Valais Libre

23 août 2012

Permanence de la lutte contre les privilèges

Les privilèges, hydre de l’anarchie

Les immunités ecclésiastiques illustrent le conflit opposant, au cours des années 1840, le clergé au radicalisme. Le caractère arbitraire de ce type de privilège se trouverait à l’origine de la contre-révolution de mai 1844, lorsque des prêtres, « qui devraient être des ministres de paix », protégés par leurs immunités, préparent la guerre civile. Notons cependant que tant que le gouvernement libéral travaille à des projets d’amélioration sans affecter les prérogatives ecclésiastiques, il ne rencontre aucune opposition.

Deux passe-droits révèlent le caractère de favoritisme associé aux immunités dont bénéficie le clergé ; celui-ci, en totale infraction avec le Pacte de 1815, se trouve exempté des taxes publiques pour les biens qu’il possède ; il bénéficie également de la dispense des charges militaires, une posture peu chrétienne envers les pauvres qui, eux, s’acquittent de leurs obligations.

Le privilège du for ecclésiastique, tant en matière civile qu’en matière criminelle, représente une deuxième faveur. Ainsi, le clergé au nom de la religion établit pour lui seul une juridiction exceptionnelle et secrète ; une pratique qui laisse impunies les actions les plus coupables. Si la répression des délits qu’un prêtre commettrait dans l’exercice de son ministère appartient à l’autorité ecclésiastique, il ne devrait pas en être de même pour les causes criminelles. L’Écho des Alpes dénonce avec acharnement des délits de mœurs d’ecclésiastiques et déplore qu’il existe une « caste qui jouit du privilège de l’impunité ».

Les libéraux, fervents promoteurs de l’égalité de tous devant la loi, réclament l’abolition de tous ces privilèges au motif que leur maintien représente un empiétement de l’Église sur la souveraineté du peuple.

Dans son ouvrage La contre-révolution en Valais, Maurice Barman reproche au clergé le caractère permanent de leurs immunités, car celles-ci « s’attachent au cœur du pays et le rongent », pas tant par leur action propre mais plutôt par la méfiance qui en résulte et notamment par le « déni de justice qui les protège ». Certes, le pays souffre, « un ver impur le rongeait au cœur » mais contrairement aux réactionnaires qui voient « ce ver » au sein de la Jeune Suisse ou dans les colonnes de l’Écho des Alpes, le radical reste persuadé que les prérogatives du Clergé » comme les manœuvres utilisées pour les conserver constituent la principale cause de la discorde.

Maurice-Eugène Filliez, autre acteur des événements de mai 1844, relate dans son ouvrage La vérité à ses concitoyens du Valais – écrit durant son exil forcé en terre vaudoise – les méfaits du maintien de toutes les immunités et les dénonce comme source des dissensions politiques.

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22 août 2012

Prêtre et citoyen comme tout le monde

Filed under: n. histoire du PLR Valais — vslibre @ 7 h 55 min
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Monsieur le curé est éligible

En 1906 et 1907, lors des travaux relatifs à la révision de la Constitution, la question de l’éligibilité des membres du clergé se retrouvent au cœur des débats .

Les libéraux, par MM. Camille Défayes et Eugène de Lavallaz, demandent la suppression complète de toute incompatibilité, donc le droit pour le prêtre – tous les citoyens étant égaux devant la loi – d’accéder à toutes les fonctions du pouvoir législatif ; quel paradoxe : les libéraux, traités par leurs adversaires d’ennemis de l’Église, apportant leur soutien au clergé.

De leur côtés, les conservateurs se déterminent en faveur du maintient des incompatibilités entre les fonctions civiles et ecclésiastiques ; toutefois, le mécontentement des ecclésiastiques, exprimé dans une pétition adressée au Grand Conseil, les oblige à nuancer leur position en proposant de limiter l’incompatibilité aux seules fonctions communales.

Finalement, les députés maintiennent le statu quo et les Valaisans acceptent la nouvelle Constitution tout en tenant les prêtres à l’écart des fonctions législatives.

Puis, durant une douzaine d’années, les élections se succèdent sans que les prêtres puissent figurer sur les bulletins de vote. Mais voilà qu’en 1920, à l’occasion d’une nouvelle révision partielle de la Constitution, le député Joseph Escher (futur conseiller fédéral), soucieux d’accorder aux membres du clergé les mêmes droits civiques dont bénéficient tous les autres citoyens, demande la suppression de l’article qui interdit aux prêtres l’exercice de fonctions civiles. Mais alors que tout semble s’arranger pour Monsieur le curé, voilà que le conseiller d’État conservateur, M. Joseph Kuntschen, s’interroge sur le dilemme du prêtre confronté au devoir d’accepter une charge civile confiée par le peuple souverain et à l’obéissance à sa hiérarchie qui s’y opposerait ; d’autre part le corps ecclésiastique de la partie française est tout à fait opposé à l’éligibilité de ses membres aux fonctions civiles.

Les libéraux-radicaux, forts du principe de l’égalité de tous les citoyens devant la loi, estiment que les prêtres doivent enfin prendre leurs responsabilités et siéger au Grand Conseil ainsi que dans les Conseils municipaux ; il est temps de mettre fin à ce système des éminences grises qui agissent dans les coulisses.

Les députés tombent enfin d’accord pour réhabiliter les prêtres dans leurs droits de citoyens. Ainsi, en donnant leur aval à la nouvelle Constitution de 1907, les Valaisans permettent aux membres du clergé d’exercer pleinement les fonctions civiles.

Ainsi, après presque un siècle de palabres, Messieurs les curés peuvent légitimement exercer des fonctions civiles ; sauront-ils en faire bon usage ?

21 août 2012

Les curés votent mais ne sont pas éligibles

Un droit de vote contesté

Souvenons-nous que la Constitution de 1852 accordait le droit de vote aux prêtres mais leur refusait l’éligibilité. Une situation qui entretient la confusion dans l’interprétation de la Constitution comme l’atteste ce coup de théâtre à la veille des élections municipales de mars 1853, lorsque le président de Sion, le Dr Grillet, refuse d’inscrire les ecclésiastiques sur le rôle électoral ; le magistrat sédunois fonde sa décision sur le fait que la Constitution ne précise nulle part que les membres du Vénérable Clergé aient le droit de voter.

Consulté, le Conseil d’État donne son aval à la décision communale estimant, aussi longtemps que les différends avec l’Église ne sont réglés, il n’existe aucune raison de porter les membres du clergé sur le registre électoral. Cette position lui attire les foudres d’un honorable député qui, par une motion, accuse le gouvernement d’avoir commis un acte inconstitutionnel ; le 6 décembre 1853, la motion rejetée de justesse par 42 contre 41 voix.

La question revient à l’ordre du jour de la session de mai 1870, lorsque le député montheysan, Cyprien Barlatey, réclame la levée de l’interdiction de l’exercice des droits politiques du Clergé. Le Conseil d’État, considérant que « les droits de l’État ne sont plus l’objet d’un conflit entre les autorité civile et religieuse » dès lors que celle-ci reconnaît les lois de l’État sans revendication d’immunité, recommande aux députés de lever la suspension de l’exercice des droits politiques des membres du Clergé, en annulant la décision du 6 décembre 1853. Une appréciation qui réjouit le chroniqueur du Confédéré et ses amis de l’égalité de tous devant la loi tout en espérant que cette transformation soit sincère.

Le temps s’écoule inexorablement sans satisfaire aux revendications cléricales. Et la révision de la Constitution fédérale de 1874 ne contribue en rien à aplanir les différends avec l’Église, notamment avec le durcissement des articles confessionnels : liberté de croyance et de conscience, registre de l’état civil, sécularisation des cimetières, suppression de la juridiction ecclésiastique.

Au cours de 1875, afin de se mettre en harmonie avec les dispositions de la nouvelle Constitution fédérale, le Grand Conseil établit un projet de révision de la constitution de 1852. En ce qui concerne les incompatibilités ecclésiastiques, le Grand Conseil, après des débats houleux, adopte un article 89 spécifiant qu’il existe une «incompatibilité entre les fonctions civiles et les fonctions ecclésiastiques». Les membres du Vénérable Clergé peuvent voter mais ne sont toujours pas admis à siéger au Grand Conseil ni dans les exécutifs communaux.

20 août 2012

Le clergé valaisan retrouve les droits civiques en 1852

Monsieur le curé, électeur et éligible ?

En 1852, le régime radical en place – 53 députés libéraux-radicaux radicaux et 32 conservateurs – accorde un assouplissement à l’exercice des droits civiques par le clergé. Pression cléricale ou libérale amabilité ?

La volonté de réviser la Constitution de 1848, motivée par un secret espoir de rapporter d’abolir les mesures restrictives décrétées en janvier 1848 à l’égard des prêtres, illustre une manœuvre des conservateurs afin de réexaminer la question des droits civiques du clergé. Est-il néanmoins opportun, quatre ans seulement après sa mise en œuvre, de procéder à la révision de la Constitution de 1848 ? Le peuple souverain tranche la question le 20 juin 1852, à une large majorité, en donnant son accord à la révision de la Constitution par une Constituante1.

Le Grand Conseil, réuni en session extraordinaire, se met à la tâche et durant treize jours, du 10 au 23 décembre 1852, il élabore une charte fondamentale. Retenons, parmi les sujets à discuter, celui de savoir si les membres du Vénérable clergé peuvent être électeurs et éligibles est particulièrement sensible. Les députés se voient proposer un amendement de l’article 69 afin d’autoriser les membres du clergé à exercer les droits civiques, en leur rendant le droit de vote tout en maintenant l’incompatibilité des fonctions civiles et ecclésiastiques.

Les débats sont vifs. Du côté de la minorité conservatrice, on évoque l’honorabilité des ecclésiastiques pour demander qu’on leur accorde le droit de voter comme à tout citoyen ; le député Allet déclare que « on ne peut pas dire que le prêtre ne soit pas citoyen, et dès lors il doit avoir les mêmes droits que tout autre citoyen »

Chez les libéraux-radicaux on hésite entre fermeté et modération. Maurice-Eugène Filliez serait bien disposé, au nom des principes de liberté et d’égalité, à accorder aux ecclésiastiques tant le droit d’électeur que celui d’éligibilité ; toutefois leur posture à l’égard de l’État, notamment le refus de renoncer à leurs immunités, l’amène à constater que le prêtre doit rester à son poste, son devoir est à l’église et non sur les bancs du parlement. Maurice Barman, plus modéré, estime que la « position depuis 1848 n’a pas tellement changé que nous puissions être entièrement rassuré sur les intentions du clergé », néanmoins, espérant beaucoup du concordat pour régler les divergences existantes entre le clergé et l’État, il s’accommode avec l’idée d’accorder les droits civiques au clergé.

Enfin, après le Grand Conseil, les citoyens valaisans acceptent (9 janvier 1853) la nouvelle Constitution, réhabilitant ainsi Messieurs les curés dans les droits civiques ôtés en 1848.

14 août 2012

La Constitution de 1848 renvoie le clergé dans son église

Le clergé perd le droit de vote

Avec les constitutions de 1802, 1815 et 1844, les membres du clergé bénéficiaient du droit de vote mais n’étaient pas éligibles à des fonctions civiles. Mécontents d’un tel ostracisme, ils fomentent une rébellion afin d’instaurer un pouvoir théocratique. Il faut l’intervention des troupes fédérales du Général Dufour pour rétablir l’ordre et ouvrir ainsi la voie au gouvernement radical. Quelques membres du Grand Conseil, du Conseil d’État s’enfuient en Italie ; les gens de la Maison du Saint-Bernard se réfugient à Aoste.

Dès lors les événements s’enchaînent rapidement. Les libéraux reprennent les choses en mains afin d’éviter que le pays ne tombe dans le chaos. Les citoyens valaisans, réunis en assemblée générale à Sion, le 2 décembre 1847, arrêtent démocratiquement toute une série de mesures contraignantes à l’égard du clergé, notamment en ce qui concerne leurs droits civils. La sanction se veut exemplaire ; la nouvelle Constitution spécifie que « le pouvoir législatif est exercé par un grand conseil. Chaque dizain y envoie un député sur mille âmes de population » ; nous n’y trouvons aucune mention, comme dans celle de 1844, de la participation du clergé ; il est également précisé, comme dans le passé mais de manière plus restrictive que « les fonctions ecclésiastiques sont incompatibles avec les fonctions civiles et l’exercice des droits politiques».

Au cours des débats sur la nouvelle constitution au Grand Conseil, nous assistons à quelques mouvements d’humeur : l’évêque, Mgr Pierre-Joseph de Preux, adresse une protestation contre les résolutions de l’assemblée populaire du 2 décembre, comme attentatoires aux droits de l’Église ; un député regrette l’absence du vénérable clergé dans cette assemblée. À ces griefs et doléance, le député Adrien-Félix Pottier répond que les maux qui ont affligé notre pays viennent surtout de la représentation du clergé ; puis, le député montheysan – évoquant Richelieu et Mazarin, ces grands politiques mais quels mauvais prêtres – rappelle qu’à chaque fois où le clergé se mêlait de politique « il a négligé ses devoirs spirituels » ; pour cette raison sa place n’est pas ici. Hippolyte Pignat appuie cette déclaration en ajoutant que l’évêque et le clergé ont participé à l’élaboration de lois auxquelles eux-mêmes, se retranchant derrière les immunités, refusaient de s’y soumettre.

Le clergé détenait quatre siège au Parlement, puis deux ; la Constitution de 1848 sanctionne son comportement lors des déplorables événements de 1847 en le privant non seulement de l’éligibilité à des fonctions civils mais également de l’exercice du droit de vote. 

13 août 2012

Retour du pouvoir clérical

Filed under: n. histoire du PLR Valais — vslibre @ 8 h 47 min
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La colère du clergé

La Constitution de 1839, en déclarant l’incompatibilité des fonctions ecclésiastiques avec celles civiles, mécontente le clergé qui, certes bénéficie du droit de vote mais pas d’éligibilité, se rebelle. Une rébellion qui se concrétise dès la fin de 1842 avec les missions de Jésuites prêchant l’insurrection contre le régime libéral et fanatisant le peuple ; face à une population souffrant d’analphabétisme, plus des trois quarts ne savent ni lire ni écrire, missionnaires et curés ont la tâche facile pour propager « l’aversion contre tout ce qui tend au libéralisme ». Dans le courant de 1843, le clergé et des maisons religieuses, entraînés par le chanoine-député, André Derivaz, curé d’Ardon, fomentent un complot afin d’assurer la suprématie du clergé sur le pays afin que le Valais « ne devienne pas la proie du radicalisme ». Pour atteindre leur objectif, ils n’hésitent pas à mobiliser une « chouannerie », la Vieille Suisse.

Ces manœuvres, peu démocratiques, illustrent combien la volonté de revanche sur la victoire libérale de 1839 l’emporte sur la raison. Ce coup-de-main, consistant à renverser le gouvernement libéral pour lui substituer un gouvernement théocratique, produit des troubles politiques qui débouchent sur le sanglant guet-apens de la bataille du Trient (cf. chronique du 8 janvier 2010). Dès lors, le Grand Conseil ne peut que satisfaire les volontés du parti-prêtre, par qui et pour qui la contre-révolution avait été faite, en révisant la Constitution libérale de 1839. Et le parti-prêtre obtient satisfaction : le clergé qui détenait deux sièges au parlement en obtient un troisième, ainsi avec trois députés pour trois cents curés, il se trouve largement sur-représenté par rapport au peuple avec un représentant pour mille habitants ; la religion catholique seule aura un culte, aucune tolérance à l’égard des citoyens protestants ; le clergé, tant régulier que séculier, conserve ses droits ainsi que ses immunités.

Pour Rilliet de Constant, observateur averti de ces événements, cette révision « pouvait consolider pour longtemps l’influence du parti-prêtre ». Son constat corrobore le sentiment, exprimé dans les colonnes de L’Écho des Alpes, que le bonnet phrygien des Valaisans – acquis avec la Constitution de 1839 – ne se « métamorphose en calotte monacale ».

Malgré l’opposition libérale-radicale et la campagne du Courrier du Valais,le 20 octobre 1844, les Valaisans acceptent une Constitution révisée, celle de 1844 toute à la faveur du clergé, laquelle maintient les incompatibilités sans toutefois accorder le droit d’éligibilité aux curés qui pourtant auraient bien désiré descendre de la chaire pour participer aux combats dans l’arène politique.

8 août 2012

Droits civils du clergé

Filed under: n. histoire du PLR Valais — vslibre @ 11 h 08 min
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Incompatibilité et immunité du clergé

Un curé dispose-t-il des mêmes droits civils que tout autre citoyen, alors que, protégé par les immunités ecclésiastique, il échappe à la justice civile ? Cette question soulève les passions avec la Constitution de 1839 et s’invite au cœur des débats parlementaires durant presque un siècle.

À l’époque de l’Ancien Régime, l’évêque était le seigneur du pays – princeps et comes Vallesiae – son blason sur lequel une épée croise la crosse atteste de ses pouvoirs temporel et spirituel. Les patriotes lui ravissent progressivement des fragments du pouvoir temporel, une détermination qui se manifeste à nouveau dans les début de la Régénération du Valais, rallumant les brandons de la discorde.

La Constitution du 3 août 1839 – œuvre du mouvement libéral-radical – par son article 66, « Les fonctions civiles et les fonctions ecclésiastiques sont incompatibles », exclut de jure les curés de la vie civique. Mgr Roten, certes frustré par la disposition constitutionnelle qui « réduit à un vote les quatre suffrages obtenus avec la Constitution de 1815 », soit la même force politique que chacun des sept dizains, perçoit dans cette disposition une injuste rétention des droits des membres du clergé et adresse une protestation au gouvernement ; et pourtant cette modalité n’est pas nouvelle, nous la trouvons déjà dans la constitution de 1802 ainsi que dans celle de 1815 qui spécifie les catégories de personnes – desquelles les membres du clergé sont absents – habilitées à être éligibles.

Dans sa réponse, le gouvernement, par son président Janvier de Riedmatten, juge l’incompatibilité rationnelle car rien ne milite en faveur de l’éligibilité d’un ecclésiastique à une charge civile de nature si peu en harmonie avec sa vocation. Il considère que les complications de la vie politique ne peuvent que nuire à l’exercice du sacerdoce du prêtre et perturber la sérénité indispensable à l’accomplissement des devoirs de sa sublime vocation.

Un autre argument de poids plaide également en faveur de l’incompatibilité : comment admettre qu’un prêtre, bénéficiant d’immunités qui le soustraient à l’action des tribunaux laïcs, puisse contribuer à la définition de lois auxquelles il ne se soumettrait pas. Exiger un droit et rejeter le devoir corrélatif procède effectivement d’une prétention si peu chrétienne.

Enfin, dans sa réplique à la protestation épiscopale, le président du gouvernement, se permet de rappeler à Mgr Roten ses velléités de sécession lorsqu’il participait à la diète séparée de Sierre puis, faisant appel à son patriotisme, il l’exhorte d’accepter des faits irrévocablement admis et de se rallier au nouvel ordre des choses.

7 août 2012

La fin des nominations politiques de l’évêque de Sion

Filed under: n. histoire du PLR Valais — vslibre @ 5 h 21 min
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Le Conseil d’État abdique devant la Curie romaine

Au mois d’août 1914, de sombres nuages assombrissent l’Europe ; mobilisation générale de l’armée suisse sous la houlette du général Ulrich Wille. En Valais, Mgr Abbet décède dans la nuit du 4 août. Il s’ensuit dès lors un long interrègne épiscopal assuré par le Chapitre ; cinq années, émaillées de palabres et de compromis jésuitiques, durant lesquelles Conseil d’État et Curie romaine, brandissant tour à tour le sabre ou le goupillon, font valoir, l’un la Constitution, l’autre le Droit canon pour conserver ou s’approprier le privilège de nommer le chef du diocèse de Sion.

Durant les sessions de février et mai 1919, la question épiscopale se trouve une fois de plus au cœur des débats du Grand Conseil ; faut-il à tout prix conserver la prérogative ancestrale du parlement de nommer l’évêque ou ne serait-ce pas le moment opportun – dans l’esprit d’une séparation État-Église, idée chère aux libéraux-radicaux – d’y renoncer.

Le statu quo semble convenir à la majorité conservatrice qui se satisfait néanmoins de la position équivoque du Conseil d’État qui assure le Saint-Père que, quelque puisse être sa décision, « le peuple valaisan et ses autorités s’inclineront avec une filiale soumission devant la parole de Pierre » ; une déclaration bien peu républicaine.

La minorité libérale-radicale – tout en réclamant l’application de la Constitution – verrait d’un bon œil « se briser le dernier lien qui unissait encore le pouvoir civil et le pouvoir religieux » comme le souligne le député d’Octodure, Jules Couchepin, lequel déclare sans ambages que le Grand Conseil « n’a pas plus de compétence pour désigner le chef du diocèse que pour attribuer à Evionnaz la juridiction de Salanfe ! »

Finalement, le 22 mai, une majorité du parlement vote une résolution exhortant le gouvernement de prier la cour de Rome de repourvoir dans les meilleurs délais le siège épiscopal de Sion ; un vote auquel les libéraux-radicaux, désabusés par le manque de respect à l’égard de la Constitution qui accorde au parlement la prérogative de nommer l’évêque, s’abstiennent. Le Saint-Siège, satisfait de la tournure des événements, s’empresse en début juin, par la voix de Benoît XV, de nommer le nouvel évêque de Sion en la personne de Mgr Bieler. Ainsi, le Valais, en abdiquant devant le pouvoir ultramontain, abandonne une tradition antique et reconnue par la Constitution.

L’Église romaine réussit ainsi, après trois siècles d’attente, au cours de manœuvres dignes de la querelle des investitures d’antan, version XXe siècle, à s’approprier le droit dont les Patriotes valaisans de 1613 s’étaient emparés lors de la mort du cardinal Schiner, en refusant la nomination par le pape d’un évêque italien au siège de Sion.

6 août 2012

Sus aux protestants!

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L’intolérant Mgr Abbet

En ce mois de mars 1900, si la météo – peu clémente pour la vigne – pose quelques soucis aux Valaisans, il s’en trouve un autre pour troubler leur sérénité.

Dans la lettre pastorale à ses paroissiens en ce temps de carême, Mgr Abbet attire leur attention sur les dangers qui menacent les croyances catholiques, notamment la propagande protestante ; le contenu de son mandement s’apparente à un appel à la guerre confessionnelle ; avec sa hantise du péril protestant, Mgr Abbet insiste sur les méfaits de la religion réformée, sans aucuns ménagements pour les libertés constitutionnelles ; ainsi, il tente de convaincre des parents de ne pas confier leurs enfants aux écoles protestantes (trois en Valais)1 ; puis il engage les catholiques à ne pas s’adonner à la lecture de la presse protestante, car elle constitue « un empoisonnement lent », comme la Gazette de Lausanne – cet interdit attentatoire à la liberté d’opinion illustre une obsessionnelle volonté de maintenir le peuple dans l’obscurantisme, une manie déjà pratiquée par Mgr Roten en 1842, à l’égard de l’Écho des Alpes; enfin, le chef de l’épiscopat sédunois, bafouant la liberté d’établissement d’un coup de goupillon, recommande fermement aux paroissiens d’éviter de s’établir dans des pays protestants.

Le mandement de Mgr Abbet, imprégné de tant d’intolérance à l’égard des protestants, soulève une vive réprobation jusque dans les milieux catholiques avant de se transformer en un conflit national. Il s’agit d’un affront adressé à notre voisin le canton de Vaud qui – fondant son indignation sur la violation de l’article 50 de la Constitution fédérale relatif aux empiétements d’une autorité ecclésiastique sur les droits des citoyens – proteste auprès du Conseil fédéral. Pour sa part, le Conseil d’État valaisan conteste les revendications vaudoises et assure très jésuitiquement de sa volonté de maintenir en tout temps la paix religieuse entre les diverses confessions.

À son intransigeance à l’égard des protestants, l’évêque de Sion ajoute une attitude franchement hostile envers les francs-maçons ; dans son ouvrage, Un petit mot sur la franc-maçonnerie, dédié à ses diocésains en 1912, Mgr Abbet fait siennes les déclaration de Léon XIII accusant la franc-maçonnerie « d’association criminelle » et condamne les catholiques qui s’approcheraient de cette « secte pernicieuse aux intérêts de la société civile ».

Cette intolérance de Mgr Abbet révèle une cruelle absence de reconnaissance de sa part à l’égard de la terre protestante vaudoise – où il a vu le jour – et qui avait offert un asile bienveillant à son père Joseph, proscrit par le régime théocratique de 1844.

Le Grand Conseil, lors de la fin de l’épiscopat de Mgr Abbet, perd sa prérogative de nomination de l’évêque de Sion.

1 Trois écoles protestantes en Valais avant 1900 : Sion : 1838, Sierre en 1870, Saxon 1891.

3 août 2012

Un fils de proscrit sur le siège épiscopal

Filed under: n. histoire du PLR Valais — vslibre @ 5 h 30 min
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Jules Abbet, une nomination houleuse

À quel pouvoir, civil ou clérical, incombe la nomination du chef du diocèse de Sion, constitue un sujet sur lequel les autorités peinent à s’accorder depuis 1859. Et voilà que le poids des ans ainsi que son état de santé – il approche de la nonantaine – empêche l’actuel titulaire du siège épiscopal, Mgr Jardinier, de consacrer tous ses soins aux intérêts spirituels du diocèse ; c’est dans cet esprit que le pouvoir exécutif adresse un message à la Haute Assemblée aux fins de procéder à l’élection d’un Évêque coadjuteur avec droit de succession, une décision fondée sur le décret de 1807.

C’est dans ces circonstances que le corps législatif valaisan se rassemble à la cathédrale le mardi 19 février 1895, jour de la Saint-Boniface ; la nomination se déroule selon le cérémonial que nous connaissons ; la cérémonie se trouve toutefois agrémentée d’un Veni Creator destiné, comme nous le confirme la chronique de l’époque, à rassurer ceux « qui craignaient l’insuffisance de la pénétration de la grâce divine dans l’âme de quelques-uns de nos députés » ; un acte judicieux puisque deux tours de scrutin s’avèrent nécessaires pour choisir le nouveau chef du diocèse parmi les quatre candidats proposés par le Vénérable Chapitre : François Blatter, Pierre-Antoine Grenat, Adolphe Escher et Jules Abbet ; 54 députés, parmi les cents présents, accordent leurs suffrages à ce dernier ; ainsi, M. Jules Abbet, Dr en théologie, curé de Sion et chanoine de la cathédrale, est désigné Évêque coadjuteur avec droit de succession. Jules-Maurice Abbet est né le 12 septembre 1845 à Bex où ses parents, proscrits par le régime réactionnaire, s’étaient exilés après les tristes événements du Trient.

Alors que la sérénité semble régner à nouveau, il se trouve qu’au mois de juin le Vatican n’a toujours pas accordé son investiture canonique. Cet interminable attente alimente une rumeur selon laquelle le St-Siège refuserait cette nomination en guise de protestation à l’égard de la procédure, une posture soutenue par une « manœuvre obstructionniste de la camarilla haut-valaisanne » déçue de la non-élection de son candidat Blatter, donné favori par la presse catholique. De surcroît, une lettre du cardinal Rampolla au Chapitre, contestant à l’autorité civile le droit de s’immiscer dans la nomination d’un coadjuteur, alimente le conflit entre le Grand Conseil et le Vatican. Après ces atermoiements du Saint-Siège – manifestation de son désaccord avec la procédure de nomination par le Grand Conseil –, le 2 décembre 1895, le Saint-Père notifie au Sacré-Collège la nomination épiscopale de Mgr Abbet qui, le dimanche 2 février 1896, jour de la Chandeleur, reçoit le sacre en la cathédrale de Sion.

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