste avec la distance), un large sourire s’est dessiné sur mon visage. L’aventure continue et j’ai eu envie d’en refaire partie.

En février 2019, j’ai reçu mon deuxième passeport. Je suis aujourd’hui canado-suisse.

Comme si rien n’avait changé…

Un petit message et le tour était joué. J’ai retrouvé rapidement Victor et Catherine, comme si rien n’avait changé. Mais ce n’est qu’une illusion. En huit ans beaucoup de choses ont changé, mais quand on a une impression de permanence, c’est que les changements sont bénéfiques.

Le Confédéré n’est pas seul à donner cette impression de constance, de stabilité, d’intemporalité. Le Valais aussi vu de loin. Il est toujours là avec ses montagnes, son fleuve. Lorsque j’y reviens, j’ai toujours une sérénité qui coule en moi. Le Haut-Lac, le défilé de Saint-Maurice, la tour de la Bâtiaz, Valère et Tourbillon… tout semble immuable.

Et pourtant, quelles différences !

Mais cette stabilité est trompeuse. En huit ans beaucoup d’eau a coulé dans le Rhône. Il a vu passer un gouvernement sans ministre PLR. Il a été témoin de la disparition de l’entente saviésanne (pour donner un exemple municipal qui me touche plus particulièrement).

Surtout, le Valais connaît enfin cette Constituante que nous avions tenté en vain de faire naître 10 ans plus tôt. Comme quoi, il faut savoir être patient. Mais c’est surtout les femmes qui ont été patientes en Valais. Jamais je n’aurai imaginé voir une valaisanne à la tête des armées. 

Loin et si proche.

Tout ça me semble bien loin. Pourtant, durant ces près de 3 000 jours, j’ai jeté un œil quotidien sur les nouvelles suisses et valaisannes. Ce n’est pas un océan qui peut nous déraciner. L’identité est bien plus forte que cela, mais aujourd’hui, je comprends un peu mieux la complexité des migrations, même si la mienne a été volontaire.

Un regard lointain, c’est aussi l’atténuation des détails. Bien des choses me paraissent futiles, vues d’ici. D’autres prennent tout à coup plus d’importance. Les petites choses du quotidien s’effacent devant des problématiques plus durables. Mais la distance peut rapprocher aussi, car elle permet de retrouver l’essentiel. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Pas si différent ailleurs.

Je vis maintenant à Lévis, une ville juste en face de la ville de Québec.

Le Québec où je vis maintenant semble très différent du Valais. Il n’y a qu’à penser aux vastes espaces, à la population, au climat, au paysage. Malgré cela, les points de convergence sont beaucoup plus nombreux. Au fond, ce ne sont finalement que deux vallées façonnées par une population longtemps ancrée dans la foi catholique et menée par les dirigeants de cette religion.

Je sais, c’est un peu court, mais nous aurons le temps d’en débattre. Car c’est un vœu que je fais par ces lettres inaugurées ici : que le dialogue se noue à travers l’Atlantique et que le débat s’élargisse. C’est pourquoi mon courriel (eh oui j’écris du Québec où les anglicismes sont bannis par la loi) vous est ouvert.

Bonne année 2020 à vous toutes et tous et au plaisir de vous retrouver bientôt.

31 août 2019

Molière-Corneille, les mensonges d’une légende

Filed under: f. livres divers — vslibre @ 13 h 03 min
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« Il y a vingt mille vers de Corneille que bientôt on ne pourra plus signer Molière. Les poètes comprendront sans peine que l’auteur de Sganarelle n’ait pas écrit sitôt après, à quarante ans, L’École des Femmes. On n’apprend à l’âge d’Arnolphe ni le violon, ni la danse de ballet, ni la virtuosité suprême du vers et du style cornéliens. Je sais bien que tout est simple pour la crédulité des moliéristes, même ce que Molière leur raconte sur les naissances miraculeuses des Fâcheux et de Psyché. Mais les élèves de Paul Lacroix [célèbre moliériste] entendent peu de chose à l’Histoire et moins encore à la dramaturgie. Et rien à l’âme de Corneille », voilà ce qu’écrivait Pierre Louÿs en 1919.

Jean-Baptiste Poquelin – Molière

« La polémique ne date pas d’hier. Déjà de son vivant, certains « critique » avaient mis en doute la paternité des œuvres de Molière. Récemment, une étude informatique très sérieuse a accrédité la thèse que Pierre Louÿs avait soutenue en son temps : derrière l’auteur du Misanthrope se cacherait le fantôme de Corneille. » (4ede couverture)

Philippe Vidal, écrivain, metteur en scène et scénariste, fou d’histoire s’attache à démontrer les différences entre la légende et la réalité de la vie de Jean-Baptiste Poquelin. Enquête minutieuse avec des témoignages de l’époque et des analyses plus récente, ce livre déboulonne quelques mythes sans pour autant verser dans un « anti-moliérisme » primaire.

Sa vie quasi légendaire est passée au crible des documents de l’époque. Non, Molière n’a pas vécu dans la pauvreté, non, il n’a pas été rejeté par son père. Quand il entre dans l’Illustre Théâtre qui connaîtra des débuts difficiles, il en devient rapidement le directeur, non pas par son talent d’acteur ou d’écrivain, mais parce qu’il en est le financier principal grâce à l’argent de son père qui n’hésitera jamais à le soutenir.

Excellent directeur de compagnie théâtrale, il a le sens du marketing comme on dirait aujourd’hui. Il sait faire progresser sa troupe et gagner en notoriété jusqu’à devenir le protégé de Louis XIV. Ce talent est indéniable.

Par contre, comme auteur, c’est plus discutable. Jean-Baptiste Poquelin, il le dit lui-même ne travaille pas vite, pourtant certaines pièces sont écrites en quelques jours ! C’est que derrière ce travail acharné et talentueux se cache un autre génie : Pierre Corneille.

Les deux hommes se sont rencontrés à Rouen pour la première fois en 1643, mais, malgré les vœux de celui qui a pris le nom de Molière sans qu’on ne sache d’où vient ce pseudonyme, la collaboration tarde et ne viendra qu’une dizaine d’années plus tard. Corneille poète reconnu et adulé depuis la parution du Cid en 1637.

Ce n’est que 15 ans plus tard, en 1658 que les deux hommes se retrouvent à Rouen. Un a besoin d’argent, l’autre en a. L’un est un tragédien reconnu qui ne peut sortir de son style sans engendrer le scandale et l’autre a besoin de textes rapidement pour satisfaire des commandes que sa troupe doit jouer. Tout est en place pour une collaboration fructueuse.

Le 1erseptembre 1662, Claude Le Petit, écrivain et poète est brûlé Place de Grève à Paris pour avoir écrit en autres Le Bordel des Muses. On ne rigole pas avec les blasphémateurs et ceux qui s’amusent des puissants. C’est un avertissement pour Pierre Corneille qui n’osera jamais s’affirmer dans la comédie.

Pierre Corneille

Pourtant le génie créateur de Corneille est aussi valable pour la comédie. Il se rapproche de Molière en venant habiter à Paris. Dès lors, leur collaboration sera aussi secrète que fructueuse. Molière peut se consacrer à ce qu’il aime, faire rire et faire prospérer sa compagnie théâtrale.

Le Bouffon du roi est un administrateur hors pair. Ce qui lui importe c’est d’être reconnu comme un grand acteur. Il écrit bien un peu, surtout des scènes de bastonnades et autres bouffonneries qui plaisent au public. C’est pourquoi tant de pièces semblent inégales entre la perfection littéraire de Corneille et l’exubérance maladroite de Molière.

Après 15 ans de collaboration, le 17 février 1673 après la 4eet dernière représentation du Malade imaginaire, Molière quitte définitivement la scène. Il ne laisse aucun manuscrit, chose unique pour un écrivain. Corneille vivra encore 10 ans, mais sa dernière pièce publiée, Surena, date de 1674.

Tout porte à croire que la rencontre entre un personnage hors du commun et attachant et un grand dramaturge en quête de liberté fut des plus fructueuses pour la littérature.

20 août 2019

L’intendant Bigot – 1872

Filed under: e. Auteurs québécois,Uncategorized — vslibre @ 13 h 17 min

Joseph Marmette (1844 – 1895)

Joseph Marmette

Né à Saint-Thomas de Montmagny en 1844, Joseph Marmette fait ses études classiques au Petit Séminaire de Québec et au collège Regiopolis de Kingston avant de s’inscrire en droit à l’Université Laval en 1865. Peu avant la fin de ses études, il quitte l’université et trouve un emploi.

Il trouve un emploi de commis de bureau à la Trésorerie de la Province de Québec. En 1882, il est nommé à Ottawa agent spécial de l’immigration pour la France et l’Italie, ce qui lui offre la possibilité de voyager régulièrement en Europe.

Dès son adolescence Joseph Marmette écrit. D’abord des vers, mais très rapidement son intérêt pour le roman historique et le roman d’aventures se développe. Sa première œuvre, Charles et Éva, paraît en 1866. Par la suite, il publie bon nombre de romans historiques, essais, récits et souvenirs. Il meurt en 1895.

L’intendant Bigot (1872)

Le vieil homme qui meurt dans la nuit de Noël 1755 à l’entrée du palais de l’intendant François de Bigot vient de lancer un mauvais présage à l’homme qui se croit tout permis en Nouvelle-France. La mort de M. de Rochebrune, vieux gentilhomme qui a vaillamment servi la France est due aux fraudes de l’intendant.

Bigot n’est pas seulement épris de Mme de Péan. Même s’il a fait la fortune du mari pour mieux profiter de la femme, l’intendant ne peut se retenir devant une jeune fille.  Il les fait enlever par son serviteur pour en profiter dans son château de Charlesbourg. Malheureusement pour lui, il ne sait pas que celle qu’il vient de faire enlever est la fille de Rochebrune et la promise d’un fier officier, Raoul de Beaulac.

Les temps sont sombres pour Québec, la chute de la Nouvelle-France est le décor de ce drame qui va de surprise en surprise. Finalement la jeune fille vivra et épousera son prince charmant. Quant à l’intendant Bigot, après avoir croupi dans les geôles de la Bastille, il finira par nourrir un requin.

31 décembre 2018

366 histoires suisses

Filed under: cb calendrier historique de la Suisse — vslibre @ 9 h 00 min
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31 décembre – Retour sur une année (1707)

Le Messager boiteux est là pour compiler les événements de l’année écoulée, pour fournir une foule d’informations sur le vaste monde et surtout pour prévoir l’année à venir. Il nous dit le temps qu’il va faire, rythme les travaux de la campagne et diffuse les bons préceptes.

En ce début de 18e siècle, l’almanach apporte, une fois par année, ce que la presse nous livre tous les jours aujourd’hui. … description des quatre saisons, la fertilité de la terre, des guerres, des maladies, des éclipses et autres événements qui doivent arriver pendant cette année 1707, avec une relation curieuse des choses les plus remarquables arrivées en Europe depuis le mois de novembre de l’an 1705, le tout fidèlement composé, recueilli et mis sous la presse par Antoine Souci, nommé le « Messager boiteux ».

Comment ne pas acheter un almanach vendu avec une telle publicité? Son succès perdure, même si aujourd’hui l’almanach a un goût de désuétude. Vendu à la criée sur les marchés d’automne, il est aux yeux des Romands de cœur bien plus qu’un outil pratique ou un élément de folklore, mais un agenda agréable et rassurant qui les lie irrésistiblement à l’histoire agricole de leur région.

Le Fribourgeois Jean-Luc Sansonnens, amputé d’une jambe en 1988 suite à un accident de moto, assure aujourd’hui le rôle du Messager boiteux.

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