Valais Libre

1 août 2017

Le temps des vedettes

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Caricature parue dans le Journal de Québec du 31 juillet 2017


L’actualité politique est aussi en vacances. Le temps est au farniente, le temps est aux magazines people qu’on dévore sur une plage de sable blanc. Et ici, en Amérique du Nord, deux nouvelles stars occupent quelques unes. Justin Trudeau et Donald Trump se permettent de voler la vedette à de vrais professionnels.

Il y a bien quelques conflits, comme à Jérusalem ou en Syrie, qui ne veulent pas prendre de pause. Il y a les réfugiés qui viennent, une fois de plus, gâcher les vacances sur les plages de la Méditerranée. Mais tout cela est du déjà vu. On ne peut pas se révolter chaque été pour les mêmes histoires.

Heureusement, il y a un nouveau dictateur socialiste qui tente de rivaliser avec ses illustres prédécesseurs. Malheureusement, n’est pas Che Guevara qui veut, ni même Castro ou encore Hugo Chavez.

Non, Nicolas Maduro arrive trop tard. Le pétrole n’arrive plus à masquer la déroute du système chaviste. Il ne reste que la force, la corruption et la fraude pour se donner un semblant d’avenir à défaut d’en préparer un à son peuple.

C’est pourtant si simple.

Le leader vénézuélien ne semble rien comprendre à son époque. C’est pourtant si simple de se faire élire, voire même de se faire aimer par son peuple. Je laisserai de côté l’analyse de l’effet Macron. Le « jupitérisme » n’est pas à la mode de mon côté de l’Atlantique.

En Amérique du Nord, si Donald Trump est l’incarnation de la politique spectacle, du « Je vous ai compris ! » lancé au peuple en délire, un peu plus au nord, un autre homme politique providentiel commence à lui faire de l’ombre.

Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, vient de faire la une du magazine Rolling Stones qui lui consacre une entrevue mielleuse à souhait. Notre super « Bisounours » devient la coqueluche de tout un continent.

Il faut dire qu’il tient ses promesses, enfin au moins celle de légaliser la marihuana. Elle sera en vente libre au Canada dès le 1er juillet 2018 : avis aux amateurs. Pour le reste, quand on gratte un peu le verni, rien de bien nouveau.

Cynisme quand tu nous tiens.

Donald Trump, lui, fait au moins les choses différemment. Il rue dans les brancards de la bienséance, il chamboule les données politiques, son leadership est pour le moins atypique.

Mais au fond, quelles sont les conséquences ?

Jamais les frontières terrestres canadiennes n’ont autant été prises d’assaut par des immigrants inquiets. Jamais on n’a ressenti autant de fébrilité dans les milieux économiques avec la renégociation de l’ALÉNA.

Pourtant, il n’a toujours pas abrogé l’Obamacare. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Sauf peut-être pour renforcer les camps opposés. Ses partisans crient au génie, ses détracteurs au fou. L’avenir nous dira qui a raison.

L’homme est cynique, mais l’est-il plus que les nouvelles stars de la politique qui ne jouent que sur leur image ? Surtout, l’est-il plus que les électeurs qui ne se fient plus qu’aux ressentis pour choisir le nom à mettre dans l’urne ?

Mathieu Bock-Côté, un chroniqueur du Journal de Québec, que j’ai lu cette semaine faisait un constat qui me semble bien illustrer la dérive actuelle. Il y a trente ans, les leaders politiques s’entouraient d’intellectuels pour s’assurer le pouvoir, aujourd’hui, ils confient leur sort aux mains de communicateurs…

L’image a pris le dessus sur le cerveau. À quand un retour de balancier ?

PS: Bonne fête nationale à mes compatriotes suisses !

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25 juillet 2017

Vive le Québec libre !

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La Presse

Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération… […] La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux.

Vive Montréal !

Vive le Québec !

Vive le Québec libre !

Vive le Canada français !

Et vive la France !

La voix rocailleuse,profonde et inimitable du général de Gaulle, soulevait une foule enthousiaste il y a tout juste 50 ans à Montréal. Le 24 juillet 1967, le président français semblait solder la dette de Louis XV.

Vive le Québec libre ! Est analysé dans tous les sens. Chaque acteur politique québécois détourne aujourd’hui ces mots historiques en sa faveur. Les journaux regorgent d’analyses sur le sens véritable de cette formule, sur la signification profonde de ce message, sur sa préméditation…

Il y a 50 ans, le Canada fêtait le centenaire de la Confédération et le général de Gaulle était invité à visiter l’exposition universelle de Montréal. Il ne voulait pas venir, mais le premier ministre du Québec Daniel Johnson l’avait convaincu lors d’une visite à Paris.

Ne faisant rien comme tout le monde et surtout qu’à sa tête, le général avait accepté, mais il est venu en bateau pour ne pas avoir besoin de commencer sa visite par la capitale fédérale Ottawa. Il voulait suivre les pas de Jacques Cartier et de Samuel de Champlain.

Prenant tout le monde de court et profitant d’une ferveur populaire que personne n’avait prévu, il allait utiliser toutes les tribunes mises à sa disposition pour livrer son message d’émancipation. Personne n’avait vu venir son Vive le Québec libre ! surtout pas Ottawa qui se fâcha très fort.

Le général en profita pour annuler son passage dans la capitale fédérale et rentrer, en avion, directement de Montréal à Paris. Laissant des indépendantistes enchantés et des fédéralistes médusés. 50 ans plus tard, c’est plutôt l’inverse.

Après deux référendums négatifs et surtout dans une société qui a énormément changé, le message de de Gaulle est analysé, déformé, utilisé à toutes les sauces. Que veut dire un Québec libre ? Nous sommes plus libres que jamais, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard. Sommes-nous libre de refuser le projet d’oléoduc d’Énergie-Est ?, lui a rétorqué Gabriel Nadeau-Dubois, la nouvelle égérie de Québec Solidaire pendant que Jean-François Lisée, le chef du PQ se désolait du détournement de la formule gaullienne.

Je travaille depuis trois mois avec un fervent indépendantiste. J’écris sa biographie. Il était présent lors du passage de de Gaulle à Québec. Il a vécu intensément cette effervescence. Il se désole aujourd’hui du peu de conscience populaire de l’histoire du Québec, de ses racines françaises, de la conquête britannique et de la colonisation.

J’ai tendance à penser que le Québec est une colonie. Une colonie qui a eu le privilège de pouvoir défendre sa langue, sa culture et son identité, mais que ces défenses sont fragiles et qu’il suffit de peu pour que tout disparaisse dans les oubliettes de l’histoire.

Le Québec est une île de 7 millions de francophones perdue dans un continent de près de 400 millions d’habitants. Le petit village gaulois résiste, mais pour combien de temps encore ?

18 juillet 2017

Indemnités et enfant-soldat

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Omar Khadr
THE CANADIAN PRESS/Jason Franson

Depuis une dizaine de jours, le Canada est secoué par l’affaire Omar Khadr. Enfant soldat pour les uns, terroriste pour les autres, il ne laisse personne indifférent. Pour mettre fin à des poursuites judiciaires, le gouvernement du Canada a accepté de lui verser 10, 5 millions de dollars canadiens d’indemnité. La pilule a du mal à passer.

Un récent sondage de l’Institut Angus Reid nous apprend que 71 % des répondants pensent que le gouvernement fédéral n’aurait pas dû régler le cas à l’amiable, mais aurait plutôt dû laisser la cour décider si Omar Khadr a été emprisonné injustement.

Qui est Omar Khadr ?

Omar Khadr est le cinquième enfant de la famille Khadr, des salafistes de Toronto. Formé à l’adolescence dans un camp d’entraînement d’Al-Qaïda, Khadr combattait aux côtés des talibans. Son père était un cadre d’Al Qaeda et un proche d’Oussama ben Laden. Il l’a entraîné en Afghanistan pour combattre les Américains.

Omar Khadr avait 15 ans en 2002 lorsqu’il a été capturé par les troupes américaines, au terme d’une fusillade qui a coûté la vie au soldat Christopher Speer et a blessé le sergent Layne Morris. Omar Khadr, soupçonné d’avoir lancé la grenade qui a tué le soldat, avait été transféré à la prison de Guantanamo et éventuellement accusé de crime de guerre.

Il a plaidé coupable en 2010 et été condamné à huit ans de prison, en plus du temps déjà passé derrière les barreaux. Il est rentré au Canada deux ans plus tard pour purger le reste de sa peine et a été libéré en mai 2015 pendant que ses avocats contestaient ses aveux de culpabilité qui, selon lui, ont été faits sous la contrainte.

Pourquoi le Canada a payé ?

Oma Khadr a passé 10 ans à Guantanamo aux mains des Américains, pourtant, le Canada avait le devoir de lui venir en aide puisqu’il est un ressortissant canadien. Malgré un jugement de la Cour suprême en 2009, le gouvernement conservateur de l’époque dirigé par Stephen Harper a refusé de le rapatrier.

Le Canada a été le seul pays occidental à agir de même, tous les autres ont rapatrié leurs ressortissants emprisonnés à Guantanamo. Pire, le Canada a été complice des sévices subits par le prisonnier puisque des agents canadiens ont été assister à certains interrogatoires.

Pour mettre fin aux poursuites judiciaires intentées par Omar Khadr, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a négocié une entente qu’on estime à 10, 5 millions de dollars canadiens qui ont été versés il y a une dizaine de jours.

Les réactions

Si la majorité des Canadiens désapprouvent cette entente, certaines voix influentes comme celle du général Roméo Dallaire saluent cet acte courageux. Voici aussi ce que disait Réjean Parent,un chroniqueur du Journal de Montréal:

Je vous remercie, monsieur Trudeau, d’avoir redonné au Canada son sens humanitaire en offrant des excuses, au nom du pays, à ce citoyen canadien fait enfant soldat. Je vous remercie aussi d’avoir approuvé une juste compensation pour les sévices qu’il a subis. Il faut faire preuve d’aveuglement volontaire pour croire qu’un enfant de onze ans amené par son père dans un camp de djihadistes en Afghanistan méritait d’être torturé impunément par les Américains à Guantanamo sous prétexte qu’il avait commis un crime de guerre en pleine connaissance de la portée de ses actes.

Dans le même journal, un autre chroniqueur, Richard Martineau est d’un tout autre avis:

Khadr n’a pas été endoctriné dans le sens traditionnel du terme. Il s’est juste joint de son plein gré à la « business » familiale.

À 15 ans, on est en âge de se révolter contre ses parents. Omar Khadr, lui, ne l’a pas fait.

Oui, il était mineur. Mais à 15 ans, on a plus de jugement qu’à 8 ans.

Si le fils d’Al Capone avait décidé à 15 ans de se joindre à l’entreprise criminelle de son père, aurait-on dit qu’il était un pauvre « enfant gangster » qui a été enlevé contre son gré et endoctriné par des étrangers ?

Non. On aurait dit qu’il était l’héritier d’un empire criminel, le digne successeur de son père, un caïd endurci et déterminé qui a choisi avec fierté de marcher dans les traces de son paternel.

Finalement, il peut apparaître choquant de voir un soldat indemnisé, tout comme on peut trouver choquant de torturer dans une zone de non-droit des soldats. Je pense que c’est surtout le montant qui choque.

Une majorité de Canadiens voudraient qu’Omar Khadr remette cet argent à la veuve du soldat américain tué. Une collecte a d’ailleurs été lancée pour elle, elle a récolté à ce jour un peu plus de 100 000 dollars…

11 juillet 2017

Délais judiciaires au Canada

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Journal de Québec

Il y a un an, la Cour suprême du Canada secouait le monde judiciaire en imposant des délais dans le traitement des affaires. Le plus haut tribunal du pays donnait un grand coup dans la fourmilière et rappelait que si tous les justiciables avaient droit à un procès juste et équitable, c’était dans un délai raisonnable.

Le 8 juillet 2016, dans une décision divisée à 5 juges contre 4, la Cour suprême du Canada prononce l’arrêt Jordan et fixe de nouveaux plafonds pour les délais ; 30 mois pour les causes avec enquête préliminaire et 18 mois pour les causes en cour provinciale. Les délais attribuables à l’accusé n’entrent pas dans le calcul.

Comme le disait Isabelle Mathieu dans Le Soleil du 8 juillet 2017 : Tout le monde connaît maintenant au Canada Barrett Richard Jordan, de la Colombie-Britannique, qui a vu sa condamnation pour trafic de drogue annulée parce que son procès avait duré trop longtemps.

Et ce n’est pas le seul qui a bénéficié de la décision de la Cour suprême. Rien qu’au Québec, en date du 20 juin 2017, il y avait eu:

  • 949 requêtes en arrêt des procédures pour délais déraisonnables
  • 584 en matière criminelle et 365 en matière pénale
  • 68 inculpés ont obtenu des arrêts des procédures
  • 116 000 dossiers criminels ouverts chaque année à la Cour du Québec

L’« effet Jordan »

Après un premier vent de panique et quelques hauts cris du monde judiciaire, les Palais de Justice n’aiment pas se faire donner des ordres, mais quand ça vient de leurs pairs supérieurs, ils ne peuvent que s’incliner, petit à petit la situation prend une tournure positive.

Aujourd’hui, plus aucun juge n’a pas le souci des délais et ne va pas tout mettre en oeuvre pour accélérer les procédures. Les avocats sont aussi mis sous pression et même s’il reste de nombreux problèmes à résoudre, tout le monde sait que cinq ans avant de subir un procès est inacceptable. Voici ce qu’écrivait Isabelle Mathieu dans l’article cité plus haut:

En salle d’audience, «l’effet Jordan» est subtil, mais réel. Les procureurs de la Couronne, même ceux dotés du meilleur caractère, n’acceptent plus de consentir aux reports demandés par la défense. «Nous sommes prêts à procéder, M. le juge» est la phrase-clef pour les représentants du ministère public. Les avocats de défense doivent ramer plus vigoureusement pour convaincre le juge du bien-fondé de leur demande de remise.

Et c’est très bien ainsi, croit le juge coordonnateur Jean-Louis Lemay. «Peut-être qu’il y en avait de la complaisance, dit-il, en reprenant le reproche fait par la Cour suprême. Il s’était établi un certain confort dans la gestion des remises. On est maintenant plus alertes pour les accorder quand la cause le justifie et non seulement parce que c’est pratique pour l’avocat.»

Le juge coordonnateur, ancien criminaliste, note que les avocats ont changé certaines façons de faire. «Ils ont réorganisé leur agenda, ont passé des dossiers à des associés. Ils ont compris que s’ils veulent prendre un dossier, ils doivent avoir le temps à y consacrer, constate le juge Lemay. Ils ne peuvent plus impunément arriver devant un tribunal et dire « je suis booké durant 12 mois, je ne peux pas procéder ».

C’est dommage qu’il ait fallu un électrochoc comme des libérations de criminels pour faire bouger les choses, mais tout espoir n’est pas perdu, des réformes sont toujours possibles.

 

4 juillet 2017

150 ans de la Confédération canadienne

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Ottawa, juin 2017

Samedi dernier, le 1er juillet, c’était jour de fête nationale au Canada. Une semaine exactement après la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale du Québec, d’autres concerts et défilé ont ponctué la journée. Comme chaque année, les Québécois ont deux jours fériés à une semaine d’intervalle. Mais 2017 marque aussi le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. L’occasion est belle pour faire un point sur le fédéralisme au Québec.

Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique entrait en force et avec lui naissait le dominion du Canada, autrement dit la Confédération canadienne. La reine Victoria avait donné son feu vert à ce nouveau traité d’alliance entre le Canada-Uni (Québec et Ontario), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Fruit d’âpres négociations, entre autres durant les conférences de Charlottetown et de Québec en 1864, puis de Londres en 1866, cet Acte permettait aux provinces canadiennes de voler un peu plus librement. À la blague, lorsque j’explique sommairement l’histoire du Canada aux touristes que je guide, je dis qu’avant le Canada était dirigé par la reine d’Angleterre et après par la reine du Canada. La même personne avait juste changé de titre.

Aujourd’hui encore, la reine d’Angleterre est le chef d’État et son buste se retrouve sur les billets de banque. Mais l’affaire est un peu plus complexe. Les Pères de la Confédération comme on appelle les chevilles ouvrières du traité qui fête ses 150 ans cette année ont en fait créé une fédération. L’autonomie des provinces n’a rien à voir avec celle des cantons suisses. Le grand dessein à l’époque était de créer une structure capable de supporter le projet d’un train reliant l’océan Atlantique à l’océan Pacifique.

Ce ne fut pas la seule ambiguïté de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Longtemps, les francophones ont défendu le mythe de deux nations fondatrices avant que Pierre-Eliott Trudeau, le père du premier ministre actuel, ne jette par-dessus bord cette vision qui a laissé place à des provinces bien soumises à l’État fédéral.

Les velléités indépendantistes du Québec étant mortes avec l’échec du référendum de 1995, même si quelques répliques secondaires ont tenté de raviver la flamme, aujourd’hui, le Canada peut fêter ses 150 ans sans les contestations du centenaire. Seule l’indifférence ternit un peu la fête, la plupart des Québécois ne sachant pas vraiment ce qu’il fête.

Les parcs nationaux sont gratuits, de nombreuses manifestations profitent du label « 150 » et tout va pour le mieux dans ce beau pays qu’est le Canada. Seules les Premières Nations ternissent un peu la belle unanimité. Ils refusent de s’associer à la fête et c’est bien normal. Ils n’ont eu aucune place dans le traité qui réglait la vie sur leur territoire ancestral.

10 000 ans qui sont là, alors 150 ans…

27 juin 2017

La Saint-Jean-Baptiste ou la fête du Québec

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quebecscope.com

Samedi dernier, le 24 juin, le Québec fêtait sa fête nationale. Le Québec n’est pas (encore) un pays, mais une nation. Une semaine avant la fête du Canada, l’occasion est belle de vous livrer quelques éléments que j’ai découverts depuis 5 ans sur cette question nationale qui divise les Québécois depuis plus de 50 ans.

Vaincus, colonisés et abandonnés par leur mère patrie, les Canadiens-français sont un exemple de résilience. 100 ans à peine après leur arrivée sur les rivages du Saint-Laurent, alors qu’ils commençaient à peine à dompter la nature hostile, les colons français ont vu déferler sur eux les armées britanniques.

20 minutes de bataille et le sort de l’Amérique du Nord francophone qui s’étendait de la vallée du Saint-Laurent à l’embouchure du Mississippi était joué. Le destin voulait que ce demi-continent soit anglophone. Il n’en fut rien, les Canadiens-français ont résisté et ont refusé de s’assimiler, mais aujourd’hui quel est leur futur ?

Le rêve perdu

Il y a 18 ans, un peu plus de 50 000 voix sur près de 5 000 000 de votants (4 671 008 exactement) faisaient la différence dans un référendum qui a scellé une fois de plus le destin du Québec. Le premier ministre d’alors, Jacques Parizeau, avait parlé du résultat de l’argent et du vote ethnique. On lui a beaucoup reproché la formule.

Ce référendum était l’aboutissement d’un long processus commencé au début des années 60, puis augmenté avec la naissance du Parti Québécois de René Lévesque qui prenait le pouvoir en 1976 et conduisait le Québec au premier référendum sur la Souveraineté-Association de 1980.

Après cette défaite, un autre Québécois, Pierre-Eliott Trudeau, premier ministre du Canada, allait faire rentrer le Québec dans le rang en lui imposant une Constitution qu’il ne voulait pas. S’en sont suivi de multiples négociations inabouties qui ont mené à la décision de 1995. Depuis, le rêve semble perdu.

Aujourd’hui l’indifférence

Depuis mon arrivée au Québec, voici 5 ans, je constate que la question de l’indépendance laisse la majorité indifférente. Même l’arrivée au pouvoir en 2012 du gouvernement de Pauline Marois, chef du Parti Québécois, n’a pas permis de raviver la flamme. Ce fut juste une parenthèse qui donna le temps au Parti libéral du Québec de faire croire qu’il avait changé.

18 mois et le Québec est revenu à un gouvernement où l’argent et le vote ethnique assurent le pouvoir comme le disent les mauvaises langues. Je n’irai pas jusque là, Philippe Couillard est un premier ministre austère, mais efficace. La province a retrouvé les chiffres noirs. Ça suffit à endormir toute velléité de quitter le giron canadien où le fils Trudeau règne avec le même dédain que son père, mais le sourire en plus.

Sa présence à la Saint-Jean-Baptiste n’aura pas causé les émeutes qui ont salué son père en 1968. Tout le monde semble en avoir marre de ces chicanes constitutionnelles. Il y a 50 ans, le général de Gaulle était venu, l’année du centenaire de la Confédération canadienne, réveiller le Québec avec son célèbre « Vive le Québec libre ! »

Personne ne semble en mesure de le faire en cette année de 150e anniversaire de la Confédération. La question constitutionnelle ne concerne  que quelques initiés. Un peu comme en Valais en 2007 lorsque je tentais de récolter des signatures pour une refonte de la Constitution. 10 ans plus tard, le dossier est sur la table… donc rien n’est jamais vraiment mort dans ce domaine.

20 juin 2017

Mourir dans la dignité

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Michel Cadotte, 56 ans, saura en juillet s’il pourra être libéré en attendant son procès pour le meurtre de sa femme dans un CHSLD de Montréal. (photo: Journal de Montréal)

Au Québec, un homme fait face à ses juges pour avoir étouffé sa femme qu’il n’arrivait plus à la voir dépérir pendant qu’en Suisse, Exit pense à étendre son offre de prestation. La semaine dernière a été propice à une réflexion sur la fin de vie.

Notre espérance de vie ne cesse d’augmenter. Les avancées de la médecine nous permettent une vie plus longue et de meilleure qualité, mais ces gains incontestables entraînent quelques questions qui méritent un débat sérieux et posé. La politique commence à s’en emparer, mais le problème me paraît bien plus philosophique.

Au Québec

Le Québec a fait œuvre de pionnier au Canada avec sa législation sur l’aide médicale à mourir. Fruit d’un débat sérieux et consensuel, la loi a été adoptée à l’unanimité. Elle répondait à un jugement de la Cour suprême. Surtout, elle se voulait une réponse médicale, on parlait de soins de fin de vie.

Aujourd’hui, le Canada s’est doté d’une loi plus large. Je n’entrerai pas dans les détails, mais entre la notion de mort imminente et celle de mort raisonnablement prévisible, les juges ont fort à faire et ce n’est pas leur rôle.

Michel Cadottea étouffé sa femme qu’il aimait parce qu’il ne voulait plus qu’elle souffre, parce qu’il ne pouvait pas accepter de ne pas pouvoir l’aider, pas que les institutions médicales, dépassées par cette problématique. Les CHSLD (équivalent des homes suisses) n’offrent pas une qualité de fin de vie à la hauteur de notre civilisation, mais est-ce possible ?

Son procès est en cour, le verdict montrera jusqu’où la Société peut accepter ce genre de défi. Par contre, il n’est pas normal que des patients doivent actionner le système judiciaire pour faire valoir leur droit à mourir dans la dignité. C’est pourtant la démarche engagée par deux victimes de maladies dégénératives qui veulent avoir le droit de mourir dans la dignité au Québec.

En Suisse

Elles n’ont pas les moyens de se payer un voyage en Suisse pour bénéficier d’un suicide assisté. D’autres l’ont fait dernièrement. Car la Suisse a une politique beaucoup plus libérale sur le sujet. Exit, l’association qui offre ce service a lancé le débat sur l’élargissement de son aide aux « simples » vieux.

Aujourd’hui, le processus qui mène à l’absorption de la potion fatale est bien encadré, réglementée et c’est absolument nécessaire. Mais certains voudraient aller plus loin, pour d’autres, c’est déjà beaucoup trop et la médecine, entre autres par les soins palliatifs, devrait être la seule autorisée à intervenir dans le domaine.

La question de la fin de vie est délicate. Comment mourir naturellement dans une société surmédicalisée ? Mort naturelle a de moins en moins de sens, la prolongation de la vie est tel qu’il va bientôt poser la question jusqu’à quand ça en vaut la peine ?

Lég: Michel Cadotte, 56 ans, saura en juillet s’il pourra être libéré en attendant son procès pour le meurtre de sa femme dans un CHSLD de Montréal. (photo: Journal de Montréal)

13 juin 2017

Croire aux promesses…

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Jean-Christophe Bott -Keystone

Bombardier fait encore parler d’elle. L’entreprise québécoise qui construit des trains et des avions est une nouvelle fois sur la sellette. Après les rémunérations contestées de ses dirigeants, après le verrouillage de son assemblée générale, voici l’heure des promesses non tenues et en Suisse par-dessus le marché.

C’est en train de venir un marronnier de ma chronique hebdomadaire, mais contrairement aux autres sujets que la presse se doit de traiter chaque année, le mien est mensuel. Après des rémunérations contestées en avril et Bombardier ou les limites du capitalisme en mai, voici un autre volet de cette saga qui illustre les dérives d’un système libéral qui peine à se réguler.

Emplois contre contrats

La commande du siècle de 59 rames à deux étages pour un montant de 1,9 milliard de francs connaît des rebondissements incessants depuis sa conclusion en 2010. Siemens Suisse et Stadler Rail s’inclinait devant l’entreprise québécoise qui présentait les avantages suivants: « une capacité maximale de places assises, des moteurs efficients qui permettent une économie de 10% d’énergie, un concept optimal de portes qui permet un transfert rapide de voyageurs et les meilleures conditions en ce qui concerne les coûts d’acquisition et de cycle de vie des nouveaux véhicules, » selon un reportage de la TSR.

« Le contrat porte sur 1,86 milliard de francs, dont les deux tiers seront dépensés en Suisse, selon
l’information de la TSR. Le développement technique des moteurs se fera à Zurich et celui des bogies (structures des roues) à Winterthour. Enfin, le montage des voitures intermédiaires se fera à Villeneuve, ainsi que l’assemblage final des trains. Bombardier emploie 950 personnes en Suisse. L’entreprise a annoncé mercredi que l’obtention de ce nouveau contrat permettra de créer quelque 200 nouveaux emplois, » apprenait-on aussi à l’époque.

Retards incessants

La livraison de ces rames devait s’étendre de 2012 à 2019. Devait parce que tout ne s’est pas passé comme prévu. « L’affaire avait tourné à l’aigre. Les CFF et Bombardier se sont reproché d’être responsables des retards, dus à des modifications du projet initial et à des faiblesses techniques qu’il a fallu rectifier. Il faut ajouter à ce litige une cause externe: le Tribunal administratif fédéral a donné raison à une organisation de handicapés qui exigeait que l’accès des personnes à mobilité réduite soit amélioré. Le client et le constructeur se sont menacés d’exiger des centaines de millions de francs de dédommagements, » pouvait-on lire dernièrement dans le Temps.

Et ensuite ?

Mais heureusement, les premières livraisons arriveront cette année avec 23 rames de 100 ou 200 m de long et les 36 autres d’ici 2020, plus 3 rames en bonus suite à un accord passé devant le Tribunal. Ce sera donc 62 rames au final, mais quel avenir ensuite pour le site de Villeneuve ? Bombardier annonçait déjà des suppressions d’emplois avant même la fin du contrat, maintenant que les retards sont résorbés.

Toutes les promesses n’ont évidemment pas été tenues et les tenants de la solution suisse de Stadler Rail n’hésitent pas à dénigrer les anciennes déclarations de Bombardier et de montrer l’erreur de Moritz Leuenberger en ne privilégiant pas l’entreprise suisse.

Consommer local, peut paraître désuet à l’heure de la mondialisation, mais il est toujours plus difficile pour une entreprise bien ancrée dans son milieu de ne pas tenir ses promesses…

9 juin 2017

5 ans au Québec – épisode 23

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Travailler c’est trop dur !

Pas sûr que ce soit un siège pour moi !


À quelques semaines des vacances, parlons un peu du travail. Je sais ça ne vous tente pas plus qu’a moi, mais je suis pogné (quel joli mot qui aide à faire passer ce sentiment d’être coincé sans pouvoir rien y faire) dans le bus, en retard à cause des travaux sur René-Levesque. Eh oui, l’ancien premier ministre de la province est devenu une des rues principales de la haute ville de Québec.

J’attends à  cause des travaux et je vais être en retard, donc le sujet s’impose, parlons travail. Ce qui me surprend le plus lorsque je pense travail au Québec, c’est que le mot grève y est intiment associé dans mon cerveau. Pas que je sois adepte de ce mode d’expression, mais il y en a beaucoup au Québec.

Après les mois de grève des juristes de l’État, tous les travailleurs de la construction, près de 200 000, ont débrayé au mois de mai et maintenant c’est au tour des ingénieurs de la fonction publique d’attendre la loi spéciale du Gouvernement.

Oui, parce que les grèves se terminent par une loi spéciale qui oblige un retour au travail. Je ne comprends pas tout, mais je m’interroge sur ce mode de gestion des relations de travail. La France a bien laissé un héritage au Québec, mais ce n’est pas forcément le plus utile.

J’ai compris un peu comment tout ça marchait il y a une année lorsque ma blonde a été en grève. Oh, ce n’est pas qu’elle voulait, pas plus d’ailleurs que la plupart de ses collègues à l’école, mais l’assemblée syndicale avait voté en faveur, comme à peu près tous les cinq ans.

Car oui, à chaque renouvellement des conventions collectives, une grève est presque automatique. Après on négocie et s’il n’y a pas d’entente, le gouvernement tranche avec une loi spéciale. Je caricature un peu la démarche, mais on n’est pas loin de la vérité. Les négociations commencent avant la grève, mais à peine.

Lorsque j’étais enseignant en Suisse, jamais on n’aurait osé même imaginer une grève. L’État fixait nos conditions de travail et on disait merci. Si on y réfléchit, la situation est un peu la même dans mes deux régions, seul le processus change. Je préfère la méthode helvétique : quant à se faire b… autant que ça soit avec le sourire et dans le consensus.

Laissons la grève et parlons un peu de travail. Travailler c’est trop dur, disait la chanson. C’est peu ce que j’ai remarqué depuis mon arrivée au Québec. La province fait de la publicité, n’arrête pas de dire qu’elle manque de main-d’œuvre pour attirer des étrangers, mais elle ne fait rien pour faciliter leur vie professionnelle.

Les exemples sont nombreux de médecins chauffeurs de taxi, d’ingénieurs serveurs de restaurant ou d’enseignants chauffeurs d’autobus scolaire. Il n’y a pas de sots métiers, mais quelles pertes de compétences !

Le dernier exemple est plus ironique que réel, je l’ai vécu. Après vingt ans d’enseignement en Suisse et même si des collègues sont venus enseigner au Québec (c’est même un peu à cause de ça que j’ai immigré, merci Jacqueline), pas question que je travaille dans une classe, même pour un remplacement de courte durée que personne ne veut faire. Le ministère me demande de retourner quatre ans à l’université dans une branche principale, l’école normale n’est pas reconnue ici.

Pour conduire un autobus jaune typique de l’Amérique du Nord, il a suffi que je passe un examen théorique sur les règles de circulation et deux jours de formation pour que j’apprenne comment me comporter avec des élèves. J’ai pu ensuite prendre le volant d’un minibus 24 places pour sillonner les rues de Québec.

Heureusement que je suis lucide, après le remplacement d’une amie, j’ai renoncé à poursuivre cette carrière, même si j’ai eu pas mal de propositions. La sécurité sur les routes québécoises s’en trouve améliorée.

photos: ledevoir.ch

6 juin 2017

Quand Trump ne trompe pas.

Filed under: b. Du Lys dans les Étoiles — vslibre @ 4 h 30 min
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photo: 20min.fr

Donald Trump a donc décidé de sortir les États-Unis de l’accord de Paris et le monde se déchaîne. Cette décision attendue n’a rien de surprenant même si les leaders du G7 croyaient avoir réussi à le convaincre. Elle illustre combien l’image est devenue importante, souvent au détriment d’une saine gestion.

Donald Trump a tenu une de ses promesses phares. Durant la campagne électorale, il a martelé à d’incessantes reprises que l’accord de Paris était mauvais pour l’Amérique. Aujourd’hui, il a pris la décision d’en sortir. Pour une fois, une décision claire et limpide en accord avec son slogan « l’Amérique d’abord. »

Pourquoi être surpris ?

Les leaders européens et même mondiaux, des personnalités américaines, des dirigeants de grandes sociétés, des maires et des gouverneurs américains, les dénonciateurs sont innombrables. Chacun y va de son commentaire le plus outré. On croirait un concours de qui est le plus indigné.

Et pourtant, personne n’est vraiment surpris. Je ne suis pas d’accord avec la décision de Donald Trump, mais s’il est un sujet où il n’a pas laissé planer de doute, c’est bien celui-là. Il est convaincu que les mines, les industries traditionnelles et le pétrole sont l’avenir de l’Amérique, c’est son droit.

Crédibilité

Angela Merkel, Thérésa May ou Emmanuel Macron, tous en campagne électorale pour des élections législatives décisives pour leur gouvernement sont bien obligés de faire un peu de cinéma. Ici au Canada, Justin Trudeau soigne son image de grand défenseur de l’environnement alors qu’il est favorable aux grands pipelines qui doivent, vers l’est et vers l’ouest, donner une sortie au pétrole des sables bitumineux albertains.

Le maire de New York, Bill de Blasio est un peu dans la tourmente. Sa sortie contre Donald Trump a été l’occasion de lui rappeler que chacun peut faire un effort. Ses sorties 5 fois par semaine en VUS pour aller à son gym à plus de 19km de son domicile lui sont reprochées. Il pourrait prendre le bus ou choisir un gym plus près de son domicile !

Réalisme

L’exemple est parfait pour montrer la démagogie des déclarations planétaires. Changer chacun un comportement simple est assurément plus efficace que toutes les grandes déclarations, mais c’est beaucoup moins sexy.

J’ai appris comme enseignant que si je voulais faire réussir mes élèves, je devais leur proposer des défis dans leur zone proximale de développement, autrement dit, il fallait qu’ils se sentent capables de le surmonter.

Je pense que les seuls changements envisageables sont ceux qu’on croit pouvoir faire. Les défis planétaires sont bons pour le moral, car ils aident notre immobilisme, sauf si l’on peut en tirer profit. Les Chinois et les grandes entreprises l’ont bien compris. Ils voient dans cette décision une opportunité d’écarter des concurrents. Les nouvelles technologies vertes s’imposeront parce qu’elles seront commercialement plus rentables.

PS: J’ai aussi regardé samedi la finale de la Champions League de soccer, pardon de football. J’étais déçu de mes favoris italiens, ils ont été dominés par les Galactiques. Zidane est vraiment trop fort, mais la fête a été gâchée par Sergio Ramos. Même si on lui a peut-être marché sur le pied, l’exagération de sa réaction tue toute crédibilité au soccer ici en Amérique du Nord.

Pourquoi ne pas prendre l’exemple de la LNH de hockey. Pour toutes réactions exagérées, c’est 2′ de pénalité. Je peux vous dire que c’est efficace. J’ai vu des joueurs sortir de la glace avec peine après un contact, parfois même avec une jambe cassée. Un carton jaune automatique pour toute exagération et les joueurs de théâtre diminueront de beaucoup leur impact négatif…

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