Valais Libre

23 mai 2017

Quand la bureaucratie s’enlise.

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Cet harfang des neiges a été croqué sur le vif par une caméra de surveillance du ministère des Transports.     Photo : Robert Poeti/Twitter (radio-canada.ca)

Le 14 mars dernier, une tempête de neige d’une rare ampleur a déferlé sur le Québec. Deux personnes sont mortes dans la région de Montmagny et l’autoroute 13 sur l’île de Montréal a été bloquée, 300 véhicules ont dû passer la nuit dans la tempête. Suite à ces événements, un ancien sous-ministre et ex-patron de la police a produit un rapport qui laisse songeur.

Si les tristes événements qui ont vu deux automobilistes perdre la vie dans le coin de Montmagny ne sont pas mentionnés dans ce rapport, c’est qu’il n’y a pas grand-chose à dire. La fatalité est pour beaucoup dans ces disparitions, la témérité a fait le reste. Une tempête de neige dans la campagne québécoise, c’est un peu comme une tempête de sable dans le Sahara: vaut mieux passer à côté!

Un de mes amis curleurs devait passer chercher sa femme qui travaille à l’hôpital à Lévis ce soir-là pour rentrer chez eux une vingtaine de kilomètres dans les terres. À peine sorti de la ville, il a dû faire demi-tour, la visibilité était nulle. Ils ont passé la nuit à l’hôpital. Ce comportement plein de bon sens, les Québécois le connaissent bien.

Il aurait sauvé la vie des enlisés de Montmagny. Voulant absolument rentrer chez eux, ils ont disparu sous un banc de neige à quelques dizaines de mètres d’une maison. Les secours en motoneige ne les ont jamais trouvés malgré un contact téléphonique. Même la route avait disparu. Ce n’est que le lendemain que les malheureux ont été repérés.

Immunité des responsables

Tout autre est la situation sur l’autoroute 13 à Montréal. On parle ici d’une autoroute qui traverse les villes de Montréal et de Laval du nord au sud. On est en pleine ville et malgré cela, 300 véhicules et leurs occupants ont passé la nuit dans la tempête, parce que des camionneurs ont refusé de se faire remorquer. Par chance, il n’y a pas eu de mort.

Florent Gagné, ancien sous-ministre des transports et ex-patron de la Sécurité du Québec (SQ), la police provinciale, a relevé une cascade de failles et émis 28 recommandations. « Le niveau politique, les cadres du Ministère à Québec et la haute direction de la SQ ne sont pas blâmés, n’ayant jamais été informés de l’urgence de la situation sur la 13, » écrit Denis Lessard dans la Presse.

Les chefs ne savaient pas, donc ils peuvent s’en laver les mains. Drôle vision du sens des responsabilités. La météo, puis la réalité extérieure ont montré à tous les Québécois que ce 14 mars allait être une tempête hors du commun. Les chefs de la sécurité n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’aller se coucher, personne ne leur a dit qu’il y avait du danger !

Gabegie bureaucratique

« Mais pour comprendre vraiment ce qui ne va pas à Transport Québec, il faut lire autre chose: le rapport interne du Ministère sur les ratés de l’organisation le jour de cette tempête, » propose Yves Boisvert dans sa chronique du samedi 20 mai dans la Presse. Il met en exergue quelques éléments de ce rapport:

Ce rapport interne parle de la « nécessité pour le Ministère d’améliorer sa capacité à répondre aux prochains événements exceptionnels afin d’optimiser sa contribution à une société québécoise résiliente aux catastrophes de toutes natures ».

Cette optimisation se fera en renforçant « une vision ministérielle intégratrice de la sécurité civile d’abord par une gouvernance inspirante. Celle-ci soutiendra l’actualisation d’une démarche de planification mobilisatrice en synergie avec une gestion proactive des risques et une gestion concertée des opérations ».

Voilà pour les objectifs, maintenant, entrons plus précisément dans l’évaluation: « le centre de coordination de la sécurité civile effectue depuis au moins 3 ans des bilans annuels des réalisations, y compris des bilans des plans d’action opérationnels annuels, mais [que] les contenus examinés touchent davantage aux structures et s’intéressent marginalement à la fonctionnalité ».

Et pour ce 14 mars: « Bien que la prévision ait sous-estimé de moitié les précipitations durant la tempête de mars 2017, aucune donnée de surveillance continue n’a permis au Ministère d’ajuster son niveau d’alerte et de mobilisation. »

On se sent bien protégé ! Avec un tel jargon, on est au moins sûr que personne ne se sent visé et qu’à la prochaine tempête, tout ira pour le mieux. L’hiver est encore loin. On se rassurera de savoir que le Ministère a des caméras sur le réseau qui permettent de voir un harfang des neiges qui vient les saluer (voir photo du 7 janvier 2016), mais pas 300 voitures bloquées dans la neige…

Lég: Cet harfang des neiges a été croqué sur le vif par une caméra de surveillance du ministère des Transports.     Photo : Robert Poeti/Twitter (radio-canada.ca)

16 mai 2017

Bombardier ou les limites du capitalisme

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quebec.huffingtonpost.ca

Bombardier est un fleuron industriel québécois bien connu en Suisse. Si la compagnie a fait parler d’elle la semaine dernière en Suisse à cause d’un retard dans la livraison de nouveau train, au Québec, c’est son assemblée générale qui soulevé l’ire de certains. Depuis quelque temps la politique de rémunération de ses dirigeants est contestée.

L’entreprise fondée par Joseph-Armand Bombardier est chère au cœur des Québécois. Après, les motoneiges, ce sont aujourd’hui les trains et les avions qui sont au cœur des activités. Des milliers d’ingénieurs et des dizaines de milliers de travailleurs spécialisés et qualifiés font sa fierté. Elle rayonne un peu partout à travers le monde.

Je ne reviendrai pas sur les causes de la grogne des Québécois, vous pouvez relire ma chronique du 11 avril dernier. Par contre, le fait que la Caisse de dépôt et de placements du Québec et d’autres grands investisseurs aient dit avant l’assemblée générale qu’elles voulaient rejeter la politique de rémunérations des dirigeants et ne pas réélire Pierre Beaudoin à la tête du Conseil m’interpelle.

Des votes protégés

Pour que de telles institutions en arrivent à de telles conclusions, il faut que la situation soit sérieuse. La Caisse de dépôt et de placements du Québec n’a pas la réputation de faire du sensationalisme. Malgré cela, les propositions de l’entreprise ont été acceptées à plus de 93% lors du vote des actionnaires. À n’y rien comprendre!

Les systèmes d’actions protégées et privilégiées qui donnent à la famille Bombardier 53% des voix avec moins de 13% des actions expliquent une partie des résultats. Le reste vient du vote anticipé et des procurations. Les actionnaires absents sont nombreux à signer une procuration à la direction. Le formulaire leur est envoyé bien avant, souvent avant que les polémiques ne naissent.

Protéger les entreprises

Ce système a été inventé pour protéger les entreprises des prises de contrôle indésirables. En Valais, je sais que le Nouvelliste vit ou vivait avec un tel régime. Il donne à la famille Bombardier l’assurance de garder le contrôle malgré la croissance de l’entreprise. On aime la rassurante gestion familiale.

Ainsi le petit-fils du fondateur peut continuer à diriger l’entreprise, même si sa compétence est douteuse. Se délivrer un salaire dix fois plus grand que celui des administrateurs des entreprises comparables ne semble pas un souci. Les autres membres de la famille et quelques alliés présents de longue date au Conseil font la majorité.

Perversion des règles

Dans un monde idéal, on pourrait opposer une économie planifiée à une économie libre, mais rien n’est aussi pur. On voit, dans le cas de Bombardier, quelques dérives du capitalisme. Une société trop importante pour être abandonnée par l’État, une direction familiale dépassée et des règles qui ne correspondent plus à la réalité.

L’État québécois a investi de grandes sommes pour sauver le projet de la Cseries et il ne peut pas fragiliser l’entreprise qui détient un savoir-faire important et qui génère beaucoup d’emploi. Pierre Beaudoin, le rejeton de la famille qui a hérité de la charge n’est pas son grand-père, mais tout se maintient parce que le système le veut.

Loin d’être une exception, l’exemple de Bombardier montre que la théorie est souvent loin des réalités du terrain. Le capitalisme, la libre entreprise, basée sur la compétence et le marché trouve des limites lorsque les contingences humaines viennent compliquer la pureté théorique.

9 mai 2017

Le gouvernement québécois sauvé par les eaux

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journaldemontreal.com

La semaine passée a été dominée au Québec par deux événements. Les affaires de financements du parti au pouvoir et les inondations. On peut dire que le gouvernement libéral a été sauvé par les eaux, mais ce sauvetage ne pourrait être que momentané.

Le groupe de presse Quebecor appartenant à l’ancien chef du parti québécois Pierre-Karl Péladeau sort depuis quelques semaines l’artillerie lourde pour enquêter sur des affaires touchant le parti au pouvoir. À tel point que le président du Conseil du trésor s’est élevé contre cet « acharnement médiatique »

Douloureux passé

Quand on en vient à tirer sur le messager, c’est habituellement parce qu’on est à court d’arguments. Le premier ministre Philippe Couillard a beau dire que « c’était un autre temps… » ça ne suffira pas à calmer les révélations. Il faut dire qu’il a été un des ministres vedettes du précédent gouvernement libéral dirigé par Jean Charest.

Pour résumer les reproches: le gouvernement Charest qui a gouverné le Québec de 2003 à 2012 a régulièrement été accusé de corruption et de financement illégal. La commission d’enquête publique Charbonneau a mis en lumière différents stratagèmes et une Unité permanente anticorruption (UPAC) a été créée pour enquêter sur ces affaires.

Une fuite dans la presse a révélé que Jean Charest lui-même et son ami, organisateur du parti libéral de l’époque Marc Bideau étaient au cœur d’une enquête de l’UPAC. Les raisons de cette fuite restent floues, mais le gouvernement est dans le trouble et le chef de l’unité a dû s’expliquer et promettre que cette enquête irait à son terme.

Dans la foulée, on apprenait aussi par la publication d’une série de courriels que Violette Trepanier qui s’occupait de la caisse du parti libéral en menait large. Malgré son témoignage devant la commission Charbonneau qui minimisait son rôle, elle affirme dans un message : « Je roule sous les piasssses ( une piasse étant une pièce)! » Elle est aussi soupçonnée d’avoir monnayé certains postes pour des adhérents et des soutiens financiers au parti.

Mauvaise pluie

Samedi dernier Philippe Couillard et quelques ministres importants de son parti sont apparus ruisselants devant les caméras. Ils visitaient les sinistrés de la région de Montréal. Il pleuvait des cordes. Le premier ministre a répondu sans parapluie aux questions des journalistes. On dirait que l’eau qui coulait sur lui le lavait de toute la saleté reçue durant la semaine.

Si cette pluie tombait à point pour le gouvernement, elle est une calamité pour les nombreuses victimes des inondations. Des milliers de maisons sous l’eau, de nombreuses personnes évacuées, des villages où la chaloupe est le seul moyen de locomotion et de nombreuses scènes de désarroi se reproduisent en différents endroits de la province.

La région d’Ottawa, de Montréal, de Trois-Rivières et bientôt la Gaspésie sont sous les eaux. Le Saint-Laurent et de nombreuses rivières atteignent un niveau inconnu de mémoire d’homme. La lutte malgré l’intervention de l’armée est inégale. Les images sont souvent surréalistes. Des pluies hors norme viennent délaver un sol déjà saturé.

Et le pire n’est pas encore passé. Les météorologues prévoient encore une montée des eaux pour les jours à venir. La décrue prendra ensuite plus d’une semaine. Certains sous-sols auront été alors inondés depuis près de trois semaines. Je vous laisse imaginer l’état des lieux. La grande majorité des particuliers n’est pas assurée pour ce type de dommages. Ces assurances n’existent que depuis peu au Québec.

Le gouvernement devra venir en aide aux sinistrés, les débats vont se consacrer là-dessus. Ces pluies ne devraient, par contre, pas refroidir l’ardeur des attaques sur son éthique et je sens que les révélations sur le passé trouble du parti libéral ne vont pas s’arrêter de si tôt. Surtout, que cette semaine, commence le procès d’une des vice-premières ministres de Jean Charest.

2 mai 2017

Les vins suisses séduisent Québec.

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Gilles Besse entouré de l’équipe du stand suisse au Salon international des vins et spiritueux de Québec

Le salon international des vins et spiritueux de Québec fait découvrir aux consommateurs de la province une variété incroyable de produits. La Suisse était présente à l’édition 2017. Gilles Besse le président de Swiss Wine Promotion a même fait le voyage de Québec pour faire découvrir quelques vins très bien reçus par les professionnels locaux.

Le Québec se caractérise par un marché des vins et spiritueux sous monopole. La Société des alcools du Québec (SAQ) est la seule habilitée à acheter et à vendre des vins et spiritueux dans la province. Elle est ainsi la plus grande acheteuse au monde pour approvisionner ses 400 succursales qui desservent tout le Québec et ses 8 millions d’habitants.

Pour percer dans ce marché particulier, il faut convaincre les responsables de la SAQ de la qualité et de l’opportunité des vins qu’on veut diffuser au Québec. Pour ce faire, diverses compagnies se chargent de placer leurs produits. Importation Vins Suisses Québec (IVSQ) est l’une d’elles. Son propriétaire Max La Roche gérait le stand des vins suisse au Palais des congrès de Québec en fin de semaine dernière.

« Je suis tombé amoureux de la Suisse et du Valais en particulier et j’ai décidé de me lancer dans cette aventure difficile, mais passionnante », lance Max La Roche qui a des amis très proches en Valais. À ce salon de Québec, il présente 57 vins de 13 maisons suisses dont 4 valaisannes (Jean-René Germanier, Vétroz, Cave des Champs, Claudy Clavien, Miège, Cave du Paradis, Olivier Roten, Sierre et Histoire d’Enfer, Patrick Regamey, Montana).

Aujourd’hui, il y a seulement 19 vins suisses, dont certains de Rouvinez, Provins ou des Caves Saint-Pierre, sur les tablettes de la SAQ. Pour les autres, il faut passer par un système d’importations privées, toujours par l’intermédiaire de la SAQ pour en trouver au Québec. C’est ainsi que des vins de Bonvin ou Varone à Sion par exemple, se retrouve dans certains restaurants.

Une présence qualitative

« La Suisse n’a pas économiquement besoin d’importer puisqu’elle fournit seulement le 40 % de son marché intérieur, mais nous tenons à une présente qualitative à l’étranger pour montrer la qualité de notre travail », déclare Gilles Besse. Le président de Swiss Wine Promotion a profité d’un voyage en Amérique du Nord pour faire un passage au salon de Québec.

Si le travail de son organisation consiste essentiellement à promouvoir les vins en Suisse, une part du budget est consacré à la promotion internationale. « Nous mettons en place actuellement une aide pour des projets qui regroupent au moins trois régions suisses pour la diffusion des vins à l’international. Il faut aussi que ces projets se déploient sur la durée », ajoute Gilles Besse. La présence de Max La Roche à Québec entre parfaitement dans cette nouvelle politique puisque sa société est engagée à long terme dans la diffusion des vins suisses.

La place des vins suisses est modeste au Québec (moins de 50 000 bouteilles vendues par année), mais les commentaires sont souvent élogieux. Même si cette présence n’est pas économiquement nécessaire, elle est un atout non négligeable pour la reconnaissance de la qualité du travail des professionnels du vin en Suisse.

Rodolphe, serveur Chez Boulay, Bistro Boréal, une des grandes tables du Vieux-Québec:

 

« J’ai fait des découvertes assez incroyables, des parfums super délicats qui s’accordent parfaitement avec nos assiettes. Je ne pensais pas trouver des vins qui correspondent au côté nordique de notre cuisine. La Suisse m’offre ce plaisir. » 

Mathieu, responsable de succursales à la SAQ:

« Tout en fraîcheur, une belle acidité, j’ai quelques coups de coeur ! Les Québécois vont aimer la netteté et la pureté de ces vins, leur acidité très digeste. Ils ne sont pas lourds, pas bonbon, on les aime déjà. » 

25 avril 2017

Trump menace le Canada.

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laterre.ca

Je reprends le titre du Devoir de mercredi dernier pour vous parler d’économie cette semaine. Si le résultat du premier tour des élections françaises entraîne un débat entre les tenants du protectionnisme et les défenseurs du libre-échange, en Amérique du Nord, cette question fait partie de la réalité. Après l’élection de Donald Trump, l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ALÉNA) est remis sur la table.

« Au Canada, des choses très injustes se sont passées contre nos producteurs laitiers. Ce qui vous est arrivé est très, très injuste. C’est le genre d’accord typiquement partial, contre les États-Unis. Et ça ne durera pas. Nous allons appeler le Canada et lui demander : “Qu’est-ce qui se passe ?“ » Ces mots très durs ont été prononcés par le président Trump en visite au Wisconsin pour parler de son récent décret « Acheter américain; embaucher américain ».

« C’est une chose terrible qui est arrivée aux fermiers du Wisconsin », a-t-il insisté. Que fait donc le Canada de si affreux aux gentils producteurs des États-Unis ? C’est la politique de gestion de l’offre dans les produits laitiers que le président américain veut remettre en question. Il attaque aussi son voisin du nord sur d’autres sujets comme le bois d’oeuvre ou l’énergie, mais je vais détailler un peu la question du lait au Canada et au Québec en particulier.

Des quotas depuis longtemps

« La mise en marché du lait au Québec est régie par un système de contingentement de production – ou quota de production – qui est établi sur le plan de l’ensemble canadien.

En vertu de ce système, un producteur de lait doit posséder un permis pour chaque litre de lait qu’il vend aux usines. C’est un moyen d’éviter les surplus et les pénuries. Grâce à ces quotas, la quantité totale de lait produit au pays idéalement correspond à ce qui est consommé par les Canadiens. »

Cette explication tirée du site Internet du Conseil des industriels laitiers du Québec pose les bases du système qui régit la production laitière au Canada depuis près de 50 ans. Adapté chaque année, ce régime s’appuie sur trois piliers essentiels: établissement d’un prix cible de production, gestion de la production (Calcul des besoins canadiens et quota de production) et contrôle des importations de produits laitiers.

Un système défendu avec vigueur

Cette attaque américaine a entraîné un flot de réactions très émotives au Québec. « Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Abitibi et dans le Bas-St-Laurent, ce serait un coup dur. Ici dans la région, je ne vois pas grand monde qui pourrait s’en tirer avec la fin de la gestion de l’offre », affirme Michel Frigon, propriétaire de la Ferme des fleurs d’Albanel et membre de l’exécutif des Producteurs laitiers du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les associations professionnelles demandent au gouvernement de Justin Trudeau de défendre farouchement le système canadien.« Au niveau de l’agriculture, il n’y a pas un pays dans le monde qui n’appuie pas ses agriculteurs de différentes façons et l’approche qu’on a ici au Canada, elle est bonne pour le Canada, pour nos agriculteurs, et je vais continuer de défendre la gestion de l’offre », a d’abord réagi M. Trudeau.

Un avenir incertain

Mais de nombreux acteurs trouvent la réaction du premier ministre trop molle. Ils soupçonnent Justin Trudeau de vouloir abandonner une partie de la protection des producteurs de lait pour débloquer d’autres secteurs commerciaux. Certains remettent carrément en cause le système de la gestion de l’offre qui nuit, selon eux, à l’innovation et surtout qui oblige les consommateurs à payer ces produits à un coût injuste.

À mon arrivée au Québec, j’avais été surpris de voir que la viande était nettement moins chère qu’en Suisse, souvent plus de la moitié du prix suisse, mais que les produits laitiers avaient des prix comparables. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi. Le protectionnisme a un prix, mais la pérennité d’une agriculture locale aussi. Les changements politiques, au-delà du spectacle, entraînent aussi des remises en question qui ont une influence directe sur la vie de tous les jours.

18 avril 2017

Le pot pascal

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tvanouvelles.ca

Habituellement, la période de Pâques est une trêve dans les informations. Les grandes annonces sont laissées pour des moments plus propices à l’attention populaire. Le gouvernement canadien n’a pas hésité, quelques jours avant la grande fête chrétienne, à concrétiser une de ses grandes promesses électorales: la légalisation de la marijuana.

Le pot (prononcer pote) deviendra légal au Canada le 1er juillet 2018. Ainsi le veut Justin Trudeau et, même si les provinces ne sont pas très satisfaites de cette annonce, le premier ministre veut aller vite pour mettre en oeuvre cette décision que tout le monde sentait venir, mais qui a tout de même été reçue avec perplexité ici au Québec.

Si la période de Pâques est reconnue pour ne pas être la plus favorable en termes de couverture médiatique, je soupçonne le gouvernement fédéral d’avoir bien choisi son moment. Je me rappelle qu’il y a une dizaine d’années, j’avais attendu le Vendredi saint 2008 pour publier un communiqué des radicaux valaisans comme quoi la récolte des signatures pour la révision complète de la Constitution était un échec.

Certains de mes amis journalistes avaient reconnu l’habileté du timing. La nouvelle était passée inaperçue au milieu des bouchons du Gothard. Je dois à nouveau ici saluer le flair de mon président de l’époque qui avait eu cette brillante idée. Je crois que Trudeau a aussi cette habileté médiatique. Il savait bien que son projet de loi ne ferait pas l’unanimité.

Il avait promis en campagne électorale de légaliser la marijuana. Plus d’une année après sa prise de pouvoir il tient parole, mais en stratège habile, il sait utiliser la répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial pour sortir grandi de cette controverse. Je n’entrerai pas dans le débat sur les avantages et les inconvénients de cette légalisation, le débat est international, mais la stratégie du jeune premier ministre est exemplaire.

Les conservateurs canadiens sont farouchement opposés à cette mesure. Ils jouent leur rôle d’opposition, mais ils sont minoritaires et même leurs militants les plus fervents ne peuvent qu’admettre que c’est une promesse électorale clairement exprimée des libéraux canadiens. Tout autre est la position des libéraux au pouvoir au Québec.

Il faut savoir qu’ici, au Canada, il n’y a pas de structures communes entre les partis des différents niveaux. Les libéraux du Canada ne forment pas le même parti que les libéraux du Québec. Ce sont deux entités différentes, parentes peut-être, mais sans liens organiques. Et les libéraux au pouvoir au Québec sont bien empruntés avec ce projet de loi.

À 18 mois des prochaines élections, ils se passeraient bien de cette patate chaude qui entrera en vigueur à la veille du lancement de la prochaine campagne électorale provinciale. Car, ils devront aller vite pour mettre en place une loi qui permettra la mise en oeuvre de cette légalisation. Les questions sont nombreuses, tout comme les enjeux. La vitesse législative n’est pas habituelle, surtout au Québec.

Pas plus d’ailleurs que la vitesse judiciaire. Je me permets une digression pour conclure. La Cour suprême du Canada a décidé que la justice ne pouvait pas traîner les pieds plus que de raison et que chaque justiciable avait droit à un procès dans des délais raisonnables (arrêt Jordan pour ceux qui veulent en savoir plus). Cette décision a des conséquences qui commencent à se faire sentir très concrètement puisqu’un meurtrier vient de voir son procès annulé pour cause de délai excessif…

11 avril 2017

Des rémunérations contestées

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Pierre Beaudoin, président du C.A. de Bombardier avec le premier C Serie 100 acheté par Swiss. (tvanouvelles.ca)

La volonté de la fondation Ethos de remettre en cause la politique de rémunération du conseil d’administration du Crédit Suisse lors de la prochaine assemblée générale fait écho à la grogne populaire qui se fait entendre ici au Québec suite à l’annonce d’une hausse substantielle de la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier. Le débat existe des deux côtés de l’Atlantique et mérite une réflexion.

Le 3 mars 2013, près de deux votants sur trois refusaient l’initiative « contre les rémunérations abusives » connue également sous le nom d’ « initiative Minder ». Le peuple suisse ne soutenait pas l’idée d’un plus grand contrôle des rémunérations des hauts dirigeants. Malgré cet échec, cette initiative a permis de mettre sur la table cette problématique et la question est loin d’être close.

Depuis quelques semaines, le Québec est secoué par une grogne populaire qui répond à la volonté des dirigeants de la célèbre compagnie Bombardier d’augmenter de près de 50 % la masse salariale de ses hauts dirigeants. « Une écrasante majorité (93%) [des Québécois] se dit contre la décision de Bombardier de gonfler de 48% la rémunération de ses hauts dirigeants, » signalait le Journal de Québec le premier avril dernier.

Cette fronde s’est poursuivie au parlement puisque les partis d’opposition ont demandé un vote sur l’intervention du gouvernement pour demander un peu de décence à la compagnie. Les libéraux au pouvoir ont rejeté cette motion. Philippe Couillard, le premier ministre, se contentant de relever le report d’une partie de la hausse de quelques années après les réactions des Québécois.

Il faut dire que Bombardier vient de recevoir plus d’un milliard d’argent de l’État pour poursuivre son programme de la CSerie, des avions prometteurs, mais qui peine à convaincre les acheteurs. Cette aide gouvernementale s’est accompagnée de nombreuses mises à pied. L’avionneur qui est aussi connu pour ses trains a donc vu sa cote plonger dans le coeur des Québécois.

Comme lors de la campagne suisse sur l’« initiative Minder » le débat politique est vif. Le bon sens nous oblige à nous indigner contre des sommes irréelles gagnées par de hauts dirigeants sous prétexte qu’elles sont nécessaires pour garder les meilleurs. S’il est vrai que des dirigeants compétents peuvent faire la différence, force est de constater que cette compétence est difficile à justifier lorsqu’on doit faire appel à l’État ou lorsqu’elle passe par le licenciement de nombreux employés.

Jean-François Cliche, le chroniqueur scientifique du Soleil, proposait dans un article ce dimanche, une analyse intéressante:

« Mais il est aussi possible que, pour des raisons psychologiques, le simple fait de se trouver dans une position de pouvoir contribue à brouiller les repères moraux, dit Stéphane Côté, professeur à l’École Rotman de gestion de l’Université de Toronto. «Quand on a beaucoup d’argent, on a moins besoin des autres, on a la possibilité de se payer toutes sortes de choses. Et ce que plusieurs études suggèrent, c’est que quand on a moins besoin autres, on fait moins attention à eux», dit-il. »

Finalement, ces débats sur la rémunération des hauts dirigeants nous renvoient à la question de la répartition des richesses et aux écarts entre ceux qui produisent et ceux qui administrent et dirigent. Dans un monde idéal, un équilibre serait trouvé. Je n’ai pas la prétention d’avoir la formule de cet équilibre, mais il me semble qu’on n’ait pas encore trouvé le chemin vers cet idéal.

4 avril 2017

Quelle formule pour le foot ?

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Impact de Montréal, Photo : Marc-André Donato | lefooteur.com

Toute la semaine dernière, le Nouvelliste s’est penché sur la meilleure formule possible pour le championnat suisse de football. Après les aléas de la politique, je saisis cette occasion, pour évoquer quelques réflexions sportives tirées de ma nouvelle région. Le sport est  peut-être une activité favorable à la santé, mais ici, on parle de spectacle pour ne pas dire de business.

La Suisse et le Québec sont comparables du point de vue de la population (environ 8 millions) et du développement économique et social. Si le sport professionnel par équipe recouvre le football et le hockey en Suisse, au Québec, il est plus diversifié: le hockey, le soccer (notre football) sont présents, mais il y a aussi du baseball, du football américain, mais pas de basketball. Malgré cette diversité, les équipes professionnelles sont rares.

Sport business

En Amérique du Nord, les cinq grands sports cités ci-dessus sont un véritable business et sont organisés en fonction. Des ligues fermées proposent des franchises qui se disputent des trophées prestigieux. Les séries de la coupe Stanley, les séries mondiales du baseball majeur, la finale du basketball, la finale de la ligue majeure de soccer, sans oublier le gigantisme du Super Bowl, tout est hors de mesure.

Ces ligues attirent les foules, génèrent des revenus hallucinants, des chaînes de télévision, ne reculent devant rien pour assurer le spectacle. Si les sportifs reçoivent des salaires fous (des contrats en dizaines, voire en centaine de millions sont signés pour huit à dix ans), c’est qu’ils sont organisés en syndicats et qu’ils négocient des parts de revenus. En hockey par exemple, il y a un plafond salarial qui met les équipes plus ou moins à parité et qui est mis à jour chaque année en fonction des revenus de la ligue.

Pour participer à ces championnats, les villes doivent se battre pour acquérir ou garder une franchise. Ainsi Québec a perdu en 1995 son équipe de hockey à cause de difficultés économiques. Aujourd’hui, toute la ville rêve d’un retour des Nordiques. La ville avec l’aide de la province a construit une nouvelle patinoire qui a coûté 400 millions de dollars pour espérer un retour d’une équipe. Dès la saison prochaine, la ligue nationale comptera 31 équipes au lieu de 30, mais Las Vegas a obtenu cette franchise supplémentaire au grand dam de Québec.

Les séries

Dans ce business, il est impensable de ne pas avoir de séries éliminatoires pour décerner le titre suprême. La saison régulière n’est qu’une mise en bouche. 82 matchs en hockey, plus de 160 au baseball ou 17 au football américain, la longueur de la saison s’adapte aux spécificités du sport, mais c’est après que tout commence.

Ainsi, d’ici une grosse semaine, le hockey va entrer dans sa phase passionnante, les 16 meilleures équipes vont s’affronter au meilleur des 7 matchs et ce n’est qu’en juin qu’on connaîtra le grand vainqueur. Les résultats de la saison régulière seront bientôt oubliés. On entre dans la phase payante. Il en est ainsi pour tous les sports. Le soccer qui vient de débuter et le baseball qui s’apprête à lancer sa saison verront leur phase passionnante arriver vers l’automne.

Dans cette configuration, le Québec et ses huit millions d’habitants n’ont qu’une équipe de hockey, une équipe de football américain qui joue dans la ligue canadienne et une équipe de soccer pour représenter la province dans les grandes ligues. Pour le baseball, il n’y a que quatre équipes professionnelles, mais aucune dans la ligue majeure. Le basketball professionnel est, lui, inexistant ici.

Pour participer au sport spectacle, il faut des moyens économiques. En Suisse, si quelques équipes de hockey pourraient faire illusion dans une grande ligue européenne, seul le FC Bâle a quelques chances au football. L’histoire et les traditions ne plaident pas pour une évolution à l’américaine, il faut donc chercher un autre équilibre adapté à la réalité helvétique.

Pour terminer, si les différences sont grandes, il y a quand même un point ou plutôt un entraîneur commun entre le FC Sion et l’Impact de Montréal, la seule équipe de soccer professionnelle du Québec. Qui a passé plus de temps sur le banc de l’Impact que sur celui du FC Sion ? Je suis prêt à offrir un tour guidé du Vieux-Québec à la première bonne réponse…

Photo : Marc-André Donato | lefooteur.com

28 mars 2017

Le vote par correspondance et la fraude électorale.

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Comme la plupart d’entre vous, je pensais en avoir fini avec les élections cantonales 2017. Un nouveau gouvernement, un nouveau Grand conseil, le travail pouvait commencer, le Valais en a bien besoin. Non, tout n’est pas encore fini. Des fraudes semblent avoir entaché le 2e tour. L’interminable feuilleton continue. Trop loin pour savoir en détail ce qui se passe, je vais vous partager un peu d’histoire, quelques souvenirs et des considérations sur le vote par correspondance généralisé.

Ce n’est pas la première et sûrement pas la dernière fois qu’un résultat électoral est soupçonné de fraude. Tous les militants un peu passionnés ont des histoires savoureuses à raconter. Si elles font le bonheur des initiés, elles n’ont jamais vraiment entraîné des changements significatifs à la volonté populaire. J’évoque une de ces incongruités dans mon éphéméride historique « 366 histoires du Valais » paru aux Éditions du Lys dans les Étoiles et que vous pouvez retrouver sur mon blogue:on vote à Törbel.

Ce 25 octobre 1925 n’est que la pointe de l’iceberg. Bourrage des urnes dans une commune de montagne, remplacement de bulletin de vote au moment du dépouillement dans une grande commune de plaine, l’histoire des élections valaisannes offrirait de la matière pour une belle anthologie des petites fraudes démocratiques. Chaque commune doit avoir son lot d’histoires croustillantes qui, sans avoir modifié le résultat, font partie du folklore local d’un autre temps.

Vote par correspondance

Avec la généralisation du vote par correspondance, les soupçons de fraudes deviennent plus grands. La procédure qui se veut facile et incitative devait augmenter significativement la participation. C’est peut-être le cas, mais j’en doute. Par contre, elle multiplie les occasions de fraudes pour les personnes malintentionnées ou tout simplement les militants un peu trop enthousiastes.

Je me souviens des premières occasions de ce vote par correspondance ou des militants fouillaient ou se postaient près des poubelles à papier des grands immeubles résidentiels de la plaine du Rhône pour récupérer les enveloppes jetées négligemment par des citoyens peu intéressés par la chose démocratique ou tout simplement ignorants des nouvelles procédures. Une petite invention de signature (personne n’a de registre, donc de contrôle) et le tour est joué.

Les manipulations plus institutionnelles sont aussi inquiétantes. Comme les communes ont une réserve d’enveloppes extérieures pour en redonner aux citoyens qui ont mal ouvert la leur et que cette réserve n’était (je ne sais pas si ça a changé) pas contrôlée, la porte était ouverte aux manipulations. Facile pour un employé indélicat, surtout dans les petites communes, d’ouvrir, le soir ou la nuit venue, quelques enveloppes déposées à la maison de commune, de changer le vote et de remettre le tout dans une nouvelle enveloppe.

À certains endroits sensibles, durant les élections communales 2008, des agents de police devaient accompagner des employés communaux pour relever la boîte postale et s’assurer que les enveloppes étaient ensuite mises directement dans une urne scellée. Tout peut changer si vite dans les petites communes. Pour les plus grandes et a fortiori pour un vote cantonal, il faudrait une fraude massive quasi impossible pour changer l’issue d’un scrutin.

Voter, un devoir

La plupart de ces dérives viennent du vote par correspondance qui se veut une incitation à l’acte de voter. C’est vrai que cette procédure facilite les choses, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Ici, au Québec, le vote se fait sur une seule journée, une journée de travail où les employeurs doivent libérer leurs employés le temps nécessaire pour accomplir leur devoir au début ou à la fin de la journée.

Ainsi le vote est l’expression d’une volonté d’un moment bien circonscrit, pas dilué sur trois semaines comme chez nous. La fraude est plus difficile. Certes, le système peut paraître archaïque avec les isoloir en carton (journée d’élection), mais il mérite réflexion.

Au final, la qualité des candidats, la qualité plus que l’âpreté du débat doivent être les facteurs incitatifs. Dans un monde idéal, des citoyens bien informés éliraient les meilleurs gouvernants. C’est vers cet idéal qu’on devrait tendre. Le chemin est encore long, mais n’oublions pas que la Suisse et avec elle le Valais font partie des régions du monde où cet idéal démocratique est le plus proche de la réalité.

21 mars 2017

Lendemain d’élection

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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Le nouveau conseil d’Etat Valaisan avec Frederic Favre (PLR), Roberto Schmidt (PDC), Jacques Melly (PDC) Esther Waeber-Kalbermatten (PS) et Christophe Darbellay (PDC) apres le resultat du second tour des elections au Conseil d’Etat valaisan ce dimanche 19 mars 2017 a Sion. (KEYSTONE/Olivier Maire)

Quelle surprise ! Je ne l’avais vraiment pas vu venir. Chaque semaine, j’ai écrit sur ces élections, mais jamais je n’ai vraiment cru à cette finale. Le Valais possède un nouveau gouvernement. Les espoirs sont grands, souhaitons que les lendemains chanteront toujours dans quatre ans.

La première leçon que je tire de cette période excitante, c’est que de loin on ne peut ressentir les finesses d’une campagne. On ne peut pas non plus ressentir ce qui se passe vraiment. Il y a presque une année, lors d’un voyage en Suisse j’ai rencontré mon ami Philippe Nantermod. Je lui ai dit mon scepticisme face au retour d’un PLR au Conseil d’État. Il m’a surpris par son enthousiasme.

Il y a à peine une semaine, Mathias Reynard, de passage à Québec, m’a fait le plaisir de m’appeler. Nous avons passé une soirée ensemble où nous avons bien évidemment évoqué la campagne qui arrivait à son dénouement. J’espérais avec lui la sortie d’Oskar. Je plaidais pour la constance du vote des Valaisans entre les deux tours. Il doutait de la volonté des électeurs de mettre deux socialistes au gouvernement.

Finalement, les deux jeunes conseillers nationaux avaient raison. C’est rassurant. C’est surtout rassurant de voir que les électeurs ont du bon sens. S’il y a quatre ans, ils ont été séduits par le beau parleur, s’ils ont eu envie de croire en une manière différente de faire de la politique. Ils ont été déçus et l’ont fait savoir.

Aujourd’hui, ils ont rééquilibré le gouvernement et l’espoir est tout aussi grand. La commande est importante pour les cinq magistrats. Je ne peux que souhaiter avec eux que le Valais avance dans la bonne direction. Le chemin vers un canton plus ouvert, sorti de ses tares ancestrales est encore long.

Le gouvernement ne reflète qu’imparfaitement les réalités valaisannes. Il manque de femmes et toutes les forces politiques importantes du parlement ne sont pas là. Des ajustements sont encore à venir. Ces quatre prochaines années nous diront si une constituante est la solution, si la proportionnelle est souhaitée, s’il faut monter à 7 conseillers d’État ?

J’ai toujours eu un faible pour la proportionnelle, mais pas pour plus de conseillers d’État. Mon éloignement, le système politique de ma nouvelle région et mon expérience nuancent un peu mon analyse. On aura l’occasion d’en reparler. Il faut maintenant que la nouvelle équipe se mette en place.

En écoutant Canal 9 sur Internet. J’ai senti la volonté de prise de pouvoir de Christophe Darbellay. Il a dit s’intéresser à l’éducation et à l’économie, puis tout de suite vouloir réunir ses deux sujets dans un même département. J’espère que ce n’était que des paroles rapides, car l’enseignant qui reste en moi n’est pas rassuré par ce mariage. J’espère que le meilleur score de ce deuxième tour saura tempérer ces ardeurs et veiller aux bons équilibres.

Vue de loin, cette campagne a surtout été une lutte contre. Je n’ai pas beaucoup entendu parler de projets, de visions, d’avenir. Peut-être que la distance étouffe les bruits secondaires. Il est temps maintenant que le travail commence…

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