Valais Libre

17 février 2012

Joseph (-Marie) Abbet (1814 – 1853)

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Joseph (-Marie) Abbet (1814-1853)

Homme de progrès dévoué à la cause publique ; son dévouement patriotique au sein du Comité de Martigny et de la Jeune Suisse contribue à l’affranchissement du Valais ; un engagement sanctionné par le gouvernement réactionnaire de 1844 ; Joseph Abbet, contraint à l’exil par un tribunal d’exception ; en décembre 1847, il rentre en Valais avec les radicaux exilés pour rétablir la concorde.

Le 3 juin 1814 – le Valais traverse une période de troubles : l’évêque et les dizains du Haut-Valais réclament leurs anciens privilèges – à Fully, Joseph-Emmanuel Abbet et son épouse Jeanne-Marguerite, annoncent la naissance de leur fils Joseph.

Un combat pour la justice et la liberté

À l’issue de ses études à l’École de Droit à Sion, Joseph Abbet s’engage dans la vie active. Ardent adversaire de la peine de mort, en 1842, la défense de trois condamnés1 à la peine capitale lui offre l’opportunité d’affirmer son aversion pour ce genre de peine ; dans son réquisitoire, l’avocat Abbet souligne combien une telle peine, « sœur aînée de la torture », est contraire aux droits de l’homme et espère qu’un jour elle tombera. Malgré son réquisitoire, les trois [derniers] condamnés périront sous le glaive2.

Dans ces années-là, le Valais se trouve en pleine régénération politique. Les idées de progrès et de justice, notamment l’égalité des droits entre le Haut et le Bas-Valais, l’amènent tout naturellement à adhérer au mouvement de la Jeune Suisse ; il en assure, après Adrien-Félix Pottier et Alexandre de Torrenté, la présidence de 1843 jusqu’à son abolition par le gouvernement réactionnaire de 1844. Lors de son discours au Tir cantonal – symbole de rassemblement des radicaux – du 16 août 1843, Abbet déclare que la Jeune Suisse lutte contre les « privilèges pour réaliser sa devise » : Liberté, une faculté laissée à l’homme d’agir pour le bien – Egalité, ou la répartition équitable des charges – Humanité, ou des cœurs sensibles et des mains secourables pour le malheureux3.

Lorsqu’en avril 1844, les ennemis du progrès, au prétexte de protéger la religion contre une agression de la Jeune Suisse, prennent les armes, Joseph Abbet, en sa qualité de secrétaire du Comité de Martigny, signe le 25 avril, au côté de Maurice Barman, une proclamation à ses compatriotes pour les inciter à repousser toute attaque contre l’indépendance et les droits du peuple ; quelques jours plus tard, le 12 mai il est encore l’un des signataires d’une proclamation afin de recommander aux citoyens «  de se tenir en garde contre le piège qui leur est tendu par les ennemis du progrès »4.

J. Abbet, est l’un des députés qui refusent de siéger à la session ordinaire du Grand Conseil de mai 1844 « sous l’empire des baïonnettes et des mesures d’exception qui y sont à l’ordre du jour »5. Autant d’engagements en faveur de la liberté ne peuvent que lui attirer, ainsi qu’à ses amis radicaux, les persécutions des réactionnaires.

Injuste condamnation et exil

Après l’odieux guet-apens du Trient du 21 mai 1844 et l’invasion du Bas-Valais par les troupes réactionnaires, la répression se poursuit. Le gouvernement réactionnaire décrète6 une prise de corps contre onze Bas-Valaisans fugitifs – Joseph Abbet en fait partie. Puis, le 17 décembre, un tribunal d’exception condamne Joseph Abbet, à la privation de ses droits politiques à vie, à quinze ans de détention, au paiement des frais de guerre ainsi qu’aux frais de sa procédure7. Dans son édition du 21 décembre 1844 le Courrier du Valais nous apprend, que M. l’avocat Emmanuel Joris agit en qualité de mandataire général de M. l’avocat Joseph Abbet, absent du canton8. En exil à Bex, la vie n’est pas facile, néanmoins, il existe quelque moment d’espérance comme lors de la naissance9 de son fils Jules-Maurice ; d’éminents parrain et marraine – Maurice Barman et Louise Filliez, l’épouse de Maurice-Eugène – portent le nouveau-né – futur évêque du diocèse de Sion10 – sur les fonds baptismaux.

Le retour triomphal en Valais

Vers la fin novembre 1847. les troupes du Sonderbund capitulent devant l’armée fédérale du général Dufour et après des années d’une injuste proscription, Abbet et ses amis radicaux rentrent enfin dans leur pays. Le 30 novembre, Joseph Abbet est l’un des signataires11 de la proclamation des exilés valaisans pour appeler les citoyens à la reconstitution du pays et les inviter à l’assemblée populaire du jeudi 2 décembre, afin de nommer un gouvernement provisoire et prendre les décisions que nécessitent les grandes circonstances où se trouve la patrie12.

En décembre 1847, Abbet retrouve son siège de député au Grand Conseil ; en 1848, il y assume la fonction de secrétaire.

Pour son aide désintéressée à de nombreux citoyens persécutés lors des événements politiques de mai 1844, la postérité retiendra son surnom de « l’avocat de la Jeune Suisse »13. Attentif à toute dérive cléricale et attaché au respect de la vérité, Abbet ne tolère pas les allégations mensongères proférées, ainsi lors d’un prêche à la cathédrale de Sion, par l’abbé Combalot à l’égard de la Jeune Suisse, il le met en demeure de prouver ses accusations devant un tribunal, mais ce pieux missionnaire, préfère s’enfuir14 !

En 1853, alors que les plaies du passé tendent à se cicatriser avec l’élection d’un gouvernement modéré, un malheur vient frapper la famille libérale-radicale : Joseph Abbet n’a que trente-huit ans lorsqu’une phtisie pulmonaire l’emporte un matin de février 185315, interrompant une carrière promise à un bel avenir et laissant ses proches dans l’affliction.

robertgiroud

1 Lors d’un procès au tribunal de Sierre.

2 L’Écho des Alpes no 9 et 18, des dimanche 30 janvier et jeudi 3 mars 1842.

voir aussi : http://www.montana.ch/data/download/Objets/Id_68_LesDerniersCondamn%C3%A9sAMort.pdf

3 LEcho des Alpes no 66 du dimanche 20 août 1843.

4 L’Écho des Alpes no 34 et 38 des dimanche 28 avril et jeudi 16 mai 1844.

5 Maurice BARMAN, La contre-révolution en Valais, au mois de mai 1844, Imprimer L. Alex. Michod, Vevey, 1844.

6 30 mai et 15 juin 1844.

7 Le Courrier du Valais no 97 du 25 décembre 1844 p. 2.

8 Le Courrier du Valais no 96 du samedi 21 décembre 1844 (p. 4).

9 Le 12 septembre 1845.

10 De 1901 à 1918 au moment de sa mort.

11 Avec Joris, Dufour et Pignat.

12 cf. Journal de Genève du 7 décembre 1847.

13 Courrier du Valais no 87 du jeudi 28 octobre 1852 p. 2.

14 Journal de Genève du 1er février 1853.

15 Le mardi 15 févirer Le Courrier du Valais …….

16 février 2012

Emile Gaillard (1833 – 1896)

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Emile Gaillard1

Un Entremontant foncièrement dévoué aux idées libérales, farouche partisan d’un progrès sage et mesuré :, ses tendances en matière politique et religieuse sont de nature à lui rallier les sympathies des hommes modérés de tous les partis.

En avril 1833, la régénération politique bat son plein, les libéraux valaisans militent en faveur de la révision du Pacte de 1815, une attitude qui leur vaut d’être molestés par les réactionnaires au cours de la triste bastonnade de Martigny. C’est en ces temps-là qu’Émile Gaillard voit le jour à Orsières, plus précisément le 1er avril 1833 ; fils aîné du notaire Maurice Gaillard, membre de la Jeune Suisse, Grand-Châtelain du district d’Entremont (juge de première instance), juge au Tribunal d’Appel et de Françoise Moret.

Après l’accomplissement d’études classiques à St-Maurice, Émile Gaillard entreprend une formation juridique à Sion à l’École de Droit dirigée par M. Bernard-Étienne Cropt ; puis, en 1856, son brevet de notaire en poche, il s’installe dans sa commune natale. Sa disposition naturelle le prédispose à se mettre au service de ses concitoyens qui lui accordent leur confiance en le nommant au Conseil communal ; ses compétences juridiques le destinent à assumer la tâche de juge de commune de 1856 à 1874.

En 1874, après son mariage avec Pauline, l’une des filles du conseiller d’état Joseph-Antoine Luder (un libéral de la veille, passé chez les conservateurs en 1852), Émile Gaillard élit domicile à Sembrancher, village de son épouse, où, comme à Orsières, il sait mériter l’estime de la population qui le sollicite pour siéger au conseil communal ; en 18892 et jusqu’à son décès, il assume la fonction de président de commune.

Pour défendre les intérêts de son district, Émile Gaillard siège également au Grand-Conseil comme député du district d’Entremont de 1869 à 1873, puis du cercle de Sembrancher et Bourg-St-Pierre de 1878 à 1893.

C’est au cours d’une circonstance particulière qu’émerge sa première candidature pour le Conseil national. Le 5 décembre 1886 – en ce temps-là, le Valais est divisé en trois arrondissements électoraux et la législature dure trois ans – une élection complémentaire est organisée afin de pourvoir au remplacement du conseiller national conservateur, Fidèle Joris décédé ; les radicaux s’abstiennent et déposent un recours auprès des Chambres fédérales car le Conseil d’état n’a pas observé les prescriptions relatives à la publication des listes électorales ; M. Henri Bioley de Monthey est élu mais l’élection est cassée et un nouveau scrutin est fixé au 23 janvier 1887. Les électeurs de l’arrondissement du Bas-Valais3 désignent Emile Gaillard.

La campagne électorale s’envenime, le Comité libéral critique la candidature conservatrice de M. Bioley comme étant celle de la « coterie ultramontaine » et qualifie celui-ci d’homme du 5 décembre. Plébiscité par son district qui lui apporte une confortable majorité de 300 voix, Émile Gaillard triomphe dans l’arrondissement, alors que tous pronostiquaient l’élection de son concurrent conservateur4.Les libéraux savourent cette victoire d’autant plus que depuis trois législatures, ils ne sont plus représentés au Conseil national.

Les électeurs libéraux, satisfaits de sa prestation, le réélisent lors des élections générales d’octobre 18875 ; puis en octobre 18906, grâce à la considération dont il jouit auprès de ses concitoyens, Émile Gaillard est maintenu au poste d’honneur avec 150 voix de majorité7.

A la veille des élections d’octobre 18938, Émile Gaillard manifeste une légitime intention de prendre sa retraite politique et décline « d’une manière irrévocable » toute nouvelle candidature tant au Grand Conseil qu’au Conseil national en déclarant à ses collègues « Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas je ne reviendrai pas à Berne. » Et pourtant dès qu’il apprend que le parti conservateur est favorable, dans l’intérêt de la pacification, à l’établissement d’une liste de conciliation, Émile Gaillard accepte néanmoins une nouvelle candidature pour figurer sur la liste de conciliation avec le conservateur sortant Charles de Werra9.

Lors du renouvellement du Parlement en octobre 189610, l’idée d’une liste commune avec les conservateurs est reconduite avec la liste de conciliation sur laquelle figurent le radical Émile Gaillard et le conservateur Henri Bioley. Nous assistons dès lors, à une chose incroyable, ces deux personnalités qui, dix ans plus tôt, se combattaient avec acharnement, se retrouvent, à l’automne 1896, sur la même liste et sont élus à la presque unanimité des votants. Ce résultat résonne comme un « gage de paix et de rapprochement » et convient parfaitement « aux sentiments naturellement pacifiques » d’Émile Gaillard.

Le Confédéré souligne, non sans fierté, que le parti libéral « a inscrit sur son drapeau » le principe de la Représentation proportionnelle et qu’en vertu de ce principe, dont il ne cessera de poursuivre la réalisation ; les libéraux-radicaux font ainsi la preuve par l’acte de leur sentiment de justice et d’équité en estimant qu’un siège au Conseil national doit appartenir au parti conservateur.

Alors qu’il se trouve à l’aube d’une quatrième législature pour représenter le Bas-Valais au Conseil national, le destin en décide autrement : le 30 octobre la maladie emporte Émile Gaillard, il a 63 ans. Le lundi 2 novembre, nombreux sont les autorités et les amis politiques à l’accompagner à sa dernière demeure pour lui rendre un dernier hommage.

robertgiroud

1 Le Confédéré, no 89 du mercredi 4 novembre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02016/17 ; no 4 du vendredi 21 janvier 1887 – photo 7.9.2010/dsc02364 ; no 5 du samedi 29 janvier 1887 – photo 7.9.2010/dsc02365/66/67 ; no 6 du samedi 5 février 1887 – photo 7.9.2010/dsc02368/69/70 ; no 84 du samedi 21 octobre 1893 – photo 20.7.2010/dsc01960 ; no 85 du mercredi 25 octobre 1893 – photo 20.7.2010/dsc01961 ; no 89 du mercredi 6 décembre 1893 – photo 20.7.2010/dsc01965/67/68 ; no 84 du samedi 17 octobre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02012 ; no 85 du mercredi 21 octobre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02013 ; no 86 du samedi 24 octobre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02014.

2 Annales valaisannes 1967, p. 82 (doc rg).

3 Le 47e.

4 Les conservateurs Charles de Werra sortant et Alfred Tissières de Martigny ne sont pas élus ; le 2e sièges des libéraux-radicaux est gagné par [Maurice] Chappelet.

5 Le Confédéré supplément au no 42 du samedi 18 octobre 1890 – photo 7.9.2010/dsc02376/77.

6 Le 26.

7 Le Confédéré, no 44 du samedi 1 novembre 1890 – photo 7.9.2010/dsc02383/84.

8 Du 29.

9 Dans l’arrondissement électoral du Bas-Valais, les voix libérales et celles des conservateurs s’équilibrent presque.

10 Du 25.

15 février 2012

François Troillet (1854 – 1916)

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François Troillet1

Un montagnard, d’un abord facile et d’une haute simplicité. « Pas plus qu’un autre il ne se fût chargé d’estimer tout le monde, mais jamais pour cela il n’eût marqué du dédain à quelqu’un », c’est en ces termes que Louis Courthion le décrit. Il se profile comme un homme politique et un juriste, défenseur énergique et tenace, en toutes circonstances, des intérêts de sa commune et de son district d’Entremont.

François-Nicolas voit le jour le 13 janvier 1854 – fils de Pierre-François [du hameau de la Monteau dans la vallée de Bagne, établi comme vétérinaire sur l’autre versant du Mont-Brun] et de Lucie-Elisabeth Joris ; en 1876 il unit sa destinée à Aline-Eugénie Gaillard2.

Après avoir effectué ses premières scolarités à Bagnes, il entreprend une pérégrination estudiantine hors du pays : tout d’abord en Franche-Comté, au lycée de Besançon, puis bref retour en Valais au collège supérieur à St-Maurice avant de poursuivre son parcours scolaire vers le prestigieux collège d’Einsiedeln pour finalement entreprendre des études de droit à Munich.

De retour au pays, ses goûts et ses ardentes convictions radicales l’amènent bien naturellement à s’engager aussitôt en politique. En 1879, il a vingt-cinq ans, il préside la « grande commune d’Orsières », succédant à Argimie Gaillard, jusqu’en 18813 ; ensuite il assume à différentes reprises la fonction de membre du conseil communal ainsi que celle de juge. François Troillet est l’un de ces libéraux qui conservent de l’antique foi ce que « leur permet le critère de leur intelligence en évitant tout empiètement » ; un état d’esprit qui occasionne parfois des démêlés avec ses amis de « l’un et de l’autre pôle », néanmoins l’amitié prime toujours. Né entre la génération de 1848 et celle du début du XXe siècle, il constitue un trait d’union dans un parti qui « se doit de maintenir en faisceau la totalité des forces de gauche ». François Troillet est l’un des ouvriers de la première heure pour réclamer l’instauration de la représentation proportionnelle ; ainsi en 1881, lors d’une assemblée des délégués libéraux à Vernayaz, il fait inscrire la RP dans le programme du parti libéral valaisan. En janvier 1899, socialistes et catholiques, qui se considèrent, au plan national, traités en minorité sujette par la puissance radicale, lancent une initiative pour l’élection du Conseil national selon le système proportionnel4, il présente, lors d’une réunion du parti libéral à Vernayaz, le 4 février 1900, un rapport sur cette initiative et encourage les radicaux à soutenir la réforme électorale qu’il souhaite voir se réaliser un jour prochain au plan cantonal.

Au Grand Conseil, il représente le cercle électoral d’Orsières ; élu en 1885, il siège jusqu’à l’élection du 2 mars 1913, lorsque les conservateurs remportent une importante majorité dans l’Entremont, où seul le cercle de Liddes-Sembrancher élit un radical. Sa parfaite connaissance de la langue allemande l’autorise, lors de l’absence de rapporteur allemand, à présenter son rapport dans les deux langues. Lors des débats au Grand Conseil au sujet de la représentation proportionnelle, il s’en fait l’un des fervents défenseurs en expliquant que le système majoritaire, contrairement au principe de l’égalité des citoyens devant la loi, permet qu’un groupe d’électeurs, comprenant la moitié moins un soit privé de tout représentants et demande que, pour le triomphe de la démocratie, le principe soit au moins reconnu dans la Constitution5. En 1906, lors des débats sur la révision de la Constitution cantonale de 1875, il bataille ferme pour l’instauration d’un Conseil général afin de palier les insuffisances des assemblées primaires, car il arrive de ce fait que les comptes et les budgets sont lus à la criée, après l’office divin, sans aucune discussion6 .

François Troillet met ses compétences juridiques au service du pays ; ainsi en 1899, lors du décès de M. Joseph Couchepin, il lui succède à la Cour d’Appel et de Cassation, puis dès 1909 il siège au Tribunal cantonalcomme représentant de la minorité libérale ; dès lors, l’homme politique s’efface pour céder le pas au juriste ; il assume également la fonction de juge-instructeur suppléant du district d’Entremont de 1895 à 1899.

à côté de ses activités politiques et judiciaires, François Troillet, homme de cœur, s’engage également dans le développement des œuvres de mutualité ; il participe ainsi à la mise en œuvre de la société de secours mutuels d’Orsières, fondée en 1888, et bien naturellement nous le trouvons au sein du comité central de la Fédération cantonale des sociétés de secours mutuels. En 1911, lorsque les mutualistes organisent une campagne de sensibilisation en faveur de la loi fédérale sur l’assurance maladie, M. François Troillet en présente un exposé détaillé aux délégués de la Fédération valaisanne des Sociétés de Secours mutuels, réunis à St-Maurice le 6 août et les encourage vivement d’en accepter le principe.

Depuis quelques années, sa santé s’est affaiblie mais grâce à sa robuste constitution de montagnard il exerce ses fonctions de juge cantonal jusqu’en mars 1916 ; François Troillet nous quitte le 30 juin 1916. « Le soir du 30 juin, les Alpes de l’Entremont, plus étincelantes et plus belles que jamais, semblaient dans leur couronne de feu adresser un dernier salut à l’enfant de la vallée qui les avait tant aimées » c’est avec ces mots que Louis Courthion lui adresse un dernier hommage.

robertgiroud

1 Le Confédéré no 54 du mercredi 5 juillet 1916 – photo 23.5.2011/dsc2939/40/41/42.

3 cf Tamini….

4 Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses, p. 658.

5 Paul de RIVAZ, Vingt-cinq ans de la vie politique du Valais – 1906-.1932….p. 424-425 ; 437….

6 Paul de RIVAZ, Histoire contemporaine du Valais, t. 2, p.162 (154)

14 février 2012

Camille Desfayes (1861 – 1947)

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Camille Desfayes1

Il vient au monde quelques jours après que le Confédéré du Valais ait fait son apparition sur la scène valaisanne. Heureuse coïncidence ou signe du destin ? Tels des jumeaux, ces deux-là ne pouvaient que cheminer en parfaite harmonie sur la voie de la défense des idées libérales et progressistes.

M. Camille Desfayes voit le jour à Leytron, le 11 janvier 1861. Ses ancêtres ne lui avaient-ils pas déjà tracé un peu la voie ? Son grand-père, Pierre-Gabriel, participait à la régénération politique du Valais de 1839 à 1848. Son père, Joseph-Gabriel, à dix-sept ans participe à l’assemblée populaire du 2 décembre 1847 sur la Planta à Sion, lorsque les radicaux rentrent de l’infâme exil pour reprendre le pouvoir.

Après de brillantes études au Collège de St-Maurice, Camille Desfayes suit les cours de l’École de droit du Dr Cropt à Sion ; puis il effectue son stage chez M. Joseph Couchepin à Martigny-Bourg, avant d’installer son étude d’avocat à Martigny.

Une carrière au service de ses concitoyens

Il est à peine âgé de trente ans, lorsqu’en 1889, les électeurs du district de Martigny l’élisent au Grand Conseil, au sein duquel il siègera durant une bonne trentaine d’années. Il quitte la députation en 1921, pour cause d’incompatibilité avec ses fonctions de de juge cantonal. Lorsqu’en 1912, il accède à la président du Grand Conseil, un chroniqueur faisant allusion à une campagne électorale particulièrement rude, déclare « ainsi s’apaise cette tempête dans un verre de vitriol ».

Comment ne pas évoquer quelques-unes de ces anecdotes qui jalonnent ses interventions parlementaires ; comme en 1917, alors que, dans le cadre de la loi sur les auberges, l’on dispute ferme, sur la réduction du nombre de bistrots, Camille Desfayes fustige les politiciens qui mettent en avant la « profondeur de leur cave et la grosseur de leur tonneau. » pour attirer les suffrages de leurs électeurs. Et cet autre, lorsque particulièrement soucieux du bon usage de l’argent des contribuables, il manifeste son mécontentement à l’égard de l’utilisation, parfois abusive, de l’automobile par les fonctionnaires, faisant remarquer que « vingt francs pour aller de Sion à Sierre, alors que le train ne coûte que deux francs, c’est trop ».

Camille Desfayes possède une fibre social qu’il le démontre par le dépôt d’une motion en mai 1919, au moment où l’industrie se développe en Valais, pour engager les autorités à mettre en œuvre une législation relative à la protection ouvrière.

Sa formation de juriste le destine bien naturellement à occuper la fonction de juge cantonal de 1916 à 1941et à présider à plusieurs reprises le Tribunal cantonal.

Au Conseil national2

Lorsqu’Emile Gaillard décède le lendemain de sa propre élection (en octobre 1896), les délégués libéraux désignent Camille Desfayes pour occuper le siège de conseiller national devenu vacant ; il est brillamment élu nonobstant une campagne de presse acharnée ainsi qu’une candidature conservatrice inopinée3.

Aux élections d’octobre 1917, les Jeunes radicaux, emmenés par Camille Desfayes, mécontents d’accommodements électoraux avec les conservateurs et soucieux d’une politique sociale plus active, font cavalier seul4 en récoltant néanmoins 16% des voix5.

Il fait un retour de courte durée au parlement national une deuxième fois en 1919.

Au sujet de la Représentation proportionnelle6

Parmi ses nombreux combats politiques, figure l’introduction de la représentation proportionnelle pour l’élection au Grand Conseil et au Conseil d’Etat. En 1893, défendant avec conviction la motion de son collègue le Dr Beck, il tente d’amener le président conservateur du Conseil d’Etat, Henri de Torrenté, à de meilleurs sentiments sur ce sujet en lui déclarant : « nous n’avons pas encore fait assez de chemin pour vous déloger du pouvoir. »

À la veille de la double votation du 4 novembre 1900, sur le système proportionnel pour le Conseil national et la nomination du Conseil fédéral par le peuple, Camille Desfayes fustige le régime majoritaire, un système injuste car « tout aux uns, rien aux autres » et défend le système proportionnel, principe de justice et de paix qui attribue « à chacun sa part » en créant l’égalité de tous les citoyens qui participent aux charges et aux devoirs de la vie publique. En ce qui concerne l’élection du Conseil fédéral par le peuple, il met en exergue les graves conséquences qu’entraînerait cette adoption pour notre vie publique, notamment le risque de s’orienter vers un Etat unitaire et la suppression des cantons.

Le citoyen Camille Desfayes

Jeune étudiant en droit à Sion, il pratique déjà la polémique ; ainsi, lorsque la conservatrice Gazette du Valais, dans sa rubrique intitulée Combles, raille les futurs avocats, ne répliquait-il pas avec ironie dans les colonnes du Confédéré ce quatrain « Monsieur, si de votre esprit, vos combles sont le comble, votre esprit est le comble de ce qui n’est pas l’esprit ».

Camille Desfayes, ce gentilhomme campagnard est également un musicien très compétent, n’est-il pas l’un des fondateur des fanfares de Martigny-Bourg et de Leytron, n’hésitant pas à prendre au besoin la baguette du directeur. Il a présidé le parti radical valaisan ainsi que le Conseil d’administration du Confédéré.

Camille Desfayes nous quitte le 3 juillet 1947 ; ce grand citoyen a « parcouru un long chemin », rencontré des « aspérités réservées à tous les lutteurs » mais jamais il n’a connu la défaillance ni le découragement. Il a servi le parti radical et son canton avec grand dévouement et le plus complet désintéressement.

robertgiroud

1 Le Confédéré no 81 du mercredi 9 juillet 1947 – photo 5.5.2011/dsc0839/41.

2 Le Confédéré no 7 du mercredi 22 janvier 1896 – photo 27.7.2010/dsc01979/80, no 8 du samedi 25 janvier 1896 – photo 27.7.2010/dsc01981 ; no 9 du mercredi 29 janvier 1896 – photo 27.7.2010/dsc01982 ; no 94 du samedi 21 novembre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02018 ; no 95 du mercredi 25 novembre 1896 – photo 27.7.2010/dsc02019..

3 M. Cyrille Joris, d’Orsières.

4 Histoire de la démocratie en Valais, p. 287/88.

5 conservateurs = 51%, radicaux = 33% ; cf. tableau 55 Les élections au Conseil national dans le Bas-Valais de 1848 à 1917 et en 1931, page 268 de : Arlettaz Gérard, Papilloud Jean-Henry Développement et mutations du Valais, Sion : Groupe valaisan de sciences humaines, 1976 [ouvrage extrêmement intéressant avec des tableaux).

6 Le Confédéré no 87 du mercredi 31 octobre 1900 – photo 24.8.2010/dsc02258/59 ; no 88 du samedi 3 novembre 1900 – photo 24.8.2010/dsc02260/61.

13 février 2012

Auguste Bruttin (1835 – 1894)

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Auguste Bruttin1

Magistrat intègre et éclairé, citoyen loyal et dévoué, travailleur infatigable, un homme bon, voué à l’enseignement. Il n’a de cesse de mettre ses connaissances au développement de la société. Il apporte son ferme soutien à la cause libérale, notamment à la section de Sion.

En 1835, le mouvement libéral est en pleine ébullition, du côté de Monthey des radicaux fondent une section de la Jeune Suisse. C’est cette année-là qu’Auguste Bruttin, originaire de Nax, vient au monde. Après des études au collège de Sion, il fréquente l’école de droit ; toutefois, il ne se sent pas particulièrement attiré par le notariat ou le barreau et décide alors d’embrasser la carrière d’enseignant. Il est d’abord professeur de rhétorique au collège de Sion, puis enseigne les mathématiques au lycée. Doué de talents naturels, il acquiert, par son intelligence et son travail, une somme de connaissances rarement réunies chez un même homme ; aucun sujet ne lui est étranger, il porte un intérêt aussi bien à la finance, à l’économie politique, qu’à l’histoire, à la littérature ou encore aux questions d’instruction et d’éducation.

Un engagement citoyen au service du pays

Dans sa jeunesse, il lui arrive de composer des poèmes comme cette pièce Autour d’un berceau, vrai bijou de fraîcheur, de grâce et de tendresse paternelle ; un texte publié dans le Courrier du Valais – auquel il participe comme chroniqueur – lorsque le 28 décembre 1857, la feuille libérale annonce « Notre tâche est terminée » ; en hommage à cet homme d’exception nous en reproduisons ici la dernière strophe :

« Mais plutôt que voir périr son innocence,
Avant qu’il soit bien grand ainsi que son malheur,
Oh, qu’il meure ! Qu’il meure avant l’adolescence,
Et que le doigt de Dieu le moissonne en sa fleur. »

 

Avec sa plume correcte et facile, il traite également les questions de droit les plus délicates, ainsi les remarquables articles qu’il publie dans le Confédéré du Valais au sujet de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite2.

Lorsque la première société de Secours Mutuels de Sion est fondée en 1861, Auguste Bruttin en est tout naturellement l’un des promoteurs. Dès 1890 il participe comme membre au Comité central des Secours mutuels du Valais. Nous le retrouvons aux commandes de la Caisse d’Épargne comme en témoigne ce commentaire extrait du rapport des vérificateurs des comptes qu’il paraphe en 1888 : « grâce à une bonne gestion, notre institution se développe et progresse d’une manière réjouissante » 3.

En politique, les Sédunois lui témoignent leur confiance en l’élisant conseiller municipal en novembre 1868 ; une confiance renouvelée lorsqu’il accède à la vice-président en 1873 ; c’est d’ailleurs dans cette fonction que le 3 octobre 1876 il inaugure le temple protestant de Sion ; puis de 1877 à 1884 – succédant aux libéraux Grillet, Dénériaz, Camille puis Alexandre Auguste Bruttin assure la présidence de la capitale valaisanne ; une présidence que les libéraux-radicaux retrouverons 124 ans plus tard. Député au Grand Conseil au cours de la législature 1873 à 1877. Lors des élections au Grand Conseil, le 2 mars 1873, le Confédéré constate dans ses colonnes que si « le parti libéral ne compte que 27 représentants » et qu’il reste stationnaire pour le nombre, « il n’en est pas de même sous les rapport des intelligences » et qu’il compte de nouveaux éléments importants parmi lesquels Auguste Bruttin, professeur, député du cercle de Sion-Bramois4.

Ses interventions au Parlement ne passent pas inaperçues. Lors de la session de printemps 1874, la discussion est « non exempte de certaines vivacités de langages » lorsque AB dénonce la forme du veto [les abstentionnistes sont ajoutés à ceux qui acceptent la loi] que le gouvernement adopte lors du vote populaire sur l’augmentation du taux de l’impôt5. La Gazette de Lausanne relève cette intervention en ces termes : « alors que dans tout pays civilisé, jouissant ou non des bienfaits du referendum, on ne compte comme acceptant que les citoyens qui mettent un oui dans l’urne, en Valais Gouvernement a la prétention de porter à leur avoir toutes les abstentions. » Auguste Bruttin, avec quelques amis adresse un recours au Conseil fédéral qui déclare finalement inadmissible cette prétention des autorités valaisannes6.

Lorsque le parti conservateur reconquiert la majorité en 1877, la carrière politique d’Auguste Bruttin prend fin et dès lors il se consacre aux affaires de son bureau d’agent pour le Valais de la Compagnie d’assurance l’Helvétia, de St-Gall, et de celles du Comptoir de la Banque fédérale qu’il dirige jusqu’à son décès.

L’année 1894 commence tristement à Sion

Depuis deux ans, M. Auguste Bruttin, souffre d’une maladie de cœur et malgré cela il poursuit son travail avec ardeur. Le lundi 1er janvier 1894, l’ancien président de Sion décède après une longue maladie.

Le mercredi 3 janvier 1894, malgré un froid rigoureux, une foule immense l’accompagne à sa dernière demeure. Les différentes sections de la Fédération des Sociétés de Secours mutuels dont il a été le président assistent au cortège funèbre avec leurs drapeaux. Puisse cette importante manifestation de l’estime publique atténuer dans la mesure du possible, la douleur de sa famille.

Le Confédéré, dans un dernier message à celui qui fut son autorisé et dévoué correspondant dépose « pieusement sur sa tombe une couronne ou se trouvent entrelacées les fleurs symbolisant les regrets, la reconnaissance et le souvenir. »

robertgiroud

1 Le Confédéré no 2 du samedi 6 janvier 1894 – photo 5.8.2010/dsc02032/33 – Le Confédéré no 1 du mercredi 3 janvier 1894 – photo 5.8.2010/dsc02034/35 – Le Courrier du Valais no 129 du mercredi 30 décembre 1857 – photo 7.4.2010/ dsc01681/82/83.

2 Loi du 11 avril 1889.

3Le Confédéré no 4 du samedi 25 janvier 1890 – photo 7.9.2010/dsc02394.

4 Cité par La Gazette de Lausanne du 11 mars 1873.

5 Cf. Journal de Genève du 4 juin 1874.

6 La Gazette de Lausanne du 22 septembre 1874.

10 février 2012

Jules Ducrey (1846 – 1905)

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Jules Ducrey1

Son élection en 1893, permet aux libéraux-radicaux de revenir au Gouvernement après une absence de près de quarante ans. Il appartient à la vieille école libérale valaisanne – catholique pratiquant – novateur en matière législative et sociale; ses hautes qualités de cœur et de caractère contribuent à adoucir les haines politiques.

Jules Ducrey est né en 1846 à Sion ; fils de Joseph-Henri Ducrey (1805-1864) de Bovernier2, conseiller radical aux États en 1848-1850. Après ses études au collège de Sion, il poursuit sa formation à Feldkirch et à Paris. En 1879, il épouse Marie-Emilie née Evéquoz3.

Depuis mars 1857, et la prise du pouvoir par les conservateurs, l’opinion libérale n’a plus de représentant au sein du Conseil d’État4, alors qu’elle compte 33 députés sur 86 au Parlement ; cette mise à l’écart d’un parti politique tout entier représente un fait exceptionnel dans les annales des législatures antérieures. En 1871, après la retraite des conseillers d’État « victimes-responsables » des errements de M. Alexis Allet, la majorité conservatrice, n’a pas su saisir l’opportunité de réparer cette injustice lors de la nomination du nouveau pouvoir exécutif; bien au contraire, elle oppose un refus formel à tout arrangement susceptible d’amener la cessation de rivalités nuisibles à la chose publique et préfère imposer sa force à la minorité5. Une posture qui fait dire au Confédéré que « l’ère des discordes civiles est ressuscitée ».

Il faut attendre 1893 pour assister au retour des radicaux au Conseil d’Etat avec l’élection de Jules Ducrey. Le Confédéré nous le présente comme « un juriste de mérite, un avocat de confiance, en même temps qu’un fort galant homme, modéré en politique, bon catholique et pratiquant ». Autant de qualités ne peuvent qu’engager les conservateurs à répondre favorablement à la revendication des libéraux. Il existe néanmoins un handicap à son élection car, lequel des leurs, les conservateurs vont-ils devoir sacrifier afin d’être en mesure d’accorder un siège à la minorité libérale-radicale ? un délicat dilemme que doit affronter la majorité conservatrice6. La droite ultramontaine hésite à céder un siège à la minorité radicale; une autre opposition à ce geste se manifeste du côté des Haut-Valaisans, réticents à évincer un des leurs et sans contester la légitimité de la revendication radicale, s’interrogent néanmoins sur l’opportunité du report de la demande radicale à un moment plus favorable et, ô comble de flagornerie, nos concitoyens Haut-valaisans suggèrent d’attendre le moment « où la représentation proportionnelle serait légalement introduite ».

Est-il nécessaire de rappeler, ici et maintenant, que les libéraux-radicaux mènent un combat permanent pour la proportionnelle pour l’élection au Conseil d’Etat et qu’aujourd’hui encore, les membres du gouvernement sont élus au système majoritaire ; ce qui laisse planer un grand doute sur la bonne foi de la proposition haut-valaisanne de 1893 !

Une autre machination entache cette élection : la droite conservatrice, dans l’espoir de lier les libéraux par un accord gagnant gagnant, appuierait la candidature de Jules Ducrey et les libéraux, eux s’engageraient à soutenir les quatre candidats conservateurs; mais l’élaboration de la liste conservatrice se heurte à quelques marchandages dignes des popotes électorales et les libéraux refusent finalement de parapher tout accord.

Finalement, après cinq tours de scrutin, l’élection de Jules Ducrey7 permet aux libéraux-radicaux, après une traversée du désert de près de quarante ans, de revenir au Conseil d’Etat. Au moment de l’élection, il est major à l’armée – il sera plus tard élevé au grade de lieutenant-colonel – il se trouve tout disposé à occuper le poste de chef du département militaire [nouvellement rattaché] et de Justice et Police. Pendant les douze ans de sa magistrature a lieu la construction de l’arsenal de Sion [1895] – qui, aujourd’hui, abrite la Médiathèque, heureuse transition entre l’armée et la culture; il participe également à la mise en place de lois relatives à l’organisation judiciaire, à la création de prisons préventives à Brigue et à Martigny ainsi qu’à la mise en chantier d’un projet de retraite pour la gendarmerie.

Le percement du tunnel du Simplon est un sujet de préoccupations pour Jules Ducrey, comme la surveillance des permis de séjour des travailleurs immigrés et le renforcement des forces de gendarmerie pour assurer la sécurité. Lors des grèves de novembre 1899 et de juin 1901, il n’hésite pas, afin d’éviter tout débordement, à mobiliser la troupe; une mesure vertement critiquée par les milieux socialistes romands alors que le Conseil fédéral « loua sans réserve le gouvernement valaisan »8. Jules Ducrey préside le Conseil d’Etat à deux reprises, en 1897 et en 1902.

Gravement atteint dans dans sa santé depuis un ou deux ans, Jules Ducrey décède dans une clinique à Lausanne dans la nuit du lundi 10 avril 1905 à l’âge de cinquante neuf ans à la suite d’une opération chirurgicale. Son décès est vivement ressenti dans tout le canton où il ne laisse que des amis dans les deux partis. Veuf depuis vingt ans, il n’a qu’un seul fils. Ses funérailles ont lieu le jeudi 13 avril 1905 à Sion.

Son élection en 1893, permet au parti libéral-radical de participer pour un temps au Gouvernement; son aspect modéré a ramené un peu de calme dans la politique valaisanne. Pour le devoir de justice et d’équité qu’il a accompli, Jules Ducrey mérite notre reconnaissance.

robertgiroud

 

1 Le Confédéré no 41 du mercredi 24 mai 1893 – photo 20.7.2010/dsc01955/56.

2 Cf. Armorial valaisan.

3 Cf. Marie de Riedmatten, Journal intime (1882-1896), Martigny, Pilet, 1975 Rerodoc.

4 Le Confédéré no 48 du jeudi 15 juin 1871 – photo 10.12.2009/dsc00959/60/61/62.

5 Le Confédéré no 105 du dimanche 31 décembre 1871 – photo 10.12.2009/dsc00992/93/94/95 et Le Courrier du Valais no 61 du dimanche 24 mai 1857 – photo 7.4.2010/dsc01648.

6 Il y a deux conseiller d’Etat dans le Bas-Valais, les conservateurs Joseph Chappex et [Maurice ?] de la Pierre.

7 Avec 55 voix sur 103.

8 Journal de Genève, 12 et 13 avril 1905.

9 février 2012

Maurice Chapelet (1827 – 1895)

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Maurice Chappelet1

Un libéral modéré qui se distingue par une indépendance à l’égard des partis. Pendant trente-huit ans, de 1857 à 1895 à son dernier soupir, il a servi son pays dans la magistrature et dans l’armée, avec dévouement et intelligence.

C’est le 22 septembre 1827 à Saint-Maurice, que Jean-Joseph Chappelet et son épouse Adèle ont la joie d’annoncer la naissance de Maurice.

Après des études au Collège de Saint-Maurice, c’est à l’École de droit de Sion qu’il obtient son diplôme de notaire. Puis, selon la coutume de l’époque, il passe deux ans à Rome au service de l’armée pontificale. Enfin après un court séjour dans le Nouveau Monde, il s’installe définitivement à Saint-Maurice pour y entreprendre une longue carrière publique.

Il épouse Marie-Joséphine, fille du courageux capitaine Parvex qui, le 19 mai 1844, à la tête de sa troupe, est tué au Trient avec tant d’autres valeureux compagnons d’armes, payant de leur vie leur amour pour l’indépendance de leur patrie.

Une vie au service de la magistrature

Conseiller municipal de Saint-Maurice (1852-1853, 1855-1870); conseiller bourgeoisial (1853-1860); juge instructeur du district (1879-1895).

En 1857, les électeurs du district de St-Maurice lui confient le mandat de député au Grand-Conseil où il siège jusqu’en 1887. À deux reprises, en 1872 et 1886, il préside le Parlement. Ses discours de fin de session sont marqué au coin du bon sens, résumant clairement les travaux accomplis mais surtout dépourvu de cette « rhétorique ampoulée où les banalités succèdent aux banalités. » C’est sous sa présidence de 18722 que le Grand Conseil choisit, pour l’établissement d’une Banque cantonale, une formule plus réaliste que celle proposée par le Conseil d’Etat3.

De 1861 à 1874, MC représente le gouvernement dans le district de St-Maurice en qualité de préfet. En 1887, la Cour d’appel le nomme à la fonction de président du tribunal du district de St-Maurice. Puis, de 1861 à 1862, M. Chappelet siège au Conseil des États.

En 1887, après une péripétie peu honorable pour le Conseil d’Etat, M. Chappelet accède au Conseil national. Suite au décès d’un conseiller national conservateur4, le Conseil d’Etat annonce, le 28 novembre 1886, qu’une élection complémentaire aura lieu le 5 décembre; une décision prise dans l’intérêt du parti conservateur car en fait elle empêche les libéraux de se concerter sur le choix d’un candidat. Le comité libéral bas-valaisan, considérant que le délai relatif à la publication des registres électoraux n’est pas respecté, dépose un recourt auprès de l’autorité fédérale. Néanmoins, le Conseil d’Etat passe outre à l’injonction du Conseil fédéral d’ajourner l’élection et le 5 décembre, le conservateur Henri Bioley est élu. Toutefois, le Conseil fédéral reconnaît l’illégalité de l’opération électorale en annulant l’élection de M. Bioley, ce qui oblige les citoyens à se rendre à nouveaux aux urnes le 23 janvier 1887; et là, satisfaction pour les radicaux avec l’élection d’Emile Gaillard5.

Enfin, le 30 octobre 1887, ont lieu des élections pour le renouvellement du Conseil national. Les conservateurs Bas-valaisans essuient un échec cuisant6. Chez les radicaux c’est la satisfaction avec l’élection d’Emile Gaillard et de Maurice Chappelet qui apporte ainsi un deuxième siège aux libéraux-radicaux.

Après une législature, l’assemblée libérale du 19 octobre 1890 prend acte, avec regret, du désistement pour une nouvelle législature de la candidature de Maurice Chappelet, motivé par l’état de sa santé ; qu’il reçoive l’expression de notre reconnaissance pour son dévouement et les services rendus7.

Le major Chappelet au service de la patrie

Suivons notre major au bord du Rhin en 1857 et à la frontière du Jura en 1871. En 1857, l’année terrible, Neuchâtel est à la fois canton suisse et principauté appartenant au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV; une situation qui produit des tensions politiques entre royalistes et républicains. À la suite d’un complot fomenté par les royalistes, 500 d’entre-eux sont emprisonnés dans les geôles neuchâteloises; il n’en faut pas plus pour que la Prusse mobilise son armée pour le 1er janvier 1857. Le Conseil fédéral charge le général Dufour d’organiser une ligne de défense sur le Rhin où nous retrouvons le major Chappelet. Finalement, Frédéric-Guillaume IV renonce à Neuchâtel par le traité du 26 mai 1857.

Nous retrouvons notre major dans un autre engagement. Après la débâcle française à Sedan, en septembre 1870, les Prussiens assiègent Belfort, poussant l’armée du général Bourbaki à la retraite vers la Suisse. Le Conseil fédéral ordonne une mobilisation partielle et demande au général Herzog d’assurer la couverture frontière du Jura. Le 28 janvier 1871, le général français Justin Clinchant demande aux autorités suisses l’internement des troupes de l’armée de l’Est; Herzog signe la convention aux Verrières le 1er février 1871 et M. Chappelet accueille les premiers soldats français qui pénètrent en Suisse.

Un serviteur de l’État nous quitte

Maurice Chappelet décède le 22 juillet 1895 à Saint-Maurice. Lors de ses obsèques de nombreux amis et connaissances apportent un dernier témoignage de sympathie et de regret à une personnalité sympathique que « l’on aimait à rencontrer tant à cause de l’urbanité de ses manières que du charme de sa causerie toujours agréable et spirituelle. » C’est une grand perte pour sa famille et son pays qu’il a longuement et loyalement servi. Maurice Chappelet mérite la reconnaissance de son pays.

robertgiroud

 

Bibliographie
« Etat du conseil municipal et du conseil bourgeoisial des chefs-lieux de district du Valais romand (1848-1965)», in Ann. Val., 1966, 223-244

Gruner, L’Assemblée, 1, 858

Biner, Autorités VS, 271

1 Le Confédéré no …….. 1895 – photo 5.8.2010/dsc2069/70.

2 Seconds débats du 1er mars 1872.

3 Le Confédéré no 19 du jeudi 7 mars 1872 – photo 10.12.2009(1)/dsc01025/26. no 21 du jeudi 14 mars – photo 10.12.2009(1)/dsc01027/28/29; no 22 du dimanche 17 mars 1872 – photo 10.12.2009(1)/dsc01030/31; M. Coulon-George Bloum.

4 Fidèle Joris d’Orsières.

5 Le Confédéré nos 4 et 5 des vendredi et samedi 21 et 29 janvier 1887 – photo 7.9.2010/dsc02364 et 02365/66/67 FF 1886 1112.

6 Leurs candidats Charles de Werra [sortant] et Alfred Tissières de Martigny ne seraient pas réélus.

7 Le Confédéré Supplément au no 42 du samedi 18 octobre 1890 – photo 7.9.2010/dsc02376/77/78.

8 février 2012

Dr Alphonse Beck (1822 – 1902)

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Le Docteur Alphonse Beck

Médecin homéopathe, c’est aussi un homme politique ; il est à l’origine de la représentation proportionnelle et fondateur de la Société valaisanne de Secours Mutuelsi.

Alphonse Beck, naît le 9 octobre 1822 à Naples où son père Charles est chirurgien major au service du roi. Après ses études médicalesii, il s’établit à St.-Maurice en 1846 et son intérêt pour les sciences naturelles le prédispose à adhérer à la Société helvétique des sciences naturelles ainsi qu’à la Murithienne ; il y participe avec de nombreuses contributions parmi lesquelles un catalogue des oiseaux du Valais (1852), la création de jardins botaniques alpestres (1885) ; sa notice sur l’eau ferrugineuse et saline de Morgins (1856 ) contribue au développement de la station.

En 1859, il quitte le Valais pour Saint-Pétersbourg pour s’adonner à la médecine homéopathique. Sa notoriété est telle que le tsar Alexandre II lui propose une chaire d’homéopathie à l’Université, opportunité à laquelle il ne donne pas suite, en revanche il fonde la Société impériale homéopathique de Russie. Son engagement pour l’homéopathie lui vaut d’être acclamé président d’honneur du Congrès homéopathique international de Paris en 1889.

Il est élu conseiller municipal à St-Maurice le 6 mars 1853iii et siège jusqu’en 1858. En 1870, lorsqu’il rentre de Russie, il est nommé député radical au Grand Conseil [de 1873 à 1901].

Le Secours mutuel

Les « premières étincelles des foyers mutualistes du Valais » apparaissent vers le milieu du XIXe siècle. La première société libre de secours mutuels voit le jour à St.-Maurice en 1852 sur l’initiative d’une poignée d’hommes emmenés par le Dr Alphonse Beck ; cette société a pour objectif de « réunir des personnes qui, par esprit de confraternité et de prévoyance, établissent entre elles, et au moyen de cotisations, une garantie mutuelle de secours, notamment en cas de maladie » ; les débuts se révèlent difficiles, car « des esprits farcis de détestables préjugés » souhaitent que « la grande ombre projetée par le clocher de l’Abbaye fût nuisible à cette modeste œuvre d’utilité publique » ; les premiers adhérents ne se laissent pas décourager par les craintes hostiles de « timorés » pour qui cette initiative ne serait qu’un dangereux « grain de libéralisme et d’émancipation morale. »

Les sociétaires se sont donnés la noble mission de « faire le bien, sans distinction de parti ou de coterie politique, s’aider les uns les autres, empêcher que, faute de ressources ou de soins intelligents, un ouvrier, un chef de famille, ne soit enlevé à sa famille et que la position du prolétaire ne soit aggravée par la gêne, conséquence habituelle de toute cessation de travail,iv. »

Cette pensée éminemment chrétienne et humanitaire fait des émules, ainsi en 1855, lorsque le Dr Alphonse Beck s’établit à Monthey, c’est sous son inspiration qu’un nouveau foyer mutualiste voit le jour dans la future cité industrielle ; et cette nouvelle réalisation rencontre des adeptes ailleurs dans le canton, ainsi « la jalouse phalange progressiste de Martigny » organise aussi son propre noyau mutualiste.

Désormais, la cause du mutualisme a conquis son « droit de bourgeoisie en Valais » et va essaimer un peu partout dans le canton. Après avoir gagné à sa cause les bourgs de la plaine, le mouvement mutualiste se propage dans les vallées.

Lorsque le 4 juin 1893, la Fédération valaisanne adhère à la Fédération romande c’est tout naturellement que le Dr Beck en est nommé déléguév. Le Dr Beck se trouve également parmi les promoteurs de la Caisse d’Epargne [fondée le 8 février 1876] ; la création d’une telle institution répond à un réel besoin car « fleurissait un peu partout la détestable usure, rongeant la vie des petits agriculteurs et des petits commerçantsvi. »

La Représentation proportionnelle

Lors de la séance du Grand Conseil du 17 mai 1893, le Dr Beck dépose une motion, appuyée par 25 députés libéraux, invitant le Conseil d’Etat à présenter un projet de loi introduisant le système de la représentation proportionnelle pour l’élection du Grand Conseil, du Conseil d’Etat, de la Cour d’Appel et des Conseils communaux. La majorité conservatrice osera-t-elle refuser aux libéraux valaisans, ce qu’à Berne elle exige des radicauxvii/viii ?

Dans sa réponse, lors de la session de novembre 1893ix, le Conseil d’Etat trouve « juste que tous les citoyens aient la possibilité d’être représentés au sein des pouvoirs de l’Etat ; chacun doit avoir part à la chose publique ; qu’il n’y ait point de parias parmi nousx » ; quelle belle déclaration ! pour autant, si le Conseil d’Etat reconnaît porter« l’attention la plus scrupuleuse à l’étude d’une question aussi importante », il se sent néanmoins insuffisamment préparé, car la représentation proportionnelle est une question compliquée qui demande à être « longuement mûrie » et qu’il convient « d’examiner les effets de ce système dans les pays qui l’ont adopté » ; car il ne suffit pas que « le principe soit beau ou généreux » encore faut-il en connaître les résultats et « rendre compte des conséquences que ce principe produit dans la pratique. » Enfin, le Conseil d’Etat estime que nous ne devons pas trancher cette question à brûle-pourpoint ; rien ne commande une solution immédiate ; « laissons le temps au Conseil d’Etat de faire des études mûriesxi. » Et du temps, le Conseil d’Etat va s’en accorder, puisque ce n’est que 28 ans plus tard, le 6 mars 1921, qu’enfin, et grâce à la motion du Dr Beck, qu’ont lieu les premières élections du Grand Conseil selon le mode proportionnel.

Après avoir consacré sa vie au service de ses concitoyens, le Docteur Alphonse Beck s’éteint à Monthey, le 6 novembre 1902 dans sa 81e annéexii.

robertgiroud

 

Bibliographie

Jules-Bernard BERTRAND, Le Valais, étude sur son développement intellectuel à travers les âges, p. 140. [à copier ]

Ulysse CASANOVA, Origines de la Société de Secours Mutuels de Monthey, 8 pages [rg]

Centenaire de la Société de Secours Mutuels de St-Maurice, 1852-1952, brochure éditée par la dite Société, St-Maurice, 1952. Prologue de Jean Brouchoud, p. 2.

i Cf. JdeG du 5.1.1903 – archives du Temps 31 octobre 2010.

ii Dès 1839 (brevet en 1844).

iii Le Courrier du Valais no 15 du dimanche 20 février 1853 – photo 2.3.2010/dsc01492.

iv Le Courrier du Valais no 11 du dimanche 6 février 1853 – photo 2.3.2010/dsc01491.

v Aux côtés de Joseph Couchepin et Charles Fama.

vi En 1888 il est vérificateur des comptes.

vii Le Confédéré no 34 du samedi 29 avril 1893 – photo 20.7.2010/dsc01953.

viii Le Confédéré no 40 du samedi 20 mai 1893 – photo 20.7.2010/dsc01954.

ix Séance du 25 novembre 1893. M. Henri de Torrenté et le Dr Lorétan.

x Le Confédéré no 97 du mercredi 6 décembre 1893 – photo 20.7.2010/dsc01965/67/68.

xi Le Confédéré no 98 du samedi 9 décembre 1893 – photo 20.7.2010/dsc01969/71.

xii Cf. JdeG du 8 novembre 1902. l’ensevelissement aura lieu à Monthey, le dimanche 9 courant, à 10 heures trois quarts.

7 février 2012

Jean-Baptiste Calpini (1831 – 1884)

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Jean-Baptiste Calpini

Jean-Baptiste Calpini est né à Sion en 1831. Destiné de bonne heure à la carrière de négociant, il n’eut pas le loisir nécessaire pour satisfaire entièrement ses goûts pour l’étude. Néanmoins, au milieu des occupations de boutique, comme il le disait lui-même, il ne perd pas le goût des choses de l’esprit. Il dévore les livres et transforme des rayons de son magasin en rayons de bibliothèque.

Arrivé à l’âge civique, c’est-à-dire à cet âge où les préoccupations du jeune homme font place à l’ambition du citoyen, il s’engage avec ardeur dans la lutte politique. Elu député libéral au Grand-Conseil pour la période 1869-1873, il seconde très activement Alexandre Dénériaz dans la lutte contre le régime Allet et contribue par ses recherches à éclaircir la situation déplorable des finances cantonales. Les nombreux abus de pouvoir commis par le Département des Finances sont ainsi portés à la connaissance des citoyens dans une série d’articles du Confédéré et ensuite dans la brochure intitulée : Allet et les Finances Valaisannes.

Un homme de plume

C’est au Courrier du Valais qu’il fait ses premières armes ; il sera également correspondant valaisan pour la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève pendant plusieurs années ; mais c’est au Confédéré qu’il se consacre à plusieurs reprises.

C’est dans le courant de 1867 qu’il débute son activité de rédacteur auprès du Confédéré. En juin 1870, il ne partage pas l’attitude des députés libéraux relative à l’établissement de jeux de Saxon et est convaincu qu’il est seul à désirer y mettre un terme ; persuadé que la loi est violée par « la tolérance abusive que l’on accorde à la maison de jeux de Saxon », il estime que l’industrie immorale des jeux publics est un fléau pour un pays. Dès lors, se trouvant, sur une question de principe, en désaccord avec les dirigeants de son parti, il considère qu’il est temps de « déposer la plume en d’autres mains » tout en souhaitant que le parti libéral « puisse sentir le besoin de plus d’union et ne jamais transiger désormais dans des questions de principe et d’honnêtetéi » et il signe son article, une pratique encore peu courante dans le milieu de la presse. Finalement, le 30 décembre 1871, il termine son éditorial en souhaitant à la nouvelle rédaction « plus de talent que nous n’avons su en mettre à la défense des intérêts de la cause libérale » et signe avec panache « Le lecteur du Confédéréreçoit nos adieuxii. »

J.-B. Calpini se caractérise par une indépendance de caractère et un franc-parler. Une indépendance qu’il pratique tant à l’égard de ses amis politiques qu’envers ses adversaires. Ainsi, lorsqu’en janvier 1877, lors de la retraite de la rédaction et la cessation des fonctions de son comité directeur, le dévoué J.-B. Calpini reprend la direction du Confédéré pour la seconde fois, « pour « empêcher l’organe libéral de choir en ce moment », il reconnaît qu’il ne possède « aucun mandat officiel pour s’imposer comme le représentant du parti libéral » tout en précisant qu’il se retirera dès lors que « les mandataires autorisés du parti libéral auront eu le temps de se réunir et de se concerter » ; et surtout il affirme haut et fort que « jusqu’alors son indépendance restera complète » et qu’il ne sera fait « aucune concession sur le terrain des principesiii. » Dans son éditorial, il fustige les responsables de la débâcle de la Banque Cantonale « il y a de braves gens qui attendent encore que le vent leur rapporte le fameux dividende promis par le dernier rapport de l’ex-banque cantonale » et incite ses lecteurs à consulter « les bulletins des assemblées législatives, depuis 1839 jusqu’à ce jour » et à comparer les dates et les événements, sauf aux époques où le terrorisme clouait les bouches et faisait le vide parmi les rangs des représentants de la minorité proscrite, toujours vous trouverez la démonstration du concours de la fraction libérale assurée à la réalisation des choses utiles proposées par n’importe quel régimeiv. »

J.-B. Calpini ne mâche pas ses mots pour s’adresser à à la majorité conservatrice au pouvoir : « vous avez les places honorifiques et les emplois lucratifs, gardez-les ; mais de grâce, songez au pays et ne recommencez pas les errements du passé ! Le parti libéral a sa page dans l’histoire valaisanne ; vous en avez une de malheureuse ; déchirez-la ou désavouez-lav ! »

Le 19 décembre 1879, Jean-Baptiste Calpini, assuré du devoir accompli, annonce que « la rédaction actuelle du Confédéré déposera la plume dont elle s’était chargée dans l’intention d’être utile à la propagation et à la défense des idées libérales » et souhaite que d’autres poursuivront « l’œuvre maintenue aux prix de quelques sacrifices. » C’est une question de patriotisme qu’il soumet, pendant qu’il en est temps, au jugement de ses amis politiquesvi.

Lorsque, dans les années 1884, les rangs du libéralisme s’éclaircissent, il lance un vibrant appel à la relève des jeunes libérauxvii.

Tristesse

En septembre 1884, Le Confédéré perd son ancien rédacteur et son correspondant le plus assidu depuis bien des années. Trois semaines avant sa mort, alors qu’il était déjà brisé par la maladie et condamné à la tombe, il nous envoyait encore des Mayens, où il avait été chercher un soulagement qu’il ne trouva pas, une description pleine de pittoresque et de champêtre fraîcheur. Que sa constance à défendre des opinions politiques, cette énergie virile qui ne s’éteint qu’avec la vie, soit un exemple pour nous extraire de notre indifférence et de notre égoïsme. à la veille de célébrer le 150e anniversaire du Confédéré, rendons hommage à Jean-Baptiste Calpini qui a tant œuvré pour notre journal.

 

robertgiroud

Pour en savoir plus : A. Dénériaz et J.-B. Calpini, M. Allet et les finances valaisannes, 1871, Sion.

i Le Confédéré no 48 du jeudi 16 juin 1870 – photo 7.12.2009/dsc00895/96.

ii Le Confédéré no 105 du dimanche 31 décembre 1871 – photo 10.12.2009/dsc00992/93/94/95.

iii Le Confédéré no 1 du vendredi 5 janvier 1877 – photo 16.2.2010/DSC01375.

iv Le Confédéré no 1 du vendredi 5 janvier 1877 – photo 16.2.2010/DSC01375.

v Le Confédéré no 1 du vendredi 5 janvier 1877 – photo 16.2.2010/DSC01375.

vi no 51du vendredi 19 décembre 1879 – photo 16.2.2010/dsc01414.

vii Le Confédéré no 25 du samedi 21 juin 1884 – Photo 16.3.2010/dsc01564/65.

6 février 2012

Maurice-Eugène Filliez (1811 – 1856)

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Maurice-Eugène Filliez

M. Filliez est une personnalité du mouvement libéral des années 1840 ; lorsqu’en mai 1844, les troupes du Sonderbund menacent l’ordre public dans la vallée du Rhône, dans l’Entremont, M. Filliez, avec une poignée de patriotes, tient en échec des individus fanatisés et multiplie ses interventions de médiateur afin de rétablir la paix ; un acte de patriotisme qui lui vaut d’être persécuté par un tribunal d’exception ; en 1847, lorsque les troupes fédérales libèrent le Valais de l’oppression des réactionnaires, il rentre libre au pays.

Le 20 octobre 1811, au Châble, Pierre-Joseph-Frédéric et Marie-Ursule Filliez ont la joie d’annoncer la naissance de Maurice-Eugène ; après avoir suivi les cours de l’Ecole de droit à Sion, il est reçu notaire en 1835 puis avocat en 1840. Maurice-Eugène épouse, le 4 novembre 1839, Marie-Louise Nicollier.

Un engagement à la cause libérale

Dès le 18 mai 1840i, il siège comme député libéral-radical dans le premier Grand Conseil valaisan ; en mai 1844, lorsque le mouvement libéral « prend les armes » pour défendre les libertés constitutionnelles, M. Filliez, un des acteurs des événements qui secouent l’Entremont à ce moment-là, multiplie ses interventions de médiateur auprès de l’adversaire politique pour tenter de rétablir la concorde.

Le lundi 20 mai, alors qu’il se trouve à Sembrancher pour s’enquérir de la disparition d’un concitoyenii, M. Filliez est appelé Conseil bourgeoisial où l’on s’engage réciproquement à éviter désormais toute provocation et à rétablir la paix ; hélas, ceci n’est qu’une mascarade des réactionnaires, car au même moment la Vieille Suisse appelle aux armes pour « écraser les libéraux » ; exaspérés par cette duperie, les libéraux, sous le commandement de M. Filliez, s’arment à leur tour pour se défendre ; à l’approche des adversaires, on leur présente l’accord de Sembrancher en exigeant qu’ils déposent les armes ; en vain, car les réactionnaires décident d’en « finir avec les libérauxiii » et ce nouvel affrontementiv entre libérauxv et Vieux Suisses laisse quatre morts sur le terrain.

Le lendemain 21 mai, après une nouvelle escarmouche avec les Vieux Suissesvi, M. Filliez renouvelle ses tentatives pour ramener la paix et signe une convention entre les deux partis et avec le Conseil communal de Bagnes ; mais les partisans de la Vieille Suisse, en dépit de ce nouvel accord de paix, poursuivent la chasse aux libéraux de Bagnes ; la fureur atteint son comble lorsque, dans la nuit du 22 au 23 mai, des fanatiques fouillent la maison de M. Filliez, menaçant sa femme Marie-Louise, « baïonnette sur la poitrine » ; M. Filliez se cache six jours durant dans une grotte, puis vers la fin mai, pour échapper à la horde de fanatiques, il prend des « des chemins détournés pour atteindre le sol hospitalier du canton de Vaud.vii »

L’exil, une injustice

Pour avoir exercé un commandement, M. Filliez figure dans le décret d’arrestation prononcé le 15 juin 1844 à l’encontre de onze chefs libéraux ; le 9 mai 1845, le Tribunal central le condamne par contumace à huit ans de prison, à vingt ans de suspension de ses droits politiques et à une amende de quatre cents francs ; M. Filliez explique dans son ouvrage La Vérité à ses concitoyens du Valais, publié en 1847, les raisons pour lesquelles il ne se présente pas devant le tribunal.

La vie quotidienne d’un exilé n’est pas facile ; M. Filliez entreprend la recherche d’un emploi et après quelques pérégrinations en Suisse romande, à l’automne 1845viii il s’installe à Bexix où il loue une ferme et « se met à travailler la terre » ; certes, il espère un retour en Valais, mais seulement après « un changement d’opinion publique.x » Les époux Filliez vivent néanmoins un moment heureux au cours de leur exil : la naissance de Marie-Célestine à Bex le 28 décembre 1846 [en 1879, elle épousera François-Narcisse Troillet et de cette union naîtra Maurice Troilletxi]

c’est enfin le retour aux affaires

Vers la fin de 1847, M. Filliez rejoint ses amis exilés à Aigle pour former le « comité patriotique valaisanxii » et avec eux s’intégrer aux troupes fédéralesxiii qui s’apprêtent à entrer en Valais pour rétablir l’ordre ; le 2 décembre 1847, l’Assemblée populaire, réunie à Sion, le proclame membre du Gouvernement provisoirexiv, dans lequel il se charge du Département de Justice et Policexv. Dès l’installation du Gouvernement définitif, le 11 janvier 1848, il siège à nouveau au Grand Conseil.

M. Filliez s’engage également pour sa commune et son district : membre du Conseil municipal de Bagnes (1848-1856) qu’il préside jusqu’en 1851 ; sous-préfet (1848-1850) puis préfet (1850-1856) du district d’Entremont ; il représente le Valais au Conseil des Etats du 3 juillet 1854 à mai 1855xvi ; enfin, le 9 décembre 1855, il est élu conseiller nationalxvii.

L’Entremont dans la douleur

Le district d’Entremont vient de faire une perte bien douloureuse ; M. Maurice Filliez s’éteint le 10 juillet 1856xviii. Le clergé lui conserve une telle rancune que le curé refuse de lui accorder l’extrême-onction et un enterrement religieux ; il faut l’intervention de personnalités pour lui faire changer d’attitudexix ; une posture indigne pour le Courrier du Valais qui en appelle à l’autorité supérieure afin de mettre un terme « à la torture » que les curés font subir aux agonisants qui, politiquement, « n’ont pas marché avec le clergé.xx » Le lundi 13 juillet 1856, une foule nombreuse accompagne M. Filliez à sa dernière demeure. Retenons ce digne appel d’un citoyen venu lui rendre un dernier hommage : « oublions nos dissensions sur cette tombe et respectons la mémoire d’un de nos plus dignes magistrats.xxi »


Pour en savoir plus

FILLIEZ Maurice-Eugène, La vérité à ses concitoyens, 1847 –

DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

i Jules-Bernard BERTRAND, « 1839-1840, La régénération valaisanne », in Annales valaisanne…

ii François Baud, on apprend plus tard qu’il aurait été assassiné.

iii RILLIET de Constant, Novembre-décembre 1847 en Valais…., p. 245-249.

iv Entre les villages de Montagnier et Villette.

v Sous la direction de Maurice Filliez.

vi Au Sapey.

vii DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

viii Une première fois à la mi-octobre 1844.

ix DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

x DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847), p. 283.

xi DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

xii Au sein duquel il assume la fonction de secrétaire.

xiii Du colonel Rilliet.

xiv Du 2.12.1847 au 11.1.1848 cf. DONNET André, Lettres d’exil de Maurice-Eugène Filliez à son frère Benjamin (1844-1847).

xv L’Observateur no 61 du samedi 4 déc. 1847 – photo 15.12.2009/DSC01116/17.

xvi Cf. note 70 p. 70 Pierre CHUARD, La campagne de 1847 contre le Valais d’après les Souvenirs d’un poète bellerin

xvii Au troisième tour et à la majorité relative [le Dr Claivaz a retiré sa candidature] ; il siège dès le 21 janvier 1856 jusqu’à son décès le 10 juillet 1856. … 3032 voix contre 2348 à Hippolyte Pignat ; cf. Le Courrier du Valais no – photo 8.7.2010/dsc01897/98/99/01900/01 et no 3 du samedi 5 janvier 1856 – photo 9.2.2010/dsc01326.

xviii Vers 10 heures du soir, après une longue et pénible maladie.

xix Histoire de la démocratie p. 174.

xx Courrier du Valais no 80 du jeudi 17 juillet 1856 – photo 9.2.2010/dsc01338.

xxi Courrier du Valais no 79 du mardi 15 juillet 1856 – photo 9.2.2010/dsc01337.

 

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