Valais Libre

1 octobre 2022

Dix ans au Québec – épisode 30

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 13 h 17 min
Tags: , ,

Il y a dix pour ma trentième chronique, je dissertais sur le grand fleuve de ma région. Le majestueux Saint-Laurent m’inspirait. Immigrer, c’est aussi découvrir de nouveaux horizons au sens propre du terme. Et là, mon horizon avait radicalement (j’aime ce mot) changé. Le décor de la région de Québec est très loin des paysages valaisans. Deux des plus belles régions du monde, mais différentes.

« Attends, tu me dis pas qu’on a déjà traversé le fleuve! Je ne l’ai même pas vu! » Ma blonde avait un sourire ironique en me disant ça. C’était en 2003, je n’avais encore jamais mis les pieds au Québec. Je l’ai vu le Saint-Laurent l’année suivante lors de mon premier voyage. Un kilomètre, la traversée du pont de Québec à son endroit le plus étroit.

Le pont de Québec, ouvert en 1916 est un ouvrage impressionnant. En arrière-plan le pont Pierre-Laporte ouvert en 1971. Source : Pierrot Métrailler

Quelques jours plus tard, au large de Tadoussac pour voir les baleines, j’ai compris ce que majestueux veut dire. Seize kilomètres de large, de l’eau à perte de vue, mais aussi des bélugas, des phoques, des petits rorquals et surtout une baleine à bosse qui a eu la bonne idée de plonger juste devant moi.

Plus tard, installé à Lévis, le pont de Québec a été ma motivation pour me mettre à la course. Je voulais le traverser en courant. Une seule solution, participer au semi-marathon des Deux-Rives. Je me suis entraîné deux ans et je l’ai couru deux fois. Malheureusement, le parcours a ensuite changé. Il ne passait plus par le pont. J’ai cessé mon entraînement.

30 septembre 2022

Québec! Québec! Québec! Morne campagne!

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 7 h 13 min
Tags: ,

Je ne sais pas ce que Victor Hugo dirait de la politique québécoise. Il n’écrirait peut-être pas un aussi beau poème que « L’Expiation ». Elle ne mérite pas un tel chef-d’œuvre. J’avais promis de vous parler régulièrement de la campagne en cours. Je n’ai bien évidemment pas le talent du grand poète français, mais la situation ne le demande pas. Vous l’avez compris, terne est un mot qui convient bien à la situation.

La Coalition avenir Québec (CAQ) 40%, Québec solidaire (QS) 16%, Parti libéral du Québec (PLQ) 14%, Parti conservateur du Québec (PCQ) 14%, Parti québécois (PQ) 14% et la vingtaine d’autres partis 2%, le dernier sondage ne montre pas une grande évolution depuis l’ouverture officielle de la campagne au début du mois de septembre.

Le PQ prend 2% à la CAQ et 1% au PLQ, à QS et aux divers et le PCQ ne bouge pas. On ne peut pas parler de séisme et on peut présager que les résultats lundi prochain ne seront pas loin de cette image. Toutefois, ce ne sera pas le nouveau visage de l’Assemblée nationale du Québec. Système oblige. La CAQ aura presque assurément la majorité absolue pour ne pas dire plus.

Lutte pour devenir opposition officielle

Les autres partis vont lutter pour les miettes. Le PLQ est assuré de ne pas disparaître du parlement, car le soutien des anglophones lui assure quelques sièges dans des circonscriptions montréalaises. Pareil pour Québec solidaire qui tient quelques forteresses, mais il ne gardera peut-être pas ses 10 sièges.

Tout autre est la question pour le PQ et le PCQ. Le PQ va-t-il disparaître de la scène l’année du centième anniversaire de René Lévesque? Envisageable il y a quelques mois, la catastrophe semble s’éloigner. Il reste des châteaux forts dans l’est du Québec. Assistera-t-on à l’arrivée d’un nouveau parti à l’Assemblée nationale? Possible, voire probable. Les conservateurs semblent forts dans la région de Québec et dans la Beauce voisine.

Reste à définir qui sera l’opposition officielle, qui terminera deuxième au nombre de sièges. Ce n’est pas sans importance puisque l’opposition officielle est regardée comme le parti dont la tâche est de mettre un frein au pouvoir du gouvernement. Elle bénéficie aussi de l’avantage de pouvoir parler directement après le parti au pouvoir lors des débats parlementaires, sans parler d’un budget plus important alloué par l’État.

Difficile de se démarquer

Je vous le disais déjà il y a deux semaines, cinq partis avec des élus potentiels dans le système uninominal à un tour (celui qui a le plus de voix de la circonscription est élu) est une hérésie. La situation profite un peu trop au plus fort, surtout s’il est bien réparti sur le territoire. Le premier ministre en place marche calmement vers une réélection sans heurts, les autres chefs de partis doivent se démener.

« C’est une lutte entre Québec solidaire et la Coalition avenir Québec », a lancé dernièrement Gabriel Nadeau-Dubois. Le co-porte-parole de QS, le parti ne veut pas de chef, rêve en couleur et les commentateurs l’ont rapidement ramené sur terre. La lutte est entre les quatre partis minoritaires. Comme tous attaquent la CAQ, la cacophonie est grande et les électeurs n’entendent plus rien.

Des débats inaudibles

Les commentateurs en raffolent. Les chefs les redoutent. Ils doivent être décisifs. Ces maudits débats censés faire saliver tout le Québec furent encore pires que toute la campagne. Pourtant on nous annonçait monts et merveilles. Le premier face à face devait être décisif, car il allait enfin lancer la campagne. Le deuxième, encore plus, car il permettrait de repositionner la lutte. Il faut dire qu’ils étaient organisés par les deux principales télévisions rivales du Québec.

Tout d’abord le Face-à-face TVA et son format atypique avec quelques minutes à cinq, puis à deux… compliqué à gérer même pour un journaliste aguerri comme Pierre Bruneau sorti de sa récente retraite pour l’occasion. J’ai tenu trois minutes devant la télévision. Inaudible et ingérable comme prévu. Il n’a rien apporté de nouveau, tout en permettant aux analystes d’analyser le néant.

Ensuite le débat de Radio-Canada. Toujours cinq chefs et un animateur, mais plus discipliné, plus audible. J’ai tenu dix minutes. Entendre répéter les mêmes choses que durant la campagne, s’envoyer les mêmes répliques que sur Twitter… peu d’intérêt. J’écris ces lignes à dix jours du verdict, mais je mise déjà sur la phrase mythique du Québec : « il est 21h30 et j’annonce un gouvernement caquiste majoritaire! »

Même attaqué par tous, François Legault se succèdera certainement à lui-même le 3 octobre. Source : Radio-Canada

24 septembre 2022

Dix ans au Québec – épisode 29

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 9 h 06 min
Tags: , , ,

Le mois de septembre est un moment idéal pour recevoir des amis au Québec. En dix ans, ils ont été nombreux à passer dans mon coin. Il y a eu d’abord de très nombreuses connaissances de passage qui m’ont appelé pour partager un verre, un repas ou un tour guidé dans le Vieux-Québec. Toujours un plaisir intense, parfois prévu de longue date, parfois au hasard d’une rencontre.

Ensuite, il y a eu les anciennes ou anciens élèves. Eh oui, j’en ai torturé près de 400 en 20 ans d’enseignement. Ils ont été plusieurs à venir me faire coucou. Il faut croire qu’il n’avait pas de trop mauvais souvenirs. Ou peut-être une mauvaise mémoire. Ce fut toujours un plaisir de les revoir.

Après viennent les amis qui ont passé à la maison. À l’occasion de vacances ou de voyages d’affaires. Un repas, une journée, une soirée partagée furent toujours des moments de joie intenses. Comme si loin de nos origines, les rencontres étaient plus intenses.

Enfin, il y a les habitués, ceux qui viennent régulièrement. La famille bien sûr, mais aussi des amis très proches qui ont leur chambre attitrée lorsqu’ils viennent. Ceux-là font vite partie des repères qui permettent à l’immigrant de retrouver un peu de chez soi dans leur nouveau monde.

Sans oublier les moments improbables. Je vous ai déjà parlé de Yann Lambiel. Il y a eu un ancien président de Martigny qui a réservé un tour guidé à l’office de tourisme de Québec un lundi après-midi, sans savoir que je serai le guide. Une belle surprise. Ou un futur conseiller d’État qui a dormi quelques soirs à la maison alors qu’il découvrait le Québec…

Tout ça remplit la besace des souvenirs, des moments de chaleur humaine. Vivre ailleurs, c’est aussi prendre plaisir à partager son nouveau monde avec des amis de notre ancienne vie.

La délégation valaisanne à la rencontre des parlementaires francophones à Québec en 2018. Source: Pierrot Métrailler

23 septembre 2022

Quand le parti appartient à une personne, la démocratie trinque.

Le nouveau chef du Parti conservateur du Canada (PCC) est connu. Pierre Poilievre a écrasé ses adversaires. Je vous présentais, le 20 mai dernier, cette course à la chefferie qui a été le feuilleton politique de l’été canadien. L’ancien premier ministre québécois Jean Charest a été balayé. Le PCC effectue donc un virage à droite très marqué.

« Tout le monde en a pris note samedi soir : ce parti, c’est le sien. » La Presse du 11 septembre dernier a tout résumé en une phrase. Le parti c’est le sien. Rien de moins. Le système électoral de type britannique que je décrie souvent montre ici le pire de ses défauts. 

Sous son égide, la démocratie revient en fait à élire un dictateur qui aura les coudées franches ou presque tout au long de son mandat. Pour peu qu’il soit vu comme un vainqueur potentiel des prochaines élections, il peut tout se permettre. Sinon, il sera démissionné par ses députés. Boris Johnson en est un parfait exemple en Angleterre.

Élu par les membres destitué par les élus

Le chef qui incarne totalement son parti au Canada a la particularité d’être élu par les membres de son parti et destitué par les membres de son caucus (groupe parlementaire en politique suisse). Et ce n’est pas une particularité du PCC, tous les partis fédéraux et provinciaux fonctionnent de la même manière.

Ainsi, Erin O’Toole, l’ancien chef des conservateurs canadiens, même s’il n’avait pas réussi à vaincre Justin Trudeau aux dernières élections fédérales, était resté en place. Ayant obtenu plus de voix, mais moins de sièges que le premier ministre sortant, il se sentait capable de gagner les prochaines élections. Les élus conservateurs ne le lui ont pas permis. Il a perdu un vote de confiance.

Ainsi la course à la chefferie a été lancée. Les règles ont été révisées et il a été décidé que chacune des 338 circonscriptions canadiennes valait 100 points, répartis au prorata des votes. Tous les membres en règle du PCC au début juin avaient le droit de vote. Finalement 438 000 des 679 000 du parti ont participé à cette élection.

Pierre Poilievre, le nouveau chef du Parti conservateur du Canada. Source: Le Devoir

Une victoire sans équivoque

Pierre Poilievre a remporté la course au premier tour, avec 68,15 % des votes, loin devant ses rivaux. Les quatre autres candidats, Jean Charest (16,07 %), Leslyn Lewis (9,69 %), Roman Barber (5,03 %) et Scott Aitchison (1,06 %), n’ont fait que de la figuration. Le raz de marée a été national puisque le député de Carleton une des trois circonscriptions d’Ottawa a gagné dans 330 des 338 circonscriptions.

Les observateurs qui s’attendaient à ce que le Parti conservateur du Canada éclate en cas de victoire de monsieur Poilievre peuvent revoir leur pronostic. L’ampleur du score a fait taire presque toutes les voix discordantes. Même si jugé trop populiste par la plupart des députés conservateurs québécois, ils sont vite rentrés dans le rang. Le Québec conservateur ayant, comme pour le reste du Canada soutenu largement le nouveau chef.

Une première démission qui montre la voie

Seul Alain Rayes, le député de Richmond-Arthabaska dans le Centre-du-Québec, aura finalement démissionné du caucus conservateur au lendemain de la victoire de Pierre Poilievre pour siéger comme député indépendant.

Immédiatement, la riposte a fusé. Le chef était fâché et a accusé le renégat de refuser de lutter contre le coût de la vie et contre le gouvernement libéral de Justin Trudeau. Puis, les jours suivants les téléphones ont chauffé au bureau de circonscription. Des appels automatisés auprès des membres du PCC leur demandaient d’exiger la démission du poste de député d’Alain Rayes.

Le chef montrait ainsi que l’intimidation et les méthodes fortes n’allaient pas s’arrêter avec son élection. Alain Rayes a eu beau jeu de répondre qu’il était toujours conservateur, mais que c’était justement ce genre de comportement qu’il ne supportait plus.

Comme je le disais au début, le parti, c’est le chef. Le système veut ça et Pierre Poilievre l’a bien compris. La prochaine élection fédérale dans trois ans sera la sienne et il aura la machine du parti à sa botte. Quelle belle démocratie!

17 septembre 2022

Dix ans au Québec – épisode 28

« C’est assez, faut que ça change! La coalition avenir Québec (CAQ) dernier né des partis politiques se veut le réformateur, le rigoureux et l’anticorruption. Il est entré très fort dans la campagne en attirant des personnalités comme candidats. Tiendra-t-il la distance? »

Ainsi se terminait ma 28e chronique, il y a 10 ans. Nous étions déjà à la veille des élections qui allait porter au pouvoir le Parti québécois et sa cheffe Pauline Marois qui devenait la première femme première ministre du Québec. Un sursaut de courte durée pour ce parti qui n’allait plus connaître que le déclin depuis lors.

Tout le contraire de la CAQ qui n’a cessé de progresser puisque 6 ans après sa première apparition dans une élection, elle était portée au pouvoir. Elle semble aujourd’hui indélogeable. Son chef, François Legault, un ancien ministre du Parti Québécois a réussi à rebrasser totalement les cartes.

Au point qu’aujourd’hui, son ancien parti risque de disparaître du parlement. Une hypothèse que je ne peux supporter. Comme avant en Valais, je me retrouve dans un parti minoritaire au Québec. Il y a parfois des constances dans la vie, mais la lutte continue.

L’ancien ministre péquiste Bernard Drainville est maintenant candidat pour la CAQ dans ma circonscription. Il est proche du premier ministre Legault, un autre transfuge du Parti Québécois
 

16 septembre 2022

God save the King ou le Québec aux Québécois.

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 8 h 37 min
Tags: ,

Au moment où j’écris ces lignes, mon pays est en deuil, il le sera encore au moment où vous les lirez, car le deuil national durera 10 jours. De mon côté, je n’aurais été sujet de Sa Majesté la reine Elizabeth II que durant 3 ans et 7 mois sur son règne de 70 ans. Maintenant, je dois allégeance au roi Charles III. Pourtant, je vis au Québec, nation où la royauté n’a pas forcément beaucoup d’adeptes.

J’étais dans le magnifique village de Kamouraska (qui signifie « il y a du jonc au bord de l’eau » en langue algonquine), attablé dans un charmant petit bistro à l’heure de prendre le café lorsque j’entends à la table voisine : « Et on va prendre une bonne bouteille de vin à la santé d’Elizabeth… » suivie d’un grand rire de quatre convives.

Je me suis tout de suite douté qu’il se passait quelque chose en Écosse. En effet, au lever, j’avais lu une annonce inquiétante sur la santé de ma reine. J’ai eu la confirmation de la nouvelle en ouvrant mon téléphone. Un cousin évolénard, connaissant mon respect pour ma souveraine, m’adressait ses condoléances avec un grand bonhomme sourire.

Une relation complexe avec le Québec

« François Legault ne devrait pas traiter la reine d’Angleterre en chef de l’État québécois ni donner de crédibilité à un régime colonial britannique illégitime au Québec. » Paul Saint-Pierre Plamondon, le chef du Parti québécois a rapidement réagi à la décision du premier ministre du Québec de mettre en berne les drapeaux du Québec. Pourtant, avant cela, il avait offert ses condoléances à la famille royale.

Tout le paradoxe du Québec est résumé par cette réaction. On déteste la monarchie qui nous rappelle que nous sommes un peuple conquis. Mais, on respecte la reine Elizabeth II qui a su être à la hauteur de ses fonctions en ne s’abaissant jamais à des commentaires ou des réactions quelconques. J’avais moi-même de l’admiration pour la personne de la reine qui incarnait une dignité à peu près absente chez tous les autres dirigeants actuels.

Trois visites contrastées au Québec

La jeune souveraine avait 33 ans lors de son premier passage dans la Belle province en 1959, à la septième année de son règne. Elle venait inaugurer la voie maritime du Saint-Laurent qui permettait, par le creusage de certains passages du fleuve, de relier avec les plus gros navires de l’époque, l’océan Atlantique aux Grands Lacs. Une visite calme qui ne marquera pas l’histoire. Seuls les yeux des amateurs s’illuminèrent devant le yacht Britannia.

Tout autre sera sa deuxième visite. Elle restera dans l’histoire comme « le samedi de la matraque », c’est dire. En octobre 1964, sa venue est prévue pour fêter le centième anniversaire des conférences de Charlottetown et de Québec qui avait jeté les bases de la Confédération canadienne qui allait naître en 1867. L’annonce de cette venue avait donné au Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIN), un précurseur du Parti québécois, l’occasion de se faire connaître au grand jour.

Leur chef charismatique Pierre Bourgault allait se faire connaître de tout le Québec. Après une tentative de sit-in avortée la veille des cérémonies officielles pour empêcher la reine d’arriver à la forteresse de Québec où elle devait passer la nuit, plus de 4000 policiers avaient été déployés le lendemain pour contrôler la foule. Chaque drapeau québécois, chaque cri « Le Québec au Québécois » méritait un coup de matraque. La police avait reçu des ordres clairs, tout comportement suspect devait être réprimé.

Caricature d’André-Philippe Côté rappelant « le samedi de la matraque » à l’occasion du centenaire du journal Le Soleil. Source : Le Soleil 27 octobre 1996

Après ce tumulte, la reine avouera en privé avoir eu peur, elle mettra 23 ans avant de revenir en 1987. Une visite qui ne suscite pas les passions et recevra un accueil poli. Elle reconnaîtra alors que le Québec est une « société distincte ». Un rattrapage après avoir signé en 1982 le rapatriement de la Constitution que Pierre-Eliott Trudeau a enfoncé dans la gorge des Québécois.

Et maintenant?

Si le début du XXIe siècle a permis de pacifier les choses grâce à la dignité et au comportement de la reine, la suite s’annonce plus compliquée. Comment Charles III va-t-il être perçu par les Québécois? – Lui n’est encore jamais venu au Québec, contrairement au prince William et à son épouse qui ont fait un passage en 2011. 

Le prince et la princesse avaient été bien reçus. Mais, les questions constitutionnelles ne sont jamais bien loin. Heureusement, la transition avait été bien réglée ces derniers temps et contrairement à ce qui était prévu jusque-là, il n’y a pas eu de vacance du pouvoir. On n’aura pas besoin de changer ni de premier ministre ni de gouverneur général. Tout est calme… pour l’instant.

11 septembre 2022

Dix ans au Québec – épisode 27

Filed under: k. saga québécoise — vslibre @ 8 h 34 min
Tags: , ,

Il y a dix ans, à mon retour de Suisse, j’ai eu ma première liaison avec Immigration-Canada. Je m’en doutais alors que ce ne serait pas la dernière, mais je n’imaginais pas que notre histoire commune allait être si mouvementée. Finalement, elle aura duré six ans. Une liaison faite de haut et de bas qui s’est terminée par un magnifique mariage. J’ai le passeport canadien, mais je n’ai pas perdu le passeport suisse. Je suis bigame en quelque sorte.

Et légalement par-dessus le marché. Elle n’est pas belle la vie? En me plongeant dans les nouvelles internationales presque quotidiennement de par ma profession, je vois tous les jours la chance que j’ai. Suisse – Canada, deux pays parmi ceux où il fait le plus bon vivre dans ce monde ! Alors, les quelques vicissitudes qui ont émaillé cette liaison pas si dangereuse m’apparaissent bien comiques.

Le 18 février 2019, je n’étais pas seul à devenir sujet de Sa Majesté la reine Elizabeth II. Source : Pierrot Métrailler

Après la légalisation de cette union, j’ai écrit un livre pour narrer cette aventure. «  Les 12 travaux d’un immigrant » se voulait un témoignage d’un parcours qui aurait dû être simple, mais qui ne fut pas un long fleuve tranquille. Quand je pense à mon angoisse à l’approche de la frontière américano-canadienne après avoir dépassé le magnifique petit village de Jackman dans le Maine, je ne peux que rire.

Une erreur administrative, une carte égarée entre la Nouvelle-Écosse et Québec, un voyageur renvoyé de l’aéroport de Genève, l’instant me paraissait tragique. J’ai mis un mois à me retourner et à trouver une solution que personne ne connaissait. Finalement, tout cela me parait risible aujourd’hui. Le monde a tellement changé depuis 2018. Et pourtant, c’était il y a quatre ans seulement…

9 septembre 2022

Les élections sont déclenchées au Québec, on va voter

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 11 h 27 min
Tags: , ,

Le 6 mai dernier dans ma chronique intitulée « Il n’est pas mort lui? », j’évoquais l’arrogance qui guettait le premier ministre du Québec. Dans ce même papier, je parlais pour la première fois des prochaines élections québécoises du 3 octobre prochain. Je risque de revenir régulièrement dans le mois qui nous sépare de cette échéance, car depuis une semaine, la campagne officielle est ouverte. 

François Legault, CAQ, Dominique Anglade, PLQ, Gabriel Nadeau-Dubois, PCQ, Paul Saint-Pierre Plamondon, PQ, Eric Duhaime, PCQ et 22 autres chefs sont en campagne. Il n’y aura qu’un seul gagnannt le 3 octobre. Source Le Devoir

Parce que oui, dans ma province d’adoption, les élections se déclenchent encore. Il faut du temps pour mettre à jour toutes les démarches administratives pour coller aux nouvelles réalités. Depuis 2013, une réforme de la loi électorale a instauré des élections à date fixe, tous les quatre ans au début du mois d’octobre. 

Avant cela, une législature pouvait durer au maximum cinq ans, mais le premier ministre en poste avait le privilège de pouvoir demander au lieutenant-gouverneur du Québec, le représentant de la reine Elizabeth II au Québec, de dissoudre le parlement et de déclencher des élections n’importe quand avant l’échéance légale. Un bel outil politique pour prendre les partis minoritaires par surprise.

Un départ hâtif

Si maintenant la date des élections est fixe, pourquoi faut-il encore les déclencher? La question mérite d’être posée. Parce que ce déclenchement abroge la 42e législature, suspend toute activité parlementaire, règlemente les dépenses de campagne et pour simplifier donne au directeur des élections (Élections Québec) un pouvoir de contrôle assez élevé.

Mais comme tout le monde savait quand aurait lieu la prochaine journée électorale, on a assisté à une campagne avant la campagne. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a multiplié les annonces et les partis d’opposition les meetings et les publicités qui n’entraient donc pas dans les comptes de campagne. Il était évident que la loi électorale avait une manche de retard, mais bizarrement, personne n’en a parlé…

La situation dans les sondages

Les médias pas plus que les observateurs politiques. Tout le monde était bien trop occupé à disserter sur l’avance de parti gouvernemental. Au mois de mai dernier, je vous disais que la CAQ atteignait 44% dans les sondages, le Parti libéral du Québec (PLQ) 17%, Québec solidaire (QS) 15%, le Parti conservateur du Québec (PCQ) 13 %, le Parti québécois (PQ) 9% et 2% pour les 15 autres formations existantes aux élections de 2018.

Au moment du lancement officiel de la campagne, les chiffres n’avaient pas beaucoup bougé malgré les agitations estivales. Comme quoi les Québécois ont profité de leurs vacances et ont laissé les politiques à leurs affaires. CAQ 42% (-2), PLQ 17% (=), QS 15% (=), PCQ 14% (+1), PQ 9% (=) et divers 3% (+1). Seul véritable changement, le nombre de partis politiques officiellement autorisé par Élections Québec qui est passé à 26%.

Un système qui amplifie les écarts

Je vais me répéter pour ceux qui ne me lisent pas régulièrement ou qui ne mémorisent que lentement (l’ancien prof est indulgent), le système québécois est un scrutin uninominal à un tour. C’est-à-dire que dans chacune des 125 circonscriptions de la province, il y aura un élu le 3 octobre au soir. Ce sera celui qui a obtenu le plus de voix, quel que soit son pourcentage. Donc, les sondages sur l’ensemble du Québec ne sont qu’indicatifs, ce qui compte vraiment, c’est ce qui se passe dans chaque circonscription.

Le soir des élections, les résultats tomberont petit à petit et les pots des partis se rempliront plus ou moins d’élus. Le chef du parti qui obtiendra le plus de sièges sera automatiquement désigné comme premier ministre.

Il faut donc être bien réparti sur le territoire et surtout être en tête dans une majorité de circonscriptions. La dernière fois, la CAQ avec 37% des voix avait obtenu 74 sièges, soit près de 60% de ceux-ci. 

Un combat des chefs

L’intérêt médiatique ne se porte donc que sur les chefs. Car, ce sont eux qui dirigent tout, qui incarne le programme et le parti. Eux, qui ont une chance de devenir premier ministre ou de se voir montrer la porte en cas d’échec flagrant. Disons que c’est surtout le PLQ et le PQ qui ont le plus à perdre. On sent dans ces deux partis la succession qui se prépare en coulisse.

En effet, le PLQ doit s’approcher du pouvoir, car deux défaites de suite ne sont pas normales pour ce parti historique. Quant au PQ, le parti de René Lévesque dont on vient de fêter le centième anniversaire, il joue sa survie. Il risque de se retrouver sans député. Les acteurs sont en place, la pièce peut commencer.

4 septembre 2022

Dix ans au Québec – épisode 26

Filed under: Uncategorized — vslibre @ 14 h 21 min

Nous venons de connaître la rentrée des classes. Dans ma 26e chronique, il y a dix ans j’évoquais la fin des écoles. Un décalage est intervenu dans le rythme de parution de notre hebdomadaire préféré. Heureusement, le sujet fondamental est le même. J’avais aidé l’école de ma blonde dans sa journée de clôture en organisant un atelier de pétanque pour les enfants de 5 à 11 ans et leurs grands-parents.

À ce moment-là, je pensais encore que je pourrais facilement enseigner au Québec. J’avais connu ma future femme lors d’un échange d’enseignants. Une de mes collègues saviésannes avait sévi une année au Québec. Pourquoi ne pourrais-je pas le faire? Surtout, qu’en plus de l’école normale, j’avais une licence en Sciences de l’éducation de l’Université de Dijon.

J’allais vite déchanter. « Vous n’avez pas suivi de cours fondamentaux à l’université et votre licence en Sciences de l’éducation n’est pas en adéquation avec la profession. » La sentence du ministère de l’Éducation a rapidement douché mes espoirs. L’ENG (école normale des garçons) de Sion n’est pas une université et les sciences de l’éducation ne servent à rien pour enseigner, elles servent à expliquer pourquoi on enseigne comme ça!

Donc je me retrouve donc journaliste, guide touristique et barman pour mon plus grand plaisir. Pendant ce temps, pour pallier la pénurie d’enseignants, les écoles québécoises recrutent sur Facebook. Aujourd’hui, un certificat de guide touristique est suffisant pour enseigner l’histoire au secondaire… gouverner c’est prévoir : l’administration québécoise ne doit pas connaître cet adage.

Le partage entre les aînés et les enfants de maternelle sur les pistes de pétanque a été un beau moment. Source : Pierrot Métrailler

2 septembre 2022

Pourquoi tire-t-on si souvent dans les rues de Montréal?

Filed under: 1. Lettre québécoise — vslibre @ 7 h 55 min
Tags: , , , , , ,

La question de la sécurité dans la métropole québécoise occupe une place importante en cette fin d’été dans la province. Des meurtres en plein jour et en pleine rue ont régulièrement défrayé la chronique. Comment le centre économique d’un Québec où il fait bon vivre sombre-t-il dans une telle problématique?

« Notre administration n’a jamais définancé la police, au contraire. Elle a plutôt bonifié chaque année le budget du SPVM (Service de police de la ville de Montréal), ce qui a servi à mettre sur pied des équipes dédiées à la lutte contre le crime organisé, la saisie d’armes et d’avoir le plus grand nombre d’effectifs policiers depuis 2012 », a dû se justifier la mairesse Valérie Plante après une attaque du gouvernement provincial.

Celui-ci reprochait à la ville de Montréal d’utiliser des fonds supplémentaires de Québec destinés à la lutte contre la criminalité pour réduire ses propres dépenses dans le SPVM. L’ambiance est tendue. Elle est aussi avec les syndicats de police qui regrettent une diminution des effectifs de 72 membres. La mairesse rétorque qu’elle est proche de son objectif d’embauche de 250 nouveaux policiers avec 229 contrats récents.

Une guerre des chiffres, plutôt que des actions

Les deux ont finalement raison, ils ne parlent pas de la même chose. Pendant qu’on guerroie sur les chiffres, on meurt dans les rues de Montréal. Deux meurtres en plein jour à 30 minutes d’intervalle le 23 août dernier. On est parti pour approcher les 37 victimes de 2021 qui était une année record. Mais d’autres déclareront qu’on est loin des 300 morts violentes quotidiennes aux États-Unis.

On fait dire ce qu’on veut aux statistiques. Vous savez maintenant que c’est un de mes leitmotive. Je vous le sers pratiquement chaque semaine. Je ne vais pas embarquer dans ces polémiques chiffrées. Je préfère plutôt vous parler d’une hypothèse d’explication qu’un expert en développement stratégique, Jean Baillargeon a publié dans le journal Le Soleil du 26 août dernier.

Cinq facteurs explicatifs

« Montréal est dominé par la peur des armes qui engendre la peur par les armes », commence Jean Baillargeon. Les crimes violents « profitent du vide politique laissé par nos dirigeants intoxiqués par les campagnes de peur face au dénigrement de la prétendue violence policière ». Si j’accepte tout à fait la prémisse qui met en cause la culture woke qui domine Montréal, je ne suis pas totalement d’accord avec le mot « prétendue » devant violence policière. Celle-ci existe chez une minorité des membres du SPVM. Elle n’est pas la règle.

C’est d’ailleurs la campagne de dénigrement du travail policier à Montréal qui fait office de première explication de l’expert. Ces attaques ont provoqué le démantèlement d’escouades spécialisées pour les gangs de rue ainsi que la fermeture de certains postes de quartier. Tout cela préparait l’arrivée d’un système de « protection parallèle » de type mafieux.

Le deuxième facteur explicatif qui découle du premier est la vague de retraite des policiers d’expérience qui engendre la perte d’expertise spécialisée. Sans soutien politique et stratégique des dirigeants, les policiers du SPVM sont découragés. Particulièrement ceux qui ont de l’expérience qui prennent cette attitude comme un désaveu de leur activité et préfèrent la retraite.

Plus surprenant le troisième facteur : le Canada et le Québec sont des buffets à volonté pour le crime organisé. Pour Jean Baillargeon, la frontière canadienne est une passoire pour le trafic d’armes et le trafic de drogue. Il va même jusqu’à dire que le port de Montréal est réputé mondialement comme une porte d’entrée pour le continent américain et une source abondante de profit pour le crime organisé.

Le port de Montréal est devenu une des plaques tournantes du trafic de drogue en Amérique du Nord. Source : libre de droit

Il poursuit en dénonçant la faiblesse du système judiciaire face aux criminels. Les sentences prononcées contre les trafiquants de drogue et d’armes sont une risée. L’exemple d’un trafiquant condamné à 5 ans de prison pour trafic de plus de 250 armes à feu et libéré après un an est éloquent.

Enfin dernier constat plus qu’explication, le lobby des armes à feu sortira gagnant du climat de peur. Une certaine idéologie d’extrême droite, influencée par les États-Unis et prônant l’autodéfense, se développe. Quand la loi du plus fort et de celui qui sera le plus armé s’installera, Montréal ressemblera aux villes américaines.

Le tableau est pessimiste. Je ne le partage pas entièrement. Mais, il faut malheureusement l’admettre quand une idéologie extrême gagne du terrain comme la gauche woke, elle génère obligatoirement une réaction extrême dans l’autre sens. Les États-Unis font actuellement les frais de ces excès. Rien n’est plus dangereux. Le Québec, encore très loin de la situation américaine, doit se ressaisir rapidement pour conserver sa légèreté de vivre.

Page suivante »

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :